B0DVBNIB8 DB LA REVOLUTION
éducation élevée impose aux hommes simples; et moi je m'étoimois, en le voyant, qu'on eût mis sa vie à la merci de tant de suffisance et de légèreté, bien qu'il m'en soit arrivé autant plus d'une fois.
Après l'échange de quelques paroles oiseuses et quelque retour sur l'incertitude de notre situation : c Ma foi, a messieurs, dit tout à coup Lebourgeois d'un ton résolu, < nous sommes ici en assez bonne posture pour ne rien 9 laisser au hasard. Voilà une fenêtre sans barreaux, et a un gendarme dessous ; voilà une porte vitrée sans bara reaux, et un gendarme devant. Cela fait deux hommes a et deux sabres. 11 y a sur ce bureau deux canifs, un joli « grattoir, un couteau d'ivoire assez bien aiguisé ; nous n sommes quatre, et quant à l'action, un tour de main à a l'espagnolette, un élan à la croisée, un coup de poing a armé sur l'estomac du factionnaire, de llnfrépidité et 0 du jarret, c'est une difficulté qui n'arrêteroit pas des « écoliers pour prendre campos. Qu'en dis-tu 1 »
Cette interpellation s'adressoit à Picot, qui n'avoit pas quitté la banquette pendant que Lebourgeois arpentoit vivement la chambre en arrangeant son plan de campagne. Picot éloit probablement un de ces hommes impassibles qui font bon marché de leur vie tous les jours et à tous les moments, mais qui se croient d'autant nnoins libres d'en disposer pour leur salut personnel qu'ils l'ont dévouée avec une abnégation plus complète. Aussi calmo que vous l'êtes à la lecture de ce récit, dans lequel vous n'avez pas une affection en jeu, pas un intérêt engagé, ii se retourna vers l'émigré comme si sa résolution avoit été suspendue k ses paroles :
« Extravagance pure ! dit celui-ci ', t:.\travagaDCe
' Son nom ne m'a pas échappé; mais ce nom, Irès-commun en Bretagne, appartient A des hommes du caractère le plus lionurablc, qui n'ont cependant. eeloD toute apparence, avec celui dont Je part?, aucun rapport de puenté. La. luite de cette notice expliquera lua
tFS PRISONS DE P*ms BOt'S LB CONSL^LAT. St
« achevée ! Nous ne pouvons être ici que pour passer à la « liberlé dans un moment. J'ai subi une condamnation « dont la durée expire ; vous aveu subi chacun de votre « cûté une détention qui n'a laissé naître sur vous aucune « lumière fâcheuse ; on nous dépose entre la prison et la « ville dans un cabinet vitré, un bureau de petit-maltre, « un boudoir de commis, gardé par deux soldats qui « n'opposeroient pas la plus légère résistance à un seul de « nous. Regardez-les plutôt ! Et vous joueriez cette <c chance infaillible contre celle de la mort 1 car enfin, « voyez-vous, quand nous aurons tué ces gens-là, il fau- « dra sortir par là, puisqu'il n'y a pas d'autre chemin, « pas un souterrain à nous cacher, pas un ballon à nous o élever dans les airs ; et vous croyez-vous sûrs de traver- « ser la première cour, de bousculer la garde extérieure, 8 de passer sur Paris à midi, d'enjamber les barrières, et a de sauter d'un élan aux c4tes de Bretagne sur des bottes
a de cent lieues t Folie ! folie I b
Ce raisonnement étoit spécieux. Quoique fort disposé k me ranger à l'opinion de Lebourgeois, je trouvai peu d'arguments contre une pareille objection, et j'allois m'y rallier, quand le hasard me rapprocha de la porte d'entrée. L'inscription étoit extérieure, mais elle étoit peinte sur le verre comme celles qui chargent la clôture de nos cafés, et il falloit moins d'habitude du botistrophédon, ou de l'écriture inverse, que je n'en avois alors, pour y lire au premier coup d'œil :
BDBEAD DES TnAIISFÊBEMENTS.
« Voyez donc où nous sommes ! répondis- je à l'instant ; « voyez, monsieur I Ce n'est pas ici un dépôt «itre la o prison et la ville ; c'est un dépôt entre la prison et les « prisons; c'est le bureau des tramférements. »
L'émigré s'approcha lentement, éleva son lorgnon à ses yeux, et dit : « Cela est vrai. »
et EOUVEHinS DE LA RÉVOlUTrO!!.
8 Mourir pour mourir! b s'écria Lebourgeois; a maisi a mourir comme le mouton qu'on mène à la boucherie, 0 c'est trop fort ! Le àareau des transfêretnents I Oh ! o j'aime mieux être découpé par cinquante sabres que de o retomber sous la clef d'un geôlier ! Au bout du compte, a arrive ce qui peut ! La lîn des fins, c'est : Vive le roi I » Et il s'élança sur un des canifs. Picot tenoit déjà l'autre.
Heureusement pour moi, et pour moi seul, la porte s'ouvrit au même instant. Uii huissier, suivi de quatre soldats qui s'arrêtèrent au dehors, prononça trois noms, celui de M. Lebourgeois, celui de M. Picot, et l'autre. J'embrassai Leboui^eois ; Picot me serra vivement la main ; le troisième me salua gracieusement, et je restai sous la garde de mes deux gendarmes.
J'y étois depuis près de cinq heures, et on ne s'étomiera pas que je les aie trouvées longues, lorsqu'on me tira de là. L'inspecteur de police qui m'avoit amené me conduisit, entre ses acolytes, dans une salle de mauvaise apparence où il fallut encore attendre, et de cette nouvelle station dans un bureau plus orné, où siégeoit, en face de moi, à une longue et large t^ble, un personnage pâle, sérieux, aux traits effilés, que le bniit de nos pas, celui des portes qui se refermoient, et l'avertissement de l'huissier ne tirèrent pas d'abord de lacontemplation morne et fatiguée où il paroissoit absorbé. Ses yeux entièrement clos et son attitude immobile me firent penser un moment qu'il dbrmoit. Tout à coup il passâtes doigts dans ses cheveux d'un blond hardi, relevés sur le front à la Louis XV ; quelques rides convulsives se croisèrent au-dessus de ses sourcils mal indiqués, et il lança sur moi un regard bleu impossible A définir, mais qui n'avoit rien de malveillant. Tout malheureux que i'étois, je me sentis porté à plaindre cette haute position du pouvoir, car elle me parut encore plus soucieuse que la mienne. Après avoir donné quelque temps à une réflexion distraite ou agitée : h Est-ce là ce jeune « homme î dit-il. Retirez-vous. Il est libre, s
l,iertb,G00^k'