‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 26 sur 50 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si îe styet qne j'entreprends de traiter s'étoit offert i h plume de Sallusle ou de Machiavel, le livre qui en seroît sorti pourroit être recommande avec confiance à tous les pajs el à tous les âges comme un des plus précieux monuments de l'histoire. Les éTénements qu'ils ont racontés, et que leur génie a revËtus d'un charme si puissant, étoient bien loin de présenter le degré d'intérSt qui distingue ceux dont je vais faire le récit ; et tel est le caractère de ces demiera, qu'il me rassure, jusqu'à un certain point, sur ma propre insuffisance- Leur importance doit fixer l'attention du lecteur et la saatenir long-temps, sans qu'il soit besoin de leur prêter un genre

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PHU.ADBLPHBS. — SOCIÉTÉS BECBÈTES DE L'ABMÉE. 113

de mérite auquel je suis peut-être incapable d'atteindre. Qu'il me suffise d'étalilii le plan de cet ouvrage daos quelques lignes préliminaires.

A l'instant où Bonaparte s'éleroit, il se formoit en France un parti rival qui avoit juré sa chute, et qui devoit l'opérer un jour. Cette conspiration a duré quatorze ans, a embrassé tous les rangs, tous les états de la société, s'est étendue sur l'Eiirope entière, et a âni par consonuner la perte de la tyrannie, sans être soupçonnée, ou du moins sans être connue. Souvent déjouée dans ses plans les plus hardis, dans ses tentatives les mieux combinées, elle n'a jamais été comproDoise en elle-même et pénétrée dans ses secrets essentiels. Elle a vu tomber tour à tour ses chefs les plus distingués, ses agents les plus audacieui; mais elle leur a survécu; et, toujours puissante au milieu de ses ruines qui se réparoient sans cesse, elle n'a terminé la guerre à mort qu'elle livroit au despotisme qu'après en avoir triomphé. Aujourd'hui même, le mystère qui l'entouroit n'est dissipé qu'à demi. Les grands coups' qu'elle a portés au colosse qui écrasoit l'Europe ont décelé son exbtence à quelques esprits judicieux; mais elle est devinée plutôt que découverte, et elle ne présente encore aux observateurs et aux historiens indécis qu'un problème difQcile qu'il est permb à elle seule de résoudre.

Ceux qui ne jugent les événements que par leurs effets, Bans pouvoir remonter aux causes qui les ont produits et

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fanUiue, c'est « que U iTJlii|ne impuliale doit admettre eana conteste^ nuis cette réserre faite, en recouiuitn que dans sncune autre de les esquisses, peul-

I(t SOUVENIRS DE LA BÈVOLUTION.

aui ressorts qii'on y a fait agir, sont exposés à porter d'élranges jugements dans les temps de révolution. Ainsi, je ne crois pas qu'il y ait im seul homme de sens qui ait pu se rendre raison de la conspiration de Moreau et de celle de Malet sur les renseignements qu'il est permis de tirer de Icmrs procédures et des révélations tronquées dont se composent les prétendues histoires qu'on nous en af données jusqu'ici. Le yo-fo^f de Pichegru et de ses compagnons de courage, de dévouement et d'infortune, sur la foi d'un officier sans crédit, perdu de dettes, "i peu recommandable par ia protondeur de ses vues et la sûreté de ses conjectures, seroit le comble de la déraison, si le nom de Moreau avoit été la seule garantie de cette entreprise, et si le rapport de Lajolais en avoit été Ip seul nœud. L'hésitation de Moreau ne seroit pas moins inexplicable dans le moment où celte hésitation faisoit perdre tout le fruit d'une des tentatives les plus hasardées dont il soit question dans l'histoire. La conjuration de Malet a un caractère encore plus romanesque, et l'on en devine moins les moyens. On ae peul concevoir comment un génci-al, qui n'a pas même une certaine réputation militaire, et qui ne se recommande guère à l'estime des gens qui te connoissent que par une ténacité d'i>pinion qui n'a jamais influé sur le sort de sa patrie, et par quelques malheurs sans éclat, parvient, dans un petit nombre d'heures, à s'entourer d'officiers dévoués et à menacer le despotisme dans toute sa puissance d'une chute presque infaillible. C'est le secret de ces grands problèmes politiques que je nie propose de donnci', quoique je ne me dissimule point, dès le commencement de ma tâche, que mon récit doit souvent paroitre invraisemblable à ceux pour qui toutes les notions "■r lesquelles il repose sont entièrement nouvelles. Je convien); e peu d'histoires écrites à plaisir, sous l'inspiration d'une lagination exaltée, le cèdent en singularité à celle-ci, et pendant il n'y a rien qui ressemble moins à un roman. Six illc François ont été.dans la confidence de tous les faits pria-

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PHILADELPBES. — SOCIÉTÉS SECRÈTES DE h'iMMÈS. ItS

cipaux ; et quant aux faits qui, par leur nature, ne peuvent avoir été communiques qu'à un petit nombre de personnes, plus de vingt existent encore qui les connoissent tout aussi bien que moi. Si je ne me nomme point à la tète de ces Mémoires, la suite en expliquera les raisons, et je ne m'en soumets pas moins, en écrÎTanl, à toute la responsabilité d'un homme d'honneur qui s'engage à ne dire que la vérité, et à la dire tout entière, autant qu'U le peut, sans manquer à ses serments ou sans choquer des intérêts personnels respectables. J'ai cependant hésité long-temps à publier les Faits dont je parle, et je dois examiner rapidement la considération qui tn'arrétoit, quoique je ne pense pas qu'un homme de bonne foi puisse la convertir en reproche contre mot, de quelque opinion qu'il soit d'ailleurs.

L'histoire que je raconte est celle d'une société secrète dont le secret s'est si bien conservé, que son nom même est à peine coimu hors de son propre sein, quoiqu'elle ait failli plusieurs fois influer sur le sort du monde. Je suis membre de cette société secrète, et je suis lié à ses lois par les engagements les plus sacrés. De quel droit osé-je donc la révéler à la France et à l'bbtoire, et quelle puissance supérieure me dégagera des promesses que je lui ai faites quand elle daigna m'admettre à ses pixijets et h. ses mystères ?

Je réponds que l'existence de cette société secrète n'a jamais été que temporaire ; que la société avoit un but de restauration qui est rempli, et qu'à dater du moment où elle manque de but, elle rentre dans la catégorie des institutions ordinaires de ce genre ; que les révélations qui font l'objet de mon ouvrage ne portent que sur l'intluence historique de cette société, sur l'action de ses principaux membres, sur les vues et le caractère de ses chefs ; qu'elles ne compromettent ni sa doctrine, ni ses pratiques, ni ses signes de reconnolssance, ni le lieu de ses rassemblements, ni le nom des hommes distingués par leur esprit ou par leur bravoure, qui font encore

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aigonrd'bui l'oraenient de l'institution; que je ne me suis permis de nomnieT que les morts, et toujours d'une manière glorieuse pour leur mémoire. Enfin j'ajoute, pour compléttr ma justiScation, qu'il n'y a point de société secrète qui n'ait sonlTert l'impression de ses annales, et même celle de ses statuts et de sa discipline intérieure. Mes serments ne m'ont point attaché d'une manière si stricte que je ne puisse nommer un corps respectable qui tient des assemblées connues dans différents lieux du monde, sans y dissimuler son exi^ tence; et si ce nom paioît pour la première fois dans un livre, je ne crois pas qu'on puisse me faire un crime d'avoir ronapu le premier le silence qui le teuoit caché, quand il est de lait que ce silence n'est point obligatoire dans les statuts et règlemeoU de l'ordre.

Cette justiâcation reçue, j'^ peu à cœur de me défendre contre les autres reproches qui pourront s'élever contre moi. Étranger à l'art d'écrire, j'ai passé quinze ans de ma vie au milieu de la poudre des armes, et depuis que mes blessures m'ont forcé à quitter l'armée, je ne m'occupe que des soins de l'agriculture, doux repos de mes fatigues passées. Ce n'est guère dans le tumulte des camps et dans tes travaux de la vie rurale qu'on peut se préparer des succès littéraires, et je ne m'en suis point promis. Toutes mes espérances se bornent à rendre encore un service important à l'Etat auquel je suis dévoué et à la société particulière dont j'ai l'honneur d'être membre : le roi ne peut que gagner à connoître les serviteurs ïélés et fidèles qui provoquoient son retoiu- par leurs voeux ci par leurs efforts. Quant à l'institution elle-même, dont les destinées sont actuellement accomplies d'une manière irrévocable, elle étoit digue d'être consacrée par un monument plus durable et par des plumes plus éloquentes; mais elle ne pou- Toit recevoir un hommage plus pur que le mien.

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Drtgine des Pfilladelphes. — Le général Malet. — Le colonel Oodet, — Portrait de ce premier chef de k conspiration des Phlladetpties.

L'opinion n'est pas bien assise sur la première ori^e de la société des Philadelphes. Comme celle de toutes les Stociétés secrètes, elle est entourée de ténèbres, et peutêtre de mensonges. S'il faut en croire cependant la plus simple des traditions, qui est par conséquent la plus probable, elle fut créée dans une de nos provinces de l'Est, par quelques amis près de se séparer, et qui voulurent laisser entre eux ce lien mystérieux. Elle n'auroit pas alors plus de dix-hiùt ans de date ; et comme ses fondateurs sortoient à peine de la classe des enfants, il ne seroit pas diflicile de remonter jusqu'à eux. Ce qu'il y a de certain, c'est que c'est dans le lieu où on l'a fait naître qu'elle a obtenu ses premiers développements bien connus,et qu'elle a reçu l'impulsion qui en a fait depuis un des mobiles les plus puissants des grandes conjurations militaires. J'ai entendu parler de ses anciennes constitutions, comme d'un modèle touchant de la législation pieuse qui pourroît s'établir dans une ville d'amis. Il parolt que l'amitié étoH effectivement son premier, son unique objet, et qu'il étoit réservé à la vertueuse ambition d'un homme de génie d'en faire un instrument de restauration, dont l'effet, plus ou moins tardif, étoit du moins inévitable.

A l'époque de l'avènement de Bonaparte au consulat, te général Malet résidoit, comme adjudant-général, dans la ville de Besançon, que les Philadelphes nomment entre eux Philadelplne, soit parce qu'ils û regardent comme

ftS BOUVEKTRS DE I.A RÉVOLUTION.

le berceau de l'inatitufion, soit parce qu'elle en a été longtemps le chef-lieu. Malet ne pouvoit avoir aucun rapport avec les Philadelphes, qui étoient, comme je l'ai déjà dit, de très-jeunes gens, calmes de mœurs, neutres d'opinion, et fort étrangers à toutes les grandes querelles qui divisoient alors la France, quoique fort propres, par leur sensibilité espanâve et la vivacité de leur imagination, à s'en mêler activement. Halet, que l'histoire connoltra peu, parce quil n'a joué sur le théâtre du monde qu'un râle d'un moment, n'avoit qu'une qualité qui l'élevât remarquablement au-dessus de la médiocrité ; mais il la portott k un tel point qu'il y a peu de grands hommes qui ne la lui eussent enviée : c'éloit une inflexibilité de principes, uneri^dité de volonté qui ne se kissoit plier à aucun événement, et qiû réapssoit contre tous les événements contraires, sans aucune acception d'intérêt personnel. Malet, né bon gentilhomme, mais jacobin par principes, car il étoit incapable de l'être par spéculation, s'étoit obstiné dans ses opinions, en raison du danger qu'il y avoit à les professer. Il ne les discutoit jamais avec personne, mais il les établissoit arbitrairement, toutes les fois que l'occa^on s'en présentoit, quelque périlleuse qu'elle fîlt; il les eiprimoit avec -una indépendance si tranchante, et, j'ose le dire, H tyrannique, qa'il laissoit deviner, sous des formes toutes républicaines, un des caractères les plus despotiques et les plus absolus que la nature ait formés. Cétoit un homme sévère jusqu'à la rudesse, d'^leurs plein de désintéressement et d'honneur, quoi que Bonaparte ail voulu en fdre croire, quand il le rappela du commandement de Rome. Il ne tempéroit l'austérité de ses manières &^ea et démocratiques qu'auprès des femmes. Il avoit conservé, à quarante-cinq ans, la prétention de les occuper, et il y parvenoit sans beaucoup de frais, car il ne leur avoit pas même sacrifié la coifTure antique et la toilette surannée de la vieille cour. Elles le recherchoient comme les hommes l'estiinoient, o'est-à-dire, sans l'aimer.

PHILARELPBES. — SOCIÉTÉS SBCRÉTES DE L' ARMÉE. 1 1»

Malet n'étoit peut-être pas ambitieux, intùs il avoit besoin de subjuguer, de dominer l'opinion, d'ëire con^déré, et même d'être cr^nt. La société des Philadelphes, encore timide, et pour ainâ dire ingénue, mais composée d'une soixant^e d'adolescents obscurs, lui auroitàpeine paru digne d'être soumise k cette espèce d'ambition morale dont son esprit éloit possédé, même quand elle lui auroit été connue alors; mais Halet n'avoit pas l'œil pénétrant qui peut deviner dans im groupe d'en&nts ignorés, sur un des points les plus reculés d'un empire immense, tes élément sûrs qui en amèneront an jour la chute et ta réorganisation, n falloit pour cela la perspicacité du génîe> jointe à tout le charme dont la séduction habile peut s'armer ; il falloit le prestige de la jeunesse, de l'esprit, de la beauté, de la gloire ; et te hasard avoit suscité tant de moyens, avoit réuni tant de facultés diverses, et quelquefois opposées, dans le premier adjoint de Halet, je veux parler de Jacques- Joseph Oudet, surnommé Philopœmen. Prononcer le nom d'Oudet devant l'armée fiwicoise, c'est lui rappeler un de ses officiers les plus intrépides et les plus brillants. Cependant son souvenir est perdu pour l'histoire, et je n'espère pas moi-même que ces pages fugitives doivent un jour le iïd retracer. Ce jeune héros est un de ces rares essais de la Providence, qu'elle montre quelquefois aux hommes, pour leur prouver la dignité de leur essence et de leur origine, et qu'elle retire ensuite vers elle, sans en avoir tiré parti, parce qu'ils ne sont pas indispensables à l'accomplissement de ses desseins. Si le colonel Oudet avoit survécu d'un an à la bataille de Wagram, la foce du monde éttùt changée. Hort à Wagram, son court passage sur la terre n'a laissé de traces que dans le cœur de quelques amis.

Jacques-Joseph Oudet étoit né sur les montagnes da Jura, d'une famille d'agriculteurs très-aisés. Il avoit reçu l'éducation d'un homme bien né, et ses merveilleuses dispositions avcnent fait le reste. I^a nature en le fermant, le

ISO SOOTGNIRS DE LA .HÊVOLUnON.

dêstinoit à tout ce qu'il y a de bon et de beau. H auroit été, à son choix, poète, orateur, tacticien, magistrat : l'armée entière l'a proclamé brave ; personne ne l'a égalé en éloquence ; il foudroit l'âme d'un ange pour se &â% une idée de sa bonté, si on ne l'avoit pas connu. Jamais on n'a rassemblé des qualités si contrastées et cependant si naturelles ; il avoit la naïveté d'un en&nt et l'aisance d'un homme du monde ; de l'abcmdon comme une jeune fille senàble, de la fermeté comme un vieux Romain ; de la candeur et de l'héroïsme. C'étoit te plus actif et le plus insouciant des hommes; paresseux avec délices, infatigable dans ses entreprises, immuable dans ses résolutions; doux et sévère, folâtre et sérieux, tendre et terrible, Aicibiade et Marius. Le àècle commençoit avec le despotisme qui a pesé sur nous quatorze ans. Oudet en avoit vingt-cinq, une taille élégante et bien prise, une toumiù« noble et martiale, une figure charmante et cependant énergique, dont le jeu de la physionomie la plus mobile augmentoit encore l'exp^ssion. A cet âge, il jouissoit déjàde la renommée des]«eux. Officier franc dans la Vendée, il y con&nença sa carrière avec gloire; depuis, lieutenant-colonel, ou conune on le disoit alors, chef de batailh>n dans mie brigade fameuse, il comptait ses exploits par les combats où Û s'étoit trouvé; deux fois son bras droit avoit été percé d'une balle ; un bisc^en lui avoit fracassé la cuisse ; une balafre, qui ajoutoità la grâce de son sourire, lui efDeuroit verticalement les deux lèvres : les soldats racontoient ses actions, les officiers conservoîent ses paroles. Renversé à San Rartolomeo par un plomb brûlant, les grenadiers croisent leurs fiiuls pour lui en fiùre une htiëre et le transporter â l'hôpital, a Camarades, » s'écrie-t-il, « que fùtëfr-vousl L'ena nemi est là! » — Si nous n'enlevons votre corps, lui dit un vieux sergent, il restera à l'ennemi.— <r Repoussez l'en- « nemi, d répliqua Oudet mourant, a et mon corps ne lui « restera pas. » — Il échfq>pe à cette blessmv comme par miracle, et c'est lui qui dit, trois mois s^irès, à Bonaparte

PHILADELPHE9, — SOCIÉTÉS BECRÈTES DE l'ARHÉB. Hl

effrayé : a Montre-moï ton visage, afin que je m'assure en- Bcore si c'est bien Bonaparte qui est revenu' d'Egypte K pour asservir son pays.» Vingt traditions du même genre l'entouroient déjà, et lui donnoient une solennité iùstorique, comme à un brave des temps anciens. C'est cependant le seul héros peut-être qui ait gagné encore aux yeux deson valet de chambre. L'habitude d'une grande pensée, te sentiment d'une grande destination, le besoin d'une con^dération digne de lui, t'avoient tellement identifié avec son personnage idéal, qu'il le jouoit naturellement partout. Sa vie privée étoit romanesque sans efforts, théâtrale sans affectation. Il ne se seroit jamais rien permis avec lui-même qui l'eût fait déroger à la dignité d'un homme exposé à tous les yeux ; mais cette dignité ne lui coûtoit rien et ne blessoit en rien les autres : elle étoit naïve et, pour mieux dire, involontaire. C'étoit l'allure de son calactère et de son esprit. Elle ne lui interdîsoit pas d'ailleurs la fkmùliarité la plus communicative, les épanchements les plus aS'ectueux;maisquandtlarrivoitàcepoint, l'âme la plus sèche lui en savoit gré, parce qu'il avoitl'ait âe se fàre homme par complaisance. Cette peinture, faite de souvenir, à six ans et à quatre cents lieues de son tombeau, sera sans doute taxée d'exagération pat le grand nombre des lecteurs qui n'ont pas vu Oudet, m^s ce ne e«Ta ni dans la Franche-Comté, ni dans la Bretagne, ni dans le Béarn, ni dans les régiments où il a servi, ni dans ceux qu^i a commandés.

Je ne prétends pas avancer d'iùlleurs qu'Oudet ait été sans défauts. Il est le seul, le véritable héros demesrécits, et s'il avoit vécu, il auroit obscurci une grande partie des héros que nous offrirons à la postérité. Hais cet amour exalté de la vertu et de la gloire qui remplissoit son flme, ne la remplissoit pas exclusivement. Je dois le dire cepennwit; se9!dëfauts n'étoient pas tels qu'il n'eût pu triompher de chacun et de tous; il y en avoit de certains quil toléwit en quelque sorte, parce quils pouvoient servir à l'ac-

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