‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 35 sur 50 · S43 SOCVENIRB DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

S43 SOCVENIRB DE LA RÉVOLUTION

ration déarée, après l'avoir amenée par de longs efforts et payée par d'inappréciables sacrifices. Peut-é^ un songe heureux les lui montra dans l'avenir, associant sa noble mémoire à la gloire de ses institutions et au bonheur de ses enfants. Il ne devina pas, dans la prévision profonde, mais douce, dont sonAme sembloit saisie, les péniblessecretsqueprèsde cinq ans de calamitésrenfermoient encore pour le malheur du monde ; l'élite de ses compagnons d'armes, moissonnés par la guerre ou trahis par les éléments (kns les déserts de la Russie; l'Espagne jonchée des vicUmes d'une guerre injuste ; la France Hvrée à onc invasion qui menace son existence jusqu'au sein de sa ct- I»tale ; Fabius mutilé sur le champ de bataille par un boolet de nos batteries, et mourant sous la tent« de l'élraoger ; Léonidas et Thrasybule égorgés aux portes de Paris, qu'ils avoient voulu affranchir ; et le dernier, le plus obscur des Philadelphes, privé de la joie d'assister à leur triomphe, et même de la douloureuse consolation do reconnoltre leurs tombeaux.

C'est ici que de vr oit finir ce rédt, puisque je nel'ai réellement entrepris que pour payer à la mémoire du colonel Oudet un tribut légitime d'admiration, et surtout d'aiDÎtié. Mais je ne t'aurois pas fait connoltre assez, si je ne montiois l'influence qu'il a exercée long-temps encore après lui sur les événements et sur les hommes. Cette intention estia seule qui m'Eut animé à écrire, et si quelques autres s'y sont réunies depuis, c'est qu'elles m'ont été inspirées par le sujet même, sansquej'aiepu les prévoir. J'éprouvois un charme que l'enthousiasme seul doit comprendre, à raconter des faits illustres qui honorent le plus cher de mes amis, et que l'histoire n'auroit jamais appris sans moi. Unis dès l'enfance par cette commimauté d'état, d'études et de vocations qui détermine les rapports les plus doux, les plus longs et les plus mémorables de la vie, nous nous retrou' vÂmes partout, dans le tumulte des plaisirs du mondedans le firacas des batailles et dans les hasards plus dao-

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railADELPHES. — SOCIÉTÉS SEGBâTES DE l'abh£b. ItS

gereux des conspirations. Il est resté depuis sa mort ma première pensée, et si ta gloire de Bonaparte, cette gloire d'action dénuée de sentiments, d'affections, de génie peutêtre (et qu'est le génie sans vertu!), m'a jamais offusqué de rayons importuns, c'est surtout, je ne le dissimule point, parce que son éclat factice a obscurci, a éteint celui d'Oudet, dont l'âme supérieure planoit de si haut sur la sienne. Mais dans la succession infinie des temps, toutes les choses du monde reprennentrégulièrement leur place à une époque donnée. Le tyran déchu tombe dans l'avenir avec ses haillons de pourpre et d'or, sans laisser un simple monument d'amour sur la terre; et un cercueil enterré entre deux sillons des champs d'Ebersdorf, dans un trou creusé à la pointe du sabre, excite les regrets des rois, et attire les regards de la postérité.

Ëtat de la France depuis la mort d'Oudetlnsqu'i la seconde complraUon de Halet. — Seconde coniplralton de Halet.

Les victoires multipliées de Bonaparte lui avoient donne dans l'Europe l'ascendant de la force, et personne ne pouvoit le lui contester; mais il lui manquoit un prestige indispensable aux rois, cette illustration du sang qui est plus puissante sur l'imagination des hommes que celle de la renommée. Accoutumé à ne se défier de rien, il osa prétendre, contre toutes les apparences, à une alliance dont la pensée seule étonnera l'histoire, et il y parvint sans difficulté. Son bonheur invariable sembla braver la fortune, ou plutôt sa volonté, toujours serrie par les événements, sembla tenir la place de la destinée elle-même, et disposer librement du sort de la France et du monde, tant la Providence se plwsoit à ^ver sa chute pour la

flt4 SODVnnRt DE LA RÉTOLUnON.

rendre plus mémorable. L'immensité de son pouvoir dé-' mesuré, qui pmirtant ne cesaoit pas de s'accroître encore, fatigua jusqu'à la longue patience de ses ennemis. Les partis de l'intérieur s'hun^èrent peu à peu devant lui comme les souverains; les résolutions les plus énergiques et les plus éprouvées fléchirent sans honte sous on poids que l'univers ne portoit qu'à peine, et toutes les haines s'évanouirent, excepté la haine immortelle de la vertu qui ne sut jamais transiger avec les crimes heureux, qui sirrite au conta^aire et s'affermit en raison de leur prospérité. Philadelphie, sans être tout-à-fait abattue, reconnut l'impuissance momentanée de ses armes; mais elle ne les brisa point devant le colosse, parce qu'elle s'aperçut fedlement qu'il avoit des pieds d'argile et quil ne faudroit bientôt qu'un effort pour le renverser.

Au reste, je ne le dissimulerai point, la société avoit une grande partie de son existence morale dans la pensée d'Oudet, qui l'avoit conçue et qui l'animoit de son génie. A la mort d'Oudet, cette âme puissante qui la faisoil vivre se retira d'elle, et ne jeta plus que de rares lueurs dans les dernières entreprises de ses chefs. Ce sont des Philadelphes encore qui essaient la destruction du gouvernement de Bonaparte ou qui la consomment, et cependant Philadelphie, réduite à l'ombre de son ancienne grandeur, ne participe désormais à ces tentatives généreuses que par ses espérances ou par ses vœux. L'expérience de trop d'adversités a usé son courage et son dévouement, car le dévouement le plus pur a besoin de voir briller quelquefois un faible rayon de bonheur qui le console, et les vertus sans avenir passent les forces communes. Tous les hommes sincèrement attachés à sa gloire qu'elle a comptés jusqu'ici, ont durement expié leurs services : les uns languissent, dans l'exil sur une terre lointaine, et séparés par l'éternité peut-être de tous les objets de leurs affections; les autres ont trouvé la mort sur les échafauds, ou l'ont cherchée dans les combats j et à peine cependant

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PHILADBLPHBS. — SOCIÉTÉS SBCIt^S DE l'abMÈE. Hi lie a pu connoHre, par le bruH passager de leur proscripion, le nom des héros qui se sont dévoués pour elle ; leurs nfortunes se succèdent si rapidement, qu'elles ne laissent ^èreplus de traces dans ses annales que dans celles de a grande société des hommes dont elle a si courageusenent embrassé les intérêts. Elle s'étonne enfin de compter léjà tant de martyrs, et d'en léguer si peu à l'histoire.

J'ai eu souvent l'occasion, en suivant le simple exposé des faits, de fure pressentir une autre raison de l'inertie de la société, dans la supposition de la mort d'Oudet : c'est que la combinaison matérielle de l'institution éloît réglée sur lui, et qu'il possédoit seul le secret merveilleux de sa hiérarchie. Jamais cette distribution n'avoit été ni établie dans une assemblée spédale, ni consacrée dans desconstîtutions écrites. LesrèglementspBTticuliersétoient disséminés dans autuit de sociétés particulières dont il étoit le centre ou le pivot, et qu'il pouvoit à son gré ramener à lui par autant de fils qui n'aboutissoient qu'à lui. Cette organisation est telle que la coocesâon de la censure ne parolt qu'un hommage illusoire, et ne donna la société à Moreau, avec toutes ses dépendances, qu'autant que son prédéce^eur le vouloit bien. Oudet s'étoit donc identifié ^ son système de manière à s'y rendre indispensable : secret très-rare en politique, mus qu'il possédoit mieux que personne, et donton n'a jamais trouvé mauvds qu'il usàf, »• parce que son caractère prétoit du charme au despotisme. Dans beaucoup d'assemblées la nouvelle de la mort d'OU' det fut l'équivdent d'un décret de dissolution : on se quitta les larmes aux yeux, et on ne s'assembla depuis que pour pleurer.

A cette époque se termine sensiblement, je le répète, l'existence politique des Philadelphes. Cette consph-ation temporaire que la volonté d'un homme avoit organisée, que son activité avoit maintenue, que son courage opinJAtre avoit fait triompher de tous les obstacles, s'évanouit avec sa vie et le suivit dans le tombeau; mais la conuno-

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1«S SODVEniBS IHt LA HËVOLUTION.

tion avoit été trop universelle et trop terrible pour ne pas se prolonger quelque temps, comme la rumeur d'un volcan qui s'apaiBC. La dernière conspiration de Malet est aussi le dernier symptâme de cette éruption terrible, qui s'est calmée tout^à-coup, quand les principes qui la nourrissolent s'épuisèrent pour ne se renouveler jamais.

La société avoit passé sous laceosuredeMaletcomraa un peuple conquis sousladomination d'une loi étrangère. Le joug qu'elle n'avoit j amaîs senti lui auroit bientAt pesé, si elle n'eût pas trouvé plus facile de s'en affranchir, ou pluUH de le déposer d'un consentement presque unanime. Cette abnégation, qui auroit été un crime irrémissible quelques jours auparavant, ne paroissoit qu'une suite naturelle de l'état des choses depuis lamortduchef, et il ne faut que se rappeler ce que j'ai dit jusqu'ici des rapports respectif de ce chef et de la société pour comprendre le sentiment qui s'empara de la plupart des esprits. La censure de Horeau avoit été » courte, que la réflexion eut i peine le temps de s'y arrêter, et la volonté d'Oudet vivant la consacroit d'ailleurs d'une manière si solennelle, qu'on put croire qu'on lui obéissoit toujours en obéissant au grand homme qu'il invesMssoit de ses pouvoirs. Le nom de Horeau ajoutoit & ce prestige, et rmstitution, forte encore de jeunesse et d'espérance, jouissoit d'une énerve propre que l'Âge et le malheur font perdre aux institutions comme aux hommes. Cependant la transmisâon de la censure entre les mmns du premier de nos capitaines et du plus itréprocbable de nos dtoyens excita quelque impatience et quelques rumeurs. Quand Oudet n'exista plus, cette impatience se changea en dégoût, ces rumeurs en tempête, et la société, brisée dans toutes ses parties, s'écroula eut elle-même comme une voûte immense dont la def est tombée. La plupart des Philadelphes voyoient leur société, s'il est permis de faire un telle comparaison, rtcc l'ascétisme de Halebrancbe; c'est en Oudet seul qu'elle ré^doit pour euxj et du moment que letin liens ne te

pniLADELPHIB. — SOCtÈTËS SECHÈTTS DB L'ABUËB. Ht

rattachèrent plus à lui, ils les secouèrent sans scrupule. Leurs rapports se rédui^rent dès lors à cette confraternité d'amitié et d'opinion qui avoit fondé l'Ordre dans ses premières constitutions, et qui doit le maintenir à jamais sous ce point de vueentre ceux qui l'ont composé, aujourd'hui que les grands intérêts de la politique ont cessé, mais que les affections douces n'ont fait qu'augmenter de liberté et de tendresse. Si la postérité s'informe d'eux un jour, et que les Philadelphes se perpétuent long-temps dans nos institutions avec la protection qu'ils ont si bien méritée, ils ne seront pas embarrassés du moins à justifier de leur origine, comme toutesles autres corporations mystérieuses dont l'histoire m'est parvenue. Ils prouveront aisément qu'établis dans une circonstance unique pour la délivrance de la patrie, et après y avoir contribué de foutes leurs forces et de tous leurs sacrifices, au prix de leur existence civile, de leur avancement, de leur réputation, de leui fortune, de leur vie, ils se renfermèrent de plein gré dans les amples pratiques des sociétés ordinaires, quand il leur fut démontré que leur long dévouement devenoit inutile au but qu'ils s'étoient prescrit. 11 sort même de cette considération une remarque aussi utile que curieuse, et qui s'est dérobée, à ce que je crois, à tous les historiens des sociétés secrètes, <?'est qu'il n'y en a peut-être pas une qui n'ait eu une conspiration pour principe dans certaines hypothèses extraordinaires de l'état social *, et qui ne se

* Elles en ont chtngé tontes après le «accès, ou après j avoir renonce ; mais II est certain, du moins, qu'il n'y a pas une société setrèie qui ne rapporte son origine à quelque supersllti on qui est la figure p1u9 DU moins altérée d'une eoneplrstlon ancienne. La toclélé des Phlladelphes avolt si bien senti cet Inconvénient, et elle s'étolt constituée Kur des principes si pars, qu'il bt rei^ dans son instltntlon, quand elle passa sous le régime d'Oudet, que son existence politique ne se perpétuerait pas au-deli du goDvemement de Bonaparte. Dans toutes ces assoclBUons fondées sur l'amlllé, i pari celte dontje parle, lepremler mot qu'on fait retentfr aux oreilles d'un adepte est celui de Mitïiwwe, p«it-*ln parce que les lOHtesIn Me l'alnltlé oflUnCe dkM

3i8 SOUVBNIKS Dl LA RÊrOlUTIOK.

soit tournée à l'avantage de la sodété générale, quand celle-ci s'est rétablie sur ses bases naturelles. 11 est de la nature des hommes réunis, comme de tous les éléments possibles, de tendre, suivant leur organisation et leurs facultés, vers un système commun, Bt la jwlitique a, tout aussi bien que la physique, son attraction et son centre de gravité sur lequel la civilisation revient tôt ou tard. Les chefs des Philadelphes, ou, pour s'expliquer plus

M» Blltetloi» MDt les plui durablM de tous, et 11 n'y ■ rien de plot commun dans lea rlU Duconniques. Od croirait quelea bommeaneM MDt tssemblés que pour s'affliger sur des tombeaux, pour déplorer It malheur d'un matlre égorgé par ses «efvlteurs, fouiller des sépulcre), dëterrerdesoedéJAdëpoullléâde leurs ctiairs, et disputer des cadtTni fumaatEauiflamineïdeibAchen.JBSDistTJi-perBuadéque lesadeplei ralionnables des «oclétés que Je désigne géDéralemenl, et qui n'ont aucun rapport avec la aoclété dont j'écrie l'hlsiolre, ne font pas remanier leur orïgine au temple de Salomon, et qnelesmaçoni éclalréa ne croient pas descendre deaTempliers, quoique le nom de leur ibbO' dation ressemble A uns parodie de cet ordre chevaleresque, coDime certaines de leurs cérémonies à nne allégorie de ses malheurs.

Quuit A l'ordre des Templiers d'institution nouvelle, l'ai connais ait moins trois dilTérenis en Europe, qui sont même distincts Jusqu'au point d'olTrtr une opposition asiet irntarqaable. L'une de cf> bsiodations estrondée sur la société des Philadelphes, dont elle recwmoll les signes et les formules; uneaulreaur la maçonnerie, dont elle i pris rattache et qui en perçoit les tributs. Celte institution, dont on connolt très-bien ies éléments et le mobile, a été serrie par des talents très-élcvéa, dont l'Influence n'a cependant pas toamé t l'avantage dt aes progrès. La troisième est une mystification qui s'appuie sur II charte de Larminlus ou sur le billet de la Châtre. Laissons t l'esprit humain les foliea qui amusent sans nuire : ce tont les bonnei.

L'idée dont je suit paiti.â la tête de cette note, me parolt IneoDtettable, et peut servir i la classification morale des sociétés secrètes. Chei les peuples heureux, par la longue influence des institutions ou bien par la disposition naturelle du caractère national, tant qu'elle n'ïst pas réprimée par des institutions contraires, il y a ce que l'on ippetift deselute, des cercles, des colerles, des rénnlons quotidiennes on helidomadalres entre des hommes qni se choisissent et qnl ont besoin it te voir plus spécialement, sans eicluslon formelle des autres. titH les peuples malades, chei les peuples en révolution, qui éprontenl dêa malbenn précaires, il j't des conspiraUons, c'eBt-ft-dIre do ros-

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PHaADELPHES. — SOCIÉTÉS SSCHÉTKS DB I'ARMÉE. HO justement, ceux qui crurent devoir rester en état de conspiration ouverte, quand les Philadelphes commençoïent à douter qu'une conspiration de l'intérieur pût renverser une domination que l'Europe avoit reconnue ; et quand cette domination scandaleuse étoit si bien affermie qu'un ennemi de Bonaparte se trouvoit proscrit partout ; ces che&, généreusement obstinés, qui avoient juré de sauver l'État en dépit de lui-même, ne se laissèrent point gagner

semblementf prérdtrefl Maune les ëTéoeinenU, qae It événements détenainent. tlqui dalveiit finir uvec eui. Cbei les peuples usés sous lears Institutions, et dont les Institutions n'ont pas suivi le monremen' progressif, Il n'y a ni .oteries ni inspirations. Le corps politique tombe de vieillesse, parce que tous ses appuie s'écroulent ; et la iocl été meurt deffiort,con)ine Adam, qui en est le principe et l'image. L'art de régner sur une nation âgée consigte donc A se mettre au niveau de sa civilisation, en évitant les excès en plus et en moins au milie'i desquels celle société est placée ; et sous un roi qui a si admirablement saisi ce milieu dirQcile, toutes les soeiélés politiques perdroient lenrbat.

Au reste, je dots eipiimei Ici ma pensée tout entière j et )e m'y crois d'autant plus obligé, que le seul nom d'une sodété secrète peut sfnlr de prétexte A des persécutions absurdes dans des paya civilisés, dans des royaumes d'Europe, dans des capitales illustres, au dix-neu- >ltme siècle, et après une révolution qol étoit propre à la France, nais qui a tourmenté le mande, et qui devoit l'éclairer. 11 ne faut lamais cbercber de conspirations dans les sociétés très-répandues, parce qu'engénéral 11 n'y a que d'honnêtes gens qui s'honorent asseï pour se réunir souvent et en grand nombre dans le mystère; parce que l'Instinct des sociétés particulières doit tendre à la conservation des grandes ; parce que la réunion de quelques citoyens heureux ne peut jamais être dangereuse pour le roi qui assure leur indépendance et leur tranquillité. On a des preuves terribles que deux hommes, trois hommes, et quelquefois davantage, peuvent s'entendre, se concerter pendant quelques heures, quelques jours, quelques mois peut-être peumne action indigne, pour un crime épouvantable 1 Mais celte cwaplratlon anti-sociale n'est susceptible, ni de s'étendre dans le eombre, ni dese prolonger dans le temps. Toutes les grandes aasemblÉee d'hommes, et celles même qui se sont le plus égarées Oe n'en sic^ple pas une <J, ont fini par revenir i la morale, le crois beaucoup moins ï la société de voleurs et d'assassins de Pascal qu'à la repu* bl^ua d'athées de Bayle. [Note ie Hodier.)

cependant parla langueur générale. Ils se dévouèrent à ta France par une nouvelle entreprise qui pronùt un moment de la sauver.

L'ambition de Bonaparte s'étcût révélée au monde entier, et plus elle étoit imposante par ses moyens, plus elle étoit haïssable par ses résultats : la cause de la France opprimée étoit devenue celle de l'Europe opprimée, et tous les pays impatients du joug commun ne dévoient plus feire qu'une nation pour le briser. Bonaparte étendoit chaque jour son empire immense, maj& îl ne le feisoit point sans multiplier ses ennemis. La ligue des François avec l'étranger n'étoit plus un crime dans cette drconstance ûuprévue et peut-être unique, ou pour mieux dire, îl n'y avoit plus d'étrangers, pour un cœur vraiment françois, que les esclaves de Ift tyrannie qui auroient pu s'obstiner à la maintenir, contre la volonté et pour le malheur de tous. Une guerre sans prétexte, qui n'avoit pas plus l'approbation de la France qu'elle n'aura celle de l'histoire, alloit cependant renouveler les calamités de l'Europe, et porter la désolation dans des pays où notre nom étoit à peine connu; mais cet événement faisoit naître des espérances mieux fondées que toutes celles qui nous avoient bercés jusqu'alors. Il prouvoit que cette manie insatiable dont Bonaparte étoit dévoré, toujoui^ habile à se créer de nouveaux obstacles, toujours prête à se placer dans de nouveaux périls, tendoit à délivrer d'elle-même les peuples quil opprimoit du lourd ferdeau de sa fortune. Cette chance, qui se renouveloit à chacune de ses entreprises, devoit nécessairement le fmre échouer dans la plus maladroite, dans la plus hasardeuse de toutes, et on lie le vit pas s'enfoncer dans les déserts de la Hoscovie, au commencement de la saison la plus rigoureuse, sans deviner que la Providence le poussoit à l'écueil où il ne pouvoit manquer de périr. Smolensk et la Hoskowa proclamoient encore ses succès, que sa chute ne laissoit plus d'incertitudes; ];H%ssentiment mêlé d'une idée affreuse,

PHILADELPHES. — SOCIÉTÉS BBCBÈTBS DE l'ARHÉB. 3S1

trop complètement réalisée. C'est que ce dernier acte du délire inconcevable d'un ambitieux coùteroit le plus pur sang de la patrie déjà épuisée par tant de victoires et ap-' pauvrie par tant de conquêtes.

On n'épargna rien pour s'assurer des disposiUons des souverains dont Bonaparte vouloit ébranler la puissance. Il en étoit un qui se recommandoit dès lors à l'admiration de l'Europe par la modération de son caractère et par L'étendue de ses lumières : cet Alexandre du Nord, dont nous avons reconnu de à près les magnanimes vertus» qu'il est du devoir indispensable d'un François de les avouer; et l'on ne doutoit point qu'il ne répondit à l'attente de la nation, si l'on pouvoit le mettre en rapport avec elle par l'intermédiaire de ses citoyens les plus purs, de ceux qui avoient le droit de se charger de toute sa responsabilité sans en être démentis, des représentants naturels de la France esclave. Le hasard avoît f^t l'un prince, et l'autre proscrit : il les avoit jetés sur deux hémisphères et privés de toute communication apparente, au point que Bonaparte n'en soupçonnoit pas même la pos^ilité. C'étoient Bernadette et Moreau. Il falloît donc établir entre Bemadotte et Moreau, et de ces deux grands capitaines à cet Alexandre, qui étoit si digne de les entendre, une voie facile de communication que le malheureux Lahorie étoit chargé de tracer. C'est à lui que la misMon de la société pour Moreau avoit été remise, et c'étoit pour l'accomplir qu'il vint tendre ses mains aux fers, avec un dévouement encore sans exemple, et demander la commutation de i'exil indéfini qu'il subissoit depuis neuf ans contre un hannissement déterminé dans' les États-Unis, sous l'aveu du gouvernement, qui n'y pouvoit pas voir un grand inconvénient. Soit que Lahorie achev&t ces relations et les amenât à leur dernier terme, soit qu'il en eût encore l'initiative, ce que l'Ustoire aura sans doute beaucoup dt ! peine à expliquer, les moyens pris pour en assurer l'ac" complisseipent avoient à heureusement pourvu à tous les

tfil SOUVENIRS DE LA HÉVOLUTION.

hasards, que la mort même de Lahorie ne le retarda point. Un émissaire qui n'étoît pas plus recommandable par son courage, mais que sa fortune servit mieux, conduisit à sa fin l'entreprise commencée, et ses lettres de créance furent scellées du sang glorieux des martyrs du 23 octobre. Quant à Lahorie lui-môme, entraîné par une circonstance bien imprévue dans la conspiration toute fortuite de Malet, qui le détourna, au moment où U étoit près de se rendre à sa destination, du plan particulier auquel l'ordre de la société l'avoit dévoué; quant à.Lahorie, disais-je, qui connoissoit tous les moyens de destruction dont le gouvernement de Bonaparte étoit menacé, il put mourir sans désespérer de la patrie, et adresser au ciel tes derniers mots de Gracchus ; k Je jette vers vous cette poussière, et a de cette poussière il me naîtra bientôt des vengeurs. »

La conspiration européenne qui reposoit sur l'alliaoct; merveilleuse de deux généraux républicains, dont l'un banni et l'autre roi, comme je viens de le dire, étoîent séparés par tout le diamètre du globe, est le fait le plus étonnant de l'histoire, mais c'est le plus incontestable, at les résultats po^bles n'ensauroient être appréciés.

Moreau arrivoit d'Amérique, environné de tout l'éclat de sa gloire et de tout celui de ses malheurs, U venoit se rejoindre au plus cher de ses compagnons d'armes, à ce Bernadotte qui ne s'est séparé de nous que par le pouvoir, mais auquel les royalistes ne reprochent pas d'avoir été républicain, et auquel les républicains ont pardonné d'£trc prince. Alexandre concouroit à leurs desseins, parce qas les fureurs d'un insensé n'aliénoient point son noble cœuf à une nation généreuse et sensible. Cent nulle François,oii prisonniers, ou exilés, ou fugitifs, se rallioient sous les drapeaux de leurs anciens chefs pour venir reconquérir la terre natale sur l'ennemi commun. Protégés par l'Europe, appelés par l'opinion, et accueillis par l'armée dont ils étoient les enfants, ils arrivoient à nos frontières sous des étendards libérateurs, sous des uniformes fruiçois, le)

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pHaADELPHES. — SOCIETES SECBETE8 DB L'AUIÉE. SSl

mains pleines de lis, proclamant notre roi bien-umé, et le présentant sur leur pavois comme aux premiers âges de la monarchie, à ce peuple impatient de le revoir. L'honneur de nos remparts et de nos foyers étoit respecté, et la France invaincue restoît aussi inviocible. Sa (wtune ne laissoit pas plus de doute que sa gloire.

Qu'arrive-t-ii ? Une glace placée par hasard derrière Malet, laisse apercevoir le pistolet dont il va s'armer. Un boulet, jeté sfins dessein sur un groupe d'officiers, fracasse les jambes de Moreau. Malet est saisi, Moreau meurt; un tribunal légalise la condamnation du premier, un Te Deum couvre l'agonie de l'autre, et la France est envahie. Si la Providence a imprimé sa main quelque part d'une manière incontestable, c'est dans ces derniers moments de nos malheurs politiques.

On doit convenir iô d'un fait, qu'il faudra éclaircir plus tard, dans une histove complète et spéciale de Halet, c'est que le désir d'accomplir sa mission par lui-même, ou par des moyens qui lui étoient propres et qui ne dévoient rien aux autres ; l'impatieDce du malheur, qui ne peut plus supporter sa chaîne, et peut-êtie celle du ctHirage qui ne calcnle jamais le danger; des motifs enfin qu'on ne devine point, mais qui étoient nécessairement nobles; ont hâté sa résolution d'une manière fiineste pour la France et pourlui. Ce n'est pas lui qui a manque^ aux événements, ce sont les événements qui lui ont manqué. Vingt jours plus tard, il sauvoit la patrie et la gloire de la patrie. Cette petite considération prouve peu de chose contre sa pnidencect rien contre sa verto. La postérité le citera àcAté dliamiNwiius et d'Ariatbgilon, qui ne furent pas plus heureux dans leur tentative, et dont la Grèce a long-temps chiinté les louanges à la fête des Panathénées.

Je n'ai eu ni l'intention ni le pouvoir de donner ici de grands iïét^^ sur la conspiration et sur la procédure de Malet, dont on a beaucoup parlé et beaucoup écrit depuis la restauration. Je ne me suis cru obligé à la consi-

16t BOUVENniS DB LA HÉVOLDTIOR.

dérer que sous ses rapports avec la société, dont Halet étoit chef depuis la mort d'Oudet, presqu'à llnsu de cette société elle-même; et les liens par lesquels elle s'y ratta* che sont ta rares ou ù légers en apparence, que l'histoire les (Usceniera difficilement, quoiqu'elle ne puisse guère expliquer la conspiration sans eux. Indépendamment des grands faits que j'ai réunis jusqu'ici, cette procédure même en of&it toutefois de très-remarquables et qu'on ané^igé de recueillir pEur une très-bonne rûson, c'est que le secret en étoit tout-à-f^t inconnu. Les premiers biographes de Halet ont observé, par exemple, que, par une rencontre fort singulière, le mot d'ordre du jour de la conspiration étwt conspiration, et le mot de ralliement révolution. Ce hasard seroit réellement exh-aordinaire, si les intelligences de Halet avec une partie très-active de la force armée de Paris n'en rendoient pas rmson aux esprits les plus difSdles à convuncre. Il fut prouvé dans les débats que Halet s'étoitfaitreconnoltreàcertainsoilîciersdelacohorte par des mots de convention, dont ces braves gens refusèrent obsUnément l'explication au conseil. L'un d'eux affecta, avec beaucoup d'art, une aliénation complète, qui le dispensa de répondre aux moindres questions. Deux autres, sur lesquels on avoit surpris des signes, déjà connus de la police pour appartenir à une société secrète et redoutable, eurent la promesse de leur grâce, dans le cas où ils voudroient en révéler le mystère. On retarda l'exécution de quelques heures; on se servit de tous les moyens de séduction, qui pouvoient être mis en usage envers des hommes que l'intérêt de leur vie ne touchoit point; on leur fît espérer l'avancement, la fortune, le bonheur. Us allèrent mourir à la plaine de Grenelle, et commandèreni l'exécutiOD*.

■ La postérité povrra désirer le nom de «s brava. C'étolenl Ad- IoIdd Piquerai, adJudant-maJor de 1a dlilinie cohorte, menibn de la L^oib4'BoiiDeur ; et LoDlR-Jaaeph l^Avre, lleulmanl dim I) même cohorte, meinbre de la Légton-d'Hoiineur. {Nott di Hoditr.]

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PHILADELFBES. — B0CIÊTË8 SECRÈTES DE L'aRMÉE. ISB Suivant les lois de l'institution, quelques hommes, pénétrés de tristesse, accompagnèrent le convoi fiinëbre de leurs fibres dévoués à la mort. Ils les suivoieni de loin, d'un regard qui e^cprimoit leur douleur et leur impuissance. Malet crut les reconnoltre à un geste, à'un mouvement, peut-être même à l'abattement de leurphyâonomie, au désordre de leurs traits, a Jeunes gens, > leur dit-il, s souvenez-vous du vingt-trois octobre 1 >

Oui, Halet, tes amis se souviennent du vingt-trois octobre! Ton roi, dont tu honorois déjà le caractère, mais dont tu n'as pu connoltre toute la divine bonté, s'est souvenu du vingt-trois octobre : il protège ta femme et ton fils. Les àècles à venir se souviendront du vingt-trois octobre, et ce jour sera consacré sons ton nom, dans la mémoire de tous les citoyens généreux, a Le vingt-trois s octobre, diront-ils, est l'anniversaire de la conjuration la 0 plus hardie, la mieux conçue et la plus vertueuse à la a fois, et cette grande pensée appartenoit aux Pfailadelti plies et à Malet, s

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