‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 36 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Quand j'ai cherché à donner une idée préliminaire de Ib conspiration des Philadelphes, et à caracténser les ser- ^nces de cette société au commencement de mon ouvrage, j'ai dû trouver l'esprit du lecteur peu disposé il recevoir les impressions que je voulois lui communiquer. L'existence de la société même étoit pour lui une chose presque nouvelle, et il n'avoit pas vu sortir de cette première donnée, par des explications extrêmement simples et toujours appuyées de l'autorité des faits, toutes les circonstances de cet épisode, que je ne crois pas juger avec trop de prévention en le regardant comme un des plus intéressants de notre histoire. Maintenant, je sms autorisé du

tSfl SOnVERIBB DE LA RÈVOLUTIOIf.

moins à revenir but les mêmes faits d'une manière plus positive, parce que l'enchaînement sensible des preuves mwales, dont je les ai soutenus, équÎTaut à llnfonnation la plus authentique. I) étoit de ia nature des choses que je racontois de ne pas se soumettre à mie forme de démonstration bien exacte, soit parce qu'elles avoient été enveloppées, pendant quinze mis, d'un mystère indispensable, soit parce qu'il restoit en elles, pour l'homme le mieux instruit, des parties qui ne pouvoiedt jamais se révéler sans une espèce d'infidélité dont je suis incapable, i l'égard même d'une société détruite par l'intention et par le tait, qui ne m'auroit pas muni à& p<Kivoirs exprès.

Il n'est pas question toutefois de recommander cette société à la reconnoissance immédiate et cfwtempiwaine, mais de la nommer à l'histoire et d'en oÛr l^exemple à la postérité. Elle n'a fait que remplir, dans toute, sa carrière, le but d'intérêt public qu'elle s'étoit prescrit dans son institution : dévouée au bonheur des bcmunes, à la délivrance de la patne, et, par une conséquence naturelle, au seul système politique qui puisse en assurer le repos, elle est heureuse de triompher de ses desseins, mais elle ne cherche pas le prix de ses efforts. La plupart de ses chefs sont morts, les autres demeurent ignorés; et ces derniers paroissent bien décidés à ne pas appeler sur leurs noms une publicité dont llmpoeture a souvent usurpé les honneurs : ils aiment mieux le vague romanesque qui les enveloppe, et qui charma autrefois leur imagination, quand un besoin incalculable d'activité détermma leurs premieis rapports, leurs premières entreprises et leurs premieis sacrifices. C'est sous ce point de vue seulement, le seul sous lequel ils puissent être con^dérés par le plus grand nombre des lecteurs, que je jette un denùet regard vers eux, avant d'abandonner leurs vertus et leui» services à l'oubli, qui dévore tôt ou tard les services et lesvertusqui manquent du prestige du pouvoir, ou de celui de la fb^ tune.

PHILADELFHES. — SOGIÉIËS SECRÈTES DB l'AHMËE. 1B1

Les Phikdelphes ne furent, à proprement parler, ni des royalistes, mdesrépublicmns; ce sont de bons et nobles François qui étoient nés, pour la plupart, sur un vaisseau battu des tempêtes, et qui contribuèrent à le mener au port, sans connoitre la carte du paya nouveau poui eux où ils âlloient aborder, et où ils respùent enfin sous les auspices du meilleur des princes. Trop jeunes pour avoir vu avant leur proscription la famille de leurs rois, ils ont aimé t^tte famille dans son exil, ils l'ont pendant long-temps rappelée de leurs vœux, ils l'entourent de leur fidélité. Toutes les idées du cœur, toutes les idées touchantes et nobles se réunissent en elle, pour quiconque a reçu du ciel une âme généreuse «t tendre et un jugement droit. Qu'est-ce donc pour la Société des PhiUdelphes à qui elle garantît la liberté qui étoit leur espérance, i^qui elle promet la félicité publique, qu'un gouvernement paternel doit assurer, à qui elle retrace tant de souvenirs de malheur, et par conséquent tant d'objets d'amour, et, j'ose le dire, de culte? Les affections qui lient une âme sensible à la cause de l'adversité deviennent une religion !

Les Philadelphes, sortis d'une source ignorée, ont cou- ' vert le globe, et ils n'y ont jamais été connus par une action équivoque. Ils ont conspiré contre l'ennemi des hommes, et ils ont respecté jusqu'à sa vie !

Ils ont donné le premier exemple d'une conspiration continuée très-long-temps, qui a compté une foule de martyrs sans compter de traîtres, et qui a survécu à tous ceux de ses membres qui pouvoîent se sauver en la sacrifiant. Aujourd'hui même que ses formules anciennes ne sont plus que le talisman d'une féerie détruite, elle les garderoit encore avec un scrupule religieux, parce qu'elle s'est tait une habitude inviolable de les ûmer pour les idées qu'elles représentent.

Elle est illustre par ses enfants, ou soldats ou citoyens; elle s'honore des plus hautes vertus militaires, du courage civil le plus dévoué. Moreau, Malet, Oudet, Lahorie

ISS BOUTEI4IB8 DE LA BÊVOLCTION,

lui appartiennent. Pîchegru devoit lui appartenir trois jours plus tard.

Des Philadelpbes qui nous sont connus par approûmatJon, quatre ou cinq mille ont péri glorieusement sur les ctiunps de bat^le, un grand nombre dans la misère et dans la proscription; du ou douze se sont suiddés, ou parce qu'ils étoient parvenus aux dernières extrémités du malheur, ou parc« que leur dévouement étoit essentiel & la conservation de l'ordre ; cent vingt, au moins, <hiI ' monté à l'échafaud.

Quant à moi, champion inconnu et sans globe, quoique souvent blessé dans la mêlée, je leur ai survécu, comme cet Otfaryadas, qui resta le dernier du combat des Spartiates contre les Messéniens, et qui, avant d'expirer, se trouva la force d'ériger un monument à ses frères, et d'y tracer la fameuse inscription de Simonide : Passant t va dire à Lacédémone que nous somme» mort» pour ses satntei tml

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