‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 38 sur 50 · REAL · texte numérisé non relu

REAL

Parmi les gens du moud^^qui fréquentent les .oohles salons Kbéranx de la ntHivello France, il n'est, personne qui 08 se souvienne d'y w>otr. remwi^ué un vieitlmd plus que septuagénaire, d'une ttûlle moyenne, mats bien priEe, d'une toilette modeste, naais propre et soignée, d'iiae tournure encore virile et^juelquefois sémiliantej qui ne rappeloH en rieH la cadueité de Tàge et les orages de la vie; d'une figure peu régulière, mais qui avoit été agrénble, et qui l'étoît entxwe à force d'expresûon; coiffé de beaux cbevetix blancs qu'on «mieroit à vingt ans, et armé d'un regard bleu, lueide et transparent où n'avoit '^mms cessé de briller tout le féu d'une ardente jeunesse.

Quand le dlnertiroità sa fin, et que la «HiversatioD, excitée par le Champagne et le plaisir, devenoit toul-icoup générale autour d'une table splendidement servie, dont j'ai vu feire les honneurs par une des plus aimables et des plus jolies femmes de Paris, sinon par la plus aimable et la plus jolie (madame Coste), une voix souple et ferme, sonore et bien accentuée, s'élevoit d'ordinaire, domînoit toutes les autres, et finissoit par captiver l'attentjoo des plus distraits. C'est que ce n'étoit plus une causerie vague et souvent insipide pour ceux mêmes qui

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'Ti font les fnôs; c'ét(Htane narration spirituelle, animée, tramatique, riche sans digressong, pleine sans verbia^, irudite sans pédantisme, et polie san» afféterie, dontl'atxaît paioisscùt d'autant pius piquant aux écouteurs que l'historien avmt presque toujours été un des principaux personnages des séries qu'il raoontoit. Or ce n'étoit pas là de ces scènes vulgaires auxquelles la vanité seule d'un homme prévenu de son in^rtance peutsupposep (jnel' que intérêt, parce qu'il imagine sottwneut que le reflet de son nom couwira la-pauvreté de eoD récit. C'étoit du grave, du grandiose, du terrible. Tou$ Jes acteurs imposants de la rév^hition y jouoient-leur râle, depuis les tribuns sanguinureS' qu'avoit faits la populace jusqu'à l'immortel empereur qu'avoîent f^t les soldats; et voilà pourquoi, lorsque cet homme avoit fini de parler, on gardoit quelque temps le silence, comme pour l'entendre encore- Cet homme, c'étoit le vieillard.

Le vieillard, c'était le comte Real.

Le comte Réal^ c'étoit ie fils d'un garde-diasse de Chatou, qui lui.avoit donné l'-éducation requise pour devenir f^ocureur au Chitelet.

Ce procureur au Cb&telet avoit fait son chemin. On l'a- Toit TU avocat, puis accusateur pi^lic près le tribunal du 10 août, pois historiographe de la république Irançoise, puis commissaire du gouvernement au département de Paris, puis conseiller d'Etat à la section de la justice, puis préfet de police de l'empire, et comte par-dessus tout cela. Je ne suis pas de ceux qui le blâment d'avoir mt»du trop vite à l'hameçon d'or de la forU)ne;'>r.iq)p&t.étoit frïand, l'exemple étoiteimtAgieux, et je sais quelque*-uns de nos Gracques àjla btt'be- en alêne qui. a'y mettroient certainement pas {dUs de faC(Mi en pm'eille iurconstancc. L'hi^ire d'un événement et d'une époque, c'est l'histoire dé toutes les époques et de tous les événements. Haisj'auroisatteoâu davantage de la vocation d'un noble caractère, et tout jeune je dépioroia souvent avec amer-

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914 fiOUVSniRS DB LA RËVOLUTIO». !

tume la dérection dont Real me sembloit coupable emm son propre talent. Je me souviens d'avoir exprimé un jour ce regret à Chénier, qui faîsoît rarement des calembours, mais qui n'^moit pas Real, et qui sai^ssoit avec plaùsîr l'occasion de lancer un trdt mordant contre ces transfuges de la liberté, â nte embauchés au pouvoir : a Que veuituî ditr-il en me frappant sur l'épaule, Réat réalise. »

Bton intention n'est pas d'ailleurs de considérer l'homme politique dans H. le comte Real. Qu'est-ce qu'une opinion î qu'est-ce qu'un rôleî qu'est-ce qu'un caractère politique! Un habit h la mode du temps jeté sur de pauvres automates que le jeu des drconstances fait mouvoir; une carmagnole de 1793 qu'on retourne, qu'on reteint, à laquelle on attache des basques, sur laquelle on brode des palmes ou des étoiles, dont on répare le délabrement, dont on rajeunit la vétusté sous la bigarrure des rubans et la splendeur des crachats, sauf à troquer un jour ou l'autre tout cet oripeau de friperie contre la ftemière amulette venue, au choix de la populace, moyennant un juste retour, comme ces marchands ambulants qui vendent les vieux galons. Les philosophes qui étudient rhonune dans ces sottes mascarades sont dignes d'étudier la femme dans les poupées des marchandes de modes. Il n'ya rien là de ia nature hummne; et c'est une grande consolation pour les esprits nobles et sensibles qtà ont médité sor sa destination, et qui se sont &tt une autre idée de sa dignité.

Ce qui constitue l'homme aux yeux de la raison, c'est la raison; c'est cette faculté intelligente qiu le distingue presque seul des animaux, et Spînosa, moins matérialiste qu'on ne le <3oit généralement, en avoit follement conclu qu'il n'y avoit de résurrectible dans l^mme que le principe intelligent dont il ne concevoit pas plus que moi llnh possible destruction. Ce qui constitue l'homme, c'est sa^ tout la bienveillance, à laquelle Spioosa n'a pas peusé, et qui est le plus essentieUement immortel de ses él^

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ments. Tous les deux ont échappé jusqu'ici au scalpel de la dissection et aux analyses delà chimie. Je ne pense même pas qu'on les ait cherchés à l'amphithé&tre ou demandés au creuset.

J'ai déjà dit que Réal avoit été avocat ; et je m'explique, avocat en matière criminelle, ou, selon l'expression fort exacte et fort reçue de son temps, défenseur officieux. Je crois avoir dit ailleurs qu'il avoit porté, dans l'exercice de cette glorieuse profession, un talent digne de la couronne civique, que je le plains d'avoir échangée contre la couronne de comte. C'est donc de cet avocat, dévoué au service du malheur, et non pas de ce comte enchaîné à la clientèle de la prospérité^ que je me propose de parler aujourd'hui. Réal, c'est l'avocat.

Après le ministère des sages qiù font du bien aux hommes quand ils en ont le pouvoir, il n'y en a point de plus auguste que celui du citoyen généreux qui consacre sa noble vie à les protéger et à les défendre; c'est même en sa faveur que penchera l'avantage, si on lui lient compte, comme on le doit, de l'abnégation de son dévouement et de rincertltude de ses privilèges. L'autorité et la bonne foi, l'indépendance et l'inviolabilité, droits moraux et sacrés dudéfeuseur, deviennent illusoires sous toutes les tyrannies, et n'empêchent pas Malesherbes de porter sa tête à l'échalaud de Louis XVI. Si Réal s'étoit avisé de la grandeur de cette destinée dans les cinq ou six siècles de jours qui composent le règne sanglant de Robespierre, à une vertueuse émulation l'avoît appelé à partager les période Ghauveau-Lagarde et de Tronçon-Ducoudray, s'U avoitdéployé à disputer aux bourreaux l'innocente existence des proscrite, les ressources du zèle louable et sublime encore qui l'anima pour les proscripteius, sa carrière eût été moins longue, sans doute, ou sa vieillesse du moins ne se seroit pas écoulée dansles loisirsdorésdel'opulence; mais son nom resleroit enveloppé d'une gloire plus durable et plus pure : car il ne lui manque pour cela, ni cet

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lAS SOUVENIRS DS LA nËVOLDTIO!(.

art de la parole qui enbralne et domine les esprits, ni cette chaleur d'âme et de sensibilité qui est le génie des hommes éloquents. C'est Useule chose que j'aie àdémontrer maintenant; le reste de la biographie de Real appartient à l'histoire héraldique de l'empire, et je n'irai pas le chercher là.

Hais il faut, pour le conddérer sous etX. aspect, le seul oublié, le seul mémorable de sa longue vie, rétrograder avec OMH de (dus de ,quarante ans, et s'en rapporter à mes souvenirs, dont quelques esprits défiants, ou mal servis par leur propre nature, ont souvent suspecté l'infaillibilité, La ménxHre, qm est certainement une des facultés les plus commune^ de l'homme, et dont personne n'a plus le droit de tirer vanité que de la délicatesse 4'une ouïe sensible ou de 14 portée d'une vue pénétrante, n'a l'apparence d'un phénomène que pour ceux qui n'cmt pmnt de mémoire^ les autres comprennent à merveille comment les perceptions d'une enfance vive, déjà exercée par le collège à s'approprier les faits les plus indifférents de l'histoire morte, et avidement curieuse, lùnsi que cela est propre à cet fl^, des faits bien plus extraordinaires qui animent sous ses yeux le drame de l'histoire vivante, ont pu laisser de. {»of<H)des traces duis la pensée même du vieillard. Qilant à moi, je n'ai point d'autres souvenirs, et le dégoût du piésent, qm s'est accru avec mes années, a dû fortifier en moi l'habitude instinctive de vivre dans le passé. C^tte époque seule se reproduite mon imagination sous des traita brillants et pittoresques,. parce «(Ue les atganes que je possédois alors étoîent doués d'Ane aptitude et d'une naiveté qu'ils ont perdues, mais dont>BBJmpre$âons se renouvellent encore qaeltpielbis en téa^niseeiKes tugitives. Et comment se seroient-elleseatiètenwiitauéuilies, ces premières Notions de l'enOuit, puisque je n'ai jamais entretenu mon esprit d'autre chose depuis les jouis de désatMisement où j'ai reconnu-que, hors la.vie de l'enfant, il n'y avait rien dans notre vie qui valût la peiae de

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ivre . C'est que pour lui tpus les f^ts soat des spectacles ;t toutes les illusioDS des réalités; c'est que Texpérieiu:^ l'a pas encore soufflé devant ^n prisme un quag^ terne it grossier ; c'est qu'il n'a jamais soulevé le cîdeau. de la ;o[né(lie et démêlé l'artiâc^ de&jniséralilâa m^luQes qui 'éblouissent de lausse^ meCTeifles. Map errei\r s'est éranouie, comme s'éva^uit I4 sieqiierlQi:s^ej'ai vu,de ^s les peuples etlesjois et le mp^4^^a>ais je iiig^s.lil|lté4e la ressaiar aussitôt que j'^i g|i co,Qa|PÎl^., qu'elle ^3(al()it mieux que la vérité, l'tà uoui:;^, j'ai.jç^f^ssé le pf^gf. qui m'avoit du moins agréableiDent.tf(>pa|^,^t jemeiSuia conservé enfant par dédaîa d'être îwmijaQ. .yo^à>)ie secret de ma mémoire et de mes livres. . ^ .. ;

Au reste, aucun des fragments que j'ai.détachjéç ifiia à' tour du long journal de ma vie n'a «ut» une épreuve glus dilHciie que celui-ci; aucuQ n^a^yu^l^ epuctitude-recoonue p^r, un témoin ptus,(Ugi^tie^j^Jt,.^é^,g'é^oit cru obli^ d'^MCcer autceÇais - ci^ntie /o^ jei^ome» ^e^ rigueurs, .légi/ûoes peut^e,mai^tqH^ft:^e^pi^jiég^, et dont l'exagération inouïe p^j-spu^voit pe^rt^ÛiKwaent s'expliquer par mon importance poUlôipjë. l^ séatimeat de juavvaise humeur qu'elles i^'aypj^çt4nsp^À ^ vingt reprises difierentes s'étoile^tiëre^'^a^^f^M^ depuis M*^!)!» ans, car de toii^ mes soavemi^ .<! J^'j eo '^ p(^t. ^e j'oiitblie aussi vite , que cçjui du, w^ qu'oniA^, l^t. C^epdant j'avois rabattu quçfqu£,£^^.4^ ff^% eutboi^sâ^^nu d'enfant pour H. Réàl> et, de pe)ir.(ie,jqa^ trpuyer;capal>le de le h^ encore en;pen5ant à Inifj'f^vt^ gi;ifi le pi^ç^ philosophique de n'ïj^plus rDeaàei; 4(i t^i, tpi^nd f>p» des lencoQtrçsdont j'ai,paiiléeBf»)ji)me9jS«Qtnoufi Réunit i la niém$,tai)Ie et dans l^,méine cçiiver$ation. Comme le dénion de l^.r9nci{De'.,ne S^v4 j^il^ais, ses .d/;qit5 sur nos àmeg impari^tes^ je m'^vis^i d&n^i venger d'une manière assez. piqu9#o,,çil, I^i,.|)ro^vant que .l'écolier .moffesHt envers le^lil avoit djéployé tant î&mairesflf^tiei é(pit !i!(Ksmè(ii|e,«ii„ide9.|Jus fervents . ai^tipsat^ims ^#oq,|a-

ST« SOUTENIRS DB LA RÉVOIUTION.

lent. Ce que je vms écrire, je ie racontai avec des dét^s de localité plus spéciaux, plus mînutieus, plus insfdsissableSj qui ne pouvoient avoir d'intérêt que pour Im ; faisant revivre dans une nomenclature Mêle les juges *ies accusés, les témoins, reprenant le fil des débats avec leurs incidents, leurs indses, leurs interruptions, leurs péripéties;rattachaiit les dét^s aux fûts, les ^y^onomîes aux personnes, les inflexions aux paroles, et, pour couronner mon rédt, abordant ses pltùdctyers par î'exorde, en ferme disposition de les pousser jusqu'à la péroraison, à sa surprise m'en avoit laissé le temps, a Par quelle fatalité, dit-il en me prenant les mains, ne vous ai-je pas revu quand je fus adjoint au ministère; car aux jours dont vous parlez, vous étiez, sans doute, auprès de moi î — Parce qu'aussitât que vous fUtes adjoint au ministère, lui répondis-jé en riant, vous me fites mettre au cachot, » Des dix ou douze personnes très-notables qui asàstoient à c^ entretien, U n'y en a qu'une aujourd'hui qui ne puisse plus en attester les circonstances. On juge bien qu'il finit là, et je conviendrai, tant qu'on le voudra, qu'il ne devoit pas trouver place ici, car je ne crois pas avoir jamais écrit une anecdote plus personnelle et plus insignifiante; mtds j'y ai été contrmnt jusqu'à un certain point par les chicanes obstinées d'une critique soupçonneuse qui ^t de ma mémoire un être de raison, pour se dispenser de me croire. Il est évident, en effet, que si ma mémoire me sert mal, ou qu'elle ne soit qu'une causeuse mensongère apostée par mon imagination, il faut bien se garder de me lire : car c'est cette faculté sycophante que fait tous les frais de mes historiettes. C'est la seule que je me reconnoisse, la seule par conséquent que je sois intéressé à défendre contre les objections sceptiques de mes détracteurs; et ils savent à merveille que s^ils étoient parvenus à m'en déposséder, je serois tout-à-fait réduit i rien, moi qui leur ai fait depuis long-temps un amiable abandon de toutes lea autres propriétés de l'esprit, pour

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en jouir excluâvement k leurs risques et périls. Je suis forcé d'avouer qu'ils n'abuEent pas de ce privilège.

Après cette large digression, qu'on est libre de prendre pour une préface forjetée, je vds essayer d'entrer eo

Les bourreaux de Nantes étoient fatigués. La Loire ne sursoit plus à submerger des cadavres. L'opinion publique, 8^ en restoit une, se révoltott peut-être contre un massacre domestique exécuté, dans les murs mêmes de ta ville qui les avoit nourris, sur les plus purs citoyens. Quoi qu'il en soit, Carrier, embarrassé pour la première fois de cent trente-4eux têtes à couper, se crut obligé d'en faire un hommage-lige au tribiuial révolutiomidre. Le pourvoyeur de la mort avoit cependant pris ses précautions pour abréger le voyage des proscrits ; la fusillade les »ttendoit k Àncenis et la noyade à Angers ; mais les exécuteurs manquèrent de résolution et trompèrent sa prévoyance. Les cent trente-deux, entassés dans des diarrettes, les membres liés et la tête pendante connue des animaux qu'on mène à la boucherie, furent dirigés sur Paris, où il en arriva quatre-vingt-quatorze ; les trente-huit autres moururent en route, s'il n'en mourut davantage ; car deux ou trois enfants, qui étoient nés pendant le trajet, fuient présentés avec leurs mères au registre des écrous. Le récit que je fais là n'est pas un épisode inventé par quelque romancier atrabilaire pour noircir l'histoire des cannibales ; c'est de l'histoire de France, de l'histoire imprimée, de l'histoire officielle. Voyez le Moniteur.

A cet événement s'ouvre la noble carrière oratoire dont Real devoit sortir trop vite. Une loi d'expiation avoit rendu aux accusés le droit de se faire défendre, qui leur avoit été enlevé par une loi sacrilège. Real fut nommé défenseur d'office, et peu de causes plus Justes et plus toucbantea

«18 aOCVENIRS DE LA nEVOLUTIOU.

oDtjaiaais récUiïié l'«f^ de,l'â)<(qiWQce. P-oari1i«Hieur du pays, elle n'pâ'rit à l'avocat que l'oa^sioa siàtile de se saisir sans dtfiiculté d'un succès sa^agltiir^, Entre te jour de la noise^çn accusation de^^antaUf\t le jQUB de Icjur jugement, une ère nouvelle avoit commencé pour la Ftynce. Robespierre étoit mort, et les écbafauds de la terreur s'étoient abimés sur lui. Le peuple social, le peuple civilisé, réveillé de sa stupeur, demwdoit vengeance des assassins qui l'avoient djédmé en' TOcAa de ^nx-ai» ; la Convention, déjà jugée. parl'ojBniwk.ponténiptfrainfif comme elle le sera pai'L'av^nîr^ne'SQnibioita'obs^iàiâvloi^r sa souveraineté «iét^llantb qaJaotaBt qt}{fMe.;eD «voit besoin jKiDr s'aSranehiréetaiit&MAdaritéaweo'etuc, et pour amaster sur l^ivs téteatlee OHmes^iiiiïlle'avoit permë et ceui. qu'elle avoit comuiaadéstinbomâiaÀeBâehi Vendée n'facitoient |>lua qu'une, exâeration unanime, et Ja tribune résoonoit encore de ces «a^tiùfiqtmpuo^ es Legeodre^ que j'ai rappwtéeS' ailleï^ «OBonie.ile tiMidèle effrayant d'une hyperbole à laquelle ia raieair fài.^çii»», parce qu'elle n'a rien de tro)k aa^ésé pûur leauist : « Les voyjtgeuea de mer n'o$ent.w.souiiKiti» au IsifiàtoB du tro[Hque, de crainte d'ètie bslgttéS'itaas le sang de leurs ])arents. » Quand les infoFtunés.:daDt!Je parltusjae présealèrentau tribunal pour £tre coadaujoiés, la voix piAlique les avoit at»ous ; ils gagnèrent les banquettes des ivictimes au milipu d'une nuneur tâojHipbide, et^y:asaioent«i accusateurs. LearAleséteieql'Cbwigés^iwfornidBeiidinaires subverties; onauroitcruipi'jUjEKiâJspoaUioQiiiacBfiutuiiiée de \st salle d'audience avoit placé, iMturLlRcfvewfàre liins. les juges à la barre et les acGuséS au. prétsin^lCeRtoniutatien ne setoit souvent que jualîce dans të& {irocte p6&tiques.. , . ■ -, . .<;■. a', m - ■

Je Iç répète., les honocablea ibaettons , d« . R6«l Jurent trop aisées à remplir. PbiJi)^ Tronjolly,:U« des pcévenus, homme de sens et de cœur, qui se seirvoit habiteinent de la parole, eut tous les bonneurs du plaidoyer, ou plutAt

du réquytotre. Il n'essaya point dé se défendre, soin que le temps s'étoit cbd,Tgé de rendre superflu ; il attaqua, et la hache sous laquelle Carrier l'avoit poussé lui ût raison de Carrier. . , , -y-'

Ces premiers dét^ls, empruntés aux journaux du temps, car je n'en avois par moi-même aucune oonnt^sance, ne figurent ici qu'en qualité de préHnûnaires, puisqu'on ne voit pas que la procédure des Nantis ait contribué à mettre le beau talent de Real dsns son véritable jour ; mais ils composent l'introduction nécessaire d'un autre drame qui laissa plus d'essor à son éloqaence; J'ai déjfi dit que l'absolution de TconjoUy et de ses coaccusés exprimoit assez sensiblement la condamnation iropliùte de Carrier et de son comité révolutionnaire. Ce quir^toit à régler ne paroîssoit [Jus qu'une affure deformaiité, dont la solution définitive appartenoit au bourreau. C'étoient les témoins des premiers débats qui montoient au banc des prévenus, c'étoient les prévenus des premiers débats qui venoient se ranger av, banc des témoins. Real seul étoit resté à sa place pour prêter aux coupables un secours plus pénible et plus courageux que celui qu'il avoit offert aux innocents ; admirable ministère de l'avocat, dont la sollicitude, presque providentielle, ne manque à aucun malheur, £t qui peut dire de lui comme ce personnage de Térence im/e suis homme, et rien de ce qui intéresse l'humanité ne m'est étranger.

Pouf la première fois, depuis que les crimes des hommes sont dévolus à la justice des hommes, l'épouvantable programme de .l'accusation écrite pâlit devant les faits plus Épouvantables encore que révéla l'instruction orale. Pour la première fois, les récrimiwUions .mêmes d'une haine légitime, ^^e par des blessures qui s^gnoient encore, furent réâuit£s à rester au-deseous de la réalité. C'est qu'il n'y avoit point d'expressions, daps les laides les plus riches en amplifications monstrueuses, pour peindre les forfùts de Carrier et du comité révolutionnaire de Nantes.

S7t SODVENinS DE LA BÉVOLtTION.

Le TOl, l'assassinat, l'infanticide, la brutalité obscène qtd souille ees victimes avant de les sacrifier, la dérision féroce qui les insult« quand elles ne sont plys, toutes les frénéàes révoltantes de la tage et de l'anthropophagie qui s'assouvissent sur des cadavres, ont des noms; il fallut en inventer de nouveaux. Le dictionnaire du comité révolutionnaire de Nantes n'avoit pas été prévu; il auroit effrayé Satan.

Ceci seroit trop cruel à raconter. On devinera, si on peut le deviner, ce que je n'ai pas la force d'écrire, ce que c'étoit qu'un mariage républicain, ce que c'étoit que la noyade exécutée au moyen du bateau à soupape, supplice ' encore inconnu que la pudeur badine du comité déguisoit sous le nom de baignade par un barbare euphémisme, et que cet abominable Carrier appeloit en plmsantant la dêporlation verticale : figure un peu forte, selon moi, pour la portée de son esprit, mais bien digne de l'infernal instinct qui lui tenoit lieu d'àme. C'étoit le cas de dire, en changeant quelque chose k la fameuse saillie de Gcéron : Babemus facetum camificem.

Tous les crimes étoient démontrés jusqu'à l'évidence. Ils étoient tous avoués. Il est difficile en effet d'assassiner à la pleine clarté du soleil dix ou douze mille personnes (le nombre juste est resté indécis), de les faire mourir mille fois dans des tortures pires que la mort, sans autre formalité que celle du supplice, et de ne pas laisser quelques traces de ces exécutions sanglantes. A défaut des hommes, les flots de 'la Loire auraient parié. Il n'y avoit point de batelier qui n'e&t touché de sa rame des corps inanimés, point de pêcheur qui n'eût ramené des membres mutilés dans ses filets. Le système tout entier de la défense reposoit donc sur des Fécriminations véhémentes qui n'avoient pour objet que de déplacer celui de l'accusation : les acteurs immédiats de la tragédie se prenoient au comité révolutionnaire, qui se prenoit k Carrier par la voti de Béai; Carrier se prenoit à la Convention nationale, qai

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se prenoit au con^ de salut public par la voix de Lecointre; le comité de salut public se prenoit à la volonté souveraine dupeuple; et tel étoit en réalité le cercle épouvantable où avoit poulé l'histoire de cette démocratie regrettée, qu'on ose nous présenter encore aujourd'hui comme un objet d'espérance et comme im gouvernement de progrès, tant les vieilles sociétés sont pressées de finir d'elles-mêmes I

La Convention jugea convenable de rompre dans ses mains cette chaîne de pourvois menaçants, et la néces»té de son propre salut la rendit unanime une fois pour la proscription d'un complice. Cinq cents votants proférèrent dnq cents votes d'accusation, sur lesquels deux seulement furent mitigés par des réticences légères, celui de Bourbotte et celui de Bernard de Sdntes. Collot-dllerbois, Barrère et Billaud-Varennes, qui avoient à long-temps fermé les yeux sur les attentats de leur émissaire, qui les avoient ordonnés peut-être, n'usèrent pas envers lui d'une indulgence qu'ils étoient à la veille de réclamer pour euxmêmes; ils l'envoyèrent au châtiment avec la môme impassibilité qu'ils l'avoient envoyé au crime. Quant & ceuxci. Carrier n'avoit point de récusation valable à exercer contre eux. Il étoit jugé par ses pairs.

En fusant descendre l'instigateur du comité révolutionnaire de la chaise curule à la sellette, Real venoit d'opérer une révolution radicale dans la position de ses clients. Il falloit toutefois savoir profiter de ce triomphe, car assez de délits individuels et spontanés restoient accumulés sur la tête de chacun d'eux pour appeler les vengeances de la justice. Nous allons le retrouver; mais jetons auparavant un coup d'oml sur le spectacle que présentoit alors la salle des séances du tribunal révolutionnaire.

Tout le monde sait dans quelle classe de la société se recrutoient les comités révolutionnaires. Ce n'étoit certainement pas dans celle des ouvriers probes, laborieux et capables, qui se recommandent à l'estime publique par

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