‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 39 sur 50 · G SOUVENIRS DE LA EÉVOLUTION · texte numérisé non relu

G SOUVENIRS DE LA EÉVOLUTION

leur aptitude et par leur conduite. Les révolutitHts modernes, qui se disent toujours faites au bénéfice des capacités, a'dtoutissent jamais en résultat définitif qu'à Me passer Le pouvoir dans le« Hiaifls de la médiocrité inuiiorale, intrigante et factieuse. Quelques ,«ncie;is propriétaires, appauvris par le vice et dépouillés pai; l'usure, uo plus grand nombre de jeunes gens livrés. à tous les excèj qui dJTUtissent l'âme, dégradés de leur adolescence par des passions, gc^sièreSj stimulés par. l'ardente soit de ces seiisations nouvelles, qui ne ^irouve|itqufidaasle«eicèj et qui ne s'achètent qu'à forée d'or ; une multitude i&nambrable enfin de piolélaires làclic^, paresiseux et. dépravés, sans goût conune ^ans intelligence pour le traviul, et qui ainuuent inieu:^ tre^nper lcuf.pdn dai^s une mare de ato^ que de l'arroser de quelques sueurs : voilà ce qui composoit en général le personnel d^.cet^^ctature à vingt mille têtes, sous laquelle la France au pillage haletoit de douleur comme une ville prise d'assaut : voilà ce qui couiposoit en particulier le personnel du cofnité révoIutionnaiK de Nantes, un triageodieux des plus violents. et des plus pervers dans le plus. vil rebut d'u^e population. U falloit vaincre un mouvement -d'épouvante pour les regarder. Pour arrêter quelque. t«mpsL£es regarde sur euXj il allait vaiijcre. uaraouveuK^tde dégoût ,

Quatre ou cinq accusés tout au plP& se distinguoienl cependant du rçste..pBr.ides Jtormes.jH'eeque buniaiDes- Carrier étoit procureur,. et &rolté, par cooséqu^at^ de quel* ques idées de l'administrat^in^t des lois. On pouvoit juger, à la plupart des dépositi(>n^ que^sj^vb^it^e. h<^ituEl avoit été jusque-là aussi iotSjiLe que ses .ntt]^ics; mais il sembtoit prendre à tâche, et uon sans des efforts quelquefois sen^bles, d'éviter devant le tribunal cette phraséologie de corps-de-garde et d& mauves lieu, ppur étaler ) la place de méchants lambeaux d'bi^ireTomaine et des bribes aratoires d'assez mauvais goût, volées m Jairnol it la Montagne et à la tribune des Jacobins. Le notaire Bs-

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chalier afRactoitcleB OMnières posées, des réponses courtes, pleines de cavité «t de mesure, des inflexÙMis douces et pénétrantes; et il se retrandioit contre la ve^konsabiltté deses actes derrière sa réputation vraie ou faussa de tolérance et d'humanité. Chaux extialoît la fougue de son caractère en impKHiisatioa& véhémentes, qui blessoient rarement les règles de la correction et qui s'élevoient de tempsen tempsà unefspàped'éloquence, Qoulin.le pnncipal meneur^UchevilJs ouvrière du comité, ne manquoit pas d'une certaine puissance de facnltés ou d'organisation. Il exprimoit le plus souvent avec une netteté froide des idéesqu'il savoit enchaîner avec logique et présenter avec habileté, quoiqu'elles ne produisissent pas toujours l'effet qu'il en avoit attendu. C'est ainsi qu'il essaya iuutilement de justifier les massacres de Nantes par les massacres de Paris et de s'envelopper avec ses complices,du manteau d'impunité qui couvroit lesseptembrigeurs.

L'auditoire ne répondit à son apostrophe imprudente que par une longue rumeur d'indignation. Les septembriseurs n'y étoient plus, ou bien ils avoient d^ changé d'opinion dans l'espérance assez fondée de frapper incessamment d'autres victimes.

Le plaidoyer de Carrier, fort important comme document historique, puisqu'il prouve jusqu'à l'évidence que les horreurs commises dans la Vendée étoient le fait des comités de gouvernement, ne fut d'ailleurs que le plus pitoyable des liMix communs oratoires. Il y répète sa phrase banale des lauriers changés en cyprès, qui tratnoit depuis trois mois dans les clubs et dans les gazettes; il y parle en grande pompe de ses combats et de ses victoires, quoique llnstruction eût démontré qu'il n'avoit paru sur le champ de bataille que pour fuir, et donner à l'armée l'exemple honteux d'une déroute panique sur un cheval qu'il n'avoit pas pris le temps de brider. Il se compare au JBune Horace qui assassina sa sœur; il compare les prêtres au caprdioal de Lorraine qui bénit L^'quebuse de

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Charles IX et les poignards de la Sunt-Barthélemy, sans -ftenser que cette érudition grotesque ne repose que sur des fictions de comédie, et qu'elle se feroit siffler des en^ fants dans les basses classes du collège. En un mot, ce discours auroit été Et faire rire s'il n'avoit pas fait finssonner; mfùs Carrier s'étoit précautionné contre la critique. LTndîgnation le sauvoit du ridicule.

L'orateur de la journée, ce fut Real, et sa tâche n'étoit |)as aisée. Il défendoit Goulin. Bien convaincu quH e^ saîeroit inutilement d'atténuer des fdts dont une grande ville tout entière avoit porté témoignage, il s'étendit habilement sur les crimes non moins exécrables qui les avoien,t provoqués; il déplora cette fatalité irrésistible des guerres civiles qui excite les fimes les plus étrangères aux escèsi enchérir sur les forfaits d'un ennemi en ne croyant que les punir ; il rappela les époques trop multipliées de l'histoire où de pareilles fureurs avoient été lavées par l'amnistie, et, chose bien plus étrange, honorées par des récompenses publiques ou sanctifiées par des religions ; il s'arrêta enfin au moyen capital que la Convention nationale venoîtd'admettre en accusant Carrier, et il tira de cette déclaratioQ solennelle la preuve que les massacres exécutés par sffi clients n'avoient jamais été que des actes d'obéissance passive. Quelle indépendance, quelle spontanéité pouvoient rester aux fonctionnaires du peuple, sous l'omnipotence d'un tyran altéré de sang qui n'apparoissoit parmi eux que dans les accès de la rage, le sabre nu k la main, la menace et le blasphème à la bouche, les traits renversés par l< colère et demandant des victimesî II falloit mourir peutêtre plutôt que de se soumettre, et laisser l'accomplissement d'un afireux devoir à d'autres assassins qui se seroient présentés en foule. Il rt'y avoit pas un égout àNanles qui n'en eût vomi. Mais ce qu'on exige de ces infortunés sans éducation, sans principes, sans noblesse d'âme, toatinuoit Real, c'est la plus haute des vertus de l'homme en société, c'est cette abnégation sublime de la vie qui est li

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dernière épreuve du courage civil, et dont la suite des siècles offre à peine quelques exemples, en partie relégués au rang des fables. £st-il cependant un code chez les nations qui punisse de mort l'absence, le défaut d'héroïsme? En est-il un qui punisse de mort l'assassinat involontaire qu'une main captivée par la violence a commis innocemment? Le bras que l'on force Et frapper n'est pas plus criminel que le couteau. En est-il un qui assimile à i'assas&înat l'homicide froidement exécuté devantle peuple par l'impasàble agent de la justice? Non, sans doute. La loi a pris soin de le qualifier elle-même d'homicide légal. L'homicide peut donc être légal, et quelle légalité que celle des volontés inResibles de Carrier, qui étoit placé, selon l'opinion générale, par les propres termes de son mandat, au-dessus de toutes les juridictions et de toutes les lois! Cet argument fut développé avec plus d'adresse et de talent, car j'ai senti en écrivant que rex[»ession n'étoît pas toujours fidèle à ma mémoire, altérée aujourd'hui par de cruelles souf^ances. Il étoit d'ailleurs ingénieux en ce point qu'il sembloit satisf^re à toutes les convenances de Û cause. On ne pouvoit réellement invoquer avec pudeur, en faveur des membres du comité révolutionn^re de Nuites, que l'inviolabilité du bourreau.

ftéal n'avoit pas renoncé toutefois à l'espérance de ramener quelque intérêt sur les accusés. S'il s'étoit cm obligé pour leur salut à les dégrader du rang de l'homme, il sentoit pourtant qu'il n'auroit pas fait assez pour leur concilier l'indulgence et la pitié, s'il ne parvenoit aies distinguer des tigres par quelques facultés morales et quelques émotions généreuses. Goulin avoit été le secrétaire de ce malheureux Phélippeaux, qui dt entendre te prenûer d'inutiles paroles de tolérance aux ravageurs de nos provinces, et qui paya son dévouement de sa vie. Cette circonstance lui fournit un épisode de sentiment et d'action auquel il n'y a presque rien à comparer dans les plus beaux mouvements de la parole : « J'avois pensé, dit-ib &■

tia EODTBIIIIIS DE LA BÉVOLUTlOIt.

« faire compurottre id en témoignage la veuve de Phé-| clippeaux; mais le reEpeotneax. attendr^eraent ^e a m'inspire son infortune m'a détourné de «e projet. Non, « citoyens ! Goulin, dût sa propre esistence.en dépendre, a n'a pas voulu forcer la veuve de PhéUppeaus à cona templer ces funestes gradiosoùtout réveÛ^Ie^sdaveuir « d'un aSreux sacriâce 1 N'est-^e pas là, en flffeti qu'étoit « assis Danton, l'Hercule de la liberté? U, Cantille Desu moulins, cet ingénieux La Fontaine de la^révolulioa, « qui en auroit été' le Taoitet et Ut* k;FéaalQn,Je las u Casas de la Vendée, le vertueux PJbiélip$«3qtfs,ï Rassurea toi, Goulin, tu n'entendras pas lea^pétaisçeakents, ta s ne verras pas les pleurs de sa baSBoe l iBsppellea (oi plubHces jours glorieux où tule ^unoisiW'QHnbal, « pour y acheter la paix par la vtctoiretJjUitte^is,^8^ t'ea a souvient, comme vous vous enfsetmiesiswriL)^ pool de a Ce des moyensde rendre le repos: et le bonheur à ces u belles jCOQtrées désolées par la guecre,, las. br^^ds a embusqués derrière les roseaux .et ies aitees du rivage a vous assaillirent d'une décharge de mousqueterie. Vous a répondîtes à cette lâche agcesàoa en chuitant l'hymne « des HarsoUois. 0 Goulin 1 quand tu peas^^s ^ir le pont (I de Ce, n'oublie pss de chanter à la ntémoii^ de Phéu lippeaux l'hymne de la reconooissance et de l'amilié. ■ J« ne me r^ipelle pas le nom de cette figure de rhétorique par laquelle l'orateur semble anticiper sur le résultat infaillible de son discours, en le transportant pv une prévtûon hardie au nombre des événements acç^mpUg, et je ne l'ai prcrfwblement jamais su; mais j'aurois. bien de la peine à croire qu'elle eût jamais été Amenée avec plus d'art et employée avec plus de goftt. On stvti.à ft'ei) pu douter, que le succès devoit y répcmdre, .:!,:■!

Entre autres artifices oratoires que.j'aufois pvt à^paieT dans ce beau plaidoyer, j'en citerai un qui. no^KBOrparolt pas moins bien conçu, et qui estencore plus (bamatîque; j'ai dit (pie Itéal avoit cherché h dis^per les préventions

:... rttAl. ttl

Iropjâgitimes qui naissoient de l'accusation, en ramènent l'esprit' dies aucliteucs. sur des idées, douces et des senti-> ments naturels. Goulin, le, cruel Goulin, n'étoit pas encore assez éloigné de la jeunesse pour que personne ne se souvint d'avoir vu éclater en lui quelques dispo^tions vertueuses et ipielques affections touchantes. 11 s'empare de tous les détails de ce genre qu'il a pu recueillir et qui servent à son dessein, il les développe, il les interprète, il les amplifie sans doute, il les invente peut-être ; mats l'illusioD qu'il a. voulu produire ne trahit pfis ses espérances, elle gagne les spectateurs, lesjjiges, les prévenus eux-mêmes qui s'étonoeat de pjeurer. Ému de V^inotion qu'il excite, il y cède à son tour, et d'une voix entrecoupée il peut à peine articuler ces parole^ : u Sa tête fut ^Kall^ée, a son zèle aveugle, ses actions insensées et farouches, a mai^iSon.cççtir étoit pu^!JçJ^^e quq Gpulin estun « homn^ de bien I » Au méniQ ijistant, ui^>dps accusés se lève heps de lui-même, c'est Callop, contre qui les débats n'ont fourni aucune charge,, et dont l^ç dé^steuient du ministère public a déjà proclamé l'innocence. Il fond en . larmes, il tremble, il balbutie, il s'écrie en sanglotant : « Goulin est un homme de bien ! c'est mon ami, c'est un « honnête homme, c'çst mon, ami! Je le coonois depuis (I neuf ansj il a élevé mes enfants^ : c'est un honnête a homme, c'est mon ami ! Tuûï-moi, mais ne lei,tp$z pas! a Sauvez, SEUivez Gouljn ! » L'attendrissement est.universel et s'étend jusqu'au b^ic des jurés. On en voit quelques-uns frémir et se détwirner pour essuyer leurs yeux. « Citoyens, reprend Réaî avec l'accent de la conviiDtioji, <■ sQQ^-cel^ des hommes de sEmgliB

Si l'on a égard à la mauvaise nature des hommes qui furent mis en œuvre dans cette sc^ne, on n'y v<i$s&, selon toute apparence, qu'une adroite qoqitùna^^^àtrale; mais il faiU convenir, quoi qu'il en soit, que l'avocat y fut mervdlleusement servi par le poète. C'est la machine qui opéra le dénouement.

itt sonrEnnis de la néroLimoii.

L'absolution des membres du comité révolutionnaire de Nantes parut dès lors aussi assurée que la condamnation de Carrier. Leur sécurité devint si complète, qu'ils firent ordonner les apprêts d'un superbe festin chez le premier restaurateur de Paris pendant que les jurés étoient encore aux opinions. Deux places y restèrent vides. Avec Carrier, le tribunal avoit envoyé au supplice Pinard et Grandmaison, dont les efforts de la défense n'étoient pas parvenus à atténuer les crimes. Grandmaison étoit convaincu d'avoir présidé à toutes les noyades, et on avoit vu ce monstre faire voler à coups de sabre des mains palpitantes que de malheureuses femmes, que de pauvres enfants élevoient vers lui à travers les planches mal unies du pont, au moment d'être submergés. C'étoit aussi sur les femmes, sur les enfaotSj sur les vieillards chargés d'années et d'infirmités que s'exerçoient les lâches fureurs de Pinard. Celui-là, mùr à vingt-six ans pour des attentats qui ibnt frémir la nature, marchoit à la suite de l'armée républicmne, comme l'ange de la mort, avec lequel sa laideur robuste, la férocité de ses traits et la couleur basanée de sa peau, sous laquelle couloit un sang africain, lui donnoient quelque fantastique ressemblance. Aussitât qu'un village, presque désert, qui venoit d'être un champ de bataille, restoit derrière le vainqueur, on entendoit hurler Pinard qui s'avançoit k demi nu, et brandissant un sabre déjà sanglant, parmi des monceaux de cadavres, pour épier quelque reste de vie sur des fronts pâles et dans des yeux éteints, et pour égorger les blessés, 11 pénéteoit ensuite dans les maisons, massacroit le malade i son lit d'agonie, l'orpheUn dans son berceau, la jeone mère sur son enfant, et s'emparoit froidement de tout ce qui pouvoit tenter sa cupidité dans leurs dépouilles, car c'étoit son héritage. Un instant après, l'incendie se déclaroit à la fois sur dix points différents ; la flamme couroit de toits en toits avec la violence et le bruit de la tempête, et elle ne cessoit de marquer le passage de Pinard, qui ne

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liùssoit jamiùs d'autres adieux à ses domaines, que lorsque tout étoit consumé.

Carrier marcha à la mort en proclamant son patriotisme et aoo innocence. Pinard, qui devoïtla subir avant lui, se défit tout-à-coup, par une secousse brusque et vigoureuse, des deux exécuteurs qui Taccompagnoient; puis, courant au proconsol, la tête baissée comme un taureau furieux, il l'en firappa dans la poitrine et le jeta sans connoissance et presque sans vie sur les degrés de l'échafaud. Quelques minutes après, ceux-là éloient devant leur juge, et les autres s'étourdissoient de leurs remords dans l'ivresse d'une orgie.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que le tribunal ne punit dans ces misérables que des intentions contre-révolutionnaires dont je les tiens pour complètement innocents. S'ils n'avoient été qu'assasàns, comme leurs complices, on les auroit acquittés. J'ai montré ce qu'étoient les crimes de ce temps-là. Voilà ce qu'étoit sa justice..

Real soutint dignement, deux ans après, la renommée que cette cause lui avoit acquise, dans une affaire non moins célèbre, celte du fameux tribun Gracchus Babeuf, jugée à Vendôme par la haute-cour nationale. Il y parut, comme à la première, véhément dans l'attaque, adroit dans la défense, heureux à démêler les parties fôjbles de l'accusation, heureux à déduire de chaque fait des explications quelquefois un peu forcées, mais auxquelles il savoit prêter une rare vraisemblance; pénétré d'une cpnviction ardente, qui n'excluoit pas la mesure et qui deve-noit bellement sympathique à force d'être naturelle ; aussi fertile en expédients ingénieux et en effets préparés d'avance qu'habile à en cacher l'artifice; en un mot, spirituel et prudent jusque dans l'abandon, entraînant et passionné jusque dans le raisonnement, et sûr de se faire écouter avec faveur, même quand il étabiissoit un principe qui ne pouvoit être admis par personne. Cette procédure lui fut cependant moinsavantageuse que l'autre,

9S4 BOOTBinnS SE LA «EVOLtjnOK.

parce quil y agissoit aw une matièra moins m&tléable et moins docile, et qu'il n'avoit pas pu imposer à ses cUents le système radiapensable dans leipirf il dévoitBe renfermer pour leur salut. De ces deux hommes de fer qui représentoient la conspiration, Babeuf et Darthé, le prenùec s'obstiuolt à noyer ses théories fanatiques dans une phra» séologie âtsUcUeuse et confuse qui n'inspiroit que l'ennui et le déliât; le second,' qui n'avoit rien & gagnâr à la controverse, parce que sa vie passée portoit de cruels témoignages contre lui, s'était, en quelque sorte, placé hors des débats, en affectant, sur les questions qui le touchoient de pius près, une tacitumité insouciante et brutale. Entre ce déclamateur d'inutilités prolixes, qui lisoit pendant cinq heures sans reprendre hideine, car il ne savoit heureusement pas parler, et ce muet volontaire, qui s'étoit retranché dans quelques monosyllabes màossades, ou par crainte de compromettre sa tâtej ou par dédain de la défendre, on cosçoit que Real ait été assn' occupé à réprimer l'intempérance vert>euse cte l'un, et ^4 stimui» la paresse inconvenaïUe et systématique de-l^tre. €etle difficulté de iposittOQ miiût nécessiÂrentMit à l'élan «fan orateur qui av6it besoin dea'idenfifler étroitement avec m cause pour se communiquer et pour le répandre, et c'est à cela sans doQte qu'il faut attribuer le mauvais succès de

* Un jeune écrivain qol à lalseé, en monranl h Tfngt-neuf un.dci travaux de critiqHe et d'blgtoln dlgaei dB' U {j^at hAlte'MtftiM, et dont la place mtera,ltMig-t«n)ptvldt,diiuni)^ltttlfralw*>iGli. Labitte, h parlé dans la Revue fiu Deux-Honda, da lajulu 13^1, d«ii^ portrait de Real, et II a ivoDslgné dans aon analyse critique, A propM dupaMBge ci-^aearfoB, un renseignement que noue crojon» a«TOirr(!prodiriro :

■ Parmi let dïtaiti il cutem qatl donne sur U proeâa de Babeuf, M. Kaiiw, dlL Cti. Ubitte, ■ parlé de IUrtbé,|Ca,hrouctis bean-Mn de Joseph Letton, qui a laissé dans le Hocd de si terribles souTenlrs. et qui eeal flit condamné & mort avec Babeuf, comme »pbtn de i» doctrines odituset «mire ta propriété, dont le Movenlr n'eit pn en-

Au reste, les débats dt, ce procès ont. été imprimés si amplement et sous une Tonne » bien approfuiée ft TintanssaUe battologie du piincipol acxusé, que je craindrois de tombée aux yeux de mes lecteurs dans de^ redites aussi vicieuses que les siennes, en me tralnantseçyilement sur les détails d'une analyse. Il a même fallu, pouf me décider à revenir sur l'aspect le .plus extérieur de cet épisode de notre histoire, et à redemander h ma mémoire quelques-uns des traits qui eji caractérisent le mieux l'étrange phy^onomie, que j'y tusse en quelque manière forc^pïï le désir de changer d'émotions en changeant de tableau. Les scènes sanglantes de la Vendée ne me suivront du.motQS pas ici^j^ousallons passer de l'eiçécrable pratique dçs as^asÀns à d'exécrabl^ théories de soiphistes, qui ne se sont pas, ^ce, m ciel, développées; dans des act«s, et qui laisseront aux races futures plus de pitié que d'horreur. Ce que les égorgeurs de la. patrie ont exécuté en 1793^ Babeuf st ses t^Sd^^l^ rêvwent peut-être pour l'avenir ; m^ais ce. cm^e de leqr pensée n'a pas été servi

core éteint. H. Nodier assure que le silence absolu 4e Dnrlhd conlrasla i l'aïuUeiwe avec l'iDtarlasabls (aconde de. Betieur.' Dai'llié, pourtant, avoit projeté uiu répaïue qu'il devait lire au trtbunnl et qni est demeurée Inédite; elle a pour titre : Danhi, fatriote de 89, aux ré^blieaim iti frira et à tet jugtt. Le haeanl a rais l'aui^raphe entre nos mains ; il n'a pas moine de doute poses. En voici un nourt tragment : ■ Je n'ensjanuis .pt) penser ^ue J'aurois été sriêlé commeen-

• nemi d'une rétolutlen qui fut dans met principes, avant qu'elle ne

• fût mémeparvenueuu point d'anévit'r.tou^^pècede despotisme...

■ J'ai maintenant vingt-huit ans ; j'ét ud lois ;^ droit A Paris A l'époque

■ de la révolution... Je for^i, ,ayec les généreux baliitants de cette m ville, l'hMel des Invalides que le lyran avoit désigné conune l'arae-

■ nal4ea annea qui dévoient inunolertes ennemis de la révolution.

■ Kler.de l'arnie que.j'y avole enlevée, ]e marchai à la.conquéte de ta

■ Bastille,.. Je lus emBloyé dans les détachements envoyés pourpn»-

■ léger le« convois de fArJne qui vanolent approvisionner Paris... J'ac-

■ compagnal les patriotes qui marcboieut .contre Versailles, repaire

■ infâme de brigands Gontra-révolutlounalres..- Ces occupations

■ sans relâche allérérent ma santé ; je tcnnt«l malade et ie retonmai

• dansmabmille... AiiivéASaini-Pol, mon paysnalal, mes première

gge SOUVENIRS DE LA BÉVOLVTIOK.

comme l'autre par les événements et par 1^ bourreaux. Il n'a fait couler que de l'encre, et, chez un peuple raisonnable et humiûn, des douches auroient suffi à le laver. Cétoit trop peu à cette époque, où les sensations poignantes de la révolution avoient blasé toutes les âmes, où ta France, nouvellement émancipée de ses tyrans, s'étoit apprivoisée avec leurs jouets odieux, en s'accoutumant à les regarder sans terreur, et où toute comédie politique paroissoit insipide quand le dénouement n'étoit pas sanglant. La perfectibilité, qui marche m vite, nous épargnera probablement un jour ces énormes aberrations. Il faut seulement qu'elle nous donne auparavant deux choses qui nous manquent depuis long-temps, et sans lesquelles la société n'est qu'un coupe-gorge à la merci du plus fort et du plus pervers, des institutions et des moeurs : quand nous en serons là, il fera beau s'occuper d'utopies ; il n'y aura plus de danger.

Les gradins de l'accusation présentoient donc k Vendôme un spectacle infiniment moins repoussant que celui

• soins furent d'y propager la haine des tjrans et l'amonr dn peapk

• En 1791, mes compatriotes me nommèrent membre delà munlcipat li té régénérée... Secrétaire du district, memlH«dn directoire du FÛa-

• de-CaIftis, J'eus l'bonnenr d'être do nranbre de ces patriotes qe'va

• appelolt maratlsteB; je signai unedénonclaUon contre le traître R»-

• land, et toutes les adresses contre le tyran Capet... Quand ]'eus étf t envoyé comme commissaire pour le recrutement des trois cent mllte

• hommes dans le district de Honireull, quand J'ens été envoyé ua

• troupes du Nord lors de la tratilson de Dumonrles, la ConTKitioo

• nationale déclara que J'avois bien mérité de la patrie... Après quel-

■ quËS autres miaeiiine, Potier, accusateur public, étant malade, le

■ représentant du peuple Lebon me força, malgré mon refus etiepen

• d'usage, à remplir cette place. Mon patriotisme reconnu, plulAt que

■ mes liai sons ai ec le représentant, me firent nommera ce poste, que cr Je remplis pendant deux mois avec ta justice et la fermeté républi-

■ catnes... Ma conduttes'est-eUenn seul instant démentie F, J'ose din t que non... Je braverai donc les haines particulières des tûistocralci

• qui ont toujours vu en mol un ennemi gênant, il est vrai, mais qui " de voit l'être... ■ Telle est l'autobiographie de Darthé. «

(ffofe it Véiiltw.)

i,iertb,Goo^li:

BÉAL. tB7

qii avoit tourmenté les yeux et la pensée dans la procéaure du comité révolutionnaire de Nantes. Le corps du délit ét^iît un songe effrayant, il est vrai, mm qui s'étoit évanoui sans laisser de traces au réveil de la publicité. La plupart des accusés n'étoient pas même escortés sur les fatales banquettes par ces souvenirs qui aggravent, de l'habitude constatée des crimes accomplis, l'intention d'un crime avorté. Babeuf lui-même n'avoit pris aucune part aux excès du régime révolutionnaire. 11 avoit été h^ de Robespierre ; il avoit dénoncé Carrier.

On devine assez ce que je pense de Babeuf sous le rapport politique, et le sentiment quil peut mlnspirer dans son rAle extravagant d'homme d'État et de lé^slateur ; mais on me feroit tort de supposer que je suis déterminé dans ce jugement par quelque préoccupation de parti. Je suis, s'il plaît à Dieu, assez avancé en expérience et en r^son pour comprendre toutes les folies d'opinion dans le même mépris, et toutes lesfiircurs d'opinion dans la même antipathie. Depuis que je vois s'élever sous vingt bannières différentes des hommes à principes absolus qui veulent régler le monde à leur gré, sans égard à l'état encore indéfmissable où les révolutions nous ont mis, et des hommes à formes violentes qui se flattent, dans leurs rêveries cruelles, de le gouverner par la terreur, j'ai eu le temps de prendre ceux-ci en haine et ceux-là en pitié. La devise de l'écu et la couleur du drapeau sont, de leurs entreprises ou niaises ou féroces, la diose qm m'occupe le moins.

A considérer en lui l'homme littéraire, j'ai déjà &it pressentir que Babeuf ne méritoit guère plus d'intérêt. La surabondance inextricable de ses idées sans méthode et sans netteté, ou plutôt des lubies vagues et confuses qui lui en tenoient lieu, le rendoient tout-à-fait incapable d'improviser une phrase bien faite. II avoit certainement plus de &cilité comme écrivain, mais cette facilité déplorable n'est qu'un vice de plui dans les gens qui écrivent

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