SS SOUVENIRS DE LA RÉVOLUTION
mal. Ses nombreux écrits enchérissent encore sut tous ceux des tribuns de son espèce, et il n'en manquoit pas alors, par une verbosité incorrecte et rebutante, qui ne laisse ni vivacité à la pensée, ni prise à l'attentioEk incapable de soumettre ses hallucinations vagabondes aux règles de la plus ^mple logique, il perd à tout moment de vue la question qu'il s'est proposé de tnùter, pour s'égarer dans des digressioufi Jmttiles, et il ne sort de celles-ci que pour tomber dans des digressions nouvelles -qui l'élùgnent de plus en {^us de son sujet, jusqu'à coiqull l'ait totalement oublié. Cette absence complète de méthode et de raisono^neAt, qui est le plus sûr critérium auquel oa puisse reconnojtre un fou, ne prouve pas, comme on sait, le défaut d'imagination, et l'imagination étoit en effet la fàcuM dominante de Babeuf; m-dia elle ne s'étoit développée dans son intelligence imparfaite et malade qu'au préjudice dujugement.
La moralité de Babeufn'auroit pas été non plus exemple de reproche», à l'on pouvoit s'en rapporter au témoignage des biographies contemporaines ; et la défense avtHt peu de parti à tirer de ses antécédents, s'il est permisde parler leur langage. Mais on sait ce que valent ces imputâtions,>quiu^d (^es sont proférées sur la fosse d'un ruaiheureux que.rppinit)n et la loi ont frappé. La calomnie oe risque rien à étw -inexorable quand elle marche à la suie du bourrewù st il- ^^ ^^^ssi prudent que généreux de hù renvoyerla plupart des diffamations qui poursuivent jusque dans le tombeau les victimes de nos troubles civils. Aucun nuage ne s'éleva pendant le cours des débats sur la probité de Babeuf, et cette circonstance est d'autant plus remarquable dans sa vie, que jamais la pauvreté n'a mis les principes d'un père de famille à de plus rudes épreuves- Ce qui ]& distingua, même entre les autres accusés, qui rcunissoient presque foutes les mêmes qualités à un degré fort émineat, ce fût une expanàon ardente et passionnée, une sincérité capable d'aller jusqu'à l'abnégation, et qui
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e faisoit conscieace du moindre détour ; la fermeté mlexible de volonté, qui fait tea grands hommes, et la rési- [nation à la mort, qui fat ies héros et les martyrs. S'il l'étoit pas possible de se défendre de l'impatience et de 'ennui au débit disgracieux de son intermùiable verbiage, 'énergie de sentiment et la puissance d'âme qui éclatoient le temps en temps au milieu de ses divagations accablantes, éveillèrent plus d'une fois l'admh'ation, et il est probable qu'il seroit parvenu sans peine à maîtriser son auditoire dans de pareils moments, s'il avoit su ménager ses ressources avec une sage économie, dont la nature ne lui avoit pas donné le secret, Quant au délitqu'il s'agissoitdo prouver, et surtout de punir, c'étoit, je le répète, un de ces crimes qui ne sont justiciables en bonne police que de la médecine philosophique, le cauchemar d'un républicain atrabilaire, la monomanie d'un sophiste. Babeuf étott un publiciste insensé dont il falloit briser la plume, un énergumène inquiétant dont il falloit réprimer le fougueux apostolat, un homme à enfermer entre quatre murailles avec les égards et les soins que l'humanité prescrit toujours : ce n'étoit point un homme à égorger.
Darthé ne paroissoit avoir pris à cette conspiration ébauchée, qui se résumoit en pamphlets et en affiches, qu'une part assez passive ; mais il étoitle beau-frère du cannibale Joseph Lebon, il avoit été le secrétaire de ses commandements homicides, le meneur de son épouvan* table tribunal, l'assassin d'une province, et tout maniféstoit dans ses traits, altérés par des veilles sanguinaires, dans sa phy^onomie de béte fauve, dans son silence brutal et obstiné, quelque chose de la réprobation de Ctùn. Ce n'étoit pas pour les forfaits qui avoicnt plongé Ârras dans le deuil et dans la désolation qu'il étoit mis en jugement, mais c'est sur eux qu'il fut jugé. Le présent le compromettoit à peine, le passé le condamnai ^'^ '^ passé est implacable pour les méchants. Quoi qu'il arrive, il oc perd jamais ses droits sur eux.
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Ici, contre l'ordinwre, llntérêt le plus sympathique ne s'attachoit pas, dans l'auditoire, aux principaux accusés. Il s'étoit pris au-dessous d'eux à des hommes plus im[K>sants par le talent ou plus recommandables par leur caractère. Germain n'étoit qu'un ofBcler obscur, nourri, dans les conciliabules des Jacobins, d'opinions exaltées et d'espérances ambitieuses. La première hnpression produite par son ton farouche et hautain, par ses bruyants emportements, par s^ accès de colère convul^re, et surtout par cette espèce de laideur morale plus facile & comprendre qu'à exprimer, et qui résulte plutôt de l'ensemhle que des détails dans la figure de l'homme, ne lui avmt été nullement favorable ; mais il en étoit autrement quand il sortoit de cet état d'uritation passagère pour aborder à tête reposée une question sérieuse. On étoit étonné de lui trouver alors une logique nerveuse et serrée qui n'avoit plus rien de l'allure désordonnée des passions, et qui n'admettoit dans une méthode facile de raisonnemenls bien enchaînés qu'autant de mouvement et de chaleuf qu'il en faut pour donner de l'autorité à la parole. S«s idées, qui se pressoient sans se confondre, s'éaonçdeni toujours avec clarté, quelquefois avec éclat. Les preuves sembloient naître à son gré pour fortifier les propositions; les conséquences jaillissoient si vivement des fwts, les inductions se formuïoient si naturellement dans l'esprit des assistants, qu'à l'instant où elles leur étoient offertes, il n'y avoit personne qui ne crût les avoir prévues. Des allusions spttltuelles qui n'étoient jamais forcées, des âtations savantes qui n'étoient jamus pédantesques, des figures vives et singulières, mais amenées avec tant de goût qu'elles frappoient sans étonner; des mots de l'âme qui n'annonçoient aucun apprêt, et qui n'auroient été que simples, s'ils n'avoient pas été sublimes ; tous les ornements dont l'art des rhéteurs enseigne inutilement, l'usage, ti que le génie seul sait employer sans étude, relevoient encore, comme une riche broderie, ces magniÇques impro-