REAL. S
visations, et Germain en fit entendre dix dans )e cours de lit procédure. Germiùn étoit éloquent, le plus éloquent peut-être, après le colonel Oudet, de tous les orateurs de son époque. Je ne citerai de lui, non comme un des morceaux remarquables de son plaidoyer, mms comme le plus court et le plus propre à être isolé sans perdre beaucoup de son énergie, que cette apostrophe au délateur Grizet, qui s'étoît flatté devant le tribunal d'avoir mérité la couronne civique par sa dénonciation : a. Non, Georges « Grizel, tu n'auras pas la couronne civique ! Non,.Georga « Grizel, tu n'auras pas la couronne d'épines 1 Ces cou- . a ronnes appartieiment aux victimes ! La couronne qui a t'est réservée, à toi, c'est la couronne de houx, celle (t qu'on mettoit à Rome sur la tête des esclaves pour les « vendre quelques deniers de plus, s — J'y ajouterai seulementces dernières paroles de sa péroraison, qui n'occuperont pas plus de place : a Au reste, qu'ù-je à craindre ? « Tout mon lang n'est-il pas à la liberté 1 et qu'importe le a jour où j'en verserai la dernière goutte pour elle î J'ai « choisi cette destinée pour la liberté. Pour la liberté, je a l'accepte I Vivant, elle n'auroit pas eu de plus ardent « défenseur; mort, elle n'aura pas eu de victime plus a dévouée, n
Il étoit impossible de niieux louer Héal qu'on ne l'a fait en lui attribuant la harangue de Germain. Malgré mon .idmiration souvent exprimée dans ces pages pour le beau tftlent de Real, \e ne saurois admettre cette suppositionj elle ne seroit fondée en vraisemblance qu'autant que Germain, étranger aux débats, aurbit attendu l'heure de la plaidoirie pour étaler son éloquence d'emprunt, et c'est ce qui n'est point arrivé. Les débats lui ont souvent fourni, au contraire, l'occation de se livrer aux mêmes élans et de développer les mêmes facultés d'une manière tout à fait extemporanée, puisque c'étoit dans des circonstances tout k fût imprévues. Or, aucune de ces ripostes Bouduues dont Real o'avoit pu pressentir la néces-
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Kté n'est restée, en verve et en habileté oratoire, au-dessous des meilleures parties de son dernier discours. Qui a improvisé les unes étoif trfes-capable de composer et d'écrire l'autre. Il faudroit expliquer d'ailleurs comment on s'approprie l'ouvrage, les pensées, les intentions d'un homme cloquent, comment on s'identifie avec lui jusque dans les moindres nuances par l'éloquence du regard, du geste, de l'inflexion, et comment on parvient ainsi, sans être éloquent soi-même , à faire illusion à ceux qui regardent et qui écoutent. Ce genre de puissance, auquel je ne crois pas, .na me paroitroit inférieur en rien à celui de l'écrivain. Si c'est en effet Real qui a composé le discours de Germain, il y avoit ce jour-là plus d'un grand orateur à la barre de la haute-cour, n y en avoit certainement deux.
Buonarotti, révolutionnaire décidé , mais grave , modeste et doux au delà de tout ce qu'il est possible d'attendre d'un homme de son opinion, atUroit l'attention b plus d'untitre . Ce républicain, expatrié comme Thrasybule, descendoit de Michel-Ange, et ses traits impassibles, oii se confondoit cependant l'expression de la bienveillance avec celle de la fierté, rappeloient les dieux de son pays. Une Jeune femme l'avoit accompagné dans sa proscription, assisté dans sa misère. On l'avoit vue constamment attentive aux dépositions des témoins, aux impresâons des jurés, ou épiant dans les regards de son mari, qui la regardoit souvent, des motife de consolation et d'espérance. Elle intéressoit beaucoup, car elle étoit belle et elle pleuroit.
Antonelle, fanatique de théories, que détrompa plus tard l'expérience, et qui est mort royaliste en déclarant que sans les Bourbons il ne pouvoit plus y avoir en France de liberté civile et politique, montroit là, devant l'échafaud de Sidney, le flegme dont il avoit fait preuve le 13 vendémiaire en se promenant, un livre à la main, sur la terrasse des Tuileries à travers une grêle de balles- Son calme aisé et noble, empreint de toute la dignité d'an
gentilhomme que des circonstances fortuites ont jeté dans la mauvaise compagnie, imposa, suivant l'usage, une sorte de respect qui gagna jusqu'au ministre immédiat de l'accusation. Il parla peu, rarement, d'une manière posée et presque insouciante, et sa sécurité fut à demi justifiée par le résultat.
La réputation d'Antonelle étoit cependant solidaire de quelques attentats qui commeoçoient à être appréciés. Celle d'Amar étoit encore plus difficile à défendre. L'ami, le complice avoué de Collot dllerbois, àe Billaud, de Vadier, le terrible Amar, qui avoit poussé les Girondins à la mort, qui y avoit traîné Fabre d'Ëglantine et Camille; Amar, dont tant de voix vengeresses demandoient naguère la tête, se présenta aux yeux du tribunal sous des formes si singulières et û nouvelles, qu'elles purent un moment rendre son identité douteuse. Amar, si redouté dans les comités, si tyrannique à la tribune ; Amar, le lion de la Montagne, n'étoit plus qu'un homme du monde aux manières élégantes et polies, recherché dans ses habits, dans son attitude et dans ses paroles, qui s'exprimoit avec une délicatesse étudiée, modéroit sa voix pour la rendre plus insinuante, et ne s'adressoit jamais aux jurés, en général ou en particulier, sans se ménager leur indulgence par d'humbles et flatteuses précautions. Il n'avoit figuré que d'une manière fort accessoire dans la conspiration vraie ou fausse de l'infortuné Babeuf, et la vindicte judiciaire ne crut devoir lui reprocher pour tout délit qu'un léger défaut de prudence dans ses relations et dans ses démarches. Quoi qu'il en aoit, il n'en manqua pas dans son procès.
Quelques autres personnages qtù étoient arrivés aux débats avec une certaine importance la perdirent longtemps avant qu'ils fussent clos. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé ; cette cohue de comparses politiques, extraits des plus mauvais lieux de Paris, ne se distingua que par une turbulence effrénée, des vociférations furieu-
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ses et des excès scandaleux qui firent plus d'une fois de la isalledes séances un vil tripot d'émeutiers. La retraite seule des juges ramenoit alors une apparence d'ordre, sans ramener le ^ence. Une ^ande fille, d'une jeunesse passablement mûre, et d'Ane S^iire assez maus^e que sa rouge chevelure n'encadroit pas avantageusement, pauvre créature qu'on appeloit Sophie Lapierre, et qui s'étoit trouvée colloquée au nombre des accusés, je ne sais trop pourquoi, tà ce n'est pour chanter, entonni tout à coup des chants de la révolution, tanUH grandioses et sublimes, tantôt grossiers et sauvages, que ce peuple d'hommes voués au supplice, peutrétre potlr le lendemain, répétoient en chœur autour d'elle. Ce concert, plus toucbant qu'harmonieux, se prolongeoit jusqu'à la [^son où il alloit diminuant d'éqlat de chamb^ en chambrée, jusqu'à ce qu'il s'évanoutt entièrement sous le dernier verrou. Je puis être dans mon tort ; nuûs j'avoue que je n'ai pohrt de sens pour percevonr et pour comprendre l'enthousiasme d'un héros qui s'excite k mourir sur l'air de la Carmagnole. Je ne quitterai pourtant pas ces infortunés sans en nommer encore un dont l'étrange lolie peut donner lien du moins à des réflexions utiles : c'était un certain Pillé, qui croyoit fermement aux esprits, et qui attribuoit les progr^ de la contre-révolution aux stratagèmes des lutins et des sorciers. 11 convenoit avec àncél^ que le démon fiimiller de Babeuf l'avoit soumis, et que cet habitant de l'autre monde avoît eu l'adresse de le transporter au cinquième étage du tribun sans lui faire passer la porte ni parcourir les degrés; mais les sortilèges du directobe prévaloientl depuis quelque temps, et Pillé s'en apercevoit mieux que ' personne aux tourments que lui feisoient éprouva toutes les nuits des follets aristocrates déchaînés contre son sommeil. C'est le langage, ce sont les plaintes de Caliban; c'étoit son ignorance aveugle et stupide; et tels étoient en partie ces destructeurs d'aUtels, qui livrolent une guerre à mort au cbristiaolime, qui di^lsolent la raison pour m