‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 43 sur 50 · FOUCHÉ · texte numérisé non relu

FOUCHÉ

Il est bon de prévenir le lecteur, tout en commençant, qu'il se tromperoit fort, s'il attendoit ici un fragment d'histoire ou un article complet de biographie contemporaine. Je n'ai ni le temps, ni le droit, ni l'envie de chercher comment l'histoire parlera du duc d'Otrante, quand les passions reposées permettront à l'histoire de parler son véritable langage ; et si je pouvois devoir à une indépendance éprouvée de caractère et de position un privilège dont personne peut-être ne jouit parmi les vivants, il me seroit interdit par la plus sévère des bienséances d'en user à son ^ard. On en verra la raison tout à l'heure, ta l'on prend assez d'intérêt à quelques pages sans fiel, qui ne promettent ni l'attrait piquant d'une révélation, ni l'attrait plus piquant d'un scandale, pour les lire jusqu'il la fin.

D'im autre côté, on ne se tromperoit guère moins, si l'on craignoil d'y trouver une apologie aujourd'hui fort intempestive, et que je n'ai aucune raison d'écrire. Se défende qui pourra, c'est une alFaire à démêler entre la postérité et ceux qui ont la prétention d'y parvenir. Ce que je me propose de coudre ici, et je suis suffisamment autorisé par le titre même du livre, si on veut bien l'entendre dans son acception commune, c'est un lambeau de converialim,

roucHi. SOI

ane causerie que l'on commence où l'on veut, et que l'on quitte quand on s'ennuie, un verbiage vague, incomplet, négligé, trop individuel d'ailleurs, qui a tous les défauts des contes de la veillée, et qui ne sauroit eu avoir le charme. J'ai connu le duc d'Otr^te ; je l'ai beaucoup connu ; je l'ai vu de loin sur ta scène, de plus près dans la coulisse, de très-près dans la loge oii il alloit se déshabiller pour rentrer à la petite pièce au milieu des spectateurs. Quant à moi, je ne figurois, Dieu le sait, ni parmi les acteurs ni parmi les comparses de la grande comédie européenne qui se jouoit alors, et tant s'eif falloit qu'au conti'aire. Je m'étois donné la licence, comme un étourdi que j'étois, de siffler le principal personnage, le Roscius de la troupe, et je m'étois juché pour cela aussi haut que j'avois pu sur ma banquette de collège. 11 est évident que j'avois tort. Les applaudisseurs payés, qui avoient raison, me le firent bien voir. On me mit au violon, et c'est de là que je tombai, par un saut merveilleux, dans un des petits coins du théâtre où s'opéroit le dénouement. Ce que je viens de dire là, c'est mon histoire; ce n'est pas celle du duc d'Otrantc, mais il est malheureusement impossible de dire ce que je sais de lui sans parler beaucoup de moi, et c'est un inconvénient si maussade que la liberté de la conversation peut à peine en sauver le ridicule. Vous voilà cependant bien avertis.

Joseph Fouché naquit à Nantes, le â9 mai 1763, d'un capitaine de navire marchand, et non d'un boulanger, comme l'ont avancé d'infimes calomniateurs; car il parolt que le plus grand reproche qu'on puisse faire à un homme, c'est d'être fils d'un artisan. Je ne lui eu ai du moins pas entendu faire d'autres pendant le premier mois de la seconde restauration. Ce n'étoit pas précisément cela qui avoit irrité contre lui, quelques années auparavant, mon cœur et mes passions de jeune homme. Ce que c'éloit, on le trouvera dans les biographies, si les biographies ne sont pas menteuses; et de quoi les àiograjjkiet ne sont-elles

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