‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 46 sur 50 · LES COLONELS FOUBNIER ET FOY · texte numérisé non relu

LES COLONELS FOUBNIER ET FOY

Cinq ans l'assurance d'une confiance légitime, mais qu'on tpouvoit un peu suffisante. Le reste de ses traits étoit loin de porter encore cette empreinte sévère que leur ont donnée depuis la méditation, la fatigue et la maladie. Ses formes potelées et un peu féminines , son embonpoint frais et fleuri, sa bouche vermeille et ses joues rosées relevoient même, parnn c<Mitraste frappant, la fierté de son regard. Il auToit pu se déguiser en femme-chez Lyconiède, mais il n'aupoit pas été besoin de lui montrer un glaive pour lui faire trahir son sexe. Le moïadre éclab de ses yeux auroit révélé Achille.

Dans un cercle composé de ses amis, oii le tour de la conversation exigeoit pourtant quelques fixais, il parloit beaucoup ettrës-lûen sur tous les sujets, mais avec moins d'enthouHa^ne que d'élégance, avec moins d'originalité que de coquetterie. Le sarcasme, que la maturité de Tige et l'austérité des habitudes parlementaires lui, ont sans doute interdit dans sa camëre oratoire, étoit eo ce temps-là sa figure favorite. Je ne crois pas que personne l'^t jamais manié avec une verve plus incisive et plus pénétrante. Ses ennemis politiques doivent lui savoir gré de n'en avoir pas usé contre eux. 11 leur a fait grâce de la pièce la plus redoutable de son armure de tribun. Ce tr^t sanglant du discours, servi chez lui par un organe ferme et un peu strident, comme celui d'un homme qui parte les dents serrées, et qu'accompagnoit de la manière la plus expressive un certain mouvement dédaigneux de la lèvre supérieure qui lui étoit familier, se compensoit d'ailleurs par des tours d'une politesse si exquise, qu'il auroit été de mauvais ton et de mauvais goût de s'en offenser. 11 tuoït son adversaire, mais il ne le blessoit pas. Le mot restoit, et la discussion finissoit là.

D y a loin, je l'avoue, de ces foibles esquisses à la grande image de Foy parvenu aux premiers honneurs de la tribune, et je les recueille cependant avec une sorte d'amour, parce que je me croirois heureux de trouver quel-

Itg SOUVENtltS DE LA RÉVOLUTION.

que pEirt de semblables détails sur les jeunes années de quelques Hommes de l'antiquité auxquels j'associe volontiers celui-ci dans le culte de mes souvenirs, comme Épaminondas et Phitopœmen.

Le colonel Foy étoit donc un adversaire redoutable pour un tyran mal affenni, car il réunissoit toutes les qualités qui recommandent la parole de l'homme, la bonne foi et le courage; le génie et la vertu ; mais ce n'étoit pas un affrancbisseur de peuples. Il avoit la causticité déchirante, la bouderie sublime et la dignité de caractère du jeune Caton, mais il n'en avoit pas l'abnégation stoique. Épris de tout ce qui se fmt aimer, il étoit peu d'objets d'une généreuse ambition qu'il n'eût sacrifiés à la gloire. L'étendard de la patrie est toujours au milieu des peuples et de leurs affections ; il crut avec raison peutêtre qu'il ne dérogeoit pas à flotter sur une armée Momphante. Il se rappela sans doute, en s'y rangeant avec d'autres braves, le mot chevaleresque de François I" : Tout est perdu, fors i' honneur l et il ne pensa plus qu'à conserver ce dépât sacré sauf et pur, jusqu'à l'époque où il lui seroit permis de servir dans d'autres combats les intérêts intimes du pays, sous un ordre de choses plus propice à la justice et à ia vérité.

Heureux les hommes qui ont pu remplir comme lui toutes les conditions d'une destinée complète I

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