‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 47 sur 50 · DES EXILÉS · texte numérisé non relu

DES EXILÉS

L'auteiir oe ce petit écrit est un de ces esprits aigres et t^iolents qu'on appelle spirituellement des ultra-royalisle», depuis qu'on ne les appelle plus des royaliste), des aristocrates ou des honnêtes gens. Des circonstances qui lui sont particulières détruisant tous ses rapports avec la France, il a voulu y laisser cette profession de foi sur une question qui intéresse la morale et la justice nationales, car il ne connolt )>oint d'autre politique. S'il a tardé de la publier jusqu'au marnent où son

n gininuit. La rieliiaition il Biitir 11 broehure, et d*fta-

130 SODVENIHS DB LA BÉVOtCTION.

lEsultat lui devient nécessairement élranger, ce n'est pas qu'il lit craint qu'elle soit inconvenante. Il est sûr de ses sentiments, et il n'ignore ni la valeur des mots ni la mesure des bienséances ; mais il sentait que son opinion devûit paroître favorable à un parti qu'il ne hait point, car les partis sont foits avec des hommes, et auquel il seroit toutefois désolé de plaire, tant qu'il ne pourra pas l'estimer, c'est-à-dire tant que ce parti sera un parti.

Une voix a réclamé en faveur des exilét dans le sanctuaire de la loi. Elle a été couverte par des témoignages d'improbatioD très-universels. Je ne justifierai pas une expression peut-être déplacée. Je ne blâmerai pas dans ceux qui l'ont repoussée un premier mouvement que j'anrois probablement partagé, si j'avois été surpris par la témérité d'une initiative dérespectueuse pour la majesté royale, ou prévenu contre les intentions de l'orateur. J'éviterois avec soin de rappeler le fond de cette question, » je pensois que la discussion ne pût s'en concilier avec la soumission due aux actes du gouvernement, avec l'amour dû au monarque, fl est malheureusement vrai, dans tous les gouvernements du monde, qu'il y a des lieux et des circonstances où un sentiment noble est imprudent, où il est choquant et suspect. Si je tombe dans le même inconvénient, je suis trompé par mon cœur ; homme, François et royaliste, j'obéis à une impulsion invincible qui remplit mon Ame de la satisfaction la plus douce, d'une volupté si pleine et si entière, que je la croirois ta dernière que jei sois appelé à gobter. Il me semble qu'on ne peut être égaré par un sentiment aussi pur, aussi désintéressé. Qui oseroîtcondamner d'ailleurs aujourd'hui t'innocente erretir de la hieiiveitlance, et faire un crime de la pitié ? Ce sont là des idées qui émanent du trAne, sous le r^ne d'un Bourbon.

Oui, la France a pu croire, elle a dû croire que l'ordonnance d'exil n'étoit pas irrévocable. La nature de la peine imposée, les termes dans lesquels s'exprimoit la volonté royale, le caractère connu du souverain, tout nous en donnoit l'espérance. Noos savions que le roi qui nous gouverne pouvoit être forcé, par des circonstances trèsdifficiles, à châtier quelques-uns de ses enfants ; mais nous savions qu'il ne pouvoit les chfttier qu'en père, et que la durée d'une peine irrémissible répugnoit à son cœur comme à l'exacte justice. Nous avions regardé l'ordonnance d'exil comme une mesure de sûreté prescrite par les événements, mais nous n'hésitions pas à regarder sa révocation comme la conséquence naturelle du rétablissement de l'ordre, et rien ne nous fera perdre cette pensée. 11 ne nous appartient pas sans doute de bâter la décision du roi par des vœux impatients, mais on ne sauroit nous interdire l'espoir que ces vœux seront remplis, quand ils auront cessé d'être imprudemment prématurés, quand leur accomplissement, loin de coûter quelque cbose au repos de la France, ne fera que l'assurer pour toujours ; quand ce gage d'union et A'oubU accordé à toutes les opinions pourra marquer enfin d'une manière infaillible te terme de nos dissensions civiles.

Si cette idée a reçu depuis quelque temps un développement un peu anticipé, c'est que les événements, c'est que la situation politique de la France étoient propres h le h&ter, à l'achever dans tous les esprits. Ce n'est pas ici l'occasion d'examiner le système choisi par le ministre depuis la répudiation de l'assemblée de i815, système non d'indulgence, mais d'adoption, qui a identifié la France de la monarchie avec celle de la révolution, qui a centriste les royalistes timides par la perspective vraie ou fausse d'agitations nouvelles, mais qui doit les trouver résignés comme les trouveroient la persécution et la mort. I! ne s'agit pas de savoir, et il seroit indiscret de chercher, s'il n'y avoit pas d'autres moyens d'affermir un gouvernement

III SODVEHIRB DE LA RÉVOLDnOIl.

renaissant que de convoquer h la défense de ses înstitatîons le parti qui les a deux fois renversées ; l'avenir seul peut donner la solution de cette énigme et justifier ou nos appréhensions ou nos espérances. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès l'investigation de ce système, l'ordonnance d'exil a dû devenir aux yeux de la nation un acte contradictoire. Elle pouvoît concourir avec l'amnistie, parce qu'elle étoit alors une application restreinte de ta justice ; elle ne s'accordoit iilus avec des dispositions qui sanctioD> noient jusqu'à un certain point les événements du passé, ou qui leur reconnoissoient un prétexte légitime. Les exilés sont pour la plupart des hommes obscurs, dont l'ordonnance a révélé le nom à la FrancCj tandis que des hommes bien plus imposants, dont la funeste révolution du 20 mars a reçu l'approbation la plus publique, et qui ont contribué de tous leurs efforts au succès précaire de la tyrannie, sont rentrés non-seulement dans l'exerdce de tous leurs droits, dans la possession de tous leuïS honnem-s, mws encore dans l'exercice, dans la possession d'une autorité nouvelle, proportionnée comme à dessein à leur haine connue pour la monarchie. Encore une fois, il n'est pas question de savoir si cela est juste, et même si cela est utile. Le devoir d'un citoyen paisible et soumis est de s'en rapporter sur ces détails à la haute sagesse, à la profonde prévoyance du monarque. 11 sufât de savoir que cela est ainsi, et il en résulte une comparaison qui fouine entièrement à l'avantage des exilés ; car si l'opinion pour laquelle ils ont été chassés n'est pas de nature à rendre un homme incapable d'exercer les premiers emplois de l'administration, il s'en faut de beaucx)up qu'elle puisse l'exposer à l'exil. Il est vrai que la position de la France étoit toute différente quand l'exil fut prononcé, et que cette mesure put être alors parfaitement sage. Mais si la position de la France est changée au point que les hommes qui paroissoient dangereux, lors de la mesure de l'exil, soient devenus dignes, et j'allois dire spécialement dignes de la

DBB EXILAS. ttS

conflance du gouvernement, W est clair que les exilés ont cessé de mériter le bannissement, ou tout au moins que leur bannissement a cessé d'être utile. On ne nous persuadera jamais que la présence de tous les exilés ensemble puisse être aussi dangereuse que l'influence d'un foncIJontionnaire, de quelque ordre qu'il soit, qui est revêtu d'autorité pour agir sur l'opinion, etqui ne se sert du pouvoir que pour l'altérer ou le corrompre. Or, il est difficile de nier qu'il y ait quelques fonctionnaires de ce genre. Si le parti des exilés n'est plus menaçant pour la tranquillité de l'Etat, il n'y a point d'inconvénient à les rappeler. S'il est plus menaçant que jamais, s'il doit l'être toujours, s'il est réellement, comme les uns l'attestent, comme les autres semblent l'avouer, celui d'une majorité redoutable qui est bien décidée à ne pas transiger avec l'ordre public, que peut signifier une mesure aussi partielle contre une classe d'hommes qui a reconquis la presse, la tribune, et les emplois et la France ? Je ne conçois pas que l'on contienne une faction en la millésimant par le bannissement; mais si ce point étoit reconnu, et s'il s'agissoit de se conduire en conséquence, il faudroit encore effacer la liste d'exil presque tout entière, parce que les ennemis les plus acharnés de la tranquillité du peuple ne sont pas là, et que presque tous ceux qui y sont n'ont, au contraire, de titre à la popularité révolutionnaire que celui que cette liste leur a donné. Je suis bien loin de dire que les exilés n'aient pas été assez coupables pour encourir l'exil ; qu'il n'y ait pas des raisons de salut général qui ont rendu, qui rendent encore la prolongation de leur exil nécessaire ; mais je dis que le traitement qu'ils éprouvent n'est pas en harmonie avec la direction qu'on s'efforce de donner à l'esprit public, et qu'ils peuvent être surpris de se trouver « coupables et si malheureux dans un semblable état de choses. C'est ce qu'il seroit facile de faire sentir par des exemples, si l'on avoit le goût misérable des personnalités; mais ceci n'est pas plus éûit dans le dessein de blesser une

■ SI SODTEItmS M LA RftVOLunOH.

opimon par des rapprochements odieux que de la flatter par de lAches condeacendauoeEt. C'est l'espression oalve d'un sentiment désintéressé de toute pr^ention et «te toute hiuoe.

A supposer que la liste des exilé* soit maintenue comme elle doit l'être, si cette mesure est encore fondée en justice et en nécessité, on ne doute pas du moins qu'il ne puisse y être fait quelques modiécations. Cette liste n'émane pas immédiatement du cabinet du souverain, mus des bureaux d'un ministre qui ne connoissoitpas luimême tous les individus qui y sont nommés, et qui a été révoqué depuis. Lois de sa rédaction, différents nomsy forent introduits qui ne s'y sont pas conservés. Quelques autres y sont venus reprendre leor place; c'est enfin un ouvrage humain, et par conséquent sujet aux vicissitudes qui sont propres à l'esprit de l'homme. Tout a changé d'ailleurs depuis cette époque. Beaucoup d'espérances se ' sont évanouies, beaucoup d'illusions se sont dissipées, beaucoup de garanties ont été données aux idées vraiment libérales qui ne sont pas toujours un prétexte, qui ont pu être dans certains une erreur, dans plusieurs un sentiment. Des royalistes ont encouru en France la disgrâce du roi. Pourquoi des bcmapartittes n'auroient-ils pas mérité son indulgence à Bruxelles T Ce ne sont pas seulement les circonstances qui varient; ce sont aussi les hommes. Puisque les crimes de la révolution ont pu s'expier, les erreurs ne doivent pas être irréparables. Des guerriers que les tribunaux avoient déclarés coupables, et qui ont reconnu enx-mêmes leur culpabilité, ont été rappelés dans la société par la clémence du roi. Leur cœur s'est montré digne de ce bienfait, et nul doute qu'ils ne reprennent un jour une place honorable sous le drapeau blanc, qu'ils n'y soient accueillis par leurs anciens camarades avec une effusion de tendresse qui ne sera que le juste prix de la loyauté de leurs regrets. Par quelle funeste exception le député, le magistrat, l'homme de lettres, le citoyen )»ivé

DBS EXILÉS. >9B

dont les pensées et tes actions ont bien moins influé sur le sort de la patrie, seroit-it traité plus rigoureusement, et placé, si l'on peut s'exprimer ainsi, hors de la tolérance royale ? Cet homme dont le nom classique est si cher aux bons François, H. de Cb&teaubriand, a dit quelque part qu'il devoit rester dans llnstitut un siège vide pour l'académicien qu'une mesure politique éloîgnoit de son paya, quand cette mesure n'étoit pas immuable de sa nature. Cette idée n'a pas pu être suivie; mais ces sièges vaqueront, ils vaqueront un jour où les partis pacifiés n'imposeront plus à l'autorité royale le besoin de déployer une pénible sévérité; où l'union, OÙ l'oubli, auront elïacé nos discordes, et, s'il se peut, nos souvenirs ; et la place d'Arnauld, la place d'Etienne * se retrouveront dans cette assemblée illustre qu'ils ont honorée par leurs talents, où leurs qualités morales ont l^ssé tant d'estime et de regrets, et dont quelque abus d'esprit, quelque égarement d'opinion, l'aigreur dé quelque sentiment blessé, le zèle peut^tre de quelque affection malentendue les a séparés quelquetemps. Je conviens que tous les exiV^s n'ont pas les mêmes droits qu'Arnault qui se distingue par un ca-

' H. fitleniM s'est toDTenn ai homme de cœm', après de loogUM années, et dans one eircoostance solemielle, dn Umoignsge d'esUme

et d'affection que Nodier lui stoU donné dans ces lignes, pendant les plus tristes jours de la restauration. En répondant comme directeur de l'Académie frani^lse, au discours de H. Mérimée, successeur de Nodier, H. Etienne, dana la séance dn S février 1S4&, rappela diverses clrcDiutancee de nos tronbles publics, dans lesquels Nodier avoit tout mis en UEage,eoncrédit,eeEBmitié9, sa plume ou ses larmes, pour sauver desïlctimesderéchafaud, ou des proscrits del'aiil ; iMoi-méme, dit H. Etienne, menacé alors d'une persécution, que le désir d'Iionorersa mémoire peut seul me rappeler. Je le vola accourir, et H m'adressa ces mots que je n'ai jamais oubliés ; — Dieu vient de m'accorder un nouvel enfant; iepourrois lui asaurer un haut patronage (je viens le placer sous celui d'un ami malheureux ; Je vous prie de lui donner voire mm. • (Voit- Discours prononcéi dam la séance pvliUqut Unw far lAtadémitfranioiu pour la réception de U. Mérimée, U 6 fivràr mi. Paris, Didot, 'iS46, ln-f>, pages ÎB-S».]

Il< BOVTBKIItS DB LA BiVOLUTIOH.

ractère »U3si rare que son talent, et qui n'eut jamais anx yeux d'un royaliste d'autre tort que son opinion ; il en ed bien peu d'ailleurs qui me soient personnellement connus; je suis un de ces Parias qu'une prévention qui deviendra juste 3 mesure que les années s'accumalent, repousse de tous les emplois publics, parce qu'ils n'en ont jamais occupé, et presque tous les exilét ont appartenit au contraire à cette classe privilégiée de la société, à cette noblesse de fait des révolutions qu'une heureuse turbulence avoit jetée à travers le chemin des honneurs et de h fortune; mais j'aime les lettres et les sciences, et c'est une carrière que Bonaparte n'avoit pas tout-à-fait interdite à ses ennemis qui s'y sont quelquefois rencontrés avec ses amis. Mellinet est un homme qu'une grande exaltation d'esprit, l'exaltation d'un esprit plus ingénieux que solide, et un besoin d'activité qui tient à l'oi^anisation, ont fait vivre dans le monde romanesque de la politique. 11 n'y a point d'homme plus capable de s'accommoder d'une vie douce et plus incapable de troubler celle de ses voisins. II a de l'esprit, du goût, l'amour des loisirs studieux; les lettres le réclament. Les sciences réclament Bory de Saint-Vincent qui, jeune encore, occupe une place distinguée parmi tes savants de l'Europe. De longs et importants voyages, des recherches très-instructives faites avec un esprit d'investigation qui n'appartient qu'à lui, la tête la plus fortement méthodique, la mémoire la plus heureuse et la plus riche en faits scientifiques, le classent parmi les hommes dont notre patrie peut s'honorer. Sous un roi qui sait si bien apprécier tous les talents, Bory de Saint-Vincent resteroit-il étranger à la France I Et s'il doit rester exilé, ce qu'à Dieu ne plaise, la France ne peut-elle pas utiliser honorablement jusqu'à son exil» dans l'intérêt des connoissances naturelles 1

Cette question est in^niment plus délicate, en ce qui concerne les régicides, qu'un mouvement universel de réprobation a repoussés du sol franfois, qui ne dévoient

DESSXILËS. 8 37

pas y attendre, au rétablissement de la monarchie, un traitement moins rigoureux, et avec qui il seroit souverainement injuste de confondre les autres exilés dont quelques-uns peuvent n'être coupables que de l'erreur bien funeste d'un zèle bien malentendu. Cependant, il est juste de déclarer que l'application de l'exil aux régicides n'a pas été en tout conforme aux principes de la saine équité, et que les personnes chargées pour cet effet des travaux minutieux qu'exigeoient la recherche et la désignation des coupables, se sont permis de donner à leurs indications une extension injuste. Je suis convaincu qu'elles ont été déterminées par les motifs les plus purs, et qu'elles ont cm satisfaire au vœu de la loi, tout en reculant illégalement ses limites, et en y faisant rentrer ici une foule de gens qu'elle n'avoit pas voulu atteindre; mais elles n'en sont pas moins tombées dans une faute grave qu'il est essentiel de signaler, et qu'on s'étonnera de voir signaler si tard, k une époque oh tous les actes du gouvernement sontsoumîs àunecensure si leste etsi effrontée. Le ministère a compris dans la liste des régicides non-seulement tes votants, c'est-à-dire ceux que la loi avoît expressément qualifiés, mais tous les membres mêmes de la Convention qui, après avoir voté dans le sens le plus favorable à l'auguste accusé, se sont pourtant prononcés contre le sursis ; et il faut convenir qu'au premier abord, celte extension a quelque chose de spécieux, puisque le conventionnel qui a voté contre le sursis semble s'être associé à l'assassinat en h&tant son exécution. Il y a toutefois une réflexion naturelle à faire ; réflexion qui est suggérée par le contraste même qu'offrent ces deux votes si contradictoires dans la même bouche. La France entière sait qne, dans la consternation de Paris, il restoit cependant quelques motifs d'espérance, quelque possibilité de sdut pour l'innocente victime du 21 janvier. On convient que le mouvement d'un petit nombre d'hommes déterminés l'auroit sauvée peut-être, et qu'il y avoit cent fois plus de probabililés pour

iiiPrt h; Coogre

ats somfENras va ix hévolutiom.

sa dâivrance, depws le Temple à l'écbafaud, que dans le cachot oit elle restoit plongée sous la surveillance desbomreaux. Le sursis proDoncé, les régicides, furieux de voir remettre iliorrible jour de la consommation deleurcrime, n'auToient rien épargné pour accomplir ce grand forfait dans l'tunbre des prisons. Ils savoient l'art d'exciter de prétendues émoticHis populaires pour suppléer aux rigueurs de leurs affreuses lois, quand elles étoient à leur gré trop lentes ou trop timides; les égorgeurs de septembre étoient encore ivres du sang répandu, altérés du sang qui restottà répandre; et lafamille royale toutentière leur étoitpromise. Cette princesse adorée, la gloire etl'omementdelaFrancc, nousétoitaussienlevée, etprèsd'ellevivoit alors le fils,le successeur de Ixwis XVI, protégé par son enfance contre les formes hypocrites d'une horrible justice, et non contre les couteaux des assassins. Us pénssoient, et Louis XVI avec eux I Voter con^e le sursis quand il n'étoit plus posàble de sauver le roi que par un coup d'éclat, c'étoit rendre ce coup d'éclat nécessiûre; quand l'appel au peuple étoit rejeté, c'étoit en appeler au désespoir du peuple. Aucune autre intention ne peut se concilier avec l'intention bienveillante du conventionnel qui a bravé les piHgnards pour voter l'absolution. Non 1 l'homme qui n'a pas voté la mort du roi quand il y alloit de sa vie de ne paï la voter, n'a pas voulu la mort du roi ; et, quoi quil ait fait,, quoi qu'il àt voté ensuite, il n'a pu le faire, il n'a pu le voter que dans le ferme dessein de sauver le roi. Cette interprétation n'est pas seulement la plus vraisemblable, c'est la seule vraisemblable, et, s'il en étoit autrement, ce n'est pas sur la terre que ce juge seMMt ji^.

Je vais plus loin. Le vote pour la mort Ini-mâme, avec une restriction qui annule ce vote si elle n'estpas acceptée, avec une restriction qui a poiu^ objet de rendre L'exécation du crime très-diffîdle ou impossible, et de la reculer â une époque indéterminée où les passions féroces excitéesdaDS la multitude auront commencé à s'assoupir, ce vote gu'

l,iertb,G00^k'

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n'a pat compté, celai de M. Cambaoér^, ne satiroit être assimilé à l'assassinat. Des hommes foibles, mais adroits, qui n'ont pas osé prendre à découvert la défense de Louis XVI, qui ont pensé peut-être qu'il leur seroit plus facile de le dérober aox bourreaux en transigeant avec eux qu'en les attaquant de front, qui n'ont eu en vue, en adhérant à la pensée duprime, que d'en empêcher la consommation, ces hommes ne sont point des régicides dans l'acception absolue du mot. Je ne connois pas un royaliste qui ne soit fermement convaincu que Verçniaud, par exemple, avoit l'intention de sauver !e roi . Je ne crois pas quil en existe un du moins qui puisse «e refuser à celte conviction après avoir lu son admirable discours sur la question de la mise en jugement. Il est bien incontestable que l'appel au peaple auroit sauvé le roi ; et qui sait à quel prix l'appel au peuple pouvoit s'obtenir, par quelles concessions il pouvoit s'acheter! Ajoutons à cela (c'est pour beaucoup d'entre nous le devoir de la reconnoissance) les voitmts qui, poursuivis du souvenir de cet attentat, ont fait tout ce qu'ils ont pu, sinon pour le réparer, puisque l'effort du repentir ne peut aller jusque-là, au moins pour en diminuer l'horreur aux yeux de Dieu et du monde, et dont la vie a été depuis une suite d'efforts continuels pour "■conquérir l'estime de la France et de la postérité. Le prince souverainement sage qui nous gouverne a bien senti, dans la parfaite rectitude de son esprit et de son cœur, que nous ne pouvions pas montrer aux nations Tallien errant, chargé du triple poids de ta proscription, des infirmités et de la.misère, Tatlien dont le poignard, en menaçant ie cœur de Robespierre, a sauvé un million d'hommes de l'échafaud en permanence. Il est probable que Fouché, le protecteur, le sauveur d'une génération, Fouché, un des restaurateurs de la monarchie en 1 81 5, un des hommes qui ont le plus contribué à aplanir le retour des Bourbons, ii économiser dans leur absence le sang des royalistes proscrits, seroU libre de rentrer eoFraQce, Il en

>(» aOCVBNIRS DE LA HËVOLniOR.

est 8orU ambassadeur en 1815, dans ce moment qu'on signale, dit notre honorable M. de VÎUèle, comme celui d'une réaction royaliste si intolérable. On doit penser qu'il n'y a pas perdu ses droits de cité depuis qu'il n'y est plus question de réaction, ou qu'il n'y est plus question de celle-là. Sur un théâtre plus étroit, M. de Bry a manifesté les mêmes regrets et laissé les mêmes souvenirs. Ami de Vergniaud, il avoit voté avec lui et probablement dans le mâme dessein que lui. On l'a cité comme le plus sage, comme le plus tolérant de nos administrateurs, dans un temps oii la nKKlération étoit encore du courage. Enfin, il y a des places auprès du Messie pour l'ange rebelle qui se repent et qui pleure. Le soldat qui le tua d'un coup de lance est assis au rang des saints. Louis XVI a pardonné à ceux qui l'ont condamné. Il protège sans doute du haut du ciel ceux qui le condamnoient pour le sauver. Il aurait été à souhaiter qu'une assemldée spéciale d'hommes vers^dans les particularités de cette affreuse révolution, et qu'une longue habitude de relations avec ses principaux acteurs auroit initiés aux motifs les plus secrets de leurs actions, eût pu entrer dans ces détails qui ont été abandonnés à des commis. La .France auroit vu avec joie se diminuer un peu le nombre des monstres qu'elle a eu le maiheur de produire, et nous n'aurions pas exposé l'éfrangei à s'étonner de trouverparmilesrej^tci'c/ejdeshommesqai ne sont pas régicides, et qui gémissent depuis vingt-cinq ans de n'avoir pu dérober la tête de Louis XVI à ses assassins.

Tel est l'inconvénient des mesures générales, que la nécessité des exceptions s'y fait sentir jusque dans celles qui oSïent le moins de latitade et qui prëtoient le moins à l'injustice. Pourquoi craindrois-je de dire que l'opinion de tous les honnêtes gens indique une de ces exceptions dans la mesure même qui interdit l'entrée de la France ï une certaine famille, et qu'elle en indiqueroit deux, si madame Bonaparte vtvoit encore) Je ne crois pasque H. Louis

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Bonaparte ait jamais des intérêts à démélei en France, et qu'il y soit appfilé par aucun motif; mais si cela étoit, et qu'il fût bien reconnu que sa présence n'y iwut pas faire naitre l'apparence d'un danger, pourquoi n'y viendroit-il point? Il porte à la vérité un nom justement odieux k tous les amis de la monarchie, mais les amis de la monarchie ne sont pas susceptibles de ces haines aveugles qui poursuivent le coupable sur l'innocent, et qui enveloppent les familles et les classes sans acception des personnes. M. Louis Bonaparte jouit de l'estime de l'Europe. Sa vie est celle d'un bon citoyen et d'un vrai sage. L'his* loire recueillera son nom avec respect au milieu de cette foule étourdie d'ambitieux dont la folle et cruelle vanité a désolé le monde. Ce quel'histoire avouera, il fautl'avouer, il faut le proclamer avant elle. Il ne faut pas fermer la France à un homme d'un caractère respectable, éminemment grave et modéré, incapable, autant par sa position morale que par sa volonté, de se former jamais un parti, et qui n'exercera jamais, dans quelque pays qu'il habite, que l'influence obscure et bornée des simples vertus civiles. Dussé-je être rappelé k l'ordre de l'opinion, je n'hésiterai pas à lui appliquer la phrase de M. deBonald sur les Suisses, phrase très-malentendue, mais très-facile à défendre, car elle est bien françoise, sous tous les rapports. Plilt à Dieu qu'il n'y eût pas en France de bonapartistes plus malveillants que Louis Bonaparte !

Encore une fois, nous vivons sous un règne où ces idées de tolérance doivent être d'autant mieux accueillies qu'il est impossible de supposer qu'elles soient impolitiques. La tolérance, qui est le besoin de la France, qui est le vœu du roi, exclut si peu la force, qu'elle est la vertu de la force; et l'on se tromperoit étrangement, si l'on pensoit que la force des gouvernements ne peut se déployer qu'en mesures rigoiuvuses. Il y a au contraire dans la bénignité des rois une sorte de puissance qui impose du respect aux plus audacieux. Les opinions exaspérées aimentà réagir contre

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la violence, mais l'indulgence les soumet, et le dédain les dépopularise. Le moyen d'en finir avec les partis, ce n'est certainement pas de leur céder, comme le prétendent aujourd'hui des publidstes bien novices ou bien perfides, et dans tous les cas bien médiocres, quoiqu'on leur ait fait au parquet use réputation de complaisance. Ce n'est pas non plus de lutter avec eux et de les tenir en haleine par une guerre opiniâtre. Leurs Torces se paralysent hientât quand elles ne sont pas alimentées par les foiblesses de l'autorité, quand elles ne sont pas exercées par ses atteintes. D'ailleurs, les gouvernements lé^timea et réguliers doivent se distinguer, en beaucoup de choses, des polices monstrueuses que te despotisme établit pour se maintenir un moment, mais particulièrement dans leur manière d'agir envers leurs ennemis. Nous avons déjà gagné ce point, car l'exil pur et simple est la peine la plus légère que le mnqueur ait -fait subir au vaincu depuis que nous vivons en révolution. Elle seroit cependant trop grave encore, du moment oà sa durée et les changements survenus dans la marche du gouvernement l'auroient mise hors de propo^ tion avec le délit qui l'a motivée, du moment où les circonstances qui l'ont provoquée n'existent plus. La modération et la pitié sont enfin des choses si belles en elles; mâmes, quand elles ne peuvent pas se confondre avec U foiblesse, que je ne sais si un degré de plus de sécurité méiîteroit d'être payé au prix de ces hautes vertus, les premières de l'homme naturel et de l'homme social. L'obstination d'une secte audacieuse, pour qui le repos du monde est un supplice, a sans doute rendu nécessaires de grands et terribles exemples. Félicitons-nous de ce qu'elle ne peut s'en prendre qu'à elle, et ne lui laissons pas la gloire dangereuse d'étendre la liste de ses martyrs. C'est nous, dont la mission étoit de soufirir et de mourir. Tant d'honneur ne devroit pas appartenir à nos ennemis. Trop de sang a déjà coulé, car le sang des coupables aussi est précieux à l'humanité et iui demande des larmes. Grâces soient ren-

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lues au roi dont la bonté paternelle en a du moins aiTété l'efFusion autant qu'elle l'a pu, sans rendre tout-à-fait illusoire l'action de la justice ! Espérons tout ce qui nous reste à espérer de son cœur magnanime I Espérons qu'il nous rendra ceux de nos frères que nous pouvons revoir, que nous pouvons embrasser sans horreur! Espérons qu'il lesréduira, parlareconnoissance, il être royalistes comme nous pour n'être pas ingrats I II est t«mps que nous nous réunissions tous pour relever la France de ses ruines. Nous ne sommes pas trop de François pour cela, en comptant IXS EXILÉS*

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