‹ Souvenirs de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 5 sur 50 · OBHIR9 DE LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

OBHIR9 DE LA REVOLUTION

Le jour crouioît, «i mes yeux s© familiarisoient d'aillenrs avec les ténèbres pamaneotes du nouveau domicile pour lequel on venoît de me faire quitter le plus joli appartement de garçon qu'il y eût alors dans tout le quartier du Palais-Royal. Le lit de camp étoit couvert d'hommes pressés les uns contre les autres, sur le bois mi. Dans l'espace libre qu'on appeloit la rue, il y avoit un matelas sur UQ pliant, et un vieillard sur ce matelas. L'objet de ce privilège étoit un journaliste septuagénaire qui comptoit alors sept ans de prison, et que l'humidité des cachots auroit criblé toute seule de goutte et de rhumatismes, s'il n'y avoit pas eu quelque disposition ; il étoit ce jour-là en transfère ment, et il y étoit avec son lit, parce qu'on n'avoit pas pu le lui refuser. Ses formes anguleuses et rama»: sées par la douleur, comme celles de ScarroUj n'avoîent pas été calculées dans la répartition des places étroites du lit de camp. Elles en auroient troublé l'èMnomie.

n fit jour, ou plutôt les ténèbres devinrent visibles. Deux ou trois prisonniers descendirent du lit de camp, et passèrent devant moi pour me reconnottj^. Un autre se mit à genoux contre la croisée pour faire sa prière du matin. Plusieurs battirent le bnquet, et allumèrent le cigare. Un homme qui occupoit la place extrême de droite, et dont la physionomie méridionale paroîssoit animée de tout ce feu d'esprit et de courage que Bordeaux entretient dans la longue jeunesse de ses enfants, s'assit avec autorité, jeta au loin le madras dont ses cheveux étoient retenus, et, après avoir passé sa main avec une sorte de coquetterie à travers leurs longues boucles noires, il ordonna le silence, et on se tut. C'étoit le prévôt du dépôt. n étoit dans ce dépôt depuis quatre mois.

M. de Prune, c'est son nom, devoit m'interr(^r.J3'étoit le droit du prévôt de la chambrée dans tontes les prisons; ^ c'étoit même son obligation, et il n'y a point d'institution ' sociale qui s'explique mieux que cette belle institution de la société fortuite et forcée des prisons. Si la chimère d* ^

LES PRISOnS DR PASIS flOCB LE CONSULAT. IB

l'^alité s'est jamais réalisée quelque part, j'imagine que c'est dans nn cachot. Cependant an cachot mfime il y a ime sorte de hiérarchie : llnoocence et te malheur y ont de grands privilèges. Les méchants s'y rendent justice ; ils ne se raflent pas aux honnêtes gens : ils les respectent de loin. L^nteiTogatoire du prévôt a pour objet cette séparation provisoire, qui est soudainement déterminée par la nature du délit et par le caractère de l'individu. Après un quart d'heure de conversation ou est classé; au bout d'une heure on a trouvé ce qu'il y a de plus précieux au monde, et surtout en prison, des amis. Cela donneroit envie de n'en pas sortir.

Je ne raanquois pas de vanité. C'est un vice dont j'ai eu le bonheur de me guérir, mais qui m'a fait faire bien des sottises. J'étalai donc avec complaisance les motifs de mon arrestation, dont je me glorifiois comme un enfant. Ha petite allocution produisit tout l'effet que je pouvois en atlendre. A peine eus-je articulé mon nom qui avoit apparu cinq ou six fois au bas d'une colonne du Citoyen Françoii Ae heTaaiie, que dix mains pressèrent la mienne. H. de Pmne descendit de son lit de camp, et me donna une accolade cordiale. Le vieux journaliste se souleva but sa couchette, et quand il fut parvenu à y prendre à peu fsès la position d'un homme assis, il m'adressa la parole en renversant en arrière son bonnet de loutre, de manière à me déconvrirtout entière une des figures les plus vénérables que j'aie vues de ma vie : a Je te connois, » me ditil avec cette solennité oratoire qu'on apprenoit quelques années auparavant dans le forum de la révolution ; « je a suis de ton pays; je m'appelle Eve Démaillot, vieux ré- « pubticaln, et profès dans l'apprentissage que tu com- ■ mencei . On m'a parlé de toi ; on m'a dit qne, tout jeune, € tu avois quelque chose de cette énerve franc-comtoise « qui est inébranlable comme notre Jura. Je suis enchanté a de te voir ici ; le monde et les plaisirs gAtent les meil- « leurs naturels; ces polissons de Girondins se scoi per-

Il SODTBMIBS DE lA RÏTOLCTION.

« dos dans les salons de Roland. C'est la prison qni est f le séminaire des patriotes. H faut que tu t'accoutumes « à souffrir pour devenir digne d'être un jour le bftton de a vieillesse de la liberté. » J'embrassai tendrement ce bon vieillard, dont j'ai longtemps partagé depuis la captivité, et que je retrouverai tout à l'heure.

Adix heures on vintfabe l'appel. Je connus à mon iour mes camarades d'mfortune. C'étoit un singulier mélange de noms: H. Récamier, H. Rrentano, H. Titus, premier danseur du thefttre dç Bordeaux ; H. de Goville, anden commandant de dauphin-cavalerie; H. Rette d'ÉUenviUe, homme de lettres, déjà fameux dans l'affaire du collier ; H. Edouard de Molière, garde-du-corps; M. Renou, ancien chef de division vendéen, dont M. de Ch&tesubriand a bÏ avantageusement parlé. Nous étions en toutvingt^huit dans ce parallélogramme étroit qui n'avoit certainement pas trente-^ix pieds de longueur. Un homme ne répondit pas à l'appel : il s'appeloit Octave : c'étoit un noir qui avoit servi de secrétaire à Toussaint Louverture, et qu'on venoit de traîner en France avec son chef pour y apprendre les douceurs de la civilisation perfectionnée. Octave I répéta impérieusement le concierge, et le nom d'Octave n'éveilla pas un prisonnier endormi, a Attendei, » dit de Prune après un mon[ient de réflexion ; a c'est ce noir si spirituel « et si éloquent qu'on a amené ici il y a neuf joivs. et qui a depuis sept jours a refusé de manger; il est à la droite o du lit de camp. » Il y éloit en effet, couché sur le ventre selon son habitude, a Eh 1 répondez donc, moricaud, d dit le valet du concierge en agitant violemment la main de cet infortuné, et en la laissant retomber. Octave ne répondit pas : il étoit mort. '

Pendant qu'on emportait ce cadavre, on amenoit d'autrès prisonniers. Il y avoit eu alors une grande conspiration à Paris. Une centaine d'honnêtes citoyens a'étoient avisés qu'il n'y avoit rien de légal dans la suspension des garanties de la liberté mdividuelle et du droit de pétition que la

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constitution de l'ao TUi avoit sanctionnés, comme toutes les constitutions du monde; et ils avoient rédigé cette réclamation légitime dans les formes les plus respectueuses, sous le litre de Pétition au Tribunal. La France se lèverott aujourd'hui tout entière pour appuyer une pareille réclamation, s'il se trouvoit jamais un gouvernement assez insensé pour y donner lieu. Dans ce temps-là elle se mettoit à la fenêtre pour voir^ passer quelques prisonniers bâillonnés, et elle trouvoit cela très-bien. C'étoit véritablement l'flge d'or pour le despotisme. On nous jeta quinze ou vingt paavres imprimeurs ou libraires, Charles, de la rue Guénégaud, Pilardeaa, Maison, Dabin, et je ne sus qui encore, et puis avec eus un nommé Aubry, qui les passoit de toute la tète comme le Tumus de Virgile. C'étoit un géomètre qui s'avisoit d'appliquer les idées exactes de sa science aux fantaisies de la politique. Il se déclara l'auteur de la pétition, et il fît à merveille, car elle étoit fort belle, fort noble, fort mesurée. Cependant l'écrivain qui osoit attester 1^ liberté sous ce gouvernement de liberté couroit d'autres chances qu'une de cesdîsgr&ces de bureau que noua voyons maintenant si fécondes en succès populaires. Aussi ce bonhomme fut tout au plus avec un autre, » je ne me trompe, le dernier François qui osa pousser uD cri d^ndépendance ; mais ce cri intempestif ne retentit ai dans la commission de la liberté individuelle, ni dans la commission de la liberté de ia presse, brillantes pépinières de ces généreux amants de nos institutions que nous avons retrouvés depuis si ardemment zélés pour les intérêts du peuple. Retenus alors par une sublime prudence dont l'avenir goûtera les fruits, ils s'exerpoient de loin à combattre le despotisme quand il se eeroit usé par ses excès. Ils fuyoient devant lui, à l'exemple de l'alné des Horaces, pour pro6ter de sa fatigue, et se préparoient en silence aux triomphes de la tribune afiranchie. Que Dieu les y maintienne longtemps !

Le surlendemain ce fut autre chose; le vent des conspi-

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rations avoit soufflé du nord, et on arrivoit en prison en descendant de la diligence de Bruxelles ou du paquebot de Calais. C'étoit un théâtre d'oppositions dramatiques relevées par quelques ridicules touchants. La fusion de tous ces sentiments passionnés que la tyrannie soulevoit contre elle éloit si rapide et si affectueuse, qu'une nouvelle génération aura peine à la comprendre *. Royalistes et républicains se précipitoient les uns vers les autres pour se prendre la main ; et, par une exception plus commune dans nos cachots que dans les salons du consul, ces mains étonnées de se presser étoient pures de rapines et de sang. L'abus du pouvoir n'a jamais manqué de produire le même rapprochement; et cette leçon est écrite si distinctement dans l'histoire, qu'on est consterné de voir que les gouvernements l'épellent encore.

Au bout de quelques jours nous étions cinquante-six. Si l'on se rappelle la circonscription étroite de notre prison, on concevra que cinquante-six personnes n'y étoient pas exactement à l'aise. Le lit de camp pouvoH en recevoir une vingtaine, qui étoieat moins gênées depuis que le cadarre étoit parti. La barrière du lit de camp en recevoit tout autant ; mais on n'y étoit qu'assis sur un siège étroit et anguleux. Les plus forts passoient la mlit debout autour du lit de Démaillot, qui ne dormoit jamais, à l'entendre racontant ses magnifiques histoires de la révolution, palpitantes de la vérité d'une époque et vivantes, et animées, et tragiquement solennelles comme une émeute des faubourgs, comme une séance des Jacobins, comme une journée de la Convention ; et nous autres jeunes, nous échangions quelques idées entrecoupées, tout empreintes du regret d'être nés trop tard pour bien mourir. Noub comptions sans l'avenir.

Tant de nuits sont longues à être debout. Si peu d'heures

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LES PItIBOns DE PARie SOCS M CORSULAT. 19

de sommeil, sur un pavé de briques ou sur un lit de bois, suffisoîent mal à réparer les fatigues de cette exaltaUon fiévreuse qui dous dévoroit. Le quinzième jour je m'assis surunsl^e un peu plus commode: on m'interrogeoit; et mon interrogateur étoit un H. Bertrand, cbef de la première division de la police, homme très-massif de formes et très-délié d'esprit, presque boi^e, tout à fait boiteux, et dont l'aspect n'avoit rien de séduisant, ni d'ensembV), ni dans les détails. C'étoit un ancien imprimeur-libraire de Compiègne, qui avoit l'érudition de son état, l'expérience de son temps, et deux choses avec lesquelles on arrive b tout à Paris, de la souplesse et du savoir-faire ; homme dt. meilleure composition, d'ailleurs, qu'on ne l'a dit, pour cette couvée d'enfants mulJDB qu'on éponvantoit de son nom comme de celui de l'ogre, et très-disposé à ne faire de mal à personne quand il pouvoit s'en dispenser sans nuire à son crédit.

J'abrégeai beaucoup mon interrogatoire, qni menaçoit de tirer en longueur, en allant droit au fait à la confession duquel on vouloit m'amener par une suite d'inductions. Comme je m'attendois à un dénoûment sérieux, je cherchois à me montrer digne de mon râle, au moins à la dernière tirade ; et je n'avois pour cela d'autre moyen de me faire valoir que cette ingénuité un peu fière qui n'est ni sans abandon lû sans audace. Je fus très-content de moi ; et c'étoit alors mon habitude. La seule chose qui minterdit, c'est que mon interrc^ateur exigea que je restasse les yeux Sxés sur lui à chaque réponse. Dans les intervfdles seulement je pouvois regardera droite ou à gauche. J'ai passé vingt-cinq ans sans pénétrer ce mystère; et je donte encore que la psycholt^e de la poUce fût assez perfectionnée pour comprendre la puissance de ce regard, qu'une habitude eSrontée a scellé à la prunelle du questionneur,sur le malheureux qui le subit. Quand je penseà cette spéculation de la curiosité in ûdieuse d'un bomme grave et &oid qui ponrsuit industrieusement un secret de vie ou de

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>o sonvBNins db la nËvoLtmoN.

œof t dans l'âme in^raidée d'un enfant, je ne puis m'empécher de croire quelquefois que les précautions dont la société s'est armée contre le crime n'ont rien à envier au crime lui-même en bassesse et en férocité.

L'intérêt de l'Etat essmtieiiemeni compromù par quelques binettes éphémères esigeoit qu'on débrouillAt le chaos de mes papiers, qui devoit receler je ne sais com- ■ bien de rêveries suspectes et d'amplifications séditieuses. Dieu sait quelles belles cboses il y avoit là-dedans ! Au bout de je ne sais combien de temps un agent de police me secoua le bras pour m'avertir qu'il falloit retourner au dépât, car j'avois profité de la lecture de mes manosaïts pour dormir. Rendu à mes camarades, je mimai, de toute ma verve de jeunesse, la scène de ce bbraire devenu homme d'État, qui se fait lire comme naguère les manuscrits d'un pauvre auteur, mais avec une autre latitude, et qui au lieu de se dire : Ferai-je imprimer cela?... se demande &i les membres du poète sont bons pour te corset de force, et sa tête pour la guillotine. Ce joyeux contraste, lancé dans ce monde de libraires et de littérateurs dont nous étions inondés, et entretenu par cette source de saillies qu'on n'a jamais tarie en prison, nous amusa toute la nuit. Lie soir du jour suivant, je fus transféré au Temple ; et je laissai notre chambre immonde et fétide avec le regret amer qui vous obsède long-temps sur votre cheval, quand vous quittez le matin une auberge de campagne où vous avez remarqué en soupant une jolie nièce du bourgeois, à l'oeil transparent, aux cils noirs, à la cornette blanc de neige, qui a oublié, contre sa promesse, de se lever de bonne heure pour vous regarder depuis la porte. Cette comparaison même est très-froide, car il n'y ti rien à comparer aux amitiés des prisonniers.

L'agent de police qui me conduisoit en fiacro je ne savois où, étoit un peu ivre. Je n'aurois- pas été en petnc de le tromper sur l'identité, s'il n'y avoit pas eu des gendarmes sur la banquette de devant et des gendarmes aux

un PRISONS DB PAII8 80CB Ul CONSULAT, 11

[MM^ères. a Uélas ! mon ami, d me dit-il avec une senlimentalité burlesque, a il faut pâtir pour ta bonne cause. a Vous êtes probablementéinigré... Dieu 1 que j'honore les a émigrésl... — Jen^avois pas cet honneur-là^ monsieur; a i'étois trop jeune à l'époque de l'émigration pour savoir a jeter la Hanche ou les Alpes entre l'échafaud et moi, et a cette démarche, d'une louable prudence ou d'une bra- « voure aventureuse, indique un tact ou une prévision a qui n'auroient pas été de mon âge. — Comment donc a étes-vous poursuivi? mon pauvre jeune homme... » Empressé de répudier cette sale pitié : e Je suis poursuivi a comme jacobin, » lui dis-je, et il me sembloit que la conversation finiroit le. — a Les jacobins! d s'écria-t-il, (f à qui en parlez-vous ! Un jacobin I je le porte dans mon « cœur. Je l'ai été, jacobin, et des durs, mon cher enfant, a Je ne sais pas si vous m'en croirez : Henriot m'aîmoit « comme un tière ; et ce pauvre Hébert ! il n'a jamais a passé près de moi sans me serrer la main. Quelle fime a qu'Hébert ! quelle âme !... Sa femme 'étoit un peu bi- « gote, mais lui, c'étoit nn cbarme que de l'entendre t Un <r Brutus I un Marins I un Scévola 1... Il auroit tué son père. « — Et comment se fait-il qu'avec tant de prédilection «I pour toutes les opinions extrêmes au milieu desquelles a l'usurpateur de nos libertés s'est placé, vous serviez a d'instrument à ses proscriptions? — Hélas I répondita il, quand on est père de famille on veut de i'avanceo ment. » Le misérable avoit peut-être envie d'être bourreau.

Enfin, et il en étoit temps pour mettre un terme & cette scène de dégoût, nous arrivâmes au Temple. On m'écroua dans le bureau de H. Fauconnier; on me conduisit à une petite chambre carrée, garnie de quatre couches assez propres, dont trois étoîent occupées; et je goûtai, avec un ravissement qui ne retarda pas de longtemps mon sommeil, la fraîcheur d'un gros linge blanc, et la souplesse voluptueuse d'un oreiller de paille.

it sounutniB utt u BÉvoicnoi».

Le lendemain, il fit un peu plus jonr à mes yeux qu'à Ift salle de dépôt. Des commencements de démolition déblayoient de tous cAtés nos tourelles, et nous avions de l'(ùr et de la lumière à nous quatre pour vingt prisonniers de la Préfecture. Un de ces messieurs se leva de trèsbonne heure, parce qu'il alloit être transféré, et qu'il en étoit prévenu. Je ne remarquai d'abord en lui qu'une obésité énorme, qui gênoit assez ses mouvements pour l'empêcher de déployer un reste de grftce et d'éloquence dont on retrouvoit des traces dans l'ensemble de ses manières et de son langage. Ses yeux fatigués conservoïent cependant je ne sais quoi de brillant et de ftn, qui s'y ranimoit de temps à autre comme une étincelle expirante sur un charbon éteint. Ce n'étoit pas un conspirateur, et personne ne pouvoit l'accuser d'avoir pris part aux affaires politi> . ques. Comme ses attaques ne s'étoient jamais adressées qu'à deux puissances sociales d'une assez grande importance, mais dont la stabilité entroit pour fort peu de chose dans les instructions secrètes de la police, c'est-à-dire la religion et la morale, l'autorité venoit de lui faire une grande part d'indulgence. Il étoit envoyé au bord des belles eaux de Charenton, relégué sous ses riches ombrages; et il s'évada quand il voulut. Nous apprîmes, quelques mois plus tard, en prison, que M. de Sade s'élott sauvé.

Je n'ai point didée nette de ce qull a écrit. J'ai aperçu ces livres-là ; je les ai retournés plutôt que feuilletés, pour voir de droite à gauche si le crime âltroit partout. J'ai conservé de ces monstrueuses turpitudes une impression vague d'étonnement et d'horreur ; mais il y a une grande question de dKiit politique à placer à côté de ce grand intérêt de la société, si cruellement outragé dans nn ouvrage dont le titre même est devenu obscène. Ce de Sade est le prototype des vic^mes exfrà-judiciaires de la hante justice du consulat et de l'empire. On ne sut coa>ment soumettre aux tribunaux, et & leurs formes polîti-

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