‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 15 sur 66 · NOUS · texte numérisé non relu

NOUS

Je tombai à genoux à côté d'elle et jerépétaisesparoles: Saintb Charlotte Coedat, priez pour nousI

Le courrier étoit venu en quarante-deux heures. Ceci se passoit le 17 juillet, il étoit sept heures du soir; et lo 17 juillet à sept heures du soir la tête de Charlotte Curt^ay ronloit sur l'échalaud.

Voilà Fétranprc rapprochement qui m^a autorisé peut-être à écrire quelques lignes sur Charlotte Corday.

La prévision de Bassal ne fut pas trompée. Ce cadavre qui auroU souillé les génK>nies reçut au Panthéon les honneurs de Tapothéose. Le crayon célèbre de David s'avilit à

CHARLOTTE CORDAT.

tracer les ornemeots de cette pompe profane. Sa plume en écrivit le programme. Je ne sais si ce fut avec dn sang» mais le sang des victimes ne manqua pas au dieu anthropophage dont la France élovoit les autels^, car la mort de Maratavoit décuplé la rage des proscri pleurs et le travail des bourreaux. Il faut avoir assisté à ces funérailles sacrilèges pour se trouver le courage d'y croire. Comme elles eurent partout le même caractère» elles ofirirent partout le même spectacle avec les mêmes particularités; et on peut s'en rapporter à mon récit. Le cortège s'ouvroit par une meute d'hyènes à deux pieds, ivres do liqueurs ioi tes et altérées de carnage. Elle rouloit ses flots confus au-devant des tambours lugubres et voilés^ en hurlant des imprécations obscènes et fécoces qui n'avoient rien de la voix de rhomme^ et qu'on ne se croiroit exposé à entendre que dans le silence des nuits et le voisinage des catacombes. C'étoient les prêtres de Marat, (^'étoient ses hymnes et ses cantiques. Le Raphaël de la Convention avoit jugé à propos de reproduire dûis cette épouvantable solennité l'appareil même de la mort du tyran devenu dieu ^ pour frapper l'ima* gination des spectateurs d^in tableau presque aussi affreux que la réalité. Le cercueil mortuaire étoit remplacé par une sorte de vasque oliloi^gue qui ti^nu oit la baignoire OÙ Marat venoit chercher de temps en temps des adoucissements imparfaits et inutiles à la lèpre hideuse dont il étoit dévoré. Un drap impur et sanglant la reeouvroit^ et tomboit de là jusqu'à terre, balayant de tous côtés la fange des mes, si ce n'est daus un endroit où il étoit retroussé pour laisser échapper un bras livide, un bras flétri et mutilé qu'on avoit emprunté pour cet usage à l'amphitéàtre d'anatomie^ et aux doigts duquel on avoit lié une plume, afin de montrersans doute que le patriote infatigable à son œuvre ne savoit pas donner de moments au repos quand il s'a^issoit de dresser les listes de proscription. Ni dans les sacritices des barbares, ni dans les raffinements impies des plus cruelles exécutions, on ne se figurera jamais d'objet

Uigiiizeo by LiOOgle

iOl SOOVEÏimS DE LA RÉVOLUTION.

qui soit capable d'exciter au môme degré Teffroi^ rhorrein et le dégoût. Derrière les porteurs farouches de ce repoussant simulacre s'avançoient, le bonnet rotige en tête et le crêpe au bras, entre deux rangs d(; soldats, les citoyens qualifiés (ie la ville, les magistrats, les juges, les comités révolutionnaires, les jacobins^ les députés et le peuple. Toute cette cohue s'arrêta dans une église, qui par bonheur étoit déjà profanée. Peut-être même est-il permis de penser, pour se soula^i^erde Tintolérable tourment de cette idée, que c'étoit là le beiil lieu de Funivt^s ou Dieu ne fût pas présent.

J'yavois escorté Julie, qui chanceioit sur mon bras en détournant les yeux ; et je dois compte ici des motifs de cette héroïque curiosité, car on ne les devinerpit pas. On I se rappelle sans doute l'opinion consciencieuse et intrépide que mon professeur avoit exprimée trois ou quatre mois auparavant sur cet aboitiiiial)K' Marat. Elle ne lui avoit pas porté préjudice, parce qu il étoit populaire, ainsi que je Fai dit, et que le suffrage public s^étoit attaché en lui à deux qualités qui ne perdent jamais leurs droits, même sur les méchants: l'énergie et la loyauté. Les meneurs s'avisèrent cependant de lui imposer la plus pénible et la plus danotereuse des expiiitirms. Ils le ebarir^'rent de prononcer l'oraison lunèbre de Marat, écueil perfide placé sur un océan de boiie et de sang, et qui sembloit ne lui laisser que le choix de dévouer sa vie ou de souiller son éloquence. La lutte d\in talent noble et d'une âme sincère aux prises avec de telles difficultés ^ excitoit vivement notre intérêt^ et nous étions iiii})atients de savoir jusqu^ quel point un homme de bien toilement amoureux de la puissance tribunitienne peut dégrader son caractère et son génie pour la conserver. G'étoît ce qui nous attirolt.

Briot trompa nos craintes, ou, pour parler plus exactement, il justilia nos espérances.

J'ai souvent répété que Briot étoit éloquent. 11 étoit surtout habile* Je oomprends tièi*biMi depuis longtemps

CHARLOTTE COBDAT. 1«8

qu'il n'est rien qu'on ne puisse dire avec une certaine adresse^ et qu'un homme d'esprit ne -manque pas de moyens de sauver sa responsabilité morale en faisant

réloge de Marat lui-même, s'il sait mettre en œuvre quelques artifices assez vulgaires, niais qui échappent k la multitude. Au point où j'en étois encore de mon apprentissage littéraire, cette escobarderie de rhéteur me frappa singulièrement, quoique les exemples n'en aoient pas rares dans les classiques ; mais ce n'étoit pas là que dévoient s'arrêter nies émotions. Le panégyriste ne pouvoit se dispenser de parler de Charlotte Corday, et c'est pour cette pai'tie difficile de son discours qui! avoit tenu en réserve les plus précieuses ressources de son talent. U n'essaya pas de la justifier, il se contenta de la peindre ; et l'auditoire crut un moment la voir apparaître à côté du cénotaphe, belle, iniposante, sublime, exaltée par l'amour dp la liberté, affermie par le dévouement, et sonriant au martyre. L'impression qu'il vouloit produire s'étoit communiquée à tous les cœurs quand il ajouta d'un ton mftle et austère : a II y a des actions qui sont aua dessus de toute la portée de la raison et du jugement a humain. Ce n'est pas à nous qu'il appartient de peser ce de pareilles résolutions et dt*. condamner en Charlotte a Corday ce que la postérité admire en Brutus. Laissons u agir la justice qui venge les lois, et jetons un voile res- « pectueux sur les erreurs et les excès de la vertu. » Un silence presque religieux suivit un moment cette péroraison, et ne fit placr qu'aux accianjations universelles qui accompagnèrent l'orateur à sa place. Bernard lui seul dit en grondant sourdement à l'oreille de Bassal : — Voilà une belle oraison funèbre de Charlotte Corday ! Mais il fut obligé de céler ce mystère dans les replis de son âme haineuse, parce que son interprétation ne fut accueillie par personne. Pendîint ce tcmps-ià confondois avec Julie des larmes d'admiratiui) oi d'atten(lriss(Mnf'nt qui don-

noUiit autour da noua une hauta idéa da QOtra patriotisme»

HOUVEMIRS DE LA RÉVOLUTiON.

Apparence trompeuse I je vous assure* Nous pleurions Charlotte Corday.

Quand on a passé sa jeunesse fout entière soua i'influence d'une doctrine passionnée et violente, il est du

moins consolant de penser que cette aberration d au cœur naturellement bienveillant étoit Teftot presque irrésistible des circonstances, et que les circonstances dans lesquelles le hasard Ta placé sont ordinairement plus fortes que rhomme. L'enseignement des collèges^ alors comme aujourd'hui, se oomposoit en grande partie de faits antérieurs au christianisme, de notions empruntées à la brutale p!iilosophie des païens, de mensonges pompeux qui donnoient à des frénésies absurdes tout l'attrait de la vertu et tout Téclat de la gloire. Cette génération avoit été nourrie comme l'élève du centaure^ avec la moelle des bétes sauvages ; il ne faut pas s'étonner qu'elle en ait eu la férocité. C'est ainsi qu^à nous autres enfants perdus des • écoles d'Athènes et de Rome s'étoit fait connaître la liberté, sous l'aspect de Fadorable furie de Corneille. Joignez à ce malheur radical d'une instruction abusive, diamétralement détournée de son but moral par Tineptie et la présomption des fauxsages^ la contagion des premiers exemples, l'ascendant des premiers sentiments, l'irritation des premières douleurs ; et félicitez le jeune homme à l'âme robuste qui a pu s'armer à tra\ ors tant de périls des forces d'une raison prématurée. Celui-là trouve le port avant le temps, et se réfugie dans un calme assuré que ne troubleront plus les orages du monde. Il n'en étoit pas afaisi de nous^ adeptes insensés d'une histoire idéalisée par les sophistes, et d'un scepticisme anti-social qui avoit faussé tous nos jugements. Entraînés par la foule dans la voie fallacieuse où les nations se perdoient, nous estimions les actions au taux de la vigueur et du courage^ et le crime lui-même nous faisoit tressaillir d'enthousiasme quand il avoit puni le crime. Déchus de notre âme que nous avions presque volontairement abdiquée,

CQAIILOTTB CO«D.\T.

nous ne savions mettre à sa place que l'instinct et la logique des lions.

Julie étoit partie depuis long-temps. Elle suivoit Cham* pionnet et Bassal à la conquête de lltalie, et rèvoit sans doute à Charlotte Corday dans la ville de Lucrèce, de Porcin et d^Epicharis. .l 'y r^^vois aussi dans la mélancolie am^rede ma solitude, en suivant du regard comme Macbeth un poignard qui marchoit devant moi. Six ans après la mort de cette noble vierge que notre imagination avoit sanctifiée^ je réalisois un projet puéril que ma pensée eutretenoit depuis long-temps au nombre de ses plus agréables chimères. JYitois à Paris^ on je ii'avois rien à faire, car je croyois fièrement mes études Unies, et j'y occ 11 pois la chambre de Charlotte Corday^ rue des Yieux- Angustins, hôiel de la Providence.

La chambre de Charlotte Corday étoit tout au plus un méchant bouge méchamment garni au quatrième étage d'une masure, et l*on y parvenoît par un escalier si obscur et si iielal>ié qu il i'alloit quelque résolution pour s'y engager la nuit ; mais cela m etoit indiiierent, parce que je n en sortois pas. L'ameublement de cette pièce répondoit complètement^ je le répète^ à la disgracieuse appa- . rence du local. Son principal ornement consistoit dans une vieille couchette^ dont les rideaux de serge verte^ fort éraillée et fort poudreuse, s'ouvroient à l'ancienne manière en glissant sur une tringle de fer, mais se ratlachoient de jour avec une mesquine élégance par des manchettes de la même étoffe à deux colonnettes vermoulues. Près de là étoit une petite table de sapin assez gros* stèrement faite^ et char^ de quelqueii laides gouttes d*encre qui dévoient être tombées de ia plume de Charlotte Corday, car il n'y avoit guère moyen de supposer qu'une autre personne lettrée eût jamais occupé ce taudis réservé à la dernière classe des voyageùrs. Une haute chaise à long dossier, couverte de velours d'Utrecht d'un jaune sale et à demi défoncée^ complétoit cette cbétiye

lOS 80UVEN11IS DE LA VÉVOtimOK.

décoration. La mère Graulior^ Tancienne hôtesse de la Providence, étoit morte depuis deux ans ; mais je m'étois convaincu de Hdentifé de ces précieuses reliques par le

témoignage do Pierre-François Feuillade , honnête et respectable vieillard, qui avoit été Tassocié de Grau lier dans leur industrie avant de tenir cet hôtel garni à son compte, et qu'on appeloit plus communément le maître d*écoie, parce quil avoit exercé cette honorable professîon, dont il conservoit d'ailleurs la tenue posée et Félocution sentencieuse. Charlotte Cortlay avoit respiré l'air que je respirois ; elle avoit écrit sur cette table ; elle sëtoit reposée sur cette chaise ; elle veilla sur ce grabat pendant trois nuits solennelles à invoquer sa Némésis. Tout ce qui m'entouroit étoit plein de son souvenir^ et pom* ainsi dire de sa présence. J'étois heureux^ si heureux qu'il nie paroît difficile à comprendre aujourd'inii qu'un cœur mortel ait pu contenir une jçie semblable à la mieope.

Je passai trois semaines dans cet état, ravi du sort que je m^étois fait^ quoique excédé de maladie et de fatigues morales. Mes nerfs se tordoient, ma tête bouillonnoit

comme un métal en fusion. Une fièvre ardente brûloit mon sang. Un jour que j'avois passé tout entier dans mon lit sans songer à demander des alimeots^ le maître d'école inquiet monta le soir à mon grenier^ sa chandelle à la main^ pour s'informer de mes besoins, et pour savoir peut-être où en étoit ma raison, quil n'avoit pas lieu de croire fort saine. Après un mot de remerciement et de refus, je l'engageai à s'asseoir. H me salua et s'assit.

— r^'est-ce pas vous, Pierre-François, lui dis-je, qui avez conduit mademoiselle d'Armans auPalais^Royaldans la matinée du 12 juillet 1793 ?

Pierre-François me répondit de la téte par un signe affirniatif, et je continuai :

— Quoique le trajet de la rue des Vieux-Augustins au Palais-Royal ne soit pas long^ un homme d'une intelli-

€ffABLOTTB CORDAT.

fî^nce aussi éclairéo qiio la vôtre no put Faccompnpner jusque là^ si je ne me trompe, sans chercher à approfondir les idées étranges qui occupoient cette jeune fille, et qui dévoient se trahir dans ses regards, dans ses paroles, dans ses gestes^ dans sa démarche, car il ne poavoit rien 86 trouver de vulgaire en Ciiaiiotte Corday, et cela ne vous a pas échappé ?

— Non, monsieur. On m'a fait la même question au tribunal, et je vais y répondre de la même manière. Je la précédois avec émotion^ je me retoumois souvent pour la voir, et je la voyois avec douleur ; jo souflrois pour elle, conjnic si elle avoit été d»^ ma famille; et pourtant les conjectures que je formols sur son dessein étoient bien éloignées de la vérité i Gomme elle étoit admirablement lieUe, et faite pour inspirer Tamour à quiconque Tauroit vue, cette promenade clandestine au Pdais-Royal où elle . m'avoit prescrit de la laisser me parut le premier pas de la débauche et de la prostitution.

— Comment ! misérable, m'écriai-je, vous avez osé arrêter cet infâme soupçon sur Charlotte Corday? Vous me faites horreur !

— II parolt, reprit le maître d^école, sans rien perdre de son inaltérable tranquillité, que monsieur n'est pas fort indulgent pour les femmes perdues, ou qu'il pousse loin rindulgence pour les assassins. Je partage bien le juste dégoût que Im inspirent ces misérables créatures qui trafiquent de quelques vains charmes corporels à l'étemel pré* judice de leur ftme ; et cependant, à tout considérer, je me sens touché de plus de compassion pour la malheureuse qui flétrit sa vie que pour celle qui la ravit à son semblable.

— A son semblable, je le veux bien ; mais Marat n'étoit le semblable de personne. C'est un monstre qu'elle a tué.

^ Marat étoit un monstre, il n'y, a pas de fait mieux

établi, mais il n'étoit pas permis de Tassassiner. La vie d'un monstre puissant est une grande calamité pum* lei

l^S SOUVENIRS DB LA IIÉVOLIITION.

nations, mais la vie d'un monstre appartient à Dieu.

— Pouvez-vous douter, bonhomme, que Dieu lui-xuéme ait dirigé le bras de Charlotte Corday ?

— Dieu ne dirige pas le bras des meurtriers» je vous prie de le croire, monsieur. Dieu n'a donné à qui que ce soit le droit de tuer, pas même au bourreau.

— Je n'ai pas r^lus de confiance que vous à la justice des hommes, et je suis ici de votre avis. C'est pour cela que je réclame les privilèges de la défense légitime en faveur des opprimés. Quand le tranchant de la guillotine devient un horrible jouet dans la main des scélérats, que restera-t-il, je vous le demande^ à Tinnocence et à la vertu, si ce n'est la pointe du stylet ?

— Onelque ( luise encore, monsieur : la résignation, Tespérance et la foi. — Quelque chose de pius^ l'avenir et Dieu.

Pierre-François reprit son chandelier de cuivre, parut attendre un instant mes ordres, s'inclina et sortit.

Cet entretien apaisii ma téte et mon cœur. M;i nuit fat caressée par quelques songes doux qui avoient longtemps déserté mon oreiller. Le lendemain je me réveillai plus calme, et je quittai le jourinéme l'hôtel de la Providence, en promettant à Pierre-François de venir le revoir souvent.

Deux mois après il se mit au lit pour mourir; et, comme il ne se copnoissoit que des parents suffisamment aisés, il li irua son bien aux pauvres.

Il faut que la vérité soit une chose bien précieuse en elle-même, puisque les erreurs généreuses des âmes pures sont presque aussi fatales à Thumanité que le crime, qui est une en*eur des méchants. Donner trop de crédit à un attentat ipagnanime, c'est ouvrir la porte à tous les autres. Laissez à la conscience privée le jug^Miient des actions extraordinaires qui semblent sati^fairr a la justice, mais qui répugnent cependant à la morale universelle; tressez des couronnes pour les vertus naturelles et humaines qui améliorent le sort des peuples^ 91 vous penses que la vertu

CUA]ltOTT£ GOaUAY.

a besoin de couronnes, et n'en attachez plus aux poignards. L<'s lîi iniis et les Cassius que Charlotte Corday alloit ciierclier aux Glianips-ÉIysées (pauvre fille toute romaine qui ne reconuoissoit de héros que les héros de sa république, et de dieux que ses dieux) n'étoient peut-être que des furieux qui avoient poussé à sa dernière expression le délire du sophisme. Dieu^ qui peut retirer la vie du sein de Thomme par un seul acte de sa volonté, n*a pas fait mourir Caïn^ qui avoit fait mourir son frère; et vous, dont les lumières imparfaites suttisent à peine à distinguer le bien du mal, vous tuez ^ i

Respect au sang humain ! c'est le signe auquel deviendront enfin sensibles les progrès si vantés de la civilisation.

Une nation où le meurtre est regardé coiujiie droit, comme légahté^ comme héroïsme, n'a rien qui i élève audessus des cannibales.

P. S. J'avois achevé la copie de ce fragment quand j'ai appris que la femme excellente dont il y est fait mention sous le nomde Julie^ existoit encore. Je a aurois certainement jamais pensé à le pulilier, si de faux renseignements ne m'avoîent fait croire pendant plusieurs années qu'elle n'étoit plus. Cependant je n'y change rien, quoiqu'il puisse ofirir çà et là quelques traits d'une présomption qu'elle reprochoit à mon enfance, et dont le temps auroit dû me corriger ; mais si ces pages viennent à tomber dans ses Hiains et à faire jaillir mon nom oublié d'une des cases de sa mémoire, elle ne verra peut-être pas sans intérêt les souvenirs d'une amitié de quarante ans dont rin> pression a conservé dans la mienne tout son charme et toute sa fraîcheur. Il y a dans ce retour de la pensée vers

4 Voir, pour le développement de cette pensée, sur l'inviolabililé de la vie humaine, les dmières pages de VHntoire d*HélèM GxUeL On a beaucoup écrit dans ces derniers tempe contre la peine de mort ; cuiàiâ on n'a pa» mieux éci'ît que Eiodier*

110 SOUVENIRS DE LÀ fiÉVOLOTlON.

les jours les plus gracieux de la vie quelque chose de divin qui ressemble à une possession anticipée de la résurrection ; et je n^ai pu résister à l'innocente joie de revivre un moment encore^ dans mes rêveries de vieillard^ au nlîlieu des plus vives sympathies de mon jeune Aice»

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