SOUVENIRS CE LA RÉVOLUTION
temps vécu poiu' apprciidr*» a aimer les aiifres sans acception (lo ses intérêts ou de sp*=î besoins. Cette source <i "amour comuieûce à s'ouvrir pour 1 adolescence; elle est tarie pour la vieillesse. La vie d'un homme bien organisé est un cercle d'aifections ; mais il y a de TégoiSme aux deux points les plus rapprochés de la soudure.
Ce qui justifie cette réaction theiaiidorienne devant le grand nombre est pt ut-rfre ce que y y trouve do plus odieux. La révolution avoit une horrible franchise : elle marchoit au chaos^ mais elle Tavoit dit. Les idées de droite d'ordre, d'équilibre, la seule pensée d'une institution la mettoient en fureur^ mais sa fureur étoit brute j et naïve comme celle du tigre. Elle versoit du sanj? parce que le sang étoit bon^ mais ses bourreaux ne meltoîent pas de gants sur leurs mains sanglantes, ils les montroient toutes nues. G'étoit cruauté, Q'étoit rage, ce n'éioit pas déception. La réaction thermidorienne se plaçoit ' au contraire sous les auspices des idées les plus solennel* les de la société. Elle s'armoit au nom de la civilisation, j au nom du culte renversé par des mains sacrilèges, au nom de rhumanité impitoyablement outragée par des can- ' nibales, aunomdesartsque les Vandales révolutionnaires avoient proscrits; Elle s'annonçoit comme l'aurore d^un dge de restauration, de paix, de félicité publique, et elle assassinuit. Voilà ce qui se concilioit mal dans ma jeune pensée. C'étoit l'énigme du sphinx avec ses belles formes, et ses paroles insidieuses, et sa curée de victimes humaines.
La terreur avoit affecté un grand cynisme dans les vêtements, une sobre austérité dans les banquets, un profond mépris pour les spectacles et pour les fét(*s qui ne lui rappeloienf point, dans leurs pompes sauvages, les mystères tragiques de ses saturnales. La réaction fut élégante et même parée ; elle réveilla le goût des festins et des bals, les fantaisies du luxe et les frénésies de la volupté. Quelques hommes encore jeunes qui avaient formé leur
RÉACTION THERHIDOntENNB
^Jtication morale dans les boudoirs de la Dubarry devinrent les arbitres des bonnes manières. Les mœurs de '9 terreur avoient été d'une grossièreté bideuse. Celles de a
réaction fiiront d'une impudence raffinée, et, quand ! \ détestable politesse du vice prête son vernis à la férocité^ il me semble qu'elle Tenlaidit encore. U se trouva do;^ hommes alors tout aussi cruels que Marat^ mais beaux de jeunesse et de manières^ qui entraînoient les cœurs après eux quand ils entroient dans un salon au milieu d'un nuage d ambre. S'ils n'avoient pas senti Tambre, ils auroient senti le sang.
Ces faits si remarquables sont fort peu connus à Paris, où cette réaction ne s'est manifestée que par quelques vexations de la police et quelques pasquinades dutbéàtre. Ce que tout le monde vous dira de ce temps-là^ c'est qu'il y avoit alors un bal des victimes j où une femme ifétoitpas admise, si quelqu'un de sa famille n'avoit péri sur 1 echafaud, et où le costume de rigueur d'une danseuse étoit celui dans lequel sa mère ou sa sœur étoit tombée sous la main du bourreau, c'est-à-dire le schall rouge^ et les cheveux coupés à fleur du cou. Ce que tout le monde se rappelle encore, grâce aux spirituelles caricatures de Carie Vernet, c'est i'éléyunt de 4795, avec son habit court et carrée son gilet de panne chamoise à dixhuit boutons de nacre^ ses longs cheveux poudrés et flottant des deux côtés sur les épaules, qu'on appeloit des oreilles de chien, sa cadenette retroussée, sa cravate verte et son bâton noueux. Mais n'en demandez pas davantage à la mémoire des Parisiens sur la réaction thermidorienne; et par conséquent n'en demandez pas davantage à l'hi^ire, car il en est de Thistoire comme de la langue ; elle n'est faite que pour Paris, et il faut le savoir pour ne pas s'étonner de ne trouver aucun renseignement développé sur cette singulière époque une fois )|u'on a épuisé les registres des modistes et les cartons des * uiarchands d'estampes. L'ouest et le nord de la F rance ne
furent guère moins étrangers que Paris au mouvemert
de la réaction. Lyon étoît sa capitale, et de là elle étendoit SOS ramifications vers Ppst, on s appuyant sur Boiirgen-Bresse et J^ons-le-Sauinier, et au midi sur Nimes, Tarascon et Marseille*
Cette ligue presque innocente à Paris n'y a été connue que sous le nom de Jeunesse de Fréron. Fréron^ répudié par la montagne, qni l'abandonna aux lourdes atteintes de Moïse Bayle ; reiiousM; avec hoirt^ur par Tancien parti de la Gironde, qui le dévoua aux imprécations foudroyantes d^'Isnard; Fréron^ comme disoit ce prodigieux Isnard; demeuré tmtt nu et tout œuvert de la lèpre du crime, avoit besoin de se retrancher sous la bannière d'une faction. Il y a dans les révolutions des antipathies que Ton a peine à concevoir. Il y a aussi dans les révolutions des alliances que Ton ne conçoit pas. Fréron, qui n'étoit rien, ni par son esprit, ni par son caractère, ni par sa considération politique ; Fréron, qui ne s'étoit jamais distingué en rien du plus obscur vulgaire, pas même chez ces journaliers littéraires qui travaillent pour du pain, sans acception de leur réputation et de leur honneur, quoiqu'il eût fait ce triste métier à la suite de son père; Fréron se trouva tout à coup à la téte d'un parti puissant de jeunesse, d'énergie, de vengeance, de ces passions du temps qui menoient à tout, et du silence des lois qui souffroient tout. Mais ceci, je le répète, est bien spécial à Paris. Le chef de la Jeunesse de Fréron, dans tout réclat de ses succès, n'auiroit pas traversé impunément la place des Terreaux.
A part ces détails, qui sont connus et qui méritent à peine de Tétre, il est difficile de parler de la réaction thermidorienne, sans dire du nouveau. Au moins faudroitil exaiuiner une fois, sous sc^s rapports avec nos mœurs traditionnelles, cette institution des Compagnies de Jésus^ qui n'avoit plus de type dans nos annales depuis le moyen Age, mais qui se rattache, par une filiation trè&-