‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 22 sur 66 · SUR LA VENDÉE · texte numérisé non relu

SUR LA VENDÉE

Quand un peuple a perdu momentanément sa morale et son esprit national par Telfet d'une conquête ou d'une révolutiony il perd nécessairement sa langue. Il n'y a plus

d'idées justes, et par oonséquont il n'y a plus de mots ap*propriés aux chosea. Pour mesurer certaines folies dans toute leur étendue, il suffiroit de se rendre compte de l'acception révolutionnaire de certaines expressions consa* crées, qui avoient été diamétralement détournées de leur sens, le me bornerai à un exemple. En 1793, à cette époque où Ton ne cessoit de proclamer la légitimité de l'insurrection et la sainteté de la révolte^ douze ou quinze départements de France, parmi ceux que leur position topographtque mettoit le mieux à l'abri de l'invasion des fausses théories et de celle des mauvaises mœius, osèrent se soulever contre une oppression manifeste^ intolérable.

1 Ce monceau fonne la seconde partie d'un article publié à roccaslon

des Mémoires de madame de Larochejaqueîein. Bien qu'il n'ait, relativement à la grande épopée vendéenne, qu'une importance secondaire, va sa brièveté, nous nvnns tenu cependant à le reproduire ici, pour faire coanaitre l'opinion de Nodier sur l'un des faits capitaux de Tbistoire de la révolution*

188 SOOVBNIRS DE 1..4 RÉVOLUTION.

C'étoit au moins la septième partie de la population^ et pour s'exprimer en termes constitutionnels du temps, une fraction considérable du peuple. Elle fut notée de àrigan^ dage, et ce terme injurieux acquit ainsi dans l'usage de glorieuses synonymies. Il n'y avoit pas moyen d'empêcher qu'il ne signifiât conrafje, héroïsme y dévouement, résistance à ta tyrannie, et si l'on avoit inventé une qualification plus flétrissante encore pour les Vendéens^ elle ne les auroit pas flétris davantage* Ils en furent si persuadés^ qu'ils reçurent ce nom naïvement, comme les gueux du Brabant, et qu'ils ne l'ont jamais repoussé. Ce n'étoit point l'ironie d'un esprit amer; c'étoit la franche résignation de la vertu insultée, qui vouloit bien constater^ par ses propres outrages^ l'oubli universel des principes. Quand madame de Larochejaquelein fuyoit de village en village, avec im enfant dans ses bras, mendiant du travail, un asile et du pain, les paysans se reeoiîimandoient les uns aux autres la ùrifjdnde et sa petite fille. La mère, la tante de madRmn de Larochejaquelein, cette respectable octogénaire qui finît par périr sur l'échafaud, étoient aussi des brigandes. Le vertueux Lescure, l^paminondasde la Vendée, cethomme dont les républicains n'auroient pu s'empêcher dlmmortaliser le sublime caractère dans le cas nièaie où l'histoire n'eût jamais repris ses droits, ce héros de vingt-cinq ans, que les soldats de tous les partis appeloient te saint du Poitou, c'étoit un brigand i Étrange désordre de juge* . ment, qui influe sur lès éléments les plus simples de la société, et qui bouleverse jusqu'au langage !

C'étoit l'art d'un parti qui régnoit par le mensonge, et qu'on anroît dépouillé de tout son pouvoir en rendant les mots dont il se servoit à leur sens naturel. Les trois quarts de la France sont encore très-persuadés que cette guerre de la Vendée avoit été provoquée par les nobles; que c'étoit la guerre des nobles, et par conséquent la guerre de la fortnne et des préjugés contre le peuple. On ne se doute pas que c'étoit précisément le contraire^ c'est-

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