‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 23 sur 66 · SUR LA VENDÉE · texte numérisé non relu

SUR LA VENDÉE

à-^ire la guerre la plus populaire que les amis de Tindépendanoe aient livrée aux tyrans. Ce Caton^ ce Brutus^ ce Cassius qu'on a surnommés les derniers des Romains^ combattirent aussi contre des Romains, et Phistoire n'a

pas hésité à leur payer de justes houimages. César ne fit jamais déclarer par le sénat que Pompée fût un brigand, et il l'honora quand il Teut vaincu.

Les nobles et les prêtres ont concouru à b guerre pa** triotique de la Vendée comme tous les citoyens, parce qu'il n'est pas décidé qu'un noble ou un prêtre ne soft pas un citoyen. On eut si peu d'égard d'ailleurs à la noblesse^, dans la guerre de la Vendée, qu'elle n'est pas même entrée en considération à mérite égal entre deux officiers : « Les principaux^ » dit madame de Larocheiaquelein, « étoient alors MM. Forestier, Tonnelay, Forêt, Villeneuve « du Caseau, les frères de Gathelineau, le chevalier Du- « houx, le chevalier Desessarts, Guignard, Odaly, los <f frères Cadi, Bourrasseau, etc., les uns gentilshommes, « d'autres bourgeois, d'autres paysans... Tous vouloient le « même but^ et s'y étoient entièrement et sincèrement dé- « voués... La diversité des conditions étoit oubliée. Un a brave paysan, un bourgeois d'une petite ville étoient les a frères d'armes d'un gentilhomme. Us couroient les d mêmes dangers, menoient la même vie, étoient vêtus a des mêmes habits, et parloient des mêmes choses qui d étoient communes à tous. Cette égalité n'avoit rien d'af- « fecté; elle étoit réelle par le fait; elle l^étoit de cœur a aussi pour tout gentilhomme qui avoitdu sens... L'éi^aa lité régnoit bien plus dans Tarmée vendéenne que dans « la république, au point que j'ignore encore, ou n'ai apa pris que depuis, si la plupart de nos officiers étoient « nobles ou bourgeois; on ne s'en informoit jamais, on ne « regardoit qu'au mérite. Ce sentiment étoit juste et na- « turel; il partoif du cœur^ et, sans être inspiré par la po- « litique, il y étoit trop conforme pour n être pas général. « Je n'en rappellerai qu'un exemple très-remai'quable*

MO SOUVENIRS DE LA fi&VOLDTION.

« M. Foresfier étoit fils d*un cordonnier du villap^o do a Cliaudron^ en Anjou^ et U a joué le rôle le plus brillant a à rarmée^ près des princes^ dans les cours étrangères, a partout enfîn^ jusqu'à sa mort, arrivée vers i808. » Ce noble roturier ne devoit rien à l'intrigue ni à l^abitûde du monde. Il avoit alors dix-huit ans.

A roté de Lescureet dp ï tirochejaquelein se remavquoit Cathelineau^ dont madame de Larochejaquelein fait ce beau portrait : u G'étoit un simple paysan qui avoit fait le a métier de colporteiur pour le commerce des laines. Ja- «t mais on n'a vu un honune plus doux^ plus modeste et a meilleur. On avoit pour lui d'autant plus d'égards, qu^il cf se iiiettoit toujours à la dernière place. Il avoit une in- « telligence extraordinaire, une éloquence entraînante, <x des talents naturels pour faire la guerre et diriger les a soldats. U étoit âgé de trente-quatre ans; les paysans <f Fadoroient et lui portoientle plus grand respect. Il avoit « depuis longtemps une grande réputation de piété et de c( régularité, tellement que les soldats se plaçoient, quand a ils le pouvoient^ auprès de lui dans les combats^ pensant « qu'on ne pouvoit être blessé à côté d'un si saint homme... a Quand il s'agit de nommer un général en chef, M. de « Lescure, qui étoit alors blessé, rassembla chez lui les « officiers, et leur dit : Je donne ma voix à M. Cathelineau. a Tout le monde applaudit, excepte le bon Cathelineau, «r qui fut surpris de tant d'honneur. » 11 périt peu de temps a après, les armes à la main. Trois frères, quatre beauxfrères et seize cousins de Cathelineau moururent de la même manière et pour la même cause. Il ne reste de lui qu'un fils et quatre filles qui n'ont jamais cessé de vivre dans la plus extrême pauvreté. Comme le principal caractère de la Vendée étoit un dévouement sans bornes et sans exemple, la principale vertu des guerriers qui s'y sont formés étoit un désintéressement dont Fantiquité n'offroit pas le modèle. Ils ne port oient ni cordons, ni décorations, ni broderies. Les officiers ne se distiuguoient des soldats que

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pnrcn qu'ils marchoieut les premiers au. combat Un d'entre eux, frappé à mort après un petit passe-droit qui lui avoit été fait dans Parmée, expira en disant : Vit>e le

Jîoi, quand même! et cette phrase de la Itiii^iie du peuple «'st encore aujourd'hui leur dovise. Après s'être battus comme Bayard^ ils se sont retirés dans leurs champs^ prêts à prendre les armes, si la patrie et le Roi les appeloîent encore, mais étrangers aux brigues des cours et aux émulations ambitieuses qui divisent les hommes en faveur. On croiroit, à la simplicité de leurs mœurs, qu'ils n'ont jamais quitté les rangs des simples citoyens i>our conduire des armées et pour profég(M' d(\s villes. Henri de Laroehojaqnocin disoitiin jour : a Si nous rétablissons le Roi sur son « trône, il m'accordera bien un régiment de hussards. » Et l'homme qui parloit ainsi a été sur le point de sauver la France et la monarchie. A peine ont-ils du sang à se reprocher, puisqu'ils n'en ont versé que pour la défense lécfitifne et sur leur territoire attaqué. Il est de notoriété blique que le brave Lescure, tant de fois blessé dans une guerre où les généraux étoient soldats et combattoient sans cesse corps à corps, n'a pas donné la mort à un seul homme. Jamais il n'a laissé périr ou maltraiter-un prisonnier, tant qu'il a pu s'y opposer, même dans un temps où des massacres eflfrovables entraînoient les officiers les plus doux à user de rp[)résailles. Il n'y a pas un François de l'armée républicaine qui ne s'en souvienne avec attendrissement, et qui n'ait combattu avec estime de si nobles adversaires.

Il n'y a donc que la mauvaise foi la plus manifeste qui

puisse s'obstiner à nous priver d'une partie de notre gloire militaire, en renouvelant des iuiputations absurdes et des quaiilications qui ne sont injurieuses que pour ceux qui les ont données. La révolution étoit un grand et difficile problème. On a pu se tromper sur sa solution, mais elle est trouvée aujourd'hui, et il seroit inutile et dangereux de la vemettpe en question, Tou$ les peuples ont eu de^

Digitizod by Gvj. '^.v.

SOUVKNIBS DE LA RËYOLUTlOIf.

guems politiques qui ont développé de part et d'autre de

grands talents et de. grandes vertus; tous les peuples sens('s et jaloux de se, conserver ont oublié sagement ces dissensions funestes quand elles ont eessé^ et ils n*ont point prolongé^ dans des discussions violentes^ des altercations qui étoient jugées par révénement. Confondons nos rangs de bonne foi, sous la seule bannière qui puisse rallier les François ; et ne nous souvenons de nos débats que pour en tirer des leçons utiles. Je im; bornerai à remarquvv deux de ces conséquences, qui sont loin d'être au nombre des plus importantes : la première, c'est que les conteoiporains sont mauvais juges de leurs intérêts; la seconde, c'est que les calomnies des partis ne prévalent pas devant l'histoire.

£T L'ÊUUGATlOn NATIONALË >

Pùnr que Péducation d'un citoyen soit saine et uf ile^ il

faut qu'elle soit naturelle, qu'elle sorte d'elle-nieuie des autres institutions, et qu'elle concourp à leur conservation, comme celles-ci contribuent à la si< une. Chaque pays porte,si Ton peut s'exprimer ainsi, ses coutumes et sa législation^ comme les arbres qui Tombragent^ comme les productions qui Tenrichisseni; voilà pourquoi les étran* gers entendent généralement si mal les intérêts et la

* Nous avons extrait les frn^ments cl-desso? fî'nn article ci itlqup, publié par Ch. Nodier, n l'nrcasion du livre imiiulé : Le Génie de la RéKoluiion considéré dans l'éducation, ou Mémoires pour servir à Vhrstoire de l'instruction publique, depws i7H9 jusqu'à nos jours. Cet article se trouve dan- les Mélanges de littérature et de*crUiquet mis en ordre et publiés par A, Barginet, Paris, 1820, In-fio, t. I,p.(»» et suiv.

Nodier s'est occupé beaucoup de la question de réducaUon ; il y revient souvent dans ses llTres, et il y porte toujours une sorte de vivacité passionnée, comme on peut le voir, entre autres, dané Tartlcte que nous Tenons d'indiquer, et dans celui qui fut publié en f S3l , dans la Rtme de Paris, sous ce titre : De ViuUité moraU de VinêtrucUm pour le peuple^ L'anecdole suivante, que nous empruntons

SOUVLKIBS D£ LA (lÈVOWnON.

politique des peuples dans les affaires desquels il leur arrive de s'immiscer, surtout quand ils sont nés sous un

régime différent, et que lour esprit s'est exercé, dès l'enfance?, sur des principes o|){)< isés. Ce n'est ni le talent ni le génie^ ce n'est méuie queiqueiois ni la raison ni la vertu qui leur manquent, c'est la première éducation, c'est le sentiment presque inné du caractère, des mœurs et des affections de la patrie.

Voilà, je crois, des principes si clairs, qu'ils n'auroient pas besoin d'être soutenus par des exemples ; mais qu'on cherche à se rendre compte, si 1 on veut, de l'effet qu'auroit produit l'éducation de Sparte dans une monarchie ordinaire, ou même dans une république qui n'auroît pas été Sparte ; qu'on essaie de transporter par la pensée, les méthodes dinstruction des anciens chez les modernes^ celles de l'Orient dans le Nord, celles dt s peuples civilisés de l'Europ^^ au milieu des tribus du Non veau-Monde, et pour rapprocher ces suppositions de i Etat dans lequel

aa compte-rendu de ses fanérailles, montre qu'il ne se contentait pas, en matière d'éducation populaire, des abstractions de la théorie, mais qu'il savait y porter au?;sl le dévouement de la pratique* Voici ce qu'on lit d ^ns le Moniteur du 1er février 18i4 :

« Tn fait touchanf a marqué la fin ih; la cérémonie. Au moment « où les amis de NrKlier clounaicnt un dernier adieu à ?a t - mlje, un « jeune homme s'est détache d im groupe de peisonnes j^ieusement « recueillies, et a remis à M. Mennessier, gendre de Charles Nodier, « une couronne, en le priant d une voix émue de la dépo:«t;f &ui au « tombe « comme un hommage dessenUments de la classe ouvrière. » *i M. Mennesfiler a remercié avee eAision les jeunes ouvriers, qui se « sont retirés sllenciettsement. On ne peut rien imaginer de plus tou- « chant, de plus honorable pour la mémoire de Nodier, et pour ceux « qui ont voulu lui oA'ir ce simple et dernier hommage d'aifeGUon « et de respect. Ch. Nodier le méritait bien. Incapable de flatter les « passions des ouvriers, il les aimait sincèrement ; il s'occupait de « rinstruetion de leurs enfants. Souvent on le voyait avec Ballanche « dans les écoles de son quartier. Aussi ces braves ouvriers, habitués « à le voir, si souvent appelés par lui à des conversations particulières, « l'ont suivi de leurs rdgi*ets; beaucoup ont fait collège k sa dépouille «> iuëi^u'ù &a tombe. »

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