‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 25 sur 66 · I)V£MIR8 DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

I)V£MIR8 DE LA RÉVOLUTION

fausses théories, le succès des paradoxes, la dépravation des mœurs, la déviation des Cbpnts, 1 introduction d une foule de systèmes et d'institutions que le vœu de la nation n'appeloit point, mais qu'autorisoit la confusion universelle des idées. Le François^ presque dépouillé du sentiment national dont il 3'étoit enorgueilli sous une longue et glorieuse suite de rois françois^ se réfugia dans les souvenirs de l'aiiti(|aité, et se prêta sans effort au projet bizarre des dépositaires de l'instruction, en accueillant une éducation historique fondée sur des idées et des affections propies à d'autres temps, à d'autres lieux, à d'autres gouvemementSyà d'autre^hommes. On reçut réducatton^ c'està-dire la vie sociale^ au nom des Grecs et des Romains^ qui n'avoient rien de commun avec nous ; on ne pensa point que la plui^art de ces actions éclatantes dont leurs annales ont perpétué le souvenir, incompatibles avec la morale perfectionnée des sociétés modernes^ ne sont aux yeuiL de la raison et de l'humanité que des crimes détestables; personne ne s'avisa^ dans ces écoles innocemment pernicieuses d'erreur et de foUe, d'une observation qui auioit remédié à tout, si elle n'avoit été trop simple peutêtre pour ce temps de raffinement ; c'est que le jugement qu'on doit porter des choses n'est pas nécessairement le même dans tous les pays et selon toutes les circonstances; que l'histoire croit pouvoir excuser^ qu'elle approuve quelquefois des actions étranges qui ne seront jamais approuvées par la morale ; et que, sous la plus modérée des législations actuelles, certains des demi-dieux de nos collèges auroient été justement livrés à la claie ou à Téchafaud. Si l'éducation n'est pas ici cause nécessaire, peut-on nier au moins qu'elle n'ait concouru à l'eftét des causes inconnuesde la lévolution, par l'influence qu'elle a exercée sur les hommes qui l'ont faite? Aveugle «nthouriasme, fausse et malheureuse imitation qui a rap[)(»lé trop souvent le jmpularisme anarchique dcsGracques, lacriiuiiielle ambition de César^ le désespoir de Caton, le parricide de Brutus,

LA RÉVOLOTION ET L'ÂDUCATIOIV NATfONALB. i47

et qui a fait briller si peu d^éclairs de leurs vertus !

On s^est persuadé^ depuis quelque temps^ que la so* ciété tendoit à un état de perfectibilité qui imitera du concours de toutes les facultés individuelles parvenues à

leur plus haut degi^é possible ; erreur funeste, quoique riflieiilp. Le but de la société, ce n'est pas le perfectionnement général et illimité des facultés et des lumières, car une société qui seroit arrivée à ce point ne subsisteroit pas un seul jour ; c'est le balancement de ces facultés précieuses^ réparties dans de justes proportions entre toutes les classes, et selon le besoin de cbacun, de manière à ne nuire, par une fausse appropriation de Tinstruction comiiiuiie, ni à la société ni aux personnes. Le plus grand malheur auquel un homme puisse être exposé est de recevoir une éducation qui n'est pas appropriée à son état ou à sa destination sociale; et quand le nombre des hommes qu'un faux système d'éducation a placés dans cette hypothèse est multiplié jusqu'à un certain point, la subv( iaiua de la société est inévitable.

En effet, Féniulation qui consr^rve et qui fait prospérer les sociétés, n'a rien de cx>minun avec cette fatale impa-' tience d'avancement qui est devenue une des maladies les plus incurables de notre esprit. Cheas un peuple qui se perfectionne réellement, toutes les classes tendent plus ou moins vers leur apogée d'amélioration relative. Chez un peuple qui se corrompt, chez un peuple qui va se perdre, toutes les classes tendent vers un changement queiconque, parce que tout le monde est mal. Le désir du mieux dans son état est un sentiment naturel et utile. Le désir de quitter son état pour un état plus élevé est l'écueil de Tordre social ; et ce sentiment funeste ne peut pas manquer à rhomme qui a reçu une éducation étrangère à son état, n résulte de cette anibition insensée, que toutes les professions s'avilissent, que tous les emplois sont mal remplis, parce qu'il n'y a personne qui ne s'en occupe avec dégoût, tant qu'il voit des honneurs, des places, une

SOUVENIItS DE LA MVOLUTION.

Ibrtune et une carrière au delà. Ce n'est plus au potier que le 'potier porte envie^ comme au temps du bon Hésiode ; c'est à l'homme heureux en apparence^ qu'une chance fortuite a placé un degré plus haut; ce n'est point le besoin de valoir mieux pour son propre bonheur et pour celui de la chose publique, c'est un besoin irrésistible de parottre davantage. Demandez au partisan le plus exagéré de l'égalité ce qu'il entendoit en dernière analyse par ce mot mystique dont Tapplication a coûté tant de sang vainement répandu. Il vous répondra, au moins implicitement, que l'égalité est le droit de devenir CE qu'on n'étoît pas, d'oublier ce qu'on étoit, et de ne

RECONNOITRË DE SUPÉRIEURS MLLE PART. Quant HUX

inférieurs^ les sectateurs de l'égalité n'ont jamais renoncé à en avoir^ et c'est même ce qui explique l'enthousiasme des dernières classes, pour lesquelles il étoit d'une importance extrême, dans cet état de clioses, d'avoir au moins un pas à faire. Tout se ressentit à 1 uistant de ce premier mouvement ; car il étoit de sa nature de s'étendre du rang le plus bas de la société au rang le plus élevé, par une suite de permutations qui résultoient nécessairement les unes des antres. L'escalade fut d'autant plus facile, que chacun dédaignoit le rang qu'il occupoit, et étoit certain de trouver au-dessus de lui une place délaissée par un autre ambitieux, jaloux d'une autre conquête. Ainsi tout fut déplacé, et rien ne fut replacé convenahlement qu'au* tant que cela plut au hasard. C'est au milieu du désordre de ces conditions confuses, du délire de cette satumale insensée où presque chacun a pris un masque, un travestisseaient, un caractère opposé à ses inclinations, à ses facultés naturelles, que se trouvera phicé le législateur qui entreprendra de reconstituer la France, et de lui rendre des mœurs et des lois françoises. C'est donc par Tinstitution d'un système raisonnable d'éducation que doit con)tneneer la réforme des abus honti ii\ qu'un système absurde d'éducation a produits, et que ie règne de 6ona«

LA BÉYOLUTION ET L'ÉDUCATION NAIiONALE. 149

parte n'a fait que modifier^ parce que Bonaparte n'a pas

eu le temps de les détruire.

Ce grand homme avoit reçu du mauvais génie qui rinspiroit un instinct trop partait et trop sûr de tous les moyens qu'on peut fait concourir au changement de Tesprit national^ pour négliger ceux qui sortent d'une éducation nationale mal entendue^ et pour ne pas saisir avec empressement l'occasion facile de se livrer les générations futures en iiiiposant aux François un système d'instruction confonne à ses vues. Il lalloit que les François cessassent d'être François^ oubliassent toutes les traditions de la patrie^ tout le respect des ancêtres, toutes les affections qui lient les enfants à la famille et les habitants à la cité. Instruments passifs d'une gloire qui devoit dévorer les nations ou les soumettre au joug d'une nouvelle dynastie, il falloit que leur caractère reçut l'impression qu'il piairoit au conquérant de leur donner, et que toutes leurs pensées se concentrassent dans une pensée exclusive qui résidoit en lui. Mattre de tous les ressorts du corps social^ parce qu'il avoit voulu l'être, il lui fut aisé (le faire agir ce ressort important, et de substituer l education toute guerrière des villages croates ou des cohortes caucasiennes à Téducation généreuse d'une nation éclairée et sensible. Le peu d'espace qu'il daigna laisser dans ses institutions aux études libérales, et, pour se servir d'une admirable expression des anciens, aux lettres hiivaines, fut tellement subordonné à l'étude des sciences exactes et militaires, qu'une défense absohie de s'y livrer n auroit pas ou d'autres conséquences. La France se couvrit do séminaires armés où s éievoit l'espoir d'un nouveau Sésos- Iris, ç'estrà-^ire une foule innombrable de jeunes gens > braves et impétueux, formés, pour ainsi dire, dès le ber« eeau, aux mœurs et aux passions du soldat ; séparés pour jamais peut-être de leur famille, de leurs amis naturels et de leur terre natale; continuellement distraits par des études âpres et sévères, par des exercices menaçants et

des jpux cruels^ de tous les arts qui oi uent l'esprit et qiiî agrandissent l'àiijo, de tous les sentirneiils qui charment et qui atteudrissent le cœur^ et dévoués^ par la fvuieste prévoyance d'un ambitieux^ à affermir^ au prix de leur vie^ son scandaleux pouvoir sur les déMs irrépiurables de la société et des constitutions européennes.

Tous les plans de r»( )ii;i|);)rte furent détruits par la force nfaillible des choses, c'est-à-dire par la seule opi^ositioa possible dont il n'ait jamais su calculer les effets ; les rênes mêmes de Tinstruction^ quil avoit si habilement organisée, échappoient à sa main désarmée. La génération quil nourrissoit avec tant de soin de Tespoir de subjuguer le monde, incapable d'aucune autre occupation que la guerre, d'aucune autre ambition que celle des conquêtes, liée seulement à son char par le prestige de la victoire et de la renommée, devoit nécessairement Tabandonner dès que les conditions d^in pacte social plus régulier et d'une paix plus assurée lui prescriroient le repos ; et réagissant sur la patrie de tout le pou\()ir qu'elle ne pouvoit plus exercer sur l'étranger, qui sait si elle àuroit vu autre chose, dans le reste de la population, qu'une masse immense de serfs soumis à ses caprices et livrés à sa cupidité? Ainsi, sous le gouvernement de Bonaparte et sous cette dynastie que la révolution avoit conquise, la France, vaincue par ses enfants si accoutumés à vaincre, seroit tombée sous le joug de l'oligarchie militaire, à moins que Bonaparte lui-même, trop tarddésabusé, pour notre repos, de ses inutiles espérances, n'eût senti la nécessité de rétablir Féducation sur d'autres bases, et de faire rentrer Tesprit national dans ses boni es naturelles ; mais comment y seroit-il parvenu, et de quelle manière auroit-îl assoupi tous les éléments dont U avoit excité la funeste ' fermentation ? C'est ce problème qui est proposé aujourd'hui à l'expérience des sages et à la sollicitude des gouvernements. L'avenir nous apprendra s'il n'étoit qu'ua hoiume qui fût capable de le résoudre

LA COMVEMTiOM ET LA GRAMMAIRE «

Pour trouver dans la Convention la velléité d'une pensée littéraire^ et celle-ci est bien négative^ il faut remonter jusqu'au rapport de Barrère sur la nécessité de réimiutim» ner la langue. L'orateur se plaint d'être né dans un pays où l'on ne pouvoit se passer d'un certain ramage pour être reçu en bonne compagnie. 11 désire de le voir disparoiUe avec les hochets d'une cour perverse; et il étoit difficile^ à la vérité^ que ce ramage soutint long-temps la concurrence des hurlements épouvantables qui retentissoient alors dans nos assemblées publiques. Par bonheur^ c'en étoit fait^ et >

l'orgueil même d'un accent pur et sonore n'existoit plus. Il étoit réservé au citoyen Barrère d'inventer et de, proscrire l'aristocratie de la prononciation.

Sous une législation qui tenoit Taccent pour suspect^ les idiomes étoient nécessairement coupables* Barrère dédara le provençal modéré^ le savoyard fédéraliste^ et le bns* breton contre-révolutîonnaire. Celte dénonciation est con-

1 Extrait, comme le morceau précédent» de l'article sor le Génie de la Révoluiionf cwuidéré dans Védueation. — Mélanges de littérature et de critiqWt par Ch. Nodier» e4e« P«rii» 18:^0, tome 1, p. 6a et 8ttiv«

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