LA FRONDE ET LA RÉVOLUTION
Quand la révolution arriva, la Fronde étoit à peu près oubliée; elle Tétoit à ce points qu'on ne pensa pas même à voir dans cette révolution nouvelle une continuation de la Fronde, l'ouvrage d*un parti qui existe en France de-
puis trois siècles, qiu îi ii cossé d'y attaquer les piiiK i[)c'S Ibndanientaux de notre organisatioa sociale, et qui seroit déjà parvenu à la détruire^ si cela étoit possible sans étendre cette destruction à tous les États qui nous avoisinent, et qui ont une civilisation analogue à la nôtre* Cette conspiration n'est plus le secret de quelques particuliers plus ou moins obscurs : c'est la destination d*un nouveau peuple, formé de la lie de tous les peuples, qui couvre, qui infeste l'Europe, qui seroit depuis longtemps debout sur ses ruines^ si des événements extraordinaires n'a* voient^ à deilx reprises^ entravé sa marche et retardé son
> Ce morceau, qui date de 181S environ, forme la seconde partie d'un article sur les Mémoires du cardinal de Rctx. Le iappro< lu ment, sianaU^ jmiir la lu. mière fois par ^^Hlil'r, a été répété dcj.ius dans un grand nombre d'ouvrages, sans qu'un en ait jamais fait remonter l'Initiative jusqu'à son véritable auteur, (^e rapprochement a aujourd'hui, aui yeux de bien des gens, l'autorité d'une tliéorie historique.
LA lilOMJE ti LA RÉVOLLÏION. 15$
triomphe ; car il est permis de ne pas croire k la possibilité de son anéantissement absolu^ quand on a vu cette
faction anti-sociale renaître d'ell(î-même et développer les ressi MMCf s les plus effrayantes après cent cinquante ans d'inaction. La première fois^ ce fut le règne imposant de Louis XIV qui^ par son seul éclata par son seul ascendant^ et sans Tattaquer de front ni dans les prin* cipes ni dans les personnes^ comme si l'art de réduire les partis n'étoit que celui de les étonner, la contraignit à rentrer dans une obscin ité si profonde, que lorsqu'elle en sortit^ sous la Régence^ avec les écrits des piiilosophes du siècle suivant^ marchant audacieusement au but qu'elle n'a atteint que vers sa fin^ on ne la reconnut plus. Un homme a vécu depuis qui avoit observé ou qui devina c^u'on ne pouvoit la distraire de ses projets qu'en occupant siu' une multitude de points son infatigable activité, et qui eut le talent ou le bonheur de l'assoupir pour la seconde fois en divisant ses forces à l'inâni dans des entreprises gigantesques qui auroient peut-être fini par les user. Dès rinstant où cette action suspendue lui a permis de se réfu* gier, de se rassembler sur elle-même, elle a repris son unité, son attitude menaçante : elle attend, et, pour elle, attendre, c'est agir, tant que des circonstances extrêmement rares ne trompent pas ses espérances et ses ciJeuls. Au reste, ce quil y a de plus étonnant dans ce rapprochement, c'est qu'il n'ait pas été fait; c'est qu'il ait pu laisser un doute, et qu'on se soit perdu en dissertations pour trouver une origine contemporaine à une révolution que nos aïeux avoient déjà vue si hideuse* Ce n'est pas ici une vaine hypothèse... Qu'on jette les yeux sur l'histoire, et qu'on dise ce qu'étoientles frondeurs: slls n'étoient pas identiquement la même espèce d'hommes qui a renvei*sé de nos jours, autant qu'il étoit en elle, la religion et la monarchie. A l'examiner dans ses commencenit nts, on verra que la ressemblance n'est que trop parfaite pour demander le plus léger effort d'esprit^ et que^ si les mem-
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bres de la comparaison pèchent par quelque chose^ c'esl
à force d uniformité. Seulement, sous l;i niiiioritc de Louis XIV, la faction ( (uiipta, pour saisir l autorité et bouleverser TÉtat, sur la foiblesse d'un roi entant. Sous le règne de Louis XVI, elle profita plus criminellement^ ce me semble^ de la bienveillance sans mesure^ de la condescendance toute paternelle d'un roi qui ne savoît rien épargner pour répondre aux espérances de son peuple et pour augmenter ses libertés. D'ailleurs, vous verrez en tout le& mêmes causes^ souvent les mêmes résultats: opposition des parlements sur des objets de peu d'importance que la malveillance exagère ; pi palarité arrangée de quelques automates méprisables que des actes de répression peut-être mal entendus avoient en quelque sorte désignés à la faveur des séditieux ; niouvt iiieiit subit et simultané de tout le rebut delà société^ de tous les bommes sans mœurs^ sans état^ sans aveu^ que l'approche d'une* révolution avertit^ et qui se lèvent tumultueusement de la boue pour profiter des désordres qui se préparent ; concours adroit et mesuré des esprits déliés qui pressentent, dans ces grands changements, de grandes ressources pour Tambition^ et même de quelques esprits généreux qui y voient des occasions d'acquérir de la gloire ; enthousiasme des gens de bonne foi, que Tespérance d^étre utiles éblouit toujours, qui se précipitent de toute leur foiblesse dans les affaires, et qui s'y enfoncent d'autant plus avant^ que la droiture de leurs intentions n'a pas permis qu'ils se ménageassent des moyens d'en sortir à propos; qui deviennent dangereux par amour pour l'humanité, et que le désir aveugle d'un bien inconnu finit par pousser an mal. Joignez à tout cela quelques gens de cour, mal vus de la cour, qui ont, aux yeux des classes inférieures^ le mérite d'une disgrâce, et qui ne sont pas fâchés de se servir de la fermentation ' populaire pour montrer aux courtisans en faveur qu'un homme disgracié peut être encore redoutable ; quelques^ uns de ces génies turbulents qui s'impatientât de la régu-