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dans ses habitudes, dans ses traits, une profonde iinpression d'attendrissement et d'effroi, que la rare beauté de ces formes et de cette figure apoUoniennes dont parle Lowvet, rendoit encore plus pathétique. Aucun sentiment
agit ahle ii'avoit senibié depuis éclaircir sa physionuinie natureiieiiient f^rave et rêveuse. On le voyoit ininiohile, silencieux, pénétré d'une préoccupation inconnue, comme un homme qui cherche àse recueillir et à se rendrecomptc d'un mystère pénible et mal débrouillé. Dans la soirée du 30 octobre, on ne remarqua pas sans surprise qu'une sérénité qui indiquoit l oubli des inquiétudes et le calme du cœur, commençoit à renaître sur sou visage. Seulement, quand il traversa la partie de la cour intéiieure où la coquetterie présomptueuse de Mainviellè avoit été. éveillée par une vision fugitive, il s'arrêta un moment, les regards fixés sur le même point, pour y chercher sans doute le inênie objet, qui parut en effet avec la rapidité d'une ombre, et puis disparut dans le corridor, derrière une porte qui redescendoit ioiutlement sur ses gonds (VII) . Duch&tel avoit impose sa main sur son front, en élevant ses yeux vers le ciel ; mais sa main étoit retombée, son front étoit aussi pur qu'auparavant, ses yeux brilloient d'une pensée douce qui n'avoit plus rien de vague ni d'incertain ; ses lèvres sourioient sans amertume ; le bruit de rabsolutioa des accusés, qui n'avoit cessé de s'accroître sur leur passage, finissoit de se confirmer, quand un nouveau qpectacle renouvela toutes les anxiété, et les termina.
Dix-sept accusés étoient rentrés dans le parloir des prisonniers, et vingt et un le matin avoient franchi le préau. Ce calcul uccupoit tous les esprits quand survint un dernier groupe, qui offroît plus de ])rotondeur a[)parente que les autres, quoiqu'on ne vit se dessiner que trois têtes audessus de cette masse projetée en ombres noires par la clarté des derniers flambeaux; et on en conclut que les hommes qui la fermoient dévoient marcher courbés parce qu ila ^juituient quelque chose*
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Les deux premiers des arrivants étoient bien connus de leurs compagnr)ns de captivité, qui avoient eu assez de temps pour se faire à leurs mœurs et à leur esprit, dans " rintimité de la prison où toutes les âmes se mettent à dé* couvert^ et personne ne Vétonnoit de n'avoir pas encore aperçu Vergniaud, qui arrivoit partout le dernier, parce que, dans ses distractions habituelles, il avoit toujours oublié quelque chose. C'étoit donc Vergniaud d VilKird, Vergniaud, le front haut, Toeil errant sur tous les objets sans les regarder^ imposant, dans l'abandon même de sa dé-, marche et de ses manières, de toute la grandeur qui s'attachoit au souvenir de ses paroles; insouciant de la minute qui venoit de s'écouler, insouciant de la minute h venir; la main droite occupée à jouer dans les breloques de sa montre, comme à la tribune du Manège; la main gauche égarée des plis de son Jabot fatigue aux tondes mal ordonnées de ses cheveux qu'il avoit laissés oroitre depuis qui! n'avoit plus de domestique; Yei^iaud rêvant, et qui pourroît dire à quoi Vergniaud rèvoit, si ce n'est à Fobjet le plus étranger à sa situation présente, au thème imparfait de son premier plaidoyer, au mouvement interrompu de son dernier discours^ à une idée, à un sentiment dont le fil alloit se rompre dans sa vie.
A son oreille se penchoit un homme beaucoup plus âgé, sans être vieux, c[ui murmuroit d'une voix grave comme les chants de FÉglise quelques paroles puissantes, car Verf];niaud tournoit de temps en temps la tète de son côté avec un commencement d'attention qui ne tardoit pas à s'évanouir. Celui-ci étoit un prêtre en 'effets et saJongue dievelure tonsurée^ qui descendoit sans soin sur ses épaules, annonçoit qu'il avoit repris dans la captivité les insignes respectables de son ancien état^, coinnie il en avoit repris le langage, car Fauchet avoit abjuré depuis près d'un an Fargotisme puéril des sociétés secrètes, si cher à . son ami Bonneville (VIII)^ son rival d'éloquence et d'ingénuité^ pour revenir aux magnifiques inspirations de la
sotiVBîiilià i>B tk RtvoLirhoit.
Bil)Ie. Ce grand caractère de la ponsee qui s'étoit nianifpst^^ dans ses derniers discours, et qui avoit souvent frapi>é Vergniaiid lui-même, se reproduisoit depuis dans les moindres élans de sa vive sensibilité, dans les moindres détails de ses causeries familières. — Ét c*étoît ce prodîjjçinux ascendant de la seule lanfriie oratoire qu il ii riit pas cunniie, qui saisissoit par moments Tattention étoiiiiée de Vergniaud, trop fidèle aux leçons des orateurs classiques dont il auioit été le maître.
Le troisième, c'était le bon docteur Le Hardy, sage et savant médecin de Dinan^ fort ignoré aujourd'hui des bîogniphes, quoique l'exemple de sa nomination ne soit pas à dédaigner chez un peuple qui cherche encore un bon système électoral, et qui n'est guère sur la route de le trouver^ s'il faut<s'en rapporter aux apparences. L'acte de son élection porte qu'il a été choisi à l'unanimité et par accla^ mation, comme le plus homme de bien (IX).
Le Hardy soutenoit de ses deux mains une tête abattue sur une espèce de claie couverte d'un drap sanglant.
Et on comprit alors pourquoi on n'avoit compté que vingt Girondins.
Le convoi tout entier fut enfin réuni dans la salle où les députés s'assembloient chaque soîr pour pendre leur repas. La table étoit servie, les sièges disposés. Un vieux serviteur, étranger à la maison, mais qui étoit parvenu à s'y introduire; un guichetier à la mine sévère, mais aux soins compatissants, que nous avons déjà entrevu prêtant l'appui de son bras à une pauvre et tendre fenime, en avoient fait les apprêts.
Les porteurs déposèrent leur chaîne au fond de cette salle, et précisément au-dessus du fauteuil où Vergniaud se laissoit tomber négligemment, en vertu des droits non abrogés de sa dernière présidence.
Le Hardy , qui les avoit accompagnés jusque-là d'un air d'attention religieuse que n'éclairoit aucune lueur d'es|Kv tance, découvrit le cadavre de Valaziâ. II détacha lei vô»
LE DEHNI^ BAI4QUBT PSS amO?iDINS. 183
tements qui eachoient sa blessure^ en approcha un flambeau, la sondii du regaid et du doigt, lit deux juis dans la salle, et dit d'une voix ferme çi posée : — Le coup a pénétré le coeur; il est mort.
— Docteur, répondit Vergoiaud, sacrifiez un coq à Es* culapei voilà d^à un de vos malades guéri.
C'est alors seulement que Ton fut vaguement informé à la Conciergerie des choses qui venoient de se passer au tribunal. Tous les accusés étoicnt condamnés sans exception, et ils avoient accueilli leur sentence par le cri de . Vivelajiépublique/ On n'en remarquoit pas plus de quatre qui ne se fussent point unis à leurs collègues dans cet élan solennel; Faucbet, DucMtel, Le Hardy et Vala^ ; les trois premiers, distraits par une méditation inaltérable qui sembloit les absorber depuis le coinmencement do la procédure, et qui les avoit rendus étrangères à tous ses détails; l'autre occupé à se dérober à ses bourreaux sans les avertir par un cri ni par im mouvement. Il dirigea le fer avec une impassibilité si sûre qu'on ne s'aperçut pas de la plus légère émotion dans ses traits; et quand il échappa aux mains de Geiisoriné, qui s'elforçoit de le retenir assis sur sa banquette, en lui disant : Que fais-tu donc, Valazé? astu peur?.,, — quand il répondit : Je meurs ^ avec le calme stolque de Brutusi Valazé mouroit en effet. Sa dernière parole^ c'étoit son deniier soupir.
Les différents personnages de l'action que nous essayons de décrire s'étoient distribués sur différents points de la saiie du testin, les uns en poursuivant l'entretien commencé^ les autres en se rapprochant selon les affections ou les intérêts qui pouvoient les occuper encore ; et le bruit de quelques conversations confuses venoit expirer autour de Vergniaud qui ne prenoit part à aucune. Faucbet cependant ne s'étoit pà6 éloigné de lui, et ses paroles cmpruntoient une nouvelle majesté de l'appareil tragique qui l'entouroit, car sa tete élevée se perdoit presque dans les plis du linceul de Yalasé ; — Oui^ disoit-il^ une main