‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 32 sur 66 · SOCVBIOBS DB LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SOCVBIOBS DB LA RÉVOLUTION

étpnduo dans l'attitude de la prédication, oui, Vprgnîand, ceci est uiK* des réparations que le vengeur s'étoit résen ées dans sa colère^ et trop heureux le genre humain s'il les épuise sur nous ! Le sang appelle le sang^ et quiconque a tué de Fépée sera dévoué à Képée.

— Sacrifice pour saci itico, ajouta Duchâtel en les rejoignant; aprrs l"honiicidp, l>x})iaticn.

Yergniaud regarda Duchâtel avec quelque éionnement. £b quoi^ dit-il^ monsieur Duchâtel^ nous faites-vous entendre le chant du cygne ? Jamais> continua4*îl en souriant, vos lèvres nobles et pures ne s'étoient ouvertes à un pareil nombre do syllabes ! La terreur, qui délie quelquefois la langue des luuets, protluiroit-elle sur vous le même effet que sur l'enfant de Crésus ?

— Je n'ai point de terreur^ répondit Duchâtel; je vais mourir. La terreur est pour les coupables.

— Arrêtez! reprit vivement Vergniaud en promenant un regard inquiet à ses cotés, comme s'il avoit craint que le bruit de cette couversation ne parvînt à des auditeurs qui ne seroient pas aguerris à l'entendre ; — aiTÔtez, Duchâtel i et songez que c'est un rôle trop cniel pour votre âge et pour votre caractère que celui de Némésis au chevet des mourants. — Permettez-moi de croire^ d'ailleurs^ que les yeux du juge devant lequel liia conscience est prête à se développer sont plus infaillibles que les vAtres, et daignez attendre, pendant quelques heures, cet incompréhensible demain sur lequel je compte comme vous, sans le redouter davantage. Nous avons admiré votre vertu de conviction et de dévouement : pourquoi ne prendriezvous pas en pitié notre pénible et rigoureux courage? Croyez-vous qu'il n'ait rien coûté? Ce n'(^st pas l'action qui fait la faute ou le crime aux yeux de la justice éternelle, c'est la conscience. La solution de la question fatale qui nous a divisés n'est pas suspendue pour long-temps. Si votre foi est vraie, si mes espérances ne m'abusent point, elle viendra retentir à nos oreilles avant que l'aiguille des

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LE DËiiMibR DANQliËT DES GIRONDINS. 185

heures ait achevé de parcourir ce cadran, où elle marche

si vite. Contenez d'ici là, dans votre av.uv fçénéreux, — réprime^ Fauchet, dans le tien^ — une expansion qui Iroubleroit la féte de nos adieux, peut-être éternels I car rien de Thomnie n'est invinciblement démontré à Thomme Nous descendons dans Fantre de la SybiUe^ et les oracles ne sont pas pour aujourdliui.

Fauchet s'assit ; Duchâtel tendit la main à Vergniaud, parce qu'il l'aimoit ; et cette discussion sur une affaire solennelle où la moitié des Girondins avoit rompu violemment avec l'autre ne se renouvela plus.

La confusion des groupes et des discours alloit toujours en s'augmentant, et ce n'étoit. pas sans peine qu'on y pouvoit saisir çà et là quelques phrases éparses, brusquement enveloppées par des voix confuses, que douiinoient de loin en loin les rires bruyants de Ducos et de Main* vielle.

— - Qui nous empAcheroit plus long- temps, s'écria enfin celui-ci, de prendre place à un repas délectable, à un repas digne, s'il en fut jamais, des voluptueuses soirées d'Hérault-Séchelles, de Quinette et de Danton, avec la brune Cabrielle et Illyrine l'évaporée (X) ?

— J'y reconnois les soins de Bailleul (XI), ajouta Ducos, et je conviens qu'il a présidé en conscience à Tordon* nance du festin. 11 manque seul au nombre de nos convives ordinaires, et c'est la première fois que notre amitié trouvg à se consoler de son absence. Nous lui voterons des remercienientb le verre à hi main.

— Cela vîiiidru niieux pour lui, reprit Maiuvielle, que le baiser iratemel dans le panier de Samson.

£t Mainvielle rit.

— La séance est ouverte, dit Vergniaud. le vous convoque au repas libre des anciens chrétiens. Laissons rugir

jusqu'à demain les tigres qui nous attendent.

Tout le monde étoit assis, à l'exception de Dupi at, qui serroit la main d'un vieux serviteur que nous avons aperçu

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