‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 39 sur 66 · SILLERY · texte numérisé non relu

SILLERY

D'honneur/ monsieur de Lasource, vous ne pouviez rien

me proposer de plus agréable. Vous m'avez vu ce soir je^ter ma béquille de poda^e au milieu du parquet, f^n disant : « Je suis arrivé ici iutirme et malade, mais votre jugeaient me rend toute Ténergie de ma jeunesse et de qp^a santé; voici le plus beau jour de ma vie I » Eh bien, monsieur de Lasouree, croyez que je ne me débarrasse pas moins aisément des infirmités de mon âme, et que je mourrai votre sincère ami. Je ne gaicic pas même r^pcune à ces mc^ sieurs du tribunal.

iASOVfiq^,

Nous mourons le jour où le peuple a perdu la raison. Les inforiunés mourront le jour où il Taura recouvrée. Lequel vaut le mieux de leur sort ou du nôtre ? Puisse au moins le ciel ne pas se fermer à leur repentir !

MAINVISLLS.

Ce sont là, grâce à Dieu, des paroles de paix, et il de«

LB DERNIER BANQUET DES GIRONDIRS. t08

voit en être aînsi^ puisque nous avons le bonheur de posséder panai iiuub des représentants des deux Églises.

CARRA

11 est vrai — passoz-moi oettr saillip — que nous voilà oxacteiiiont placés, cdmme symbolique animal de liuriilan^ entre deux boisseaux d'exhortations évangciiques.

GRNSONNÉ.

Jo déclare au noui du bureau que nous pouvions coinpter un mandataire de plus dans le prochain eoncilc des commttnionft chrétiennes. Fonirède été missionnaire^ et y mi entendu cmte voix éloquente prépàt^r aux imfi^vi-i satkms de la tribune par les improviiations de la chaire.

FOKFRÂDR.

Vains efforts d'une pensée inquiète, qui cherche h se

rattacher à tout ce qu'il y a de. ^r.uul dans l'avenir de l'homme, et qui ne parvient de tcntativ»^ en tentatives qu aux désolantes réalités de la proscription et du supplice t

A qui le dis-tu, Fonfrède ? Mon indépeiidftnce de caractère et de mœurs, ma paisible et laborieuse pauvreté, le saerifieo de ma vie otï'ert depuis ioo- tf lîips à toutes les passions qui demandent^ la popularité même que mes ouvrages m'avolent acquise dans tout le monde civilisé^ et qui m'a rendu l'interprète de quatre miliiona d'Américains dans une question d'humanité, rien ne m'a défendu des excès de cette frénésie populaire; elle vient de nie crier par la bouche de ses juges atûdés qu'il falloit mourir !

LBSTËRPT-BEAUVAIS.

Tu as vécu comaie x\ristide, et tu mourras comme Sidney (XXll).

LASOLUCE.

Je ne suis pas en arrière de services et de dévouement avec vousj Brissotl La République me devoit une statue

fiouvEmas pe la rëvoluxion.

pour avoir démasqué le trattre Lafayette ; Lafayette, II*

dole devant laquelle J'avois si longtemps baciilié (XXlIlj.

DUGHATEL.

Soyez tranquille, monsieur. L'humanité, indulgente pour vos erreurs^ vous accordera peut-être une statue plus i durable que les monuments de la République. Elle n^'ou* blîera jamais avec quel courage et avec quel talent vous avez défendu la cause des innocents enfants des émigrés*

VERGNIAUD

La conscience d'une vie utile et bienveillante est, en vérité^ le plus doux des privilèges d*une bonne mort. Il ne nous est pas donné comme à Scipion de forcer un sénat injuste à nous suivre au Capitole, mais la postérité nous y attend. Plus je réfléchis, moins je vois ce qui manqueroit à la gloire de notre nom historique* Je déclare, quant à moi, que mon existence me paroitfort complète.

DUCOS

Fort complète en effet, à la (hirée près. Oh ! qu'un esprit cidtivé en notre barreau de Bordeaux est fertile en Joies flatteuses et en consolantes vanités! La postérité est une chose magnifique, Yergniaud, et le Capitole aussi, moyennant que tout cela vienne à point ; mais cette imposante perspective ne m'empêche pas dé trouver quelque chose à dire au compte interrompu de mes jours. La uiesure n'y est pas.

VERGmAUD.

Qu'importe la mesure des jours à qui meurt pour son pays ? Le plus prochain est le meilleur quand il est le plus glorieux. Notre âge politique, c'est celui de nos titres à réchafaud, et Téchafaud, Ducos, c'est le Capitole des teni] is mauvais. Ce bonheur étoit au-dessus de toutes nies ambitions 1

nicos.

En ce cas, réjouis^toi, couronne*toi de fleurs, et baigne-

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toi dans les parfums. Les comj[>agDons de Léonidas en firent autant avant de passer du champ de bataille à leur vie Immortelle.

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