LA GIRONDE
Bufifon a dit : Z« style est Phmm tout entier, proposition vraie en essence^ mais contestable en forme^ parce
qiu: son énonciation elliptique et abstraite a Tapparence d'un paradoxe.
M. de Bonald a^consacré la mémo idée dans un autre aphorisme, qu'on a souvent répété et qu'on répétera toujours, tant qu'il y aura une société et une littérature, parce que jamais une vérité essentielle n'a été revêtue d'une formule plus diaphane : La lUtéralure est l'expression de la société.
Comme ce principe s'applique à toutes les époques, on pourroit y rattacher toutes les histoires. H n'est question ici que de la révolution.
Si la révolution est un état exceptionnol dans les lomics de la société^ la littérature qui s'est développée avec elle sera un état exceptionnel dans les formes de Tesprit humain. Emportée par le torrent qui l'apporta, elle ne laîs^ sera point de vestiges. C'est l'opinion génçrale^ et le nom seul de littérature révolutionnaire paroît impliquer un horrible contre-sons aux yeux des entrepreneurs brevetés de la critique ; mais de cette prétendue exception, il est sorti une forme nouvelle de société^ et par conséquent, si je ne me trompe, une forme nouvelle de Uttératuze.
ÉLOQCEliCB R&VOLUTIONNAmiE.
Le christianisme lui-même fut long-temps un état exceptionnel dans la société païenne; Téloquence des Augustin,
des Basile et des Atbanase, fut long-temps un langage exceptionnel, méconnu des sophistes hellènes et des rhéteurs latins^ dont l'art consistoit à envelopper une pensée andbiguê dans les replis d'un gryphe oratoire; mais le nom de ces classiques dégénérés^ qui attestoient sans doute aussi les exemples de Cicéion et les règles de Quintilien, n'est point parvenu jusqu'à nous, et la voix de Jean, de Luc et de Paul;, a retenti, à travers seize siècles, dans la chaire de Bossuet.
La révolution est donc le commencement d'une double ère littéraire et sociale quil faut absolument reconnottre, en dépit de toutes les préventions de parti. On s'imagine ordinairement qu'elle ne peut rappeler que du sang, et qu'on a tout dit quand on a épuisé la liste de ses excès et de ses proscriptions. C^est Kerreur de Tirréflexionou l'exagération de Tantipathie* Le pathétique, le grand, le su« blime, s'y rencontrent souvent à côté de l'horrible, comme on a vu les dieux assis à ce festin de l antalc où 1 on servit de la chair humaine.
Toutes les époques signalées de l'histoire sont remarquables par ce fait singulier, que des hommes investis d'une espèce de destination providentielle leur mit servi de précurseurs. Ainsi des génies audacieux avoient élaboré, pour ainsi dire à leur insu, vers la fin du dix-huitième siècle, les matériaux d'une révolution prête à éclore dans la politique ; ainsi d'admirables écrivains oompo* soient, peut-être sans le savoir, une langue énergique et naïve pour une revoiulioa près d'éciore dans la littérature. Diderot est, suivant moi; Tlsocrate qui a présidé aux exercices de notre tribune ; Beaumarchais est le maître de la nouvelle école de ces publicistes quotidiens qui arment de trûts acérés tantôt la saine logique des intérêts nationaux, tantôt les subtiles arguties des factions : auxiliaires légers et a peine connus du gros des combattants.