‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 52 sur 66 · SOUVENÎBS DE LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

SOUVENÎBS DE LA RÉVOLUTION

mais dont llntmention habile elopiniàtrenecontribnepas foiblement aux succès les plus décisifs.

Diderot et Beaumarchais étoient cependant des écrivains (out-à- fait isolés qui ne sortoient d'aucune école littéraire, qui ne ressembloient qu'à eux seuls^ mais dont Tori^alité avoit, dans le premier, quelque chose de solennel comme la rumeur d'un orage près d'éclater ; dans le second^ quelque chose de cynique et de dérisoire comme l'inspiration d'un démon malicieux qui s'égaye aux angoisses d'un monde expirant. Toute la révolution étoit là, et cependant la révolution n'étoit pas encore^ si ce n'est <^ns le style. Beaumarchais et Diderot n'appartenoient pas plus à l'Académie que Jean-Jacques Rousseau, le législateur mal compris de cette régénération vaine et confuse ; et si les révélations hardies du philosophe n'avoient rien appris au cabinet des rois, la commission perpétuelle du Dictionnaire ne croyoit pas avoir gagné un mot aux brûlantes compositions de l'enthousiaste et aux saillies éblouissantes du bouffon. La députation de TAcadémie aux tribunes politiques est assez curieuse. Elle se composoit, je crois, de Baiily, dont le talent élevé n'avoitriende populaire, et qui n'obtint en effet, dans son trop court passage aux affaires, que la popularité de la vertu ; de Target, académi* cien enté sur un avocat, qui ne se fit pas même distinguer au second rang des avocats, après le jeune Barnave ; et de Condorcet, dontrinintelligible métaphysique auroit versé quelque ridicule sur sa vie, s'il ne s'étoit dérobé à tous les souvenirs antérieurs par l'intérêt qui s'attache à sa mort. C'est qu'une académie étoit un corps essentiellement en dehors du mouvement du langage et du mouvement du pays, une institution que Ton auroit crue fondée, par une habile prévision de Richelieu, pour imnoùUiser l'esprit humain, pour pétrifier la parole, et qui représentoit notre état littéraire précisément comme la cour représentoit notre état social. On sait que les académies ont beaucoup pro* fité depuis ce temps-là.

ÉLOQUENCE RÉYOLUTIONNAmB.

J'ai souvent entendu dire que TAssemblée constituante

avoitété lupins éloquente de nos assemblées politiques, 3t }e le oroirois volontiers dans un sens relatif. A Tépoque <Je la révolution^ personne n'étoit gâté par Téloquence la discussion des intérêts de tous étoit chose nouvelle pour châctin^ et le port assuré, l'attitude imposante, la féconde verbosité d'un député qui parloit d'abondance^ comme s'il en avoit toujours fait son état, dévoient reruj)lip Tauditoire de cet étonnement de nouveautés que tous les peuples confondent avec l'admiration. Ce sentiment se seroit épuisé promptement, sll n'avoit été ravivé par des chances plus dramatiques, et dans lesquelles les intérêts personnelstussent un peu plus impliqués. La polémique des premières assemblées nationales étoit tumultueuse, mais non mortelle. A la Convention, chaque orateur apportoit sa têtepourpleiger son opinion, comme danscette république de Charondas où l'on ne pouvoit demander une modification de la loi qu'en montant h la tribune la corde au cou. Une séance de la Convention étoit une bataille ou une tragédie.

Yergniaud s'est trouvé rarement sur le terrain de la polémique» Insouciant par caractère, et peut-être par sagesse, il aima mieux faire le sacrifice de sa vie que de la

disputer. S'il répond à une agression, c'est quand l'attaque lui est immédiatement personut Ue, et il étoit rare qu'on osât s'attaquer immédiatement à Yergniaud. Alors^ il se renferme dans les faits essentiels de sa défense, et il les développe sans ornements, parce quil croit le plus naturel des artifices indigne d'une bonne cause. Au mois d'avril 1793, K()l)es})i( rre l'accuse de modération, et la modération est uu gri( 1 qui emporte la peine de mort. La réplique de Yergniaud est terre-à-terre comme celle qu'il auroit faite, au barreau de Bordeaux, dans quelque discussion sur un mur mitoyen. A peine son imagination l'emporte dans cet admirable mouvement :

« Je sais, Uobesuierre, que la liberté est toujours active

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