SOUVENIRS DK LÀ RÉVOLUTION
« coauiie la flamme ; qiiVllp ost inconciliable uvic ce « calme parfait qui ne convient qu'a clos esclaves. Si Ton a s'étoit borné à nourrir le ieu sacré qui brûle dans mon a cœur aussi aidemmentque dans vos âmes impétaeoseSy « de cruels dissentimeuts u'auroient pas éclaté dans cette « assemblée. Je sais bien que, dans nos tempêtes révolu- « tionnaii t s comme dans celles de TOcéan, le peuple est a diiiicile à calmer comme les flots battus par les orages ; « mais le ministère du législateur est de prévenir ces désa astres par de sages conseils^ et non de les entretenir « par des manœuvres imprudentes. Si, pour être patriote, « Robespierre^ ilfalloit se déclarer le protecteur du ineura tre et du brigandage, vous pouvez prendre acte de nia « déclaration, je ne suis pas patriote, je suis modéré. »
Ce discours, d'ailleurs peu remarquable, trahit rabattement de Vergniaud, mûr avant le temps pour la mort, à force d'apatbie et de paresse. C'est oc jour-là qu'il eut la gloire d'arracber à la Montagne le seul rire qui ail déridé son front sourcilleux. Robespierre avoit dénoncé la correspondance de Yergniaud*
« Ha réponse est facile, ditTe^iaud ; je n'ai jamais G écrit une lettre. »
J'ai cité à dessein ce passage, parce qu'il nous met à demi dans la confidence du talent de Yergniaud. Nourri d'excellentes lectures classiques, il en avoit approprié le souvenir, avec toute la puissance de sa magnifique imagination, aux moindres questions de la tribune. Ainsi cette compuLaibon d'un peuple tourment*; par les révolutions à une mer que soulèvent les teuipêtes, et d un sa^e législateur à un bon pilote, est probablement plus vieille qu'Homère. Je ne sais comment, si naturellement appliquée dans une question de personnes, elle a pour moi un charme étrange de nouveauté. Voilà ce que Yergniaud atFectoit par-dessus toutes choses : les comparaisons tirées des scènes naturelles qui s'adressent à tout le monde, et les allusions aux souvenirs consacrés de la mythologie
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et de rhistoire, qu'une riche mémoire Ici foumisdoit
avec une intarissable abondance. Joignez à cela quelques figures suspensives du discours qui tiennent l'esprit des auditeurs eu haleiue^ le doute, la réticence^ l'interrogation ; et vous aurez à peu près la mesure d'un de« plus grands orateurs des temps modernes. Mais> il faut Tavouer^ cette mesure est circonscrite^ si on la compare à la vaste carrière qui étoit alors ouverte à Torat^ur ; et si Ton osuit essayer d'imiter le langage de VcTgniaud, on diroit que Popilius a enfermé sa tribune aux harangues dans un ceide de sa baguette.
Que Vergniaud s'écrie:
« La révolution est comme Saturne ; elle dévorera tous
a ses entants. »
Qu'il dise, en appuyant sa main sur Tépaule de son anai, le médecin Le Hardy, condamné avec lui à la mort :
tt.Docteur, vous pouvez consacrer vingt coqs àEsculape; « tous vos malades sont guéris. »
Qu'il se livre pr<»sque endormi à la planche de la guillotine, en recommandant au bourreau, qui ne le comprenoit pas, de porter le reste de la coupe au beau Critias, cette forme le caractérise ; elle est le sceau de son génie ; elle rappelle Montesquieu, qu'il avoit beaucoup étudié, et deux écrivains trop méconnus aujourd%ui, dont Vergniaud faîsoit, après Montesquieu, sa lecture la plus accoutumée, quand Vergniaud daignoit lire ; le philosophe Delisle d^ Salles, dont la pompe un peu artiticielie n'exclut, dans ses bons écrits, ni une vraie majesté ni une solide éloquence; et le philanthrope Dupaty, prosateur éblouissant, auquel on n'a jamais reproché que d'heureux excès de Timagination et de l'esprit. C'est du père que je parle. Ou pourroit aisément s'y tromper.
Si i on pousse plus loin Texamen du style de Vergniaud, on y trouvera une grande et spirituelle intelligence de cette dialectique romaine, perfectionnée par Cicéron, exagérée par Sénèque, et dont Teffet résulte d'un cliquetis brillant
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de figtircs abniptes et serrées, qui se précipitent brusquement les unes sur 1rs autres a\('c une autorité toujours croissante, parce que la conséquence d'une proposition est si intimeinent liée à sa forme qu'elle ne laisse jamais un moment à la réponse. Les discours de Yergniaud en sont hérissés; mm W en diversifie admirablement la physionomie, en faisant passer cette figure hardie à travers toutes les modifications qu'elle peut siil)ir, depuis Taffirmation qui doute jusqu'à la négation qui aitirme. Quelquefois il se saisit même du texte d'une accusation capitale pour y enchaîner pièce à pièce les parties essentielles de sa défense. Ainsi, dans le discours que j'ai cité, il se joue du grief essentiel de la dénonciation dv. Robespierre, en le reproduisant de phrase en phrase, et de phrase en phrase affoibli par le tour caustique d'une méprisante ironie.
a Nous, les complices de Dumouriezl » dit Yergniaud.
Et de cette idée, qui est celle de l'attaque, découlent, înépuisal lies, toutes les preuves de réloiernement qui existoit ou qui devoit ej(ister entre le pai'ti de Dumouriez et les Girondins.
Yergniaud se croii>il obligé à prouver devant le tribunal
révolutionnaire qu'il a rempli tous les devoirs que la république pouvoit attendre du plus dévoué de ses enfants? il convertit sa plaidoirie en apologie historique, sans renon* cer àcette forme contradictoire qui avoit donné jusqu'alors tant d'éclat à ses discours. Il ne répond plus à ses juges, il les interroge.
« Que falloit-il faire, dit-il, pour assurer le triomphe de la république ?... Je Tai fait. »
Ët dans ce cadre, rempli, pendant une heure, de magnifiques développements, placés entre cette question ton* jours la même, et cette solution qui ne change pas, il ren* ferme tout le récit d'une vie politique qui ne devoit attendre que des couronnes. On croiroit qu'il ne lui reçtoit qu'à prendre pour péroraison la dédaigneuse défense de Sci*
ÉLOOUmiCB BÉTOLOTIOTINAIIIE.
pion, injustement accusé coninie lui, et que le peuple, et les juges^ et les bourreaux vont le suivre au Capitole ! « Que faut-il faire encore, ajoute-t-il, pour consolider
a la république par Texonnple des plus énergiques de ses a enfants? Mourir ? .\o lo forai. »
Ici l'éloquence est portée à son plus haut degré, parce que, suivant l'expression du grand maître de Téloquenco, elle estnon-§ettlement dans la parole, mais dans la vie de l'homme qui parle; et si cela n'est pas sublime, la notion du sublime ne m'arrivera jamais.
J'ai dit que Vergniaud avoit donné beaucoup de place, flans le système d'ailleurs peu calculé de ses compositions, aux images naturelles, aux peintures de la campagne, aux émotions innocentes de la vie; et il a cela de commun avec tous les beaux génies qui sont arrivés à Tépoque de la décadence des ppu[)les ou de leur renouvellement. Leur caractère dominant est une mélancolie douce et timide, qui n'aspire qu'à la solitude rêveuse du désert, ou au sommeil tranquille du tombeau. Ce trait suffiroit pour marquer son impuissance à se mettre à la tète des affaires d'un grand pays, métier d'ambition, d'égofsme et presque de cruauté, qui force irrésistiblement le cœur le plus noble à l'oubli de ses jeunes sentiments et de ses aflPections familières, et qui a réduit peut-être tel homme de cœur et de talent à devenir je ne sais quoi, un grand seigneur.
Vergniaud est adnyrable, je le répète, dans Texpression de ces allégories gracieuses, dont le charme et l'harmonie s'embellissoient encore de l'implacable austérité des discussions ordinaires. C'est comme un hymne d'Apollon, apporté de la Grèce par Iphigénie, et chanté inutilement aux fêtes sanglantes de la Tauride. Veut-il peindre la liberté et l'égalité? c'est « sons la figure de deux sœurs qui « s'embrassent, et non de deux tigres qui se dévorent. » S'il implore le jour de l'émancipation des peuples, il craint de le voir apparuître « dans les nuages ténébreux de latem- « pétc . s> U le demande a à l'orient d'un soleil sans nuages, d