‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 55 sur 66 · LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LA MONTAGNE

J'ai dit que Tautorité de la parole avoit appartenu à la

MoiitaLrne, non pas dans ce sens convenu oii la parole rst l'expression du goût et de l'esprit, mais dans celui ou cWe représente la pensée dominante et les passions d'une époque; et c'est ainsi qu'on défmiroit l'éloquence. Je ne parle certainement ici ni de Harat, qui ne s'énonçoit que par hurlements sauvages, ni de Barrère, aristocrate déj^uisé en jacx)biii, dont les études et les inspirations n avoient rien de révolutionnaire^ et qui suppiéoit a ce dé-

ÉLOQUENCE EÉVOLDTIOTINAIRE. tSS

faut dp position oratoire par inie llasqiie abondance" de lieux communs élégants, Léthé limpide et froid, au murmure duquel s'endomoient tous lesjours^ pendant une heure^ les tempêtes de rassemblée; ni même de Robespierre, quoique Robespierre, mal jugé sous le rapport du talent, ait laissé do très-bolles pag» et, par extraordinaire, les pages les plus empreintes de spiritualisme et de sensibilité qui soient sorties des presses de la Convention: pbénomène qui n'est pas mi argument, et qui ne prouvera rien contre l'histoire, quand l^lstoire sera éclaireie» Je parie de quelques tribuns dont le nom n'a jamais été prononcé en rhétorique ; de Legendre, si bien comparé au paysan du Danube; de Danton, qui avoitsur Legendre la supériorité de Tétude sur l'instinct et du génie sur Tenthousiasme ; et surtout de Saint-Just, qui s'étoit fait^ à part de la société tout entière^ un langage, un caractère et une république.

Au reste, j'ai besoin de rappt l( r qu'il n'est ici mention que de la puissance et des prestiges de la parole. Les sirènes faisoient mourir les amants que le chcirme de leurs concerts attiroit auprès d'elles; mais l'antiquité ne les accuse pas d'avoir mal chanté.

le n'hésite donc pas à répéter, malgré Tétrangeté de cette proposition, qu'il faut chercher peut-être dans les discours de Robespierre presque tout ce qu'il y avoit de spiritualisme et de sentiments humains dans l'éloquence conventionnelle. Ën effets à part quelques touchantes inspirations de Brissot auxquelles j'ai ailleurs rendu justice^ et qui respirent une tendre et profonde mélancolie, ce n'est pas à la Gironde qu'il faut demander ce genre d impressions qui descendent de haut. Essentiellement classique, elle ne se représente l'esprit de la nature que sous des formés matérielles. Son langage est l'expression élégante et forte de la philosophie et de la littérature du dixhuitième siècle, animées de toutes les ressources d'un beau génie qui réunit quelquefois la véhémence entraînante de

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