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Rousseau a la piquante ironie de Montesquieu ; mais il n'y a point de Dieu dans sa froide théologie, et Piobpspierre accusoit Guadet de n'avoir jamais entendu sans sourire le nom de la Providence. Fauchet imprima bien un caractère religieux et solennel à quelques-uns de ses derniers discours ; mais ses discours n'appartiennent plus à la polémique révolutionnaire. Fauchet, frappé d'une illuniinatîon soudaine, et rappelé^ comme saint Paul, par le Dieu qu'il avoit persécuté, redevient, dans ces jours d'agonie qui précèdent son supplice, un orateur chrétien.
La question seroit étrangement déplacée, si je la mettois là. C'est comme sî je m'occupois gravement d'établir quel fut le plus sincèrement dévot de don Juan ou de Tartuffe, et je doute que la postérité s'avise jamais de s'en informer, quel que soit un jour le vaste loisir dont elle doit goûter les douceurs sous l'empire affermi de l^ordre légal et des libertés constitutionnelles.
Robespierre n'étoit nullement organisé en homme religieux, et son éducation sèchement philosophique n'avoit certainement fait de lui qu'un athée ; mais les circonstances, en le portant sur un terrain tout-à-fait nouveau, le forcèrent à p^étrer dans les mystères de l'organisation des peuples. Sa popularité, acquise par deux grandes qualités de lliomme d'État, Taustérité des mœurs et le désintéressement le plus éprouvé, lui donnoit le pouvoir presque sans son aveu, et pour assumer sur sa tête toute cette puissance qui régénère les nations, il n'avoit plus besoin que de la faire écrire dans la loi. C'est alors qu'il rêva sans doute aux éléments essentiels des institutions politiques, et qu'en suivant les conséquences d'une ambition qu'il pouvoit croire salutaire avec quelque motif, il arriva jusqu'à un Dieu. Une fois cette pensée acquise, il dut sentir intimement que la civilisation recoinmençoit, «t la France répondit à cette révélation de son cœur par un cri de joie unanime.
Les orgies scandaleuses des athées, le mythisme impur
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et dégoûtant des fêtes de la Raison^ les stupides emblèmes de cette idolctoie absurde qii^on essayoit de substituer à des traditions au moins respectables ^ar leur ancienneié, toutes les extravagances d'un temps extravagant parmi tous les temps, avoient ouvert à Robespierre les avenues d^un trône. Médiocre peut-être^ mais exhaussé j>ar l'opinion et les événements, il compri lies avMiifajîes de sa position et de sa fortune, comme Bonaparte ciut les comprendre un peu plus tard. Robespierre n'étoit pas parvenu au temps de souscrire un concordat avec le pape ; il le fit avec le ciel ; il rendit la France à I^ieu pour la prendre, et ce cliarlatanisine solennel, renouvelé de tous les voleurs de couronnes des teniph anciens et modernes, n'eut pas moins de succès chez le peuple le plus perfectionné das temps modernes qu'il n'en avoit eu chez les barbares des temps anciens. J'ai entendu souvent ridiculiser la déclaration du peuple françois, qui reconnoissoit l'Être-Suprême et l'immortalité de l'âme. J'avoue que, les dogmes admis, le côté bouffon de cette formule m'é* chappe tout-à-fait, et pour compléter ma pensée, j'ajoute que je la trouve très-convenable et très-belle. Seulement pour l'apprécier il faut prendre la peine de se transporter au temps. Rien n'étoit plus. C'est donc ici la pierre angulaire d'une société naissante. C^est le renouvellenient d'un monde ; c'est le cri de ce monde écios d'un autre chaos, qui se rend compte de sa création^ et qui en fait hommage à son auteur; l'élan de la société entière^ le jour où elle a retrouvé les titres oubliés de sa destination éternelle. Quand on juge ces choses-là dans de petites circonstances, avec de petits organes dont les petites impressions se réfléchissent dans de petites âmes, on a peut-être le droit de trouver ridicule ce qui seroit effectivement ridicule dans les temps ordinaires ; mais telle n'étoit pas la situation de Robespierre. Au point où il étoit placé et où il étoit venu sans le savoir, il falloit recommencer, et il recommençoit en homme sensé, par le commencement.
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11 y a plus. Rien ne prouve qa'il savoit lui-même pourquoi il faisoit ce qu'il faisoit. Il obéissoit à je ne sais quel instinct qui répond d'une manière inexplicable aux besoins d une époque, et qui n^^ manque jamais au jour où il est indispensablnment attendu. Il se trouve dans la masse d individus la plus antisociale un esprit de socialité qui s'éveille à la décîidence des nations^ et qui recueille avec amour les débris de leur.civilisation pour la refaire. Ce n'est pas une faveur spéciale de quelque organisation privilégiée, c'est une chance de conservation ou de réédification qui se reproduit éternellement dans l'espèce. Les circoQStances font les hommes, et la plupart des hommes ne sont rien que par elles. Retirez la révolution de l'histoire^ et Robespierre ne sera très-probablement qu'un avocat de province, tout au plus digne de l'académie d'Arras; Bonaparte, qu'un excellent officier, hargneux, difficile à vivre, et d'assez mauvaise compagnie, qui couve inutilement un génie stérile. Jetez Tun et l'autre avec une impulsion invincible au milieu d'un monde ébranlé jusque dans ses fondements ; et ce monde va changer de face.
Tout ressentit de ce mouvement immense, et la parole de l'homme, qui est le signe essentiel de l'esprit social^ s'en ressentit plus que tout le reste. 11 y a une éloquence de temps, une éloquence d'évâiements, de passions et de sympathies, qui ressemble à celle du génie dans ses causes et dans ses effets, parce que son génie, à elle, réside dans la pensée universelle, et qu'elle ne jette pas un son du haut de la tribune qui n'aille exciter un long retentissement et un enthousiasme simultané dans l'âme de la multitude.
Je n'ai pas dissimulé que c'étoit là, tout au plus, l'éloquence de Robespierre, et cependant je conviens que son talent a ^ïrandi à mes yeux dans une proportion indetiuissable depuis (]ue je l'ai comparé. La nature n'avoit rirn fait pour lui qui semblât le prédestiner axjoL succès de l'o-
ÉLOQUBNCB RÉVOLUÎtOlQIAnUt. iSl
rateiir. Qu^on s^imagine un lionime assez petit, aux formes grêles^ à la physionomie eftiiée, au front comprimé sur les côtés^ comme une béte de proie^ à la bouche longue» pftle et serrée» à la voix rauqae dans le bas» fausse dans lés ton} élevés» et qui se convertissoit^ dans Fexaltation et la colère, en une espèce de glapissement assez sembla- Lie à celui des hyènes : voilà Robespierre. Ajoutez à cela Tattirail d'une coquetterie empesée, prude et boudeuse, et vous Taurez presque tout entier. Ce qui caractérise râme» le regard» c'est en lui je ne sais quel trait pointu qui jaillit d'une prunelle fauve» entre deux paupières convulsivement rétractiles, etqui vous blesse en vous touchant. Tous devinez tout au plus au frémissement nerveux qui parcourt ses membres palpitants, au tic habituel qui tourmente les muscles de sa face, et qui leur prête spontanément l'expression du rire ou de la douleur» au tressaillement de ses doigts qui jouent sur la planche de la tribune comme sur les touches d'une épinettc, que toute râme de cet homme est intéressée dans le sentiment qu'il veut communiquer, et qu'à force de s'identifier avec la passion qui le domine» il peut devenir, de temps en temps, grand et imposant comme elle. C'est une singulière méprise que d'avoir appelé Bonaparte ia révolution incamée. Il n'y a rien de plus dissident dans toutes les combinaisons des événements et de la pensée. Bonaparte étoit tout simplement le despotisme incarné. La révolution incarnée^ c'est Robespierre avec son horrible bonne foi» sa naïveté de sang» et sa conscience pure et cruelle.
Les combinaisons de Robespieire» devenu maître delà terreur, n'étoient pas même le calcul d'une ambition spéculative. Il avoit senti que ce système ne pouvoit pas durer, et il croyoit sa main assez forte pour retenir le char de la révolution sur la pente où il descendoit dans l'abîme. Quant à s'en faire à lui un char d'ovation et de triomphe» je doute qu'il y ait pensé avec une grande puissance de résolution» puisqu'il ne profita point de la fête religieuse
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du 90 prairial pour franchir tout ce qui restoit de bw*
rières entre ia dictature et lui.
J'ai le malheur d'être assez vieux pour me rappeler distinctemeut cette cérémonie^ et j'étois^ grâce au ciei, assez jeune pour en jouir sans mélange des terribles impressions de cette époque. Je n'y voyois qu'une^ pieuse solennité, à laquelle je portois toute Teffusion d'un cœur disposé à croire, et que Tidée de Dieu a tou jours charmé, même dans ces moments d amère déception où elle ne Ta pas convaincu. Jamais un jour d'été ne s'étoit levé plus pur sur notre horizon. Je n'ai trouvé que longtemps après, au midi et au levant de TEurope, cette transparence de firmament à travers laquelle le regard semble pénétrer d antres cieux. Le peuple y voyoit du mirarle, et s'imaginoit qu'il y avoit dans cette magniticeuce inaccoutumée du ciel et du soleil^ un gage certain de la réconciliation de Dieu avec la France. Les supplices avoient cessé; l'instrument de la mort avoit disparu sous des tentures et des fleurs. Un bruit d'auniistie se répandoît de tous côtés, et si Robespierre avoit osé confirmer cette espérance, toutes les difficultés s'aplanissoient devant lui. Mais il s'enivra de la joie publique, et trop confiant dans cette faveur mobile, dont aucun homme ne fut investi au même degré, il remit peut-être à d'autres jours un projet dont l'exécution ne paroissoit plus lui olirir aucun obstacle.
Il avoit pourtant fait tous les frais de sa tentative^ et la foule comprenoit, sans s'étonner, qu'elle alloit avoir on maître. C*étoît partout un instinct d'ordre qui faisoit sentir k tout le mondt^ le besoin de la sécurité, et sans doute celui d'un pouvoir modéré qui maintient la société avec sagesse dans des bornes légales. Il n'y avoit pas une seule croisée de la ville qui ne fût pavoisée de son drapeau^ pas un seul batelet de la rivière qui ne voguât sous des banderoles. La plus petite maison portoit sa décoration de dxaperies ou de guirlandes; la plus petite ru^ était
ÉLOOCBKGB BÉVOLOTIONIIAIBB. M
niée de fleurs, et, dans l'ivresse générale, les cris de haine et de mort s'étoient évanouis comme la dernière rumeur d'une tempête à l'aspect d'une matinée pacifique. On se rapprochoit sans se connottre, on s'embrassoit sans se nommrr ; les banquets publics sorvis dans les rues réunissuient le riche au pauvre, Taristocrate au jacobin, et cette cohue énorme fut sans confusion, sans dispute, sans accident. Le repos étoit une nécessité si universelle l Les uns avoient si grande hâte de jouir sans trouble de ce qu'ils avoient acquis; les autres étoient si fatigués de douleurs et si altérés de consolations, le peuple si las d'émotions qui ne sont pas faites pour sa simple et saine intelligence! Enfin le cortège arriva. C etoit la première fois qu'on voyoit les membres de la Convention astreints à un costume uniforme^ et cette particularité, propre à la monarchie et aux gouvememenis aristocratiques, pouvoit passer pour une espèce de révélation. Léonard Bourdon avoit pn^sque de la tournure, et Arnionville lui-même ne manquoit pas d'une sorte de dignité. L'habit de cérémonie des conventionnels faisant la Fête-Dieu par Tordre de Robespierre étoit bleu-barbeau, noué de la ceinture tricolore. Leurs sabres, leurs chapeaux, leurs rubans, leurs panaches, la majesté allectée de leur marche processionnelle, ce mélange dliieropbantihiuc et de patriciat sauvages, ces cris d'un peuple émerveillé, à qui l'on vient de rendre Dieu par décret^ il faut avoir vu tout cela pour le croire, et pour comprendre que tout cela étoit trèsbeau. Chaque député tenoit un bouquet de fleurs. Robespierre poi tditseulnn habit bleu l'oiicé. Il avoit un bouquet sur le cœur et un bouquê't énorme à la main. 11 lui étoit trop difficile de donner à sa morne physionomie Texpression du sourire^ qui n'a peut-être jamais effleuré ses lèvres; mais je me souviens qu'il tenoit levés avec fierté sa tête blême et son front lisse, et que son œil, ordinairement voilé, exprimoit quelque tendresse et quelque enthousiasme. Ce sont ces qualités qu ou lui conteste, même
SOUVENIRS DE LA RËVOLtTiON
comme orateur, et dont jViditquIl restoit des traees
dans st s discours, surtout depuis l'époque dont je parle, et où il a\ ()it nécessairement ('oni[)ris la nécessité de rattacher la France révolutionnaire à la société européenne. Celui du âO prairial est si connu^ quMI seroit superflu d'eo rapporter quelques fragments. C'est le seul qu'on ait jamais cité ; mais il y a dans les autres de beaux mouvements qui u'avoient jamais été exprimés avec cet air d*énergie et de nouveauté, et dont le développement ne manque pas, je pense, de ce mérite du style que notre délicatesse françoise fait passer avant toutes les autres puissances de la parole.
Voyez, par ext iiiple, ce discours du 7 prairial, où î! convoque la France aux pieds de Téternel auteur des choses, et où il supplie la République de rappeler parmi les mortels la liberté et la justice BxitSES. 11 comprend cependant quil reste une ressource aux ennemis de la vérité, VassassinatI Et voilà ce mot qui se prolonge comme un refrain solennel à travers de magnihques périodes à la manière d'isnard et de Veri^niaud.
4( Ëh bien ! ajoute-t-il, si vous voulez étouffer les fae- « tiens, elles vous assassineront! J'en conviens; et nous a n'avons pas fait entrer dans nos calculs l'avantage de « vivre loiipiemrnt. Ce n'est point pour vieillir que Ton a déclare la guerre à tous les tyrans, et, ce qui est bien « plus dangereux encore, à tous les crimes. Quel homme « sur la terre a jamais défendu impunément les droits de « l'humanité Je trouve, au reste, pour mon compte, « que la situation ou les ennemis de la République lu oiit « placé n'est pas sans avantage; plus la vie des défenseurs « de la liberté est incertaine et précaire, plus ils sont iudé- « pendantsdelaméchancetédeshommes.Entouréde leurs «r complots et de leurs assassins, je vis d'avance dans le ce nouvel ordre de choses ou ils veulent m'envoyer; je ne « tiens plus à mou existence passagère que par l'amour « de la patrie et par la soif de la justice. Plus ils sont
ÉU)OUBNCB RÉVOLCTIOKIIAIRB. ,
« empressés de terminer ma carrière ici-bas, plus fe sens le c besoin de la remplir d'actions utiles au bonheur de mes « semblables^ et de laisser au moins au genre humain « un testament dont la lecture fera pâlir les tyrans. »
Il faut avouer que nous aurions peu d'objections contre nne pareille éloquence, si elle étoit scellée du timbre de l'antiquité et honorée de l'approbation banale des rhéteurs. Ce que j'y remarque surtout^ c'est ce sentiment de courageuse tristesse et de prévision tragique qui me paroUTexpression tout entière de Tépoque, et dont je trouve cependant peu d'antres exemples dans les orateurs révolutionnaires.
Les esprits absolus qui ne veulent rien accorder à Robespierre ontété obligés de recourir à la supposition comnrane et commode d'un faneur obligeant qui fournissoit à ses travaux oratoires, et sans doute à ses improvisations, le fruit de quelques veilles éloquentes dont il n'a jamais trahi le secret. Robespierre avoit pour secrétaire, à Tépoque de sa mort, un jeune homme nommé Duj)lay, fds de son hôte le menuisier, et dont on prétend qu'il avoit secrètement épousé la sœur. On l'appeloit Duplay le boiteux, parce qu'il avoit été grièvement blessé à Yalmy, dans une des premières journées militaires de la révolution. C etoit un de ces esprits jeunes et fervents en qui la fermentation des idées nouvelles avoit hfité le (lével(>p[)i'ment de quelques faoultés que toute autre époque auroit laissées stériles et méconnues; mais rien n'a prouvé, dans le reste de sa vie, et il a survécu de beaucoup à Robespierre, que la nature l'eût doué à un degré remarquable du talent de parler et d'écrire *. C'est d'ailleurs sur des lambeaux écrits en entier de la main de Robespierre, et
W'at fàlt quelque part une mention moins avantageuse de Duplay; mais on m'a démontré que j'étois trompé par une confusion de non», et rien ne me coûte moins que de me réiracter, quand je me trompe. C'est, au reste, sur des événements dont tous mes contcmiinrnins Bont, autant que moi, les témoin» et les Juges, U «eule inexacUtude de faits qui m'ait été reprochée.
SOLVENinS DE LA RÉVOLUTION.
qui avoient toute la soudaineté, tout Tabandon^ tout le désordre môme d'une composition hâtive^ qu'a été imprimé le fameux discours du 8 thermidor^ qui précéda la catastrophe de moins de vingt-quatre heures, et ce discours est certainenieut ce que Hobespicrre a laissé de plus remarquable. Il est surtout vraiment monumental, vraiment digne de l'histoire^ en ce point quil révèle^ d'une manière éclatante, les projets d'amnistie et les théories libérales et humaines qui dévoient faire la base du gouvernement à venir, sous Tinfluence modératrice de Robespierre, si la terreur u avoit triomphé le 9 thermidor, et qui triomphèrent à leur tour, malgré ce sanglant coup d'État, parce que la nation, fatiguée d'oppression et de massacres, ne comprenoit plus de coup d'État qui ne dût être le signal de son affranchissement.
« Je ne coiinois que deux partis, » dit Robespierre , et il n'est pas inutile de rappeler aux lecteurs prévenus que c'est lui qui parle ainsi; «je ne connois que deux partis, a celui des bons et celui des mauvais citoyens... Le « cœur flétri par l'expérience de tant de trahisons, je crois « à la nécessité d'appeler la prol^ité et tous les sentiments a généreux au secours de la République. Je sens que « partout où se rencontre un homme de bien, en quela que lieu qu'il soit assis, il faut lui tendre la main, et le «r serrer contre son cceur. Je crois à ^es circonstances faa taies qui n'ont rien de commun avec les desseins crimi- « nels; je croisa la détestable influence de l'intrigue, et
« surtout à la puissance sinistre de 'la calomnie Ce
a sont les méchants seulement qu'il faut punir des cri*
« mes et des malheurs du monde Ceux qui nous font
a la guerre ne sont-ils pas les apôtres de l'athéisme et « de l'immoralité ?.... Que m'importe qu'ils pomsuivent « l'aristocratie, s'ils assassinent la vertu?»
Je continue à copier, et je m'y crois autorisé, le d^ nier discours de Robespierre est devenu si rare, qu'il peut passer pour inédit.
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« On veut, s'écrie-t-îl, m'arracher la vie avec le droit c( (\e (léfendro le peuple ! Oh ! je leur abaudonnerai ma t< vie sans regret. J ai 1 expérience du passé, je vois l'ave- (c nir ! Quel ami de la patrie peut survivre au moment où a il n'est plus permis de la servir et de défendre l'inno- « cence opprimée Comment supporter le supplice de « voir eette horrible succession de traîtres, plus ou moins « habiles à cacher leurs âmes hideuses sous le voile tle <c la vertu ou sous celui de Tamitié, et qui laisseront à la « postérité rembarras de décider lequel des persécuteurs a de mon pays fut le plus lâche et le plus atroce En « voyant la multitude des crimes que le torrent de la ré- « volution a roulés [)tMt -mêle avec les vertus civiques, a j'ai craint quelqueiois^ je l'avoue^ d^étre souillé aux a yeux de Tavenlr par le voisinage impur de tant de pera vers^ et je m'applaudis de voir la fureur des Yerrès et a des Catilina de mon pays tracer une profonde ligne (( de démarcation entre eux et les gens de bien. J'ai vu « dans !out( s les histoires les défenseurs de la liberté « accablés par la calonmie^ égorgés par les factions ; « mais les oppresseurs sont morts aussi. Les bons et les « méchants disparoîssent de la terre, mais à des condi« i< tions différentes... Non, Chaumette, non, la mort n'est « pas un sommeil éternel. La mort est le commeucement a de rimmortalité. »
Les probabilités de la haute fortune politique de Robespierre étoient changées. Il devoit se défendre, le 8thermidor, de ce plan, vrai ou falix, de dictature réparatrice qu'il auroit trou\ é, six seuiaines auparavant, trop facile à exécuter. Sa réponse à cette accusation est un de ces modèles d'ironie spirituelle dont on citeroit à peine Téquivalent dans les meilleurs discours de Mirabeau. Il n'y a rien nulle part de plus ingénieux, de plus fin et de plus noble à la fois.
« Uuel terrible usacfp les ennemis de la République ont < fait, dit-il, du seul nom d'une magistrature romaine I
SOLYëMUS de la nÉVÛLUTION
« Et si leur érudition nous est si fatale, que n'avons-noos « pas à r. dniitti' de leurs intriixues et de leurs trésors! a Je ae parle pas de leurs années. Mais qu'il me soif « permis de renvoyer au duc d'York et à ses écrivains « royaux les patentes de cette dignité ridicule qu'ils « m'ont expédiées les premiers. Il y a trop d'insolence a à des rois qui ne sont pas surs de conserver leurs cou- « ronnes de s'arroger le droit d'en distribuer si largea ment. »
Ce trait sublime : Jt ne parfe fm de leurs camées, est de la hauteur de Nicomède et de Corneille.
Le chant du cygne de Robespierre, ce long codicille in articula mnrtis^ ne manque pas, comme on voit, de beaut()s de style et de beautés de sentiment ; mais il est vague et mal ordonné^ ce qui ne prouve rien à là vérité contre la logique de Forateur, car on s'aperçoit qu'il a été composé d'un jet, et qu'il n'a pu être revu. C'est un plaidoyer improvisé on face de l'échafaud, et qui n'oliïe, au iOtal, que la parapluase diffuse^, mais éloquente^ d'une seule pensée.
a Eh quoi ! je n'aurois passé sur la terre que pour
« y laisser le nom d'un tyran ! un tyran ! Si je l'é-
« tois, ils raniperoient à mes pieds, je les gorgerois d'or, a je leur assurerois le droit de commettre tous les crimes,
«t et ils seroient reconnoissants ! Qui suis-je^ moi que
a Von accuse? un esclave de la liberté^ un martyr vivant «t de la République, la victiine encore plus que le fléau du
« crime..... Otez-moi ma conscience je suis le plus
« malheureux des hommes. »
Ces citations sont choisies dans les meilleures pages de Robespierre. Elles donnent sa mesure la plus large comme personnage politique et comme écrivain. Aussi la seule ihductîdh que je pfétfeîide è!i t^^fe^*, jë lé réju te, c'é^t que Robespierre n'étoit pas tout-à-faît si nul qu'on l'a fait au gré des thermidoriens, et que la tribune a souvent retenti depuis d'accents moihs idiposantâ et de périodes moins
ÉLOQUENCE RJiiVULUllONMAIRE. S95
sonores. Mais, encore une fois, il n'a jamais figuré qu'au
second rang parmi les oratonrs do la Montaj^no. Jusqu'au mois d'avril 1794, il y fut doiuiiie de très-haut par l'ascendant de Danton^ l'homme à la voix stentorée^ aux improvisations jaculatoires^ aux idées abruptes^ aux images fortement colorées^ espèce de tribun voluptueux, dans lequel il y avoit l'étoffe d'Arîstippe et de Démosthènes. Depuis la mise en accusation de Danton, la preuiière place appartient à Saint -Just, écolier aventureux, qui étoit sorti tout formé du moule d'une révolution; type unique chez les modernes du Spartiate de Lycurgue et du légiste de Dracon ; âme stoïquc; et inflexible que la nature n'avoit peut-être pas faite cruelle, mais qui ne répugnoit pas à la rigueur et même à la cruauté, quand il s'agîssoit d'attester son impassibilité par quelque résolution féroce; l'homme le plus puissamment organisé de cette partie de l'assemblée^ et qui, séide fidèle et sincère de Robespierre, dont llntègre et incorruptible austérité Tavoit soumis, s'exerçoit dans une carrière plus forte à la vocation de Mahomet.
Pour ne plus revenir sur cette question, dont je ne me dissimule pas l'étrangeté ; pour me Justifier de cette justification tout-à-fait relative d'un homme qu'on ne peut dé» fendre de tout sans démence ; pour en finir avec la polémique excitée par cette hypothèse que j'ai hasardée le premier, et qui ne pouvoit pas, à la vérité, être admise sans contestation, il suffit de reporter l'attention du lecteur sur la statistique et la physionomie morale de la Convention au 9 thermidor. Si la tyrannie méthodique, si la terreur organisée en système avoient un siège quelque part, c'étoit dans ces comités de gouvern(îment, depuis longtemps déjà désertés par Robespierre. L'attaque partit du sonuuet de la Montagne, et des hommes les plus aveuglément dévoués aux excès furieux de la démocratie en délire : de Billaud-Varennes^ le lion des jacobins ; du farouche Collotd'Herbois, le plus cruel de leurs proconsuls; d'Amar^ de