‹ Souvenirs de la Révolution et de l'EmpireChapitre 6 sur 66 · SAINT-JUST EN MISSION · texte numérisé non relu

SAINT-JUST EN MISSION

Je suppose en commençant et il y a un peu de témérité à moi, qu'on n'a pas encore oublié Ték^^ve d'Euloge Schneider s'CvSsayant à Strasbourg à la double étude de la langue grecque et de la politique expérimentale, ou plutôt dévorant avec impatience les ennuis de son oisiveté; car la catastrophe imprévue de mon professeur m'avoît laissé à Falphabet. Quoique je ne fusse guère à portée d'apprécier les étranges événements qui se passoi^nt sons mps yeux, jp ne pus me défendre d'y prendre quelque intérêt pour occuper le vide de mes longues journées ; et ma mémoire a conservé de cette époque des notions plus distinctes et plus vives que celles qui me restent de mon ftge fait. le ne saurois dire cependant si elles sont dénature à produire sur les antres TefFet -qu'elles produisent encore sur moi quand la liaison de quelques idées rêveuses les retrace à mon esprit; car il est problable que je n'ai pas cessé de les juger sur les sensations hyperboliques d'un enfant qui n'avoitrien vu, et le genre de ces impressions peut me tromper sur leur valeur. J'ai imaginé toute-

1 Jo ne le suppn?prois plus. Ces paires ont été écrites il y a dix ans, pour laite suite a uu livre '^ui e^l au.uuiii'hui uublié.

te SOUVENIRS DE LA RÉVOLUTION.

fois que mes souvenirs pourroient se sauver dans la foule à la faveur de quelques noms historiques dont ils sont

marquetés par hasard. Mais il faut les reprendre d'un peu plus haut que reveneiiient qui changea les lauriers de Schneider en cyprès^ pour me servir d'une expression quî lui fut depuis empruntée par Carrier^ c'est-à-dire du temps de ses tragiques excursions à la suite de nos années victorieuses.

Parmi les grands procès politiques qui se succédoient incessamment devant les deux commissions révolutionnaires, il s'en étoit trouvé un qui avoit excité en moi une profonde sympathie. C'étoit celui de Tadjudant-général Perrin, attaché quelques moil auparavant à la garnison de Mayence^ et rentré depuis peu dans Tintérieur sous le poids d'une accusation capitale. Deux officiers supérieurs, noniiiies Mainoni et Vilvotte, racnusoient d'avoir provoqué les assiégés à déployer le drapeau blanc et à reoonnottre solennellement la dynastie détrônée par le

10 août. Heureusement pour lui^ le prévenu s'étoit dérobé comme par miracle aux conséquences infaillibles de ce crinif» attesté par deux ennemis. Il n'en falloit pas tant, et

11 venoit d'être condanuie pai contumace.

Je connoissois Charles Perrin, autant qu'un écolier de douze ans peut connoltre un général qui en a vingtnhuit. Cétoit un beau et doux jeune homme, extrêmement versé dans la connoîssance des langues et dans les sciences mathématiques. Destiné d'abord aux missions étrangères, il avoit visité une partie de l'Orient, et parloit de ses pérégrinations lointaines avec une poésie d'expressions qui eharmoit déjà mon oreille avant de se faire sentir à mon jiitelligence. La révolution Pavoit ramené en France, et^ comme la plupart des jeunes gens qui éprouvoîent le besoin de se taire une destinée supérieure au vulf^aire, il s'étoit empressé d'en adopter les principes avant d en calculer les résultats. Soldat, puis sergent, puis en peu de mois officier au premier régiment d^artilierie, et par dessus tout

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