LES SOCIÉTÉS POPULAIRES
Stupide est la foule qui s'ingère de participer Wk grands mouvements des affaires politiques ; stupide^ aveugle et insensée^ car elle n^entrera jamais pour rien daos
leurs résultats. Toute révolution qui échoue tourne au profit des pouvoirs qu'elle avoit menacés ;toute révolution qui réussit^ au protit des avocats. Dans le premier cas^ vous n'avez fait que river votre chaîne ; dans le second; ce que vous croyez avoir conquis sur les aristocrates vous est repris par les sophistes. Vous avez transporté au péril de votre vie les dépouilles de la féodalité dans le vi sUaire du sénat, et vous restez, quant à vous, ce que vous étiez devant : une mine bonne à exploiter^ un troupeau bon à tondre^ un peuple.
Le seul avantage que les révolutions aient pour les classes inférieures, et je conviens qu'il \ aiuhuil la poinc d t'tre acheté, si on ne \o fvayoit pas si cher, c'est do relever le caractère moral de 1 homme en lui donnant pour objet une destination puissante et solennelle qui ne s'ac* Gomplira point, mais dont la pensée même a de l'énergie et de la grandeur. C'est une illusion de perspective, mais le prestige qui en résulte est déjà une conquête* 11 est
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ÉLOQUENCE RÉVOLUTIONNAIRE. ti5
possible enfin, lorsque l'âme s'est élevée à cette hauteur, qu'elle réfléchisse encore longtemps après, jusque dans rétat d'abaissement où toute l'espèce ne tarde pas à retomber, quelque foible rayon de la dignité éphémère que les circonstances lui avolent donnée, icomme l'histrion de province qui a crinl an inonient la couronne crAp^amemnoH;, comme le manœuvre à la bui*be touffue qui vient de poser pour Jupiter.
Les sociétés populaires présentoient sous ce rapport le spectacle le plus surprenant qui eût jamais frappé le regard des hommes. Là se débattoient, avec une robuste rivalité, des pouvoirs égaux entre eux, vainqueurs de tous les pouvoirs, et qui ne reconnolssoient d'ascendant relatif que celui du nombre et de la violence. De quelque lieu quil fût partît Taudace du tribun étoit son titre, et sa force étoit son droit. Il appartenoît au premier venu de jeter le glaive de la parole datis la balance, et delà faire pencher. C'estinutilouK iitqu on auroitcherché un contrepoids à cette puissance dans les principes les plus avérés des créances et de la raison humaine. Dieu lui-même n'étoit plus un fait moral. C'étoit une question soumise comme une autre à la polémique tribuniiienne,et qui at» tendoit l'autorité d'un décret.
Les sociétés populaires, c'étoit la caverne d'Éole. Il n'en sortoit que du vent, mais le moindre'orage suflîsoit pour soulever des tempêtes qui bouleversoîent le monde, et Napoléon eût été mal venu alors à faire entendre le quos v[jn de Neptune. Quand il arriva, sa besogne étoit faite. Le temps y avoit passé.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que nous étions tout prêts pour cet ordre de choses exceptionnel, nous autres éeoKers qu'une éducation anomale et anormale préparoit assidûment depuis ICnfance «à toutes les abei rationsd'une politique sans l)ases. 11 n'y avoit pas grand ellort à passer denosétudes de collège aux débats du forum et à la guerre des esclaves. Notre admiration étoit gagnée d'avance aux