LE MONT ETNA
tfatteindrais la partie de mon voyage dont la description serait la plus difficile, si j'avais la prétention de parler dignement de l'Etna. ^ Chanté par Pindare et Virgile , décrit par Thucydide et Strabon , expliqué par Spallanzani et Doiomieu, il a été ie sujet de tant d'admirables tableaux, que je sens trop bien l'impossibilité d'y ajouter un seul trait.
Après avoir dit, comme Rezzonico, en regardant FEtna, Ed appena ardiva d'alzar gli occhi per guardarlo , vinto doit orrida maestà, colla quale gigante^gia sut piano, je m'humilie devant ce phénomène , devant des sites dont l'inconcevable majesté échappe aux efforts des plus grands maîtres. Un essai malheureux serait si froid , que je ne le tenterai pas. Voici donc seulement le journal exact de l'emploi de deux journées en Sicile.
L'Etna , ce géant ignivome , est depuis longtemps Isi merveille du monde physique. Platon et Adrien gravirent le sommet de ce volcan.
Empédocle FAgrigentin y périt 400 ans avant
J; C. On peut croire que le nom S Etna donné par les Phéniciens à cette montagne signifiait fournaise; les Grecs lui conservèrent ce nom. li reçut des Arabes celui de Gebel, qui, dans leur langue , ne veut dire que montagne. C'est pourtant de ces derniers que les Siciliens modernes ont emprunté le nom de monte Gibello qu'ils donnent à FEtna.
Parmi les écrivains qui se sont occupés de ce volcan , on cite Bembo , Fazeili , Filoteo , qui vivaient dans le xvi.*^ siècle; Borelli, Bottone, Carrera, dans le XVII/; Massa, Biscari, Ferrara , dans le XVIII/ La base de l'Etna a soixante lieues de circonférence : sa hauteur serait, selon Dolomieu , de dix mille quatre-vingts pieds ; selon Needham , de dix mille trente-deux pieds ; selon Saussure , de dix mille deux cent quatre-vingttrois pieds ; enfin , selon Ferrara , de dix mille cent quatre-vingt-dix-huit pieds. L'Etna n'est pas une montagne unique , mais un assemblage de monts volcaniques. Cent cratères éteints ou fumans. encore entourent ce colosse. Cent quatre -vingt mille habitans vivent sur son domaine. Trois régions divisent l'Etna : regione piedimonta; celie-Jà comprend des vignes, de riches mois-
sons : regione nemorosa ; elie est couverte de bois : regione déserta ; elle est envahie par ia neige et la cendre.
L'histoire a conservé le souvenir de soixantedix-sept éruptions de FEtna, dont onze eurent lieu avant Jésus-Christ. Caliguia , effrayé de celle de Tan 44 de lere' chrétienne , se sauva de Catane, où ii était, jusqu'à Messine. Charlemagne se trouvait en Sicile à l'époque de l'éruption de 812. Quoiqu'on soit peu d'accord sur l'année de l'éruption du xii.^ siècle, l'une des plus épouvantables dont on ait conservé la mémoire , l'opinion la plus générale fixe à l'année 1 183 la date de cet événement désastreux. Jean Âgnello, évéque de Catane, son clergé, une multitude de peuple , furent alors engloutis sous les ruines de la cathédrale. Quinze mille personnes périrent , et tout fut renversé.
L'éruption de 1537 fut accompagnée de tremblemens de terre qui détruisirent Messine et désolèrent une partie de la Calabre. Celle de 1669 fut annoncée par une obscurité semblable à celle que produit une éclipse. Le village de Nicolosi disparut : un gouffre de quatre lieues de longueur sur cinq à six de largeur s'ouvrit
tout-à-coup ; sa profondeur était incalculable. Sept villages furent ensevelis : un fleuve de lave surmonta les murs de Catane , et renversa ses plus beaux édifices. La circonférence du cratère principal de FEtna acquit alors près de six lieues. Les pertes occasionnées par ce désastre furent évaluées à quarante millions de francs.
Le physicien Boréiïi, témoin oculaire de ce phénomène, a calculé que les matières volcaniques lancées hors du cratère pouvaient composer une masse cubique de quatre-vingt-trois millions huit cent trente -huit mille sept cent cinquante pas géométriques. Le torrent de feu avait cinq lieues de long , une lieue un quart de large et cent pieds de profondeur. L'éruption de 1693 fit périr en Sicile cinquante-neuf mille personnes. La mer, au moment du tremblement de terre, s éleva à une immense hauteur, et vint se briser sur le rivage, arrachant, entraînant, renversant sur son passage les monumens les plus solides. Enfin les éruptions de 1799 et de 1800 peuvent être considérées comme les plus longues et les plus affreuses. Le tremblement de terre fut continuel; une pluie de
feu dévasta tous les environs de FEtna , et ce mortier terrible lança au loin des scories enflammées d'une énorme pesanteur.
Les éruptions de 1809, 1811 et 1819, ouvrirent un cratère de sept cent quatre-vingt-quatre pieds de circonférence. Un nouvel Etna se déclara sur le monte Rosso : vingt bouches vomirent des pierres, des cendres, et couvrirent toute la vallée de Lingua-grossa. Deux savans courageux , M. Fabbé Ferrara et M. Joinviile , bravant ces dangers, passèrent la nuit du 1.®' au 2 novembre 1811 sur le cratère. L'éruption de 1819 commença le 27 mai et dura jusqu'au 2 juillet suivant. L'ouvrage du docteur Maravigna sur cette dernière éruption est dédié à M. Lucas, qui vient de faire lui-même au mont Etna un voyage dont nous devons attendre les résultats les plus satisfaisans.
Nous louâmes des mulets à Catane , et , munis d'eau-de-vie , de rum et de quelques provisions , nous primes le chemin de Nicolosi (a)y
où M. Gemmelaro, de Catane, possède une
(a) Nicolosi et tous les villages voisins cultivent une grande tjuantité de màriers ; on y ëlëve beaucoup de vers à soie : c*est la principale richesse du pays.
jolie maison de campagne. J'ai eu fort à me louer de f accueil de M. Gemmeiaro , à qui M. Simon (a) avait bien voulu me recommander. Arrivé à Nicolosi à huit heures du matin , une montée assez douce me conduisit à Gravina, Mascalcia et Torre Grifib , trois villages charmans, situés dans le plus beau pays de la terre , où ia culture est à-ia-fois la plus facile et la plus négligée. Reçus avec beaucoup d'hospitalité par don Carmelo Gemmeiaro , nous jouîmes , de sa terrasse, de la vue de ce nouvel Eden : ce n'était par-tout que pins , orangers et peupliers enlacés de vignes et de lierres.
Munis d'un guide , Antonio Mazzara , que je recommande aux voyageurs , parce qu'il est doué d'une patience et d'une complaisance à toute épreuve, nous partîmes de Nicolosi. On passe sôus le monte Rosso, qui est un produit de l'éruption de 1696 , et qui, devenu lui-même un volcan redoutable, a renversé , il y a deux ans , le village de Zafarana. La population , réunie dans Fégiise de ce bourg , fut écrasée par la chute des voûtes. Un homme écoutait le sermon, placé sur la
(a) Auteur d'exceliens ouvrages sur l'Angleterre et sur la Suisse.
pierre d'un caveau ; elle céda , et il fut retrouvé vivant dans le sépulcre. Nous marchions dans un lapillo, un sable noir, à travers des laves (32) qui ont trois siècles d'existence (a) ; on se rend à la regione silvosa, où l'on retrouve de la verdure , une vaijée agreste, et, après avoir cheminé pendant l'espace de quatre miiles dans cetlte forêt , on arrive à la grotta délie Câpre, ou bien grotta de' Inglesi. Nous fîmes aliumer un bon feu, parce que déjà l'air était plus frais. Nous dessinâmes ; mais que peuvent les vains efforts d'un crayon devant tant de merveilles ! Est-il facile de s'expliquer comment un écrivain spirituel, et qui possède un sentiment vif des arts dont il s'esf occupé toute sa vie , a pu écrire sur cette base de l'Etna la phrase que je vais citer? Au lieu de regretter devant cette nature imposante le pinceau du Poussin , du Gaspre , de Salvator Rosa , il se contente de dire : c( Les habitations éparses >> sur la base de l'Etna ressemblent à ces paysages
(a) Un siècle suffit à peine pour établir sur la laye une couche de terre ou de cendre vége'taie de Fe'paisseur d'une ligne. D'après cela , f on pourrait peut-être établir un calcul de probabilité sur les premières éruptions et sur fâge du volcan. I{ n'est pas rare de trouver jusqu'à six couches de lave et de terre végétale Tune sur Tautrc.
» de Boucher , où il a entassé sans confusion » toutes les richesses de la nature : c* est l'école >) des peintres du genre aimable comme du genre » terrible. » Notre guide alla nous chercher de la neige , le vin de Syracuse y gagna ; et , après le meilleur sommeil , nous nous remimes en route à .onze heures du soir. La nuit étajt sombre : aussi nos mulets firent-ils de nous ce qu'ils voulurent ; ils descendaient , et je sentais gravir le mien au point de me faire perdre f équilibre. Ces animaux , sûrs et infatigables , ne s'arrêtèrent qu'après une marche de quatre heures. Le froid était devenu assez piquant pour que nous eussions les pieds et les bras engourdis , quand on mit pied à terre près de la tour du Philosophe. M. G^mmelaro et quelques officiers anglais ont fait construire en ce lieu une petite maison , où nous n'allâmes point coucher^ parce que la neige qui f enveloppait encore la rendait excessivement humide. C'est de cet endroit , où nous bûmes du rum et où nous quittâmes nos redingotes, que nous partîmes à pied pour monter le grand cône. On n'arrive à sa base qu'après avoir franchi pendant l'espace d'environ un miUe des laves de la forme la plus bizarre ; il
fallait sauter de pointe en pointe , glisser, s*écorcher, se relever, en faire autant quelques pas plus loin ; enfin , tout en maudissant cette allure , on atteint la montagne de cendre. Ici commence un nouveau genre de supplice ; il faut monter presque perpendiculairement dans une cendre blanchâtre où voiis enfoncez toujours jusqu'aux genoux. Cette cendre est semée de scories , de mâchefer, d'énormes pierres ponces enveloppées de soufre , auxquelles on cherche vainement à s accrocher. Cet appui , qui n'a pas de racine , glisse et fait souvent perdre le terrain qu'on avait si péniblement gagné.
J'étais à peine à moitié chemin , et déjà le découragement s'emparait de moi. La raréfaction de f air rendait la respiration difficile : plus tard , l'oppression devint extrême ; elle agit à tel point sur un de nos compagnons de voyage, qu'il s'évanouit. On le secourut , et, rappelant toutes nos forces , nous atteignîmes , au bout d'une heure et demie , la plus haute sommité du cratère. Je n'avais ressenti de ma vie une telle fatigue. De gros souliers , des gants épais , tout cela avait disparu ; j'amvai sans chaussure , et les mains crueUement écorchées. Ma première
impression fut de me trouver, comme un malade , affaibli , ti*oublé par les terreurs d'un cerveau fiévreux. L'aube du jour blanchissait l'horizon , et le premier éclat de la lumière produisait sur les nuages qui roulaient à nos pieds , des effets d'une singulière bizarrerie ; ils arrivaient poussés sur nous comme d'immenses fantômes : on pouvait se croire en communication avec le ciel , où semblaient se préparer d'étranges visions. Je voulus ^regarder au fond du cratère; une fumée sulfureuse , étouffante , me fit reculer : j'essayai alors de m'asseoir sur le revers ; mais cette croûte fi*iable et jaune était brûlante. La fatigue des sens , l'exaltation de l'imagination , jettent dans un état voisin du délire. Placés dans une des régions les plus élevées du globe , nous n'attendions que le départ du nuage qui nous entourait pour jouir d'un spectacle sublime. Le soleil triompha des vapeurs du matin , et tout-à-coup la lumière se fit avec un éclat éblouissant. La Sicile ne formait qu'une faible partie du premier plan de ce tableau. D'un côté , la vue plongeait dans le gouffre; de l'autre , elle rencontrait, dans un vague d'azur coupé par des bandes d'or , la Calabre , l'Afrique , Malte , et la mer de Syra-
cuse. L'ombre de l'Etna se projetait sur la Sicile , et cette vapeur incertaine s'étendait depuis Pa* terno jusqu'aux plaines d'Enna.
Le vent changea ; je pus porter mes regards vers le volcan. Son cratère immense, qui me parut avoir plus d'une lieue de circuit , est séparé en trois parties par une aiguille de rocher dont ïa base forme la division. Ce rocher s'élance du cratère comme une flèche gothique; sa couleur est rougeâtre , quelquefois d'un noir bitumineux , et la croûte qui reluit sur certaines parties , me rappela celle qui recouvre les aérolithes : dans d'autres endroits, ce rocher paraissait être , comme l'intérieur du volcan , de couleur de cendre , et rayé transversalement d'un soufre pur. Nous étions placés sur le bord taillé à pic , légèrement excavé sous nos pieds ; et la pente me sembla si rapide jusqu'à l'endroit où le grand puits devient perpendiculaire, qu'il eût été impossible d'y descendre sans avoir la triste certitude d'être entraîné dans le goufire. La profondeur de cette partie de fentonnoir pouvait être de six à sept cents pieds (a).
(a) Un Anglais eut la tëmërité , if y a peu d*année3 , de se faire
Si le Dante na pas visité la Sicile, s'il n'a pas gravi ie mont Etna , ce dont il est permis de douter, puisquil est allé plusieurs fois à Naples, son génie en a deviné les terribles effets. Ses descriptions de fenfer sont le tableau le plus vrai de i'Etna ; le Dante est le seul guide digne de conduire l'homme dans ce labyrinthe de vallées et jusqu'à la porte du mystérieux abîme.
A notre gauche était le dernier volcan ouvert au pied du grand cône ; son orifice , d'un jaune éclatant , avait vomi toute la lave qui garnissait la Vallée de' Bovi. Les scories noires produites par quarante autres volcans dessinaient le domaine des destructeurs du plus beau rivage de la terre. Nous descendîmes avec précaution jusqu'à la tour du Philosophe , dont il ne reste que quelques pierres : on peut supposer que ce fut jadis un oratoire antique , un petit temple élevé aux divinités infernales , et plus tard peutêtre une tour d'observation. Nous arrivâmes à pied jusqu'à la grotte des Chèvres , marchant rapidement dans la cendre, le lapillo, et tra-
descendre dans le cratère ; attaché par des cordes , il fit trop tard ie signal de ie retirer : ses guides le remontèrent ; mais ce nouvel Ëmpëdocle e'tait asphyxié : on ne put le rappeler à la vie.
versant les ravins rougeâtres et les laves qui couvrent ce désert funèbre et désc^é. Reprenant nos mulets, nous rentrâmes dans la regione nemorosa , qui nous semblait être TArcadie ; nous revîmes Nicolosi , et enfin Catane. '
Mon esprit avait été frappé par les plus grands contrastes. En effet, quand mes yeux fatigués refusaient de se fixer plus long-temps sur le nuage qui s'exhalait des entrailles de la terre,
ils se reposaient de cette effrayante recherche en se plongeant dans l'espace du ciel et des mers. D'une part , l'obscurité du cratère n'était dissipée que pour quelques secondes par des boufiees d'une fumée livide ; de l'autre , le soleil se levait dans toute sa pompe , et réfléchissait sur la mer de Calabre mille couleurs éclatantes. Je respirais un air glacial , tandis que la cendre brûlait mes pieds. Enfin l'odeur délétère de toutes les substances volcaniques les plus puissantes m'avertissait que je touchais aux confins de l'empire de l'homme, et que là commençait le domaine de la mort.
L'Etna , entouré de volcans , postes avancés de cet inexorable fléau , a vomi des fleuves de lave qui sont venus s'engloutir dans la mer ,
en creusant de prpfondes vallées. On le vit ainsi , dans sa fureur , détruire parfois une ville , tandis qu'il repoussait les flots de la mer et formait un port commode et sûr. L'espace que ces fleuves ont parcouru , peut donner l'idée du chaos : quelques-unes de ces laves conservent la forme d'une cascade ; d'autres , celle d'une mer dont les vagues auraient été fixées , durcies , au moment d'une tempête. Quelques cratères sont entourés de végétation et de fleurs : on dirait une couronne placée sur un cercueil (a).
Une auréole de nuages charge le front de l'Etna , tandis que le ciel qui le couvre , la mer qui l'entoure, sont éclatans de lumière. Ce rivage fait de constans efforts pour cacher sous la verdure la trace des torrens de feu qui ne se lassent
(a) Interea fessos yentus cum sole reliquit ; Ignariqiie vise , Cyclopum idiabimur oris.
Portas ab accessu yentorum immotus y et ingens Ipse ; sed horrifîcis juxtà tonat i£tna ruinis , Interdumque atram prorumpit ad sethera nubem , Turbine fumantem piceo , et candente fayillâ ; AttoIIitque globos flammarum , et sidéra lambit : Interdum scopuios ayulsaque viscera montis Erigit eructans , liquefactaque saxa sub auras Cmn gemitu glomerat , fundoque exséstuat imo.
( Virg. ^nei'd. iib. m , y. 568. )
point de le ravager. Un peuple insouciant habite et chérit cette contrée merveilleuse ; il daiise au bruit de la foudre du >voIcan , s endort dans les douces langueurs de Tamour, et place le ber- - ceau de ses ènfans sur la cendre encore brûlante qui ensevelit le toit de ses pères.
Je me retrouvai à Catane avec un sentiment de bien-être d'autant plus vif , que, pendant cette course pénible , j'avais toujours vu souffrir autour de moi. Ceux qui habitent à la base de l'Etna , manquent d'eau ; une population entière va en chercher fort loin , et de très-mauvaise : des femmes noircies , brûlées par le soleil , maigries par. le travail et des privations de tout genre, marchent les pieds nus , portant une grande cruche sur leur tête ; on en rencontre ainsi de longues files qui suivent des chemins creusés dans la lave et encombrés de pierres roulantes ou aiguës. Une profonde tristesse est peinte sur leurs visages ; la veille elles ont souffert , et le lendemain ramènera encore les mêmes besoins , les mêmes difficultés , la même incertitude de pouvoir rapporter quelques gouttes d'eau jusqu'à leurs demeures.
Touché de ce tableau , je me reprochais le
plaisir que je savourais d'avance de trouver des liqueurs fraîches à Catane , et cependant la soif me dévorait aussi.
L eau coule goutte à goutte dans les fontaines de marbre de Catane ; on ne répare point les aqueducs : les couvens ont des citernes ; les intendans prennent des gelati , des graniti , et s'occupent trop peu d'étancher la soif du peuple sicilien.
Je crois devoir me contenter d'indiquer sommairement les points qui me conduisirent à Castro-Giovanni, Fantique Enna. Selon quelques-uns , le bourg de Paterno fut fondé sur remplacement de l'antique cité SInessa , dont il ne reste presque rien ; quelques mosaïques seulement indiquent le lieu occupé par la ville ancienne. D'autres ont cru que Paterno était XHyhla major, dont plusieurs villes réclament le nom. On y élève avec soin des abeilles, qui se nourrissent du thym le plus odoriférant et le plus parfumé; aussi le miel de ces contrées me parut-il préférable à celui du mont Hymette :
Nerine Galatea, thymo mihi dulcior Hybise.
(Virg. Eclog. VII, V. 37.)
Certifia, où l'qn montre une grotte fort pitto-
resque, reçoit les eaux d'une rivière qui s'y engouffre pour ne reparaître qu'à quatre-vingts toises plus loin. Aderno, Hadranum , n'a plus rien d'un temple qui fut fameux. Près de là sont des ruines modernes : un aqueduc commencé par le prince de Biscari devait réunir deux montagnes ; composé de deux étages , comme ie pont du Gard , il avait environ cent trente pieds de hauteur ; négligé , abandonné , il en restera bien peu de chose dans dix ans. Centorbi (33), Centuripœ; elle fut opulente. On ne trouve pius de ses pierres gravées , qui atte^ taient son luxe, f excellence de ses artistes, et qui gisaient dire aux anciens : Monnaie de Syracuse, Vases d'Agrigente, Pierres gravées de Centuripœ. Son pont sur le Symèthe , ses fortes murailles, tout est renversé. Argyriùm est entièrement oubliée ; il ne reste plus de cette patrie de Diodore que son souvenir et quelques médailles. J'en ai acquis deux fort belles : fune représente ia tête d'Hercule , l'autre celle de Jupiter , et toutes deux sont d'une admirable conservation. Assorus n'offre rien à la curiosité; ïe fleuve Chrysas n'est qu'un triste ruisseau. Aidunum n'existe plus ; et Plutia, à présent Piazza , est loin