‹ Souvenirs de la SicileChapitre 20 sur 33 · MESSINE · texte numérisé non relu

MESSINE

II serait difficile de dire pourquoi Messine fut d abord appelée Zancle. Ce nom lui vint-il de Zanclus , souverain de ce pays ? ou , ce qui est pius croyable , la situation de cette viile , la forme de son rivage , lui firent-elles donner ce nom de Zancle, qui voulait àiTefaux ou faucille dans la lan'gue des anciens Siciliens ? Crataemenès de Samos et Périérès de Ghalcis en furent-ils les fondateurs? Doit-on croire Diodore ou Polybe, et reçut-elle des colons de Samos ou de la Campanie? II paraît que les Ioniens y régnèrent aussi, et que ceux de Messène, chassés de leur territoire parles Lacédémoniens, aidèrent Anaxilas , tyran de BJiegium, à détruire Zancle et à fonder Messine. Comme toutes les probabilités peuvent être admises et doivent être au moins citées, on a pu croire que le nom de Messine venait de messis, et qu'il rappelait l'abondance et les riches moissons dont se couvre cette contrée. Mais pourquoi les tristes Messéniens n'auraient- ils pas cherché à consacrer dans ce lieu d'exil le nom de leur patrie?

Aucun lieu de la Sicile n'offre moins de traces de Fantiquité que cette Messine dont Cicéron vante les monumens, et d'où Verres enleva la statue de TAmour de Praxitèle. Rien n'indique la place qu'occupèrent le temple d'Hercule et le palais de Caïus Heius : on imagine pourtant que l'église de Saint-Grégoire remplace le tempie de Jupiter , et que cejle de Saint-Philippe d'Argyre est construite des débris du temple de Pollux. Lorsque cette ville fut complètement détruite par Imilcon ^ générai des Carthaginois , 399 ans avant J. C. , un seul homme qui parvint, dit-on , à se sauver , traversa le détroit à la nage et se réfugia en Italie.

Les guerres civiles, la peste, les tremblemens de terre, ont plusieurs fois depuis décimé la population de Messine, qui était de cent mille habitans au commencement du siècle dernier , et qui se trouve à peine aujourd'hui de quarante mille âmes, en y comprenant douze mille moines, religieux ou prêtres. Le nombre de ceux-ci augmente dans une singulière progression , et j'en ai acquis la certitude de la bouche même des principaux magistrats du pays. Les substitutions peuplent les couvens de femmes et les

séminaires. Aucun des sept ou huit frères d'un prince ne doit apprendre le commerce ou ne peut suivre ia carrière du barreau , et bien peu d'entre eux deviennent militaires. Des nombreuses sœurs de ce prince , une ou deux sie marient , et le reste est. voué au cloître.

Je comptai à peine dans le port , le plus grand , le plus sur de la terre , dix petits bâtimens qui ne savaient que faire de ce qu'ifs avaient apporté. L'admirable position du port de Messine devrait en faire l'entrepôt naturel de tout le commerce de la Grèce , le lieu d'échange le plus avantageux entre les peuples de l'Occident et les Orientaux-; il est presque désert.

On a rebâti cette vilie depuis le désastre de 1783; mais rien n'est terminé. Par une sage précaution y des charpentes articulées préviendraient le déboîtement dés poutres , dont les coups réitérés renversaient les murailles à l'époque du dernier tremblement : elles agissaient sur les murs avec la même force que le bélier des anciens. Une grande partie des maisons n'ont qu'un seul étage ; beaucoup de gens habitent des baraques assez commodes : tout a l'air provisoire. Messine vieillit ainsi, et elle doit à ce mélange

de monumens renversés et de palais ébauchés la physionomie la plus singuKère. Ses rues , parmi lesquellies on remarque sur-tout la strada Ferdi-

nanda et celle Sel Corso , sont habituellement cahnes , presque solitaires ; ses innombrables églises sont remplies , à quelques exceptions près, de médiocres peintures. Enfin son théâtre serait à peine digne de recevoir les Buratini (a) de Rome.

Le campaniile et ia partie supérieure de la façade de la cathédrale sont tombés : ce qui reste de cet édifice, construit par le comte Roger, est d'un beau gothique ; les colonnes qui décorent f intérieur ont dû appartenir à un tempie ancien. Cette église porte le nom de Madona délia Lettera. D après une vieille tradition (40) , la S.**^ Vierge aurait écrit une lettre aux Messinois, en leur envoyant une boucle de ses cheveux ; on ^e montre ni Tune ni l'autre (b).

(a) Espèce d*ombres chinoises , dont le feu et le dialogue sont pleins de naturel et amusent beaucoup les Romains.

(b) Voyez à cet égard les ouvrages de P. Bellî et de Dominique Argananzio , intitulés : Pompe ftstivt celebrate dalla nobtle ed esemplare città di Messina , nelV anno 4659 , per la soUmnità délia sagratissima lettera scrittale dalla suprema impératrice degli angeli Maria ; Messina , 1659.

Voici la traduction latine de la lettre , telle qu'elle est gravée derrière le maitre-autel :

Epistola, juxta antiquam et piam traditionem, ViRGiNiS Mari^ ad Messanenses.

Maria Virgo , Joachim filia, humîlts ancHIa Dei, Christi Jesu erucifixi mater, ex tribu Juda, stirpe David, Messanensibus omnibus sdiutem et Dei Patrîs omnipotentis benedictionem.

Vos omnes fide magnd legatos ac nuncios per publia cum documentum ad nos misisse constat : filium nastrum Dei GenitumDeumethominemessefatemini, et in cœlum post suam resurrectionem ascendissc/ Pauli apostoli electi prœdicatione medianie viam veritatis agnoscentes , ob quodvos et ipsam civitatem benedicimus, cujus perpétuant protectricem nos esse volumus. Ex Hierosolymis , anno filii nostri XLii , ind. i , nonas junii , luna xxvii , feria v.

Bulle du Pape Benoît XIII relative à la Lettre

de la Sainte Vierge.

La SantitX di N. S. Benedetto XIII concesse ad ogni fedele 100 giorni d'induig^enza , quante volte devotamente récitera la sequente orazione :

Ave ,filia Dei Patris , quœ Messanenses infilios elegisti. Ave, mater Dei Filii , quœ Messanenses materné exaudisti. Ave, sponsa Spiritûs sancti , quœ Messanenses veritatis spiritui

despondisti, Ave , templum S. S. Trinitatis , unde Messanenses per sacram

epistolam benedixisti.

On ne vit jamais de plus pitoyables statues de bronze que celles qui décorent !es places publiques de Messine. Je voudrais faire une exception pour celle de don Juan d'Autriche : encore le vainqueur de Lépante est-il bien raide et a-t-il la tête bien petite. Quant à la statue équestre de Charles lU et à la statue pédestre du roi actuel, ce sont des caricatures coulées en broftze. L'auteur de ces immortelles mauvaises plaisanteries ne sera jamais placé au rang des flatteurs. Le roi Ferdinand a fair d'un matamore ; l'artiste a sur-tout fort maladroitement exagéré le trait qui a valu à ce monarque le surnom de Ntxsone, au lieu de rendre ce que sa physionomie a de paternel.

Ainsi un port' abandonné , peu d'industrie , point d'arts ; une instruction lente , routinière , tournée vers une théologie subtile et abstraite ; une noblesse oisive , une populace profondément misérable, une foule épaisse de chanoines :'Voilà Messine en 1820.

J'ai vu la procession qui se renouvelle tous les ans pour célébrer Feutrée du cardinal Ruffo dans Naples à la tête de son armée calabroise. Une immense lile de religieux menant tous par

la main deux petits enfans de cinq ou six ans vêtus en moine, ouvrait la marche, et précédait huit frères lais des plus vigoureux , portant une grosse statue de S. Antoine. Les moines causaient avec ies dames *qui étaient aux fenêtres ; celles-ci usaient sbuvent du vocabulaire des doigts , dont j'ai déjà dit qu'on se sert en Sicile avec tant d'intelligence et de rapidité (a). On rencontre trop fréquemment , dans les rues de Messine, des hommes couverts du sac de pénitent; cet habit, ordinairement crasseux, ne laisse voir que les yeux : ils portent une tête de mort , et vous la présentent avec impudence au nom des âmes du purgatoire. J en voyais souvent vingt par jour , et chaque fois cette figure, hideuse , ce cri sépulcral , me faisaient éprouvei* une nouvelle horreur. Ces spectres montent dans les maisons , et leur aspect imprévu peut frapper d'effroi une femme grosse , et troubler l'imagination des enfans par des frayeurs que rien ne saurait guérir. Enfin , entre le feu de l'enfer et ie masque des pénitens , la religion ia plus tou-

(a) On fait remonter Tusage de ce genre de conversation muette à Te'poque des tyrans de Syracuse : c*est peut-être ce qui donna à Epicharme Tide'e de la pantomime.

chaiite , la pius tolérante , devient un cauchemar qui n'est bon qu'à décourager et à désoler tous les êtres faibles , simples et innocens.

La tristesse des habitans de Messine contraste singulièrement* avec la position riante de cette viMe. C'est toujours un prêtre qui dirige les familles riches ; ii* place les domestiques qui lui conviennent, renvoie ceux qui lui déplaisent, et ferme la porte à tout {e monde : aussi Messine me semble-t-eiie moins sociable que Tripoli ou Tunis. AHez-vous chez votre banquier , chez le consul de votre nation ; sa femme , sa fille , sa sœur , sa servante , tout cela s'enfuit ; et souvent ce que l'on aperçoit des fugitives , augmente les regrets qu'elles vous laissent.

C'est une époque très -importante pour Messine que celle d'une fête connue sous le nom de la Vara (a).

On a figuré et mis en action le rêve d'un moine qui, persuadé ou non , vint à bout de convaincre les autres qu'une nuit , veille de l'Assomption , il avait vu la Vierge transportée par les anges , entourée par les trônes , les séraphins

(a) Bière, cercueil, p{nt6t'que barque, ainsi que quelques personnes le supposent.

et les dominations , et arrivant ainsi jusqu'à TEternei au milieu des concerts des archanges et des chérubins. La dévotion s'empara de ce rêve , et aussitôt un théâtre ambulant fut conçu , exécuté f promené ^ans les rues de Messine. La fête de la Vara a lieu tous les ans le 15 du mois d'août. Des mâts soutiennent des piates-fôrmes ; ces mâts ont cent pieds de hauteur, et les platesformes en ont cinquante de circonférence : cette énorme machine porte sur un train garni de roues , et lè tout est trainé par plus de six cents personnes. Dans l'étage inférieur se voit ia Vierge entourée des douze apôtres; c'est une jeune fille couchée sur un fit de mort. L'étage supérieur est occupé par le soleil , la lune , les étoiles, qui, par des rouages cylindriques, se meuvent à-Ia-fois et en sens inverse. Des gazes d'argent, du clinquant, des voiles couleur d'azur , des cristaux, cachent habilement la charpente et imitent le firmament et les nuages. De pauvres jeunes enfans, muets de frayeur ou poussant des cris aigus, roulent les jambes en l'air, la tête en bas : la plupart , évanouis , figurent assez mal dans cet état les esprits célestes. Une jeune fille, bien plus malheureuse qu'eux encore , est

tenue sur la main avancée d'un homme qui représente le Père éternel , à quatre-vingts pieds de haut, et en dehors de la machine. Des barres de fer artistement cachées sous des draperies de brocart empêchent seules I9 chute de ces deux acteurs , dont i'un est ordinairement choisi parmi lès plus vigoureux portefaix de Messine , et l'autre parmi les plus jolies fiUes de cette viHe.

Je ne me permettrai pas la moindre réflexion sur cette bizarre cérémonie , que ce simple récit fera , je crois , suffisamment juger.

Tous les membres du gouvernement, les tribunaux , les moines , ies confréries , suivent ou I précèdent cet échafaud mobile, que la populace accueille avec les cris d'une joie frénétique. La jeune fiiie, qui s'acquitta fort bien du rôle de la Vierge, était charmante; aussi trouva-t-elle dans la quête du lendemain une dot fort honnête : mais la recette du portefaix fut , dit-on , moins heureuse.

La fête de la Vara ne rappeïïe-t-eUe pas ceile des Panathénées d'Athènes , où un vaisseau marchait sur la terre par le moyen de machines cacShées? Le peplus ^ grande robe de Minerve, couleur de safran, et brodée par les ouvrières

les plus habiles (a) , flottait sur ce navire : on voyait sur ce peplus , objet de la vénération de i'Attique, les exploits de Minerve et sa victoire sur Encelade et Typhon.

Cette cérémonie du peplus tenait beaucoup des usages égyptiens , et rappelait !e cuite du manteau mystérieux d'Isis. Plutarque dit quelque part que ia Minerve de Sais n est autre chose quisis : ainsi les esprits forts de tous les temps ont eu Foccasion de se moquer des fêtes et des croyances populaires. Sont-ils plus heureux d echapper dédaigneusement au charme de ces cérémonies brillantes?

Un mélange de paganisme et de christianisme a aussi donné naissance à la fête de Zancie et de Rhée. Les habitans de Messine croient que le Kronos des Grecs , le Saturne des Latins , fut leur fondateur. Us ont converti Zancie à la foi chrétienne ; Rhée a été baptisée. De là vient qu'on promène encore, et toujours le 15 août, deux figures de quarante pieds de haut, montées sur des chevaux de bois. Le costume de Zancie ne ressemble pas trop mal à celui du preux

(a) Eiïes dirigeaient le travail de petites-filles connues sous le nom Sarréphores.

Pèrce-forét; le manteau de Rhée , qui n'appartient à aucun siècle , balaye commodément les rues de Messine.

Des musiciens suivent le cortège; des orchestres f attendent. Les fenêtres , les balcons , sont garnis de femmes très^paœes qui font retentir lair de leurs cris de joie ; la cathédrale est illuminée; enfin cinq ou six cents cloches ne cessent de carillonner. Tout cela ne peint que faiblement le coup-d œil de Messine et le délire de ses habitans pendant les quatre jours de fête de la Vara. Comme à Rome le bail de l'amour se contracte ou se résilie dans la semaine sainte , à Palerme le jour de Sainte - Rosalie , c'est à Messine à l'époque de la Vara qu'on parvient à se voir , à s'entendre , à former cette liaison qui charmera le reste de fannée.

Ce fut le 5 février 1783 qu'un bruit souterrain , suivi de légères oscillations , devint le précurseur du tremblement de terre qui bouleversa Messine et la Calabre. Les secousses allèrent croissant pendant plusieurs jours ; ' mais la plus terrible fut celle du 28 mars. L'aspect de la Calabre en fut entièrement changé. Déjà la même catastrophe , en 1638 , avait anéanti

deux cents bourgs ou villages et fait périr neuf mille personnes. Le tremblement de ten^ de 1783 renversa le palais et la chaumière, pour* suivit f homme par-tout , le laissa sans asile , et l'on put croire un instant que le sol même de la terre allait s'abîmer sans retour : les fleuves tarirent, des lacs remplacèrent des plaines; enfin quarante mille personnes demeurèrent ensevelies sous des monceaux de ruines. Les habitans de Scylla s'étaient groupés sur la plage ; tous étaient parvenus à s'embarquer : mais au moment même une partie du mont Bacci s'écroula dans la mer , et la malheureuse flotte fut engloutie par le refoulement seul des vagues. On croit que douze cents individus furent victimes de cette épouvantable catastrophe.

La tradition conserve le souvenir de deux êtres jeunes , charmans , et que le lendemain * de ce jour funeste devait voir s'unir au jwed des autels. Au premier moment de l'inondation , Properce accourt : déjà les flots environnaient l'habitation de la b^Ie Cosima. Mais leur fureur redouble : Properce , chargé de son précieux fardeau, veut le déposer sur une embarcation voisine du rivage ; une secousse épouvantable les enlève

et les lance avec force contre un des récifs de Scylla. Properce a couvert , a garanti le corps de son amie : mais Properce n'est plus ; c'est en vain que, pendant un moment de calme , Cosima espère que ses larmes et ses baisers le rappelleront à la vie. c^ Que tout soit fini pour tous » deux » ! s'écrie-t-elle enfin. Ses bras délicats parviennent à rapp^roc^ier du bord de l'abîme les restes de ce qu'elle aimait : elle les tient serrés contre son cœur, et se précipite avec eux dans le gouffre , qui les engloutit pour jamais.

Ce qui demeure sans explication , comme tant d'autres mystères de la nature, c'est qu'à Messine les chiens se réunirent , se pressèrent quelque temps avant le tremblement de terre , et qu'ils poussaient des hurlemens affreux. Quelles expressions pourraient rendre la consternation de cette malheureuse ville, le craquement de ses édifices , les cris des mourans , la terreur de l'avenir ! Pour achever ce triste tableau , qu'on se figure un orage affreux , la mer quittant ses limites , les vagues furieuses se refoulant dans les rues voisines du port , un violent incendie qui dura sept jours, une bande de brigands égorgeant ceux que le désastre avait respectés et

disputant à la terre les dépouilles qu'elle diait engloutir.

L'atmosphère était obscure et bitumineuse ; des nuages épais planaient lentement sur la viile; les oiseaux rasaient le soi vacillant, et semblaient égarés dans leur route; uji sourd et long mugissement sortait des entrailles de la terre ; les puits bouillonnaient; des moufettes , délétères s'échappaient d'immenses crevasses ; enfin chaque instant voyait s'écrouler successivement un palais , la voûte d'une église , des clochers , de$ magasins , des hôpitaux encombrés de mourans. Une chose digne de remarque, c'est que, pendant ce désastre , le mont Etna demeura dans l'état de la plus parfaite tranquillité , tandis que l'éruption du mont Hécla de la même année fut épouvantable.

Quelques personnes échappèrent miraculeusement à la mort; de ce nombre fut la mère du vice-consul de France actuel. Cette femme , grosse de huit mois, resta pendant quinze heures ensevelie sous les décombres. Sa main passait entre les poutres , les gravats ; une bague fit reconnaître cette main par la servante : sa maîtresse fut retirée du milieu des ruines ; elle accoucha

très-heureusement un mois après de f homme qui me rfcontait cette histoire, et tous deux vivent encore aujourd'hui.

L'ancienne ville de Messine était très -mai construite ; on peut s'en convaincre par ce qui reste de la Pallazata, façade couverte d'ornemens assez riches et qui décorait le port. Le plan adopté pour la réédification de ses monumens , dont une partie est déjà debout , a de la noblesse ; mais il est permis de douter qu ii soit jamais complètement exécuté.

Trois forteresses défendent ou menacent la ville de Messine, San-Sal vador , Griffon et Gonzaga ; c'est de cette dernière que nous eûmes l'occasion d'observer ce phénomène connu sous le nom de Fata Morgana, que l'on explique par Feffet des vapeurs que les temps chauds élèvent au-dessus de la surface, de la mer : ce miroir reflète alors les objets terrestres , et les groupe quelquefois d'une façon fantastique et bizarre. Je ne sais si je dois en accuser mon imagination ou ma vue : Fapparition n'était nulle que pour moi ; je ne vis rien de ce qui e^xcitait la surprise de mes voisins. Ceux-ci criaient au prodige; un vaisseau à trois ponts, un évéque

colossal avec sa mitre , s'offraient à leurs regards : tout ceia m'échappa à mon grand regret ; car j'aime le merveilleux tout comme un autre.

Depuis Homère et Virgile , on a beaucoup parlé de Charybde et de Scylia :

Incidit in Scyflam cupiens ritare Charjbdim.

Ce danger existe trop réellement : il arrive parfois malheur à de petits bâtimens , sans que la mer soit fort orageuse , quoiqu'un espace de cinq lieues environ sépare lès deux récifs. Les marins étrangers parlent trop légèi'emént de ces écueils , et l'on néglige trop souvent le secours des pilotes entretenus par le gouvernement pour la direction des bâtimens (a).

' On peut croire que la Calabre et la Sicile, étaient jadis réunies. Eschyle, Diodore, Strabon, Pline, l'aflirment. Rhegium, à présent Reggio, signifie en grec arracher; et la seule inspection

(a) Tnm procul è flacta Trinacria cemitur iEtna: Et gemitum ingentem pelagi , polsataque saxa Audimus iongè , ^ractasque ad iittora yoces ; Exsultantque yada, atqne œsta miscentar arenâe. Et pater Anchises : « Nimirum hœc illa Charybdis ; V Hos Helenus scopnlos y hœc saxa horrenda canebat. » Eripite , 6 socii , pariterque insurgite remis. » ( Virg. j£netd. lib. m , v. 554. )

des lieux peut faire croire que , comme à Calais et à Douvres, à Gibraltar et à Ceuta, une grande secousse a séparé deux terres pour en former un détroit.

Lorsque je me rendis à Reggio , la traversée , aidée par le courant , fut d'une heure et demie. Cette ville est couverte de décombres et de ma-

tériaux destinés à la rebâtir. Excepté la via del Corso , tout le reste ne présente que f image de la destruction et de la tristesse. Le palais communal aura de la magnificence ; la façade , construite sur les dessins d'un architecte habile, Stefano Calabria, donne, ainsi qu'une belle fontaine, une haute idée de cet artiste. Ces monumensont de la grandeur, de la simplicité, et sur-tout de l'originalité. Les ouvrages et la modestie de cet architecte seraient d'utiies leçons pour certaines gens qui , n'ayant rien produit qui annonce un génie créateur y se traînent sur les pas et d'après ies pians de leurs devanciers , s'approprient avec adresse les travaux des autres, et dont l'orgueil serait à peine soutenabie , si , au iieu de s'élever jusqu'à décorer un théâtre , ils avaient construit Féglise de Saint-Pierre. Rien n'est plus déplorable que la médiocrité en archi-

DE tX SICILE. 313

lecture ; ses fautes sont immortelles. Le siècle qui voit construire un édifice et qui lègue ^ la postérité ce témoignage de Fétat des arts , demeure solidaire de ses défauts.

Les orangers viennent naturellement dans les plaines des environs de Reggio ; et , avant que les Sarrasins fussent chassés de l'Italie, toutes les avenues de cette ville étaient embellies par des bosquets de palmiers. Les chrétiens, auxquels ce bel arbre rappelait, on ne sait pourquoi, le mahométisme, coupèrent presque tous les palmiers de ce rivage. Les figues, les raisins, les ananas de Reggio sont d'un goût exquis , et ses parfums sont très-recherchés. Outre tout ce que cette ville a eu à souffrir des tremblemens de terre, sa position à l'entrée de l'Italie Fa livrée trois fois à la fureur des Turcs. Ils la traitèrent sur-tout de la façon la plus cruelle en 1593.

Après avoir fait quelques dessins , et nous être rendus par terre à Scylla , que nous dessinâmes aussi , je revins à Messine , dont nous fîmes une vue générale , prise de la terrasse de San- Gregorio. Je me reposais souvent de mes courses fatigantes chez des religieux ; entre autres , chez

ceux du couvent de Saînt-Basîle. On me recevait avec beaucoup de bonté dans ces grands monastères coupés de larges corridors , pavés de marbre et garnis de fontaines. La vie de ces moines est douce ; leurs jardins sont charmans ; les dignitaires se promènent dans une calèche traînée par des muies superbes ; ils lisent peu et boivent frais : aussi rien n'est-ii moins persécuteur que le clergé de Messine, Je demandais à un Franciscain s'il avait visité le cap Pélore. Certo, me répondit -il , ci facciamo délie bellissime manggiate e che pesce (a) !

Les monts Pélore , si renommés chez les anciens par l'excellente qualité de leuris vins , sont Une continuation des Apennins, et, après avoir traversé la Sicile sous difFérens noms , ifs se dirigent vers FAfrique. Le rivage de Messine j en tournant le promontoire de Pélore, n'offre rien de remarquable jusqu'à Milazzo , dont j'aî parlé au moment où je débarquais dans le golfe d'Olivieri. Près de là cependant fut le port

(a) La cAte de Messine est très-poissonneuse , et les pécheurs ont une adresse singulière. Il est fort amusant de les voir harponner un poisson très-de'Iicat , connu sous le nom de pesce spada, \e xiphias gladius de Linné'.

de NaulochtLS , qui vit finir la liberté romaine. Agrippa détruisit devant ce rivage la flotte de Sextus Pompée.

La fermentation des esprits annonçait Torage révolutionnaire près de fondre sur la Sicile ; elle s'augmentait de la jalouse rivalité qui régna toujours entre Palerme et Messine : ii était évident que cette dernière viiie prendrait le parti opposé à celui de la capitale. Au milieu d'un mécontentement unanime, l'opinion était si peu formée, qu'on laissait à Palerme f option du parti qu'elle voudrait suivre , par cela même qu'on était plus décidé à prendre la couleur contraire. Enfin le malaise était général ; la crise devenait imminente , inévitable : mais je n'ai pas vu deux villages qui désirassent la même chose.

Avant de quitter cette Sicile qui conserve , ce me semble , trop peu de souvenir de ce qu'elle fut, pour pouvoir devenir de long-temps ce qu'elle devrait être , je crois à propos de dire un mot du caractère sicilien , quoique je craigne , à la vérité, d'être démenti par les événemens qui viennent de désoler cette île. La conduite héroïque des Grecs m'a suffisamment prouvé que je n'ai pas reçu le don de prophétie : aussi suis-je

plus éloigné que jamais de croire à f infaillibilité de mes jugemens.

II est bien difficile de saisir les nuances , de connaître les goûts , de deviner les penchans des différentes classes qui constituent une population. On éprouve, en voulant parler d'un pays , l'anxiété de ne montrer que le beau côté de ses mœurs, de son esprit public , ou de s'abandonner à des impressions qui lui seraient complètement défavorables ; on redoute. le danger de renouveler à contre-temps des plaintes répétées tant de fois contre les prêtres et les classes privilégiées , que cet inconvénient seul commanderait le silence à leur égard.

Un voyageur a parlé récemment avec chagrin de tout ce qu'on rencontre dans ce pays , et voudrait tout changer d'un coup de baguette. II n'est pas douteux- qu'il n'y ait de grands abus en Sicile ; mais ce pays deviendrait-il le plus heureux de la terre , si , pour obéir à l'humeur d'un étranger mécontent, il échangeait tout-à-coup ses prêtres, ses maisons religieuses, ses barons, contre des chemins , des auberges et de nombreux journaux? Ce qu'il est permis de désirer, c'est que le pouvoir et l'expérience , en se réu-

nissant pour éclairer graduellement ce peuple sur ses véritables intérêts , s'occupent davantage en Sicile du sort de Thomme , que ia misère y soit soulagée avec plus d'ordre , que Fhumanité préside à l'administration des hôpitaux y et qu'une justice éclairée veiiie enfin à la salubrité des prisons et des bagnes.

Ce voyageur a-t-il eu le temps d'étudier les causes de ce qui le choque si crueUement, d'apprécier l'influence du climat , celle de la religion et de Féducation sur les mœurs siciliennes ? At-il pu remonter à la source de la rivalité des provinces , de la haine qui divise les villes ? A-t-il consulté sans prévention l'ascendant des prêtres, Forgueil des nobles, Fégoïsme des négocians, l'ignorance et les préjugés du cultivateur , enfin tout ce qu'il signale sous des couleurs si sombres et si décourageantes? Je ne dirai donc que ce qui m'a fi*appé dans les traits principaux du caractère des Siciliens. Le premier, le plus honorable sans doute, est leur amour pour leur pays. L'attachement pour le sol qui les vit naître, ranima toujours leur courage après les nombreux désastres doiit ils fiirent victimes. Ce sentiment leur donne la force de vaincre tous les obstacles ;

218 SOUVJENIRS

il féconde la lave , fertilise ia cendre , élève une ville sur les ruines de ceile qui vient d'être engloutie. Le Sicilien agité par une passion person» nelle , ou entraîné dans le mouvement d'une vengeance nationale , devient sombre , terrible , inexorable. Ce n'est plus cet homme qui , pour quelques baïoques , prévenait vos desifs , se soumettait à vos moindres caprices; c'est un tigre altéré de carnage. La soif de Findépendance brûle son sang , et la haine de l'étranger devient sa pensée dominante : tel fut le Sicilien au massacre des Vêpres ; tel il ^st encore aujourd'hui, superstitieux, indiscipliné, méfiant, indomptable. Son patriotisme bien dirigé peut le rendre capable des plus grandes choses. H est , de tous les peuples de l'Italie , celui qui supporterait le plus impatiemment le joug de Fétranger. C'est sur-tout à lui que s'applique le beau vers d' Alfierj :

Schiavi siam si , ma schiavi ognor frementi.

Le caractère napolitain est complètement différent ; il est permis de croire qu'une lutte à forces égales entre ces deux peuples serait avantageuse aux Siciliens. Les plus lourdes chaînes

n'arrêteront jamais la gaieté napolitaine. Ce peuple léger se contenterait de chanter sa servitude et de se moquer de ses maîtres. Le Sicilien, au contraire, sait endurer la faim, la soif ; ii nourrit long-temps le projet d*une vengeance éloignée : mais cet insulaire ne tra- .hira jamais l'hospitalité , ni le souvenir d'un bienfait. *

L'époque du Bas^Empire , qui détrôna Rome et dégrada les autres peuples de Fltalie , vint arracher les Siciliens à toutes les habitudes de la mollesse et de l'esclavage. Rajeunis , retrempés par des guerres continuelles , ils apprirent sous des rois chevaliers à aimer , à défendre leur patrie. Les Siciliens s'élevèrent alors jusqu'à cette puissance d'aversion contre la domination étrangère , qui les rendit capables d'exécuter ces Vêpres , action tout antique , quelque blâmable qu'elle puisse être. Enfin on ne saurait refuser à ces deux peuples voisins , les Napolitains et les Siciliens , les dons précieux du génie , l'esprit, le goût, la finesse; mais une sorte de fierté sauvage , élevée , rendra toujours le Sicilien plus capable de grands crimes, de hautes découvertes, de nobles écrits et d'actions héroïques.

J appris sur ces entrefaites que toute la Calabre était en rumeur ; et , craignant que des troubles plus sérieux ne rendissent ma retraite difficile et peut-être impossible , je m'embarquai à Messine pour Naples , sur un brig qui faisait le service de paquebot. L'impétuosité du courant contraria beaucoup notre sortie du détroit, et ce n'est qu'après avoir fait les plus grandsrefForts que nous pûmes doubler le phare. Un vent neutre s'éleva pendant la nuit , et nous courûmes des bordées avec assez de succès jusqu'aux environs de Policastro en Calabre. Le temps devint alors tout-à-fait opposé , la mer fort orageuse ; une trombe passa près du bâtiment , et , pour n'être pas jeté sur la côte de Calabre, on se laissa ramener à Milazzo en Sicile. Aussi ne pensâmesnous plus à visiter Hipponium ,. cette colonie de Locres, et Vibo Valentia , toutes deux l'orgueil du rivage de la Calabre, toutes deux célèbres par leurs prairies émaillées de fleurs. On ne s'occupa guère plus de Portas Hercu- Us, fondé par les Phocéens sur cette même côte. Le vent se calma ; nous fîmes trente milles vers Naples : mais à peine étions-nous en vue de Stromboli , que les orages recommencèrent et

nous secouèrent avec une horrible violence pendant trois jours. Les nuits étaient affreuses ; le tonnerre , les éclairs , venaient jeter Fépouvante parmi les passagers. Cinquante femmes , des enfans , des vieillards , poussaient des cris déchirans. Un prêtre leur montrait le crucifix , les exhortait , les bénissait. Les fureurs d'un jeune homme qui devint fou , portèrent le désordre à son comble. On injuriait le capitaine. Enfin, n'entendant plus que des blasphèmes et des litanies , nous entrâmes dans le golfe de Policastro en Calabre, le sinus Laus des anciens. C'est entre ce golfe et celui de Pœstum , que se trouve le cap Paiemiro , autrefois Palinure :

^temumque iocus Palinuri nomen habebit.

( Virg. uEneïd. lilw vi, v. 38 1 . )

Nous avions pris pratique au port de Scarrio. Plusieurs petits villages sont placés sur ies bords de la mer : tels sont Capitello , Sibonati et Marathée ; quelques-uns , et sur-tout la petite ville de Policastro , offrent encore des marques de !a sévérité avec laquelle ils furent traités sous le gouvernement de Joachim, qui leur avait pardonné plusieurs révoltes successives. Jamais population plus farouche n'habita une

contrée plus délicieuse. Des bois d'oliviers, d'amandiers, arrivent jusqu'à ia mer; des ruisseaux charmans descendent des montagnes. La végétation couvre un amphithéâtre de coteaux , où Ton vit jadis la délicieuse Terina, colonie de .Crotone; Annibal la détruisit d'abord, et les Sarrasins Teffacèrent ensuite entièrem.ent de ce rivage. Des forêts épaisses montent par gradation jusqu'aux cimes de la montagne de Volgaria, une des plus hautes de la Calabre. -Quelques villages, perchés comme les nids de l'oiseau de proie, sont attachés, suspendus à des rochers perpendiculaires. Des muiets nous firent franchir le chemin qui sépare Policastro delà Sala, et, après avoir été bien mal couchés, plus mal nourris, nous atteignîmes enfin la plaine où fut la riche Pœstum. Elle était située à cinquante stades du fleuve Silarus, dont nous avions quitté les bords , et du temple de Junon Argive. Nous venions de chercher Velia, fille de Phocée, patrie de Parménide et de Zenon. On pourrait aussi trouver près de ce lieu Buxentum , Tagianum , Grumentum; on n'y voit que Clampetia^ aujourd'hui Amantea Temesa. Pœstum, fondée originairement par les Doriens, occupée plus

tard par les. Sybarites, fut nommée Postdonia en l'honneur de Neptune. L'an 480 de Rome , elle reçut avec une colonie de cette ville le nom de Pœstufn. La barbarie des Sarrasins la laissa au X.® siècle dans l'état où la trouvent les voyageurs qui vont visiter ces tempies si connus. Les habitans de Pœstum sont jaunes , malades , méchans. Pourquoi l'homme est-il sombre et pauvre , lorsque la nature lui prodigue tous ses trésors? Pourquoi les épines envahissent- elles ces champs, jadis séparés par des rosiers qui se couvraient de fleurs deux fois par année ?

Biferique rosaria Paesti.

(Virg. Georg. ïib. iv, v. 119^.)

Je retrouvai avec un vif plaisir un grand chemin et des traces de roues ; je n'avais rien vu de semblable en Sicile. Salerne me parut la viile la plus recherchée ; ses délices m'y retinrent deux jours : elle était alors très-agitée , et partagée entre le mouvement révolutionnaire et f éclat de ses processions. On faisait hommage à la S.** Vierge des couleurs des carhonariy dont le costume et l'appareil menaçant attristaient ce beau paysage. Je n'en rencontrai pas moins sur la route de la Cava deux cents pénitens portant

en procession une statue de Saint<Jean-Baptiste , dorée , couverte de pierres précieuses , et saluée par tous les mousquets , les boites et les pétards des Calabrois.

Arrivé à Napies , je termine ici la tâche que je m étais prescrite. L'abbé Minichini et le lieutenant Morelii y entraient à peu près en même temps que moi , à la tête des bandes armées de la Capitanate et des autres provinces voisines. Les flatteurs de ce peuple lui persuadaient que le moment était venu de conquérir sa liberté. Toute cette population , qui ne se plaignait de rien , voulait seulement qu'on lui expliquât pourquoi elle était si bien.

Fort, sans doute, de ses bonnes intentions, le gouvernement ne pouvait croire au mécontentement ; ii laissa s'endormir le soupçon , cette vie , ce triste appui du pouvoir absolu , et ne fut réveillé que par la défection de ses troupes et les cris de l'insurrection.

On a prétendu que Fimpôt foncier qui pesait sur le royaume de Napies , n'était pas dans un juste rapport avec le bas prix des denrées : les taxes teiritoriales augmentaient à mesure que les grains diminuaient de valeur. Armé de ce

prétexte spécieux , c'est dans le désordre qu'on chercha le remède au mal. Peut-être n'eût-on pas eu de peine à obtenir une répartition plus juste et une perception plus facile de l'impôt , si la saine partie des habitans avait employé ses lumières à réclamer le redressement des torts , et son énergie à repousser le secours de la malveillance.

II est pourtant vrai de dire . que cette révolution s'exécutait à Naples d'une manière plus calme qu'on ne pourrait Fimaginer. L'extrême chaleur de la saison s'opposait à l'excès du trouble. Le désordre, quand il eut lieu, fut l'effet des précautions , d'ailleurs inutiles , que l'on prit contre la population pauvre, qui ne comprenait rien à tout ce qui se faisait ; elle ne saisissait pas le motif de ce changement : tout cela se passait en nuances pour elle ; et à Naples , comme ailleurs , il faut à la multitude , des faits , des résistances visibles. Encore une fois , ces différences dans les mots, dans les formules , ne regardaient pas les lazzaroni; ils demeurèrent tranquilles , parce que la glace et le pain ne leur manquèrent jamais. Tout le reste disait : Bisogna imitare la Spania\^i\ faut imiter l'Espagne]. Le

temps seul pouira nous apprendre jusqu'à quel point cette imitation pouvait être exacte.

âuand des événemens qui sont du domaine de l'histoire , se passent ainsi sous vos yeux, vous vous demandez pourquoi ils n'ofirent pas, pour le moment même , un intérêt plus dramatique.

La curiosité, vivement excitée, ne sait comment se satisfaire ; elle voudrait connaître les chefs, deviner leurs projets, démêler les obstacles, suivre les fils de toutes les intrigues : mais une foule de détails brouillent ce tableau ; le mouvement de la journée fatigue sans instruire ; tout prouve enfin que ce genre de spectacle veut être vu de plus loin et jugé plus tard.

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