‹ Souvenirs de la SicileChapitre 21 sur 33 · EN · texte numérisé non relu

EN

Aja révolte éclatait en Sicile, au moment oà je quittais Messine. Avant de parler de cet événement, il est indispensable de remonter plus haut et d'indiquer des faits qui peuvent en avoir été la cause ou le prétexte. Jy joindrai un aperçu de la population de la Sicile , ainsi que de l'état du clergé et de son influence sur les barons et sur le peuple.

D'après le dernier recensement , fait en 1 8 1 2 , la population de la Sicile s'éleviatit à Uii 'mfflion tiuit cent mille âmes environ ; et fes impôts , outré les communaux , selon lè dernier parlement de, 1815 , étaient évalués à là sommé de •5,700,000 ducats napolitains^ • tlii ancien préjugé fort accrédité a fait ^croire long-temps que le roi Roger avait partagé la Sicile en trois portions égales , dont il avait assigné la première au clergé , connu soUs le nom

de braccio ecclesiastico , classe ecclésiastique ; la seconde à la noblesse , braccio militare ou baronale , classe militaire ou seigneuriale ; et la troisième à lui-même. Cette prétendue division , contraire à tout principe de société , n'exista jamais en Sicile. Trois ou quatre couvens , les Bénédictins de Catane , de Monréale , de Saint- Martin , possédaient des revenus considérables ; le reste du clergé était à peine au-dessus du besoin. Les évêques de Monréale, de Palerme, de Catane , les chapitres de Catane , de Girgenti et quelques abbayes, jouissaient seuls des richesses de cet ordre. Le roi actuel réunit à la couronne l'évêché de Monréale , qui avait 90,000 écus de Sicile de rente , et il assigna à cet évéque un revenu de 8000 piastres. Il donna au prince Léopold Fabbaye de la Magione , qui rend environ 60,000 écus. Les autres biens du clergé ont été grevés d'un droit de dix pour cent.

On peut croire qu'il y a dans ce moment en Sicile quinze mille prêtres, moines , religieux , &c. Les couvens de femmes y sont en si grand nombre, qu'on ne craint pas d'affirmer que ces monastères renferment environ douze mille religieuses.

Le roi de Naples s'est réfugié deux fois ea Sicile, en 1799 et en 1806. Son premier séjour fut de quelques mois seulement ; et ie second , de dix années environ. La Sicile fut nioins enrichie la seconde fois par la présence de la cour que par celie des Anglais , qui laissèrent beaucoup d'argent dans cette île. Le roi y dépensait forcément une partie des subsides qui lui étaient payés par TAngleterre, et qui s'élevaient ators à la somme de 120,000 livres sterling. Le commerce et l'agriculture prirent un grand essor , les fermiers s'enrichirent , et la valeur des terres fut presque doublée.

La Sicile , livrée à elle-même depuis la paix , éprouve les embarras et la détresse qui la menacent depuis 1750. A présent, la concurrence des blés d'Odessa est entièrement au désavantage de cette île , ainsi que la balance commerciale. Quelques étrangers y forment de grands établissemens ; mais ces établissemens ne sont avantageux que pour les entrepreneurs, qui vont dépenser ailleurs des profits considérables. Le peuple cultive pour les autres , et cultive mal. L'absence totale de grandes routes rend l'intérieur du pays peu sûr , et le commerce impos-

sible. Les Siciliens ont déjà payé cinq fois le capital nécessaire pour établir par-tout des chemins aussi beaux que ceux dont on leur a montré quelques échantillons aux environs de Palerme et sur quelques points de Tile.

La Sicile avait, sous ia domination aragonaise, un parlement qui, dans le siècle dernier, se rassemblait trois fois par an. Ce parlement , composé de trois ordres , le clergé , la noblesse , et le braccio domaniale [classe des hommes du domaine] , était, en définitive, soumis à la volonté du roi ; mais il avait conservé , avec le droit de remontrance, celui de voter ou de consentir, enfin de répartir Fimpôt. La noblesse et le clergé faisaient peser cet impôt sur le peuple ; mais les mandataires de celui-ci profitaient des besoins pressans des barons pour stipuler ses intérêts et obtenir des concessions avantageuses aux communes.

Le parlement sicilien , comme on vient de le voir , était la réunion de trois chambres , la chambre militaire , la chambre ecclésiastique et la chambre domaniale.

La chambre militaire se composait des anciens conimilitones , ou grands barons et vassaux

de la couronne : on y avait joint succeissivement tous les propriétaires qui pouvaient fonder sur leurs terres un bourg de quarante feux. Le même individu avait une ou plusieurs voi^ , selon qu'il possédait un ou plusieurs bourgs de quarante feux. Les prérogatives attachées à la qualité de membre de la chambre militaire étaient transmises héréditairement de mâle en^ mâle par ordre de primogéniture.

La chambre ecclésiastique comprenait tous les évéques , prélats et abbés commendataires : la suppression de Temploi entraînait celle du droit de prendre séance dans cette chambre.

La troisième chambre était formée de tous . les fondés de pouvoir des villes incorporées et terres domaniales : les délégués étaient élus par le sénat ou conseil municipal de chaque bourg.

En 1810, la reine, qui avait la prépondérance dans le conseil , ayant besoin d'argent pour faire la guerre aux Français , alors maîtres de Naples , voulut , malgré le parlement , exiger un nouvel impôt d'un pour cent sur chaque objet de commerce [ogni contrattazione ] . On a cru que cette idée avait été suggérée à la reine par le chevalier Medici. Le parlement s'en plaignit

hautement : le roi menaça; le parlement refusa l'impôt et fîit soutenu par la nation. La cour exila cinq des principaux barons , les princes d'Iaci ) de Villafranca , de Belmonte , de Castelnuovo , et le duc d'Angio. Cet acte d'autorité porta le parlement à réclamer l'intervention anglaise. Sir William Bentinck , commissaire britannique , vint en Sicile , et fut nommé par le roi généralissime du royaume ; il délivra les cinq barons , en composa un ministère ^ et , sous la protection britannique, il convoqua, en 1812, un nouveau parlement, divisé , comme enÂngieten'e , en chambre haute et en chambre des communes. Le roi et la reine , retirés à leur maison de la Ficuzza , nommèrent le prince héréditaire vicaire du royaume , et approuvèrent la nouvelle constitution : mais , malgré les prières et les menaces de sir William Bentinck , le roi repoussa avec beaucoup de fermeté la proposition qu'on lui fit d'abdiquer. Cependant la constitution était exécutée, et la Sicile jouissait , sous la garantie de l'Angleterre , d'un ordre de choses obtenu sans effusion de sang et sans commotion violente»

On a pu croire que la reine , outrée de la conduite des Anglais, négociait secrètement avec

la France ; mais il serait impossible d'apporter la moindre preuve de ce fait. A peine cette princesse se fut-elle rendue à Vienne par Constantinople , que Medîci et Ascoli furent exilés par les Anglais , et le roi , pour ainsi dire , re* tenu et surveillé par eux à la Ficuzza.

Les choses changèrent bientôt de face; la chute de Napoléon amena de nouvelles combinaisons politiques. Le roi se hâta d'en profiter , ressaisit le pouvoir , sanctionna la constitution de 1812, et le prince royal se démit de la régence. L'époque des cent jours, le traité de Paris , le renversement de Joachim , remirent le roi sur ie trône de Naples. Avant son départ pour cette ville , et après avoir obtenu un don gratuit de 100,000 onces, il cassa le parlement qui venait de le voter, et annulla la constitution par un décret rendu à Messine , à bord du bâtiment qui devait le transporter à Naples.

Les Siciliens protestèrent et en appelèrent vainement à la garantie de l'Angleterre , qui les abandonna en blâmant et désavouant un peu tard la conduite de sir William Bentinck. Le 8 décembre 1816 , le roi prit le titre de Ferdinand I.*', et déclara la Sicile province du

royaume de Napies ; cette iie perdit sJors ses privilèges, ses lois, son antique bannière. On appropria le moins mal possible le code Napoléon aux habitudes siciliennes , et ce pays fut soumis pour la première fois à la conscription , et aux impôts du timbre et de Fenregistrement.

On ne peut douter que ces mesures n'aient aigri le peuple et augmenté la haine des Sici* liens contre la domination napolitaine. La misère , suite de Fencombrement des denrées , vint encore ajouter au mécontentement général. On peut donc en quelque sorte excuser la sédition qui éclata en Sicile , et dont ie signal fut donné par le royaume de Napies, à la prospérité duquel cette lie avait pu se croire sacrifiée. Les Siciliens virent leurs efforts oubliés et leur fidélité méconnue ; il fut assez facile de leur persuader que le silence et la soumission ne pouvaient qu'empirer leur condition. Ce peuple ardent, exaspéré, se trouvait ainsi placé entre la misère et la révolte.

Les premiers troubles éclatèrent dans la ville de San- Cataido , où les registres de la carta bollata (a) avaient été brûlés par le peuple. A

(a) Papier timbre.

Girgenti et à Calta Nisetta , les conscrits furent arrachés des mains des soldats. La Bagarjia, près de la capitale , devint le théâtre des scènes les plus sanglantes entre ie peuple et les troupes napolitaines. Ainsi tout faisait prévoir que, dans Fétat de fermentation où étaient les esprits à Païerme et dans le reste du royaume , la plus petite étincelle produirait un grand embrasement. Telle était la situation de la Sicile le 1 .*^' juillet

Cependant la révolte de Naples éclata le 2 du 'même mois : quelques troupes qui désertèrent sur le monte Forte , se réunirent aux carbonari des deux, provinces de Salerne et d'Avellino. Bientôt cette force armée prit un teï accroissement , que , le 6 juillet , ie roi se vit contraint d'octroyer la constitution d'Espagne. Le nouveau gouvernement provisoire de Naples, soit indécision, soit imprévoyance, soit enfin habitude de considérer la Sicile comme une dépendance nécessaire de ce royaume , n'expédia personne, ne donna aucun avis à Palerme de tout ce qui était survenu à Naples , et la révolte y fut ignorée jusqu'au 15 juillet. Vers le milieu de cette journée, un petit bâtiment anglais fit

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connaître à Païenne le changement opéré dans la monarchie, et jusqu'aux couleurs de la rébellion. Cette nouvelle fut reçue et connue au milieu du mouvement ocasionné par la foule réunie pour célébrer la fête de Sainte-Rosalie. Quatre cents soldats du régiment des gardes se précipitèrent sur le Cassero , portant les couleurs des carbonari; le peuple se réunit à eux en poussant les cris de Vive le roi consHtuUannel , et tout se passait avec une sorte d'unanimité et de modération. Le soir du 15 , le général Church , Anglais au service de Naples , indigné de l'indiscipline des troupes , rencontre un soldat avec le ruban des carbonari; il le lui arrache, et lui ordonne de se rendre aux arrêts. Ses camarades se réunissent , et veulent s'emparer de Church ; il prend la fiiite , et le général Coglitore reçoit une blessure au bras en sauvant cet officier de la fureur populaire. Le général Church parvint à se rendre chez le lieutenant général Naselli, qui facilita son évasion. Le peuple, voulant venger l'insulte faite au soldat , se porte à la maison de Church, s'empare de ses meubles, et les brûle sur la place publique avec un désin^ téressement remarquable. Le 16 juillet , le même

peuple brûle également le mobilier de la maison des jeux publics et celui du ministre Ferrerî , depuis long-temps suspect à la nation sicilienne. Tout avait été calme jusqu'à midi. Les Palermitains apprirent alors que les troupes se réunissaient dans les casernes avec des intentions hostiles. Qn se porte chez ie lieutenant général pour connaître ies ordres qu il a donnés. Naselli se trouble et craint pour sa personne ; le peuple lui demandant des armes, il cède et livré l'arsenal de Castel-a-mare. Les citoyens s'armèrent et sortirent sans commettre aucun excès. Cependant un régiment de cavalerie , dont un Sicilien , le prince de Campofranco , était colonel , se trouvait rangé en bataille vers ia porte Felice. On ignore de qui cet officier supérieur avait reçu l'ordre de charger le peuple dans ïa rue du Cassero. Le colonel dit , pour sa défense , que , trois cents insurgés étant venus de la Bagaria pour ouvrir les prisons et délivrer les forçats , il avait cru devoir remédier à ce désordre en 'opérant une puissante diversion. D'autres personnes. assurèrent que l'ordre venait de Naselli lui-même. Ce régiment tua ou biessa deux à trois cents personnes ; mais il fut détruit en partie , soit par ia

populace qui débouchait des rues adjacentes, soit par les citoyens qui , des fenêtres et des bal* cons y tiraient sur les soldats. Enfin la garnison et le reste de ce régiment furent contraints de se réfugier à la Bagaria. Naselli voulut s'embarquer sur ie paquebot qui était en rade , protégé par le château , et sur lequel , cinq jours auparavant , il avait fait transporter une partie de son mobilier. Ce projet fut exécuté , et le gouverneur , abandonnant son poste , revint à Naples.

Le peuple , après s'être rendu maître du château, cherchait, dans la journée du 17, le prince de la Cattolica , qui avait fait tirer sur ia foule ; on l'atteignit à la Bagaria , et il y fut tué. Le princç d'Iaci et l'officier Lanza subirent le même sort , parce qu'ils étaient parvenus à faire enclouer deux canons que les révoltés traînaient après eux. Il est triste d'être obligé de dire qu'on vit dans les rangs de la plus vile populace , et à côté des forçats, des nobles, des prêtres et jusqu'à des religieuses qui prenaient part à la sédition. Le 18 juillet, les troupes furent désarmées, les soldats consignés , et les officiers mis dans une maison à part; ils y furent noums aux dépeqs du public. Cependant, par une sorte de justice

qui ne désignait que les chefs à la vengeance populaire, les Napolitains ou les étrangers n'eurent à craindre ni pour leurs biens , ni pour leur personne; et, après cinq ou six jours de détention, ils furent libres de retourner dans leur patrie avec leurs familles et ieurs efFet9. Une junte de gou« vernement fut élue à Palerme ; elle essaya de rétablir Tordre , et le fit avec assez de succès jusqu'au 28 juillet. Une députation partit de Palerme le 2 août , et se rendit à Naples pour demander au roi f indépendance de la Sicile et renouveler aux pieds du trôtie le serment de fidélité.

A Naples , cependant , on nourrissait la secrète espérance d'opposer ia Sicile à elle - même , en déclarant Messine capitale de cette ile. II est nécessaire de dire que la population de Messine passe pour être entièrement dévouée aux Anglais, et pour avoir été de tout temps jalouse de la prépondérance de Palerme.

Le gouvernement napolitain pensait que les chefs des barons siciliens avaient organisé et dirigé les troubles de Palerme des 16 et 17 juillet; ils furent même hautement accusés d'avoir fait crier Vive la constitution de 18^2, excitant ainsi

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le peuple à redemander la chambre des pairs et celle des communes. On ajoutait que les barons siciliens coloraient leur révolte du prétexte spécieux que le roi avait juré et sanctionné ie maintien de la constitution de 1812, et que l'influence napolitaine leur avait seule arraché ce bienfait.

Quoi qu'il en soit , Téxemple de FEspagne entraîna tous les esprits , et les jeta dans cet abime <Ie maux auxquels la sagesse et la fermeté n'ont encore pu apporter que de bien légers palliatifs. On peut dire , pour la défense des barons siciliens, que leur renonciation aux droits de la pairie suivit immédiatement la nouvelle de l'acceptation de la constitution espagnole. Ainsi la question ne saurait se compliquer par les prétentions de la noblesse, qui ne se sépara jamais du reste de la nation , et qui seconda seulement de tout son pouvoir Fancienne et constante aversion des Siciliens contre les Najpoîitains.

Don Diego Naselli , noble sicilien , alors âgé de soixante ans, était peu propre à gouverner la Sicile dans un moment de révolution. Toute sa conduite porte l'empreinte de la faiblesse et de Firrésolution ; mais il ne mérite pas les

reproches odieux dont il a été Fobjet. Sa plus grande faute, celle qu'on peut regarder comme la cause de tous les événemens qui suivirent, fut d'armer ie peuple : dès-lors aucune barrière rfe put arrêter ce tgrrent impétueux ; et certes Fétat de l'Europe depuis trente ans offrait pourtant à ce gouverneur de grandes et terribles leçons, qui furent perdues pour lui et pour la Sicile.

On aurait sans doute assoupi les premières convulsions de ce mouvement par une grande fermeté et une juste sévérité; peut-être aussi fallait-il mettre plus de franchise et de promptitude dans la communication des nouvelles de Naples. Telle fut enfin la révolution de Palerme, dont l'explosion fut déterminée et rendue plus terrible par l'ignorance du peuple et le silence timide du gouvernement.

Terminons ce précis des événemens dont la Sicile a été le théâtre. Le prince, de Villafranca arriva de Naples à Palerme lé 24 juillet. Il fut porté en triomphe par le peuple , et immédiatement investi de la présidence de la junte. On refusa l'entrée du port à deux frégates napolitaines et à deux brigantins qui sollicitaient la liberté des

soldats napolitains emprisonnés depuis les 16 et 17 juillet. Cette réclamation lîit repoussée. La [unte de Palerme adressa une circulaire à toutes les municipalités siciliennes. Messine, toujours rivale de Palerme , restait unie aux intérêts napolitains. L'opposition de Calta Nisetta fut punie par les Palermitains de la manière la plus cruelle. Les villes de Cefalu, Bisacquino, Carini, CdtaGirone, Ficarra, Aidone, Licata, Marsalla, Traina, Mistretto, s'empressèrent de nommer des représentans à la junte palermitaine. Cette junte j investie de l'autorité nationsde , cdtastitua la force militaire, recueillit les dons patriotiques, et chercha à établir une sorte de régularité dans la perception des impôts. Elle épura les autorités , enrôla les citoyens , et déclara que tous les employés faisaient partie de la force militaire.

Pendant que tout se passait ainsi en Sicile, la députation envoyée à Naples y recevait une réponse propre à calmer les esprits, et le prince vicaire général choisit bientôt don Florestan Pépé pour traiter avec la jtinte palermitaine. La députation, revenue de Naples à Palerme le 8 septembre , annonça aux Siciliens que

l'indépendance de i'île serait accordée par Sa Majesté napolitaine, pourvu qu'il fût prouvé que cette indépendance était le vœu de la majeure partie de la population. Ainsi le roi de Naples aurait gouverné deux peuples indépendans l'un de l'autre et régis par des constitutions différentes.

Le général Pépé débarque à Milazzo, le 15 septembre , à la tête de quatre mille hommes environ; il refuse de traiter avec huit députés de la junte, et manifeste f intention de marcher immédiatement sur Palerme. Cette ville se prépare à soutenir un siège. Les gens sages sentaient tout le danger de confier la défense d'une capitale à une populace plus disposée au pillage qu'au combat. Le président de la junte et sept autres membres partent pour Termini, et veulent régler avec Pépé les conditions d'une capitulation. Une tempête violente empêcha la députation de retourner par mer à Palerme et de faire connaître à cette ville les termes du traité. Le peuple de Palerme s'assembla tumultueusement, et l'approche des troup^ du général Pépé fut regardée comme une trahison de la junte , soupçonnée de vouloir livrer tous les

chefs et les fauteurs des événemens des 16 et 17 juillet. Bientôt tous les postes de fa garde civique furent assaillis , Tautorité de {a junte fut entièrement méconnue , le palais de Villafranca forcé et pillé.

L'arrivée des troupes de Pépé aux portes de Palerme contraignit ces bandes indisciplinées à ne plus songer qu'à leur défense : elles se portèrent avec violence contre les troupes napolitaines, les attaquèrent sur tous les points, et obligèrent Pépé de reculer jusqu'aux eaux du Corsaire*. La flotte de Naples n'avait pu venir au secours de son armée de terre , parce que la forteresse et les barques canonnières de Palerme firent sur elle pendant quatre jours un feu continuel , si bien soutenu , qu'elle fut obligée de s'éloigner de la côte.

La position de Pépé devenait d'autant plus critique , que les attaques des Palermitains étaient appuyées par les mouvemens des petites villes voisi^ies , qui ne cessaient de harceler ses troupes pçndatit la nuit. Un renfort de mille hommes qw Ijiî venait de Trapani , fut mis en déroute à Monréale. Ces revers engagèrent le général napolitain à envoyer des parlementaires

à Païenne. Le major Cianciulii , chargé de cette mission , trouva cette ville livrée à la plus horrible anarchie. Le prince de Paterno , fort aimé des Siciliens , prit dès ce moment sur iui la direction des affaires. Après plusieurs conférences, un traité signé à bord de la goélette anglaise the Razor rendit le général Pépé maître de la ville , et garantit aux Siciliens Texécutioa de plusimirs conditions stipulées dans les limites de ses pleins pouvoirs. Paleftne ouvrit ses portes ; Pépé occupa les forts , plaça le prhice de Paterno à la tête d'une junte pro^|^^ , consolida l'ordre public dans la ville «Odans les vallées voisines , désarma le>peuple , et nomma ^ le général Campana gouverneur de Pderme.

Dès que le parlement de Naples fut instruit de cet événement , il déclara nulle et non avenue la convention militaire que le général Pépé et le prince de Paterno venaient de faire entre eux. L'annuUation du traité porta le mécontentement de la Sicile à son comi:

rappelé , et le parlement par le général Coletta :

lerme avec un nouveau prit les mesui-es les plu;

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les classes de citoyeas. Beaucoup de propriétés furent séquestrées, et Timposition d'une contribution de 90,000 onces réduisit la Sicile au désespoir.

Le parlement napolitain déclara Messine capitaJe de la Sicile ; mais cette mesure ne fît qu'exdter davantage Fesprit d'opposition et de rivalité qui existait entre Messine, CataneetGirgenti , d'une part , et Palerme et tout le reste de la Sicile ', fie l'autre. Le désordre augmentait av^p la faiblesse et Tincertîtude du gouvernement napolitaJHTvMis hors de la loi des nations par le congrès'4^.Laybach, préparant avec activité la défense de son territoire , le pai^ement napolitain abandonna la Sicile à ses propres fureurs. ' L'anarchie était à son comble dans cette belle contrée, lorsque les Autrichiens s'emparèrent de NaplA, occupèrent le royaume , et, sous la conduite du génénd Walmoden , débarquèrent à Païenne, le 31 mai 1821, au nombre dç six onde expédition autrisine, fut disséminée sur icile.

au désordre, et formées à la faveur des derniers

SURVENUS EN SICILE EN ISSO. 247 troubles , sont parvenus à rompre leurs chaînes et à s'échapper des bagnes où ils étaient renfermés, se sont réfugiées dans les parties les plus désertes du pays : on poursuit ces brigands ; mais une fuite précipitée les transporte loin de l'endroit où l'on croyait les atteindre , et ils reparaissent sur un autre point. Il n'existe aucune sûreté intérieure en Sicile , et tout y est provisoire. Cependant un décret du roi de Naples rétablit le siège du gouvernement à Palerme, Un conseil suprême doit régir ce pays; il ne règne jusqu'à présent que sur des haines , sur des cendres, enfin sur une misère générale et profonde.

(1) Page 19, Il arriva dans ce genre une singulière méprise. Meiboom le iîls , ayant lu dans un itinéraire d'Italie nouvellement publié , Petroniu» Bononiœ integer asservatur , ipsumque ego mets oculis non sine admtratione vidi , crut que fon venait de découvrir à Bologne un manuscrit entier et complet de la fameuse satire de Pétrone, et il partit de Lubeck pour voir cette merveille sur le lieu. Arrivé à Bologne, il va chez un antiquaire, le livre à la main , et lui demande si le feit qui s'y trouve an-, nonce est véritable. L'antiquaire te lui confirme , et le conduit à l'église de Saint-Pétrone , dont le sa* cristain , mandé pour cela , lui fait voir le Petronium integrum, c'est-à-dire , le corps du saint évéque conservé en entier.

(2) Pt^e S9. Les médaines de Tyndare représentent ordinairement :

une, — A. Léda et le cygne.

~R. Vénus en pied, avec f

ou de Cérès. — R. Deux ( es ou d'épis.

(3) Page 33. Les médaifles de Païenne / lantique Panorme, représentent ordinairement :

La tête de Minerve, ou celle de Cîérès, couronnée d épis. — R. Trois jambes, au milieu desquelles se trouve une tête de Méduse, et des épis de blé alentour ; ce qui est le symbole de la Trinacrie ou Sicile.

Une tête de Jupiter. — R, Mars en pied.

La tête d'Auguste. — R. La Victoire , ou une divi» nité quelconque. Ces dernières ont souvent lexergue en lettres grecques.

Quèlquefr-unes représentent soit Jupiter ou Apollon, soit Jules-César, Méteiïus ou un autre consid romain , soit un aigle avec une tête au revers»

Celles qui furent frappées par les Carthaginois, lorsqu'ils étaient maîtres de Païenne, sont plus estimées que les précédentes. Voici la description du plus grand nombre :

Un palmier, emblème de la Phénicie, mère-patrie des Carthaginois. — A. Une tête de cheval et des caractères puniques.

D'autres médailles ont pour effigie une tête de femme avec des poissons alentour. — R, Un quadrige ou une tête de cheval avec un palmier.

On voit sur d'autres la tête de Cérè», et au revers un bœuf, ou P^ase, ou un palmier.

(4) Page 36. Les médailles SHyccara sont rares :

elles représentent ordinairement une tête d'homme barbu ; et le revers /un chien.

(5) Page 63. Le portique du temple de Ségeste forme un parailélognimme rectangle ^ et a cent soixante-quinze pieds de long sur soixante -treize de large; chaque colonne a vingt-huit pieds et un pouce de hauteur y six pieds deux pouces de diamètre inférieur ; et le diamètre supérieur se réduit à cinq pieds deux pouces. L entre-colonnement varie de six pieds six pouces à sept pieds deux pouces; mais, entre les deux colonnes d'entrée, il est de sept pieds six pouces. Le nombre des pièces composant chaque colonne est de dix, onze ou douze assises. Les corniches ont douze pieds six pouces chacune : la frise a trois pieds un pouce six lignes de hauteur, et celle de tout lentablement est de dix pieds huit pouces ; mais les moulures ont peu de relief, et le fronton est très-surbaissé. Le temple a cinquante-six pieds d'élévation , y compris les trois degrés.

Les médailles d'Égeste ou Ségeste représentent ordinairement :

Cybèle. — R. Un soldat, ou Énée portant son père sur ses épaule».

Un combat de lutteurs. — R. Un chien.

Hercule tirant de l'arc. — R, Deux hommes levant un sac.

Une tête de héros couronnée du diadème ^ avec fexei^e : É geste. — A. Un chien avec diflférens emblèmes.

Une tête de Minerve. — R. Hercule.

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