LA DIANE DE SÉGESTE
(6) Page 63. Ségeste est une des plus anciennes villes de la Sicile ; et fon fait remonter son origine à Énée j qui ^ s étant sauvé du sac de Troie y en jeta^ dit-on, les fondemens, lorsqu'il venait en Italie. Voilà pourquoi les Ségestàins se croient unis au peuple romain y plus encore par les liens du sang que par ceux de l'alliance et de famitié qu'ils ont entretenues de tout temps avec lui. Cette ville autrefois , dans une guerre qu'elle eut à soutenir en son nom et avec ses seules forces y fut prise et détruite par les Carthaginois y qui transportèrent en Afrique tous les ornemens qui pouvaient embellir la leur. Parmi ces dépouilles était une Diane en bronze , aussi renommée par la perfection du travail que par l'ancienneté de son culte : mais tout se borna pour elle à cet enlèvement ; car, en aHant à Carthage, elle changea seulement de domicile et d'adorateiurs ; et son extrême beauté lui fit retrouver chez un peuple ennemi ce religieux concert d'hommages qu'elle obtenait auparavant. Long-temps après , Carthage elle-même fut prise par le second
Scipion f Africain. Et remarquez ici , Romains , l'attention scrupuleuse du vainqueur y afin que les grands exemples de vertu qu'offre votre histoire , en vous rappelant des souvenirs flatteurs y vous pénètrent d'une juste indignation contre Faudace inconcevable de Taccusé. Sachant que la Sicile avait été souvent ravagée par les Carthaginois , il convoque tous les Siciliens ; il s'engage à faire les plus exactes recherches y et promet à chaque peuple la restitution , s'il y a lieu y de tout ce qui peut lui avoir appartenu. Ce fut alors que Ton rendit aux Thermitains les statues enlevées de la ville d'Himère^ et dont je vous ai paiié. On rendit pareillement à ceux de Grêla et d'Agrigente ce qu'ils avaient perdu. Ceux-ci recouvrèrent, entre autres choses y le Ëuneux taureau de Phalaris , oii ce tyran, le plus cruel qui fut jamais, se plaisait à Ëiire enfermer des hommes vivans , pour les tourmenter par la violence des feux allumés tout autour. On rapporte que Scipion, en le rendant aux Agrigentins, leur dit qu'ils pouvaient juger s'il n'était pas plus avantageux pour eux d'obéir aux Romains que d être esclaves de leurs ccmipatriotes , puisque ce monument attestait tout à-Ia-fois et la cruauté de ces derniers et la douceur de notre empire. . .
A cette même époque, la statue dont il s'agit fut rendue soigneusement aux Ségestains , reportée à Ségeste , et replacée dans son ancien temple, au
milieu des acclamations de toute la vifle et des transports de la joie la plus vive. Le piédestal^ fort élevé ^ retraçait le nom de Scipion y écrit en gros caractères^ avec une inscription C[ui rappelait la prise de Carthage^ comme cause de ce rétablissement. Cette Diane était f objet du culte des habitans et de la curiosité des étrangers. Pendant ma questure en Sicile^ ce fut la première chose qu'on me montra. Elle avait pour costume une robe longue , sur une taille presque colossale , et d'une grosseur proportionnée ; ce qui n'empêchait pas qu'elle n'eût l'air et les traits délicats d'une vierge. Un carquois pendait sur ses épaules; elle tenait un arc de sa main gauche^ et de la droite une torche enflammée. Cet ennemi de toute religion, ce ravisseur des choses sacrées, ne l'eut pas plutôt aperçue, qu'on eût dit que le flambeau de la déesse avait porté le feu dans son ame, tant il est possédé du désir insensé de l'avoir. Il ordonne aux magistrats de la faire descendre de sa base et de la lui donner, ajoutant qu'ils ne pouvaient lui Élire un plus grand plaisir. Us s'y refusent par des considérations tirées de l'énormité d'un tel sacrilège ; d'autant plus que la crainte des lois et des jugemens, non moins que la religion , leur impose la nécessité de lui désobéjr. Point de raisons : il prie, il menace , employant tour à tour les promesses et la crainte. Les Ségestains opposent le nom de Scipion l'Africain, et lui représentent que c'est un présent du peuple
romain ; qu'ils n ont pas le droit de disposer de cette espèce de trophée qu'un illustre général, devenu maître d'une vHIe ennemie , avait voulu laisser à Ségeste comme un monument de cette importante conquête*
Verres , bren loin de se ralentir , devient chaque jour plus pressant : mais sa demande, ayant été soumise au sénat, est suivie d'une réclamation générale; de sorte que, dans ce voyage, le premier qu'il fit à Ségeste , il ne remporta qu'un refus absolu. Depuis cela , dans toutes les répartitions publiques , c'est-à-dire , autant de fois qu'il fut question d'exiger des rameurs, des matelots ou des grains, il ne manquait pas de taxer les Ségestains plus que tous les autres, et même au-delà de leurs forces : de plus , il mandait leurs magistrats ; il retenait auprès de lui les plus honnêtes gens et ies plus qualifiés ; il les traînait dans tous les lieux où il tenait ses assises ; il déclarait à chacun d'eux en particulier qu'il le perdrait ; il ne pariait de rien moins que de ruiner la ville de fond en comble. Enfin les Ségestains, las de tant de persécutions , et craignant des maux plus grands encore , se déterminèrent à céder. En conséquence , au grand déplaisir de tous les habitans, au milieu des pleurs et des lamentations des hommes et des femmes , on^ propose au rab^s le déplacement de la statue de Diane.
Vous jugerez , citoyens , de la sainteté de son culte , en apprenant qu'il ne trouva personne à
Sëgeste, soit homme libre, soit esclave, ou citoyen, ou étranger, qui voulût y porter la main. Sachez qu'on fit venir de Lilybëe quelques barbares, qui, ne soupçonnant rien de cette impiété , s engagèrent pour de f argent à Tôtef de sa base. Figurez -vous le concours prodigieux des femmes , à la vue de ce déplorable spectacle. Concevez les gémissemens des vieillards, dont quelques-uns se souvenaient du jour où cette même Diane, reportée de Carthage à Ségeste, avait annoncé le succès des armes ror*aines. Quel contraste^ A cette époque briflante, un héros, général du peuple romain, rendait aux Ségestains les dieux de leurs pères, qui! avait repris sur les ennemis ; et dans leur vieiiïesse ils voyaient un préteur de ce même peuple, non moins infâme que détestable, ies enlever par le sacrilège le plus horrible. Qui ne sait pas, dans toute la Sicile, que, lors de cette exportation, les femmes et les fiïïes de Ségeste, entourant la statue, répandirent sur eïle des parfums précieux, la couvrirent de fleurs et de guirlandes, brûlèrent de Tencens en son honneur et {accompagnèrent jusqu'aux confins de leur territoire? (Cicéron, Verr.iY, 33.)
(7) Page 64. lï ne sera pas mal d'exposer ici trèssuccinctement l'histoire de cette mémorable vengeance. Charles d'Anjou régnait en Sicile depuis l'an 1 265.
Se^ ministres j ses lieutenans^ ses principaux magistrats^ étaient Français. Charles levait sans cesse de nouveaux impôts; chaque jour des ordonnances tyranniques opprimaient la nation y mortifiée chaque jour aussi par des violences, et sur-tout par des insultes faites aux femmes de toutes les classes. Cet état insupportable dura dix-sept ans. Chaiies, qui était alors à Viterbe, ne tint aucun compte des plaintes que la Sicile entière portait contre Herbert Orillon, vice-roi du pays, Jean de Saint-Remi et Thomas Boussan. Charles se contenta décrire, et rappela vainement ces hommes pervers à des principes plus équitables.
Le pape Nicolas III, ennemi de Charies, chargea son légat d assurer les Siciliens de son appui. Enfin Jean de Procida, homme courageux, ami de ce Mainfroi qui avait perdu la couronne de Sicile et la vie dans une bataille livrée à Charles d'Anjou, conçut le projet de délivrer son pays du joug des Français. Il confia son plan à Alano de Lentini, Pahnerio Abbate, Gautier de CaltaGirone, tous gens influens et dévoués à la maison d'Aragon. Procida est dépéché vers Paléologue ; il arrive à Constantinopie , effraie iempereur d'une guerre que Charles d'Anjou est près de lui susciter. Paléoïogue l'écoute; il entre dans les intérêts des Sicifiens , écrit à Pierre d'Aragon et à Nicolas III. Procida, revenu sans péril à Messine, fait part aux conjurés du succès de cette première entreprise. On
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le charge de la mission honorable /mais toujours hasardeuse^ de porter les lettres de Paléologue à Pierre et à Nicolas III : ce dernier le bénit, et promet d ourdir une trame soudaine et cruelle contre les Français. Mieux reçu encore par le prince aragonais, Procida retourne à Constantinople , et ramène à Barcelone Accardo Latino, homme de confiance de l'empereur, charge d'une grosse somme d'or et qui devait s'entendre avec Pierre d'Aragon sur le plan et les moyens d'exécution de la conspiration. Là fut airété le massacre général des Français en Sicile.
Procida retournait dans cette He lorsqu'il apprit la nouvelle de la mort du pape Nicolas III, qui était l'ame de cette grande entreprise. Procida , atterré , sentit néanmoins qu'il fallait brusquer ce terrible dénouement. La police, peu habile à cette époque, le laissa, dit-on, parcourir les villes de la Sicile , passant pour fou, et, selon quelques historiens, soufflant dans une sorte de tube qu'il appliquait à l'oreille de tout le monde. II avait soin , ajoute-t-on , de ne dire aux Français qu'une bouffonnerie qui les faisait rire , tandis qu'il transmettait aux Siciliens , au nom de Pierre et du saint-siége , l'ordre de massacrer les Français le 30 mars 1282. Quoi qu'il en soit de ce détail , le massacre eut lieu ce jour-là sur tous les points de la Sicile. Huit mille Français en furent victimes : on ne respecta ni l'âge , ni le rang., ni le sexe ; lenfant
fut tué dans le sein de sa mère. Pierre d*Aragon fut reconnu comme iëgitime souverain de ce royaume. L'église du Saint-Esprit à Palerme fut , dit-on , le théâtre des plus odieuses cruautés; et Fazelli, qui écrivait deux cents ans après y affirme qu'on montrait encore de son temps y dans les églises de Saint-Côme et de Saint-Damien à Palerme , des monceaux d ossemens des Français.
(8) Page 65, Les médaîHes d'Éryx représentent ordinairement :
La tète de Vénus. — R, Une colombe.
Une tête de Janus. — R. Une colombe dans une couronne d olivief.
Une tête de vieillard. — il. Une tète de femme.
Une tête de Jupiter couronnée d olivier. — A, La lettre E.
Une tête de héros. — R. Hercule nu.
(9) Page 67. Les médailles de Motya représentent ordinairement :
Une tête de femme , présumée être celle de Didon , autour de laquelle sont placés quatre dauphins. — R, Un jeune homme à cheval.
Une tête de jeune homme. — R, Un chien.
(10) Page 68, Les médailles de Lilybée repré-
sentent ordinairement une tête d'ApoHon , et au revers une lyre ou un trépied.
(il) Page 7S. Les médailles de Sélinonte représentent :
Un sacrifice, ou un serpent allaité par une femme, avec fexergue grec SEAINONTION. — ^ /l. La figure d'un coq ou d un chien, ou des feuilles de persil.
Hercule combattant un taureau. — K, Un homme sacrifiant.
Un jeune homme faisant un sacrifice. — iî. Un bige avec deux hommes.
(12) Page 80, Dédale était d'Athènes, et descendait même du roi Erechthée par son père Métion , petit-fils de ce roi. Toute lantiquité le représente comme étant doué dun grand génie pour les arts, sur-tout pour la sculpture et la mécanique. On lui devait le niveau, lequerre, laplomb, plusieurs autres inventions utiles et des procédés qui facilitaient Texécution dans plusieurs métiers. Ce fut lui qui ,- s éloignant de la forme grossière des premières statues ou représentations humaines , qui étaient droites , à peine ébauchées, et qui n'offraient souvent quun poteau ou une gaine carrée, osa le premier donner des attitudes à ses figures, séparer ou éloigner du corps les bras et les jambes, qui, avant lui, étaient
raides , réunis , probablement comme les anciennes figures ^yptiennes qui avaient servi de modèle aux Grecs dans lenfance de 1 art. L'invention de Dédale iui fit beaucoup d'honneur; et &es statues ^ qui^ quelques, siècles après, étaient regardées comme informes, quoiqu'on y trouvât un certain caractère de grandeur , passèrent de son temps pour des prodiges ; on les disait animées: elles marchaient; et, pour pouvoir être sûr de les conserver lorsqu'on les achetait, on était obligé de ies attacher, afin qu'elles n'abandonnassent pas l'endroit oii ies avait placées leur nouveau propriétaire. H paraît aussi que Dédale se servit du inercure ou vif-argent pour donner du mouvement à ses figures ; c'est du moins l'opinion de quelques auteurs anciens. D'après toutes ces découvertes de Dédale , on n'est pas étonné que son adresse et son habileté aient fait passer dans ia langue grecque son nom comme épithète, pour exprimer tout ce qui était fait avec art , à moins que ce mot n'existât avant ie premier statuaire grec, et qu'il ne fût devenu son nom. On donnait celui de Dédalées aux statues qui remontaient à une époque inconnue ; ii désignait plus particulièrement île grandes figures en bois , faites , disait-on, d'après le modèle de celles de Dédale, et qui servirent dans de grandes fêtes nommées Dédalées , célébrées à Alalcomène près de Platée, les unes tous les ans, et les autres tous les soixante ans, en l'hon-
neur de Jupiter et de Junon. Mais pour en revenir à Dédale , il n'eut pas le bonheur de tout inventer ; son neveu Talus, nommé aussi Perdix et Anemalus, trouva ia roue du potier et la scie : Dédale, jaloux de ses découvertes, se défit de lui. Accusé de ce crime devant 1* Aréopage , et près d'être condamné, il trouva le moyen de s évader, et se réfugia en Crète, près de Minos, auquel il rendit de grands services ; il bâtit le labyrinthe de Crète d'après le modèle d'une partie de celui d'Egypte ; il fit encore d'autres ouvrages qui le mirent en grande faveur auprès de Minos.
Il parait que le génie de Dédale ne l'empêchait pas de se livrer à l'intrigue, et qu'il se laissa aller avec trop de complaisance à servir les amours de Pasiphaé, femme de Minos, soit qu'elle fut devenue éprise, ce qui n'est guère croyable , d'un superbe taureau consacré à Neptune , soit que l'objet de sa flamme fut un des officiers de la cour de Minos, nommé Timrus. La fable rapporte, les monumens, et même un bas-relief du Musée royal, font foi que Dédale fit une machine au moyen de laquelle Pasiphaé put s'abandonner à toute l'ardeur de ses feux. Minos, instruit de son déshonneur et de la part que Dédale y avait prise , voulut le faire mourir ; mais il parvint encore à s'échapper avec son fils Icare. Comme Dédale avait , dit-on , inventé les voiles des vaisseaux, cette belle découverte
suffisait bien pour qu on publiât qu'ayant fabrique des ailes pour lui et pour son fils, ils s'envolèrent de Grète et traversèrent la mer Egée. Le jeune homme , impatient d aborder en Sicile , se noya en débarquant, et il n'en &llut pas davantage pour répandre et accréditer le conte que, s'étant trop élevé, trop approché du soleil dans son vol , la cire qui unissait les plumes de ses ailes s'était fondue , et qu'il était tombé dans la mer. En passant près de l'Italie , Dédale ^'arrêta à Cumes et à Capoue, et y bâtit des temples à Apollon. Virgile, dans le VI.* hvre de ï Enéide, célèbre celui de Cumes et décrit les portes de bronze, travail admirable de Dédale. Ce statuaire fut accueilli en Sicile par Cocalus, pour lequel il construisit près d'Âgrigente un palais qui lui servait de forteresse , et qui était placé sur un rocher, élevé et d'un accès très-difficile ; Cocalus y renferma ses trésors. On montrait en Sicile d'autres monumens qu'on attribuait à Dédale ; entre autres , des bains chauds dans une grotte près deSélinonte, et des édifices autour du temple de Vénus, sur le mont Éryx, dont il combla les précipices : la plupart de ces ouvrages n'existaient plus du temps de Diodore de Sicile. La vengeance de Minos poursuivit Dédale à la cour de Cocalus ; il y arriva avec une flotte nombreuse., et exigea du roi qu'il lui livrât le statuaire qui l'avait oflensé. Cocalus, paraissant céder aux instances et aux menaces de Minos, l'invita à venir dans son palais,
et il parait qu il le fit périr en trahison dans un bain chaud , par le conseil et le secours de ses filles^ qui protégeaient Dédale , peut-être parce qu'il fut f inventeur des marionnettes. Quoi quil en soit^ Cocalus eut aussi à se plaindre de Dédale , et il s en défit. On parla peu de sa mort ; on n est pas d accord sur ce points et dans toute la vie de cet homme célèbre des temps mythologiques il y a plus de fable que de positif. On a réuni en sa personne tout ce que les arts offraient de merveilleux à une époque où le génie des Grecs ne s était pas encore développé.
(13) Page 8i, Cest dans ce lieu que Tryphon et Athénion ^ deux esclaves fugitifs y établirent le quartier général de Tannée composée des esclaves quîls avaient inis en liberté fan 649 de Rome. Ils durent à la force de sa situation la possibilité de soutenir la guerre pendant quatre ans, et de se défendre contre tous les efforts de leurs anciens maîtres, qui investirent inutilement cette forteresse. La révolte devint si sérieuse , que Ton crut devoir envoyer une afmée consulaire pour I étouffer. Le consul Aquilius fut chargé de cette guerre , qu il termina heureusement par la destruction totale des ribelles.
(14) Page 8i. Les médailles d'Héradée i-eprésentent :
Le lion de Nëmée, ou Hercule^ soit au repos ^ soit combattant. — R, Minerve.
Une tête de Cérès. — R. Un épi.
(15) Page Sa. Les médailles d'Agrigente représentent ordinairement :
Un crabe, ou un aigle. — R. La tête d'ApoUcmou de Jupiter ou de Cérès.
Un crabe. — R.^ Un aigle seul , ou dévorant un poisson ou un lièvre.
Un aigle. — R. Une Victoire. On croit que. cette médaille a été frappée en Thonneur de Théron.
Apollon. — -R. Un trépied, ou un aigle à deux têtes.
Minerve. — R, Une Victoire tenant une palme. On croit que cette médaille fut faite en Thonneur d'Exanète d'Agrigente, lorsqu'il remporta le prix de la course.
Une tête de Cérès. — R, Un homme.
Les médailles du fleuve ^cra^a^ représentent ordinairement une, tête avec lexergue de ce nom. — R. Un aigle siu* un chapiteau, et à côté un crabe.
Dans un grand nombre de médailles, oii se trouve un crabe ou cancre, il y a divers. objets qui softt figurés au-dessous, tels qu'un petit lion, une lamproie ou une coquillf , &c. &c. &c.
(16) Page 88. Houel et M. Denon se sont trompés ; les ouvertures faites aju* temple de la Concorde
datent de i'époquedu culte chrétien , où cette église fut dédiée à San Gregorio délie Rupe^ évéque de Girgenti. On peut aussi accuser de cet acte de barbarie y car tout cela est incertain , Beato Mattei y évéque. de Girgenti , qui abattit entièrement 1 autel antique en 1620. On croit donc que cest lui qui fit ouvrir les six portes des parties iatérades. Presque tous les voyageurs en ont mis ie mauvais effet sur le compte du premier architecte du temple. On iit audessus de larchitrave orientale la même inscription que celle qui se trouve sur le t^nple de Ségeste :
FERDINANDI REGIS AVGVSTISSIMI
PROVIDENTU RE8TITVIT
ANNO MDCCLXXXVIII.
On peut remarquer que le luxe de ce souvenir a coûté presque aussi cher que la réparation tout entière.
(17) Page 10S, Les médailles de la ville ou du fleuve Gela représentent ordinairement :
Le Minotaure. — R, Une tête d'homme ou d'Hercule.
Le demi-Minotaure. — A. Un cheval seùl^ ou un bige attelé^ ou un guerrier à cheval tenant un javelot.
(18) Page ///. Jai pensé quon lirait avec ^plaisir
un extrait tradîiit de l'ouvrage de d'Orvifie sur h Sicile. On y trouvera f opinion de cet auteur^ énoncée même un peu longuement^ selon son usage ^ mais avec la bonne foi qui le caractérise, sur les découvertes d'ossemens de géans dont on entretient sans cesse la curiosité des étrangers.
a Des écrivains^ presque tous siciliens, parlent de n tombeaux et d'ossemens de géans qui existent surn tout dans les ports de cette tie. Les Siciliens ajoutent » encore foi à ces rêveries. Plein du désir d acqué- » rir quelque certitude sur un point si merveifleux , » je résolus de mettre tous mes soins à découvrir » quelque part des restes de ces enfans de la Terre , » pour me convaincre qu'il en a existé en Sicile ou » aiiïeurs : je nai rien pu trouver; mes recherches » les plus soigneuses, les plus constantes , ont été r> vaines. Après avoir tout considéré, il ma semblé » qu'on devait mettre au rang des fables ce que les » auteurs ont écrit et ce que f on nous dit siur cette » race prodigieuse d'hommes. En effet, j'ai vu un » grand nombre d'os et de côtes de grands poissons , n de bsdeines et d'autres animaux , qui étaient conser- » vés ici , et que le viJgaire, dans son ignorance, » prend pour des ossemens de géans.
» La moindre instruction suffirait pour démontrer » fabsurdité de ces contes populaires.
V M Ces vastes tombeaux, ces cavernes creusées dans
n {es rochers y étaient presque toujours disposés pour » recevoir plusieurs cadavres. Ces saréophageis , plus » grands queJle corps humain^ comme on en a trouvé » par-tout^ netaient pa$ destinés à un seul homme. » II a pu y avoir, et il y a eu en effet, divers motifs » pour que des cercueils excédassent de qudques i) pieds la stature humaine* Souvent un vain oz^eil » a donné lieu à la grandeur énorme des tombeaux. M On a décerné aux princes, aux rpis, aux empereurs, » même après leur mort, une demeure plus spacieuse » que ne l'exige la mesure du corps humain. II est à M remarquer qu'on avait aussi la coutume d ensevelir » quelquefois plusieurs objets ensemble ; ce qui obli- » geait à donner au sarcophage une plus grande dimen- » sion. Dans des temps plus reculés , naguère parmi M nous, et encore aujourd'hui chez quelques peuples, » on a vu des animaux , sur-tout des chevaux , ensevelis
» avec des hommes ; ce qui nécessitait des ^mbéaux « » plus vastes. Je puis invoquer, à ce sujet, un témoi- » gnage irrécusable. On trouva à Utrecht, l'an 1555 » de J. C. , dans une église consacrée à la Sainte Vierge, M le tombeau de Gisbert seigneur de Goye, qui avait M été enseveli avec ses armes et son cheval , ainsi que I) l'attestaient des restes d'armes et d'ossemens de » cheval. Ce fait, bien constaté, m'a été de nouveau » affirmé par Pierre Vlamîng , auteur d'un poème ' » flamand. L'exemple ci-dessus et d'autres semblables
n répondent à tout ce qui a été dit sur ia vaste dimenn sion de quelques tombeaux, et à ce qu on a pu en in- » férer. Ces contes sur les géans , ayant été rejetés par » des Siciliens mêmes ^ et, entre autres^ par Carau- » sius , ne doivent pas paraître mériter que nous per- )> dions beaucoup de temps à les réfuter. «Cependant , n comme il est difficile d elTacer les idées supersti- » tieuses quand elles se sont emparées des esprits^ et » que des gens éclairés ne repoussent pas le merveil- » leux y lorsqu'il est présenté par des auteurs tels que » Fazelli; qui se porte souvent pour témoin oculaire, » ce sera lui que^j essaierai de combattre. Je laisserai » volontiers , et sans peine , à Thomas Fazelli sa r^uw tation tout entière d'homme intègre, et je le recon- » naîtrai pouf un écrivain qui chérit la vérité : mais, » soit la faute du siècle , qui se ressentait encore des » ténèbres de la barbarie , soit erreur d un esprit trop » faible ^^il me sera facile, par une foule dargumens, » de démontrer au lecteur impartial -et éclairé que » Fazelli eut lui-même la crédulité la plus supers- » titieuse. Je n en veux pour preuve que les récits de » cet auteur au sujet du fleuve Alphée , de la fontaine » Aréthuse , des enchantemens des démons , et des » miracles de S. Philippe d'Argyre. Je passe sous n silence ces contes , qui finiraient par donner de » l'humeur; mais je n'en veux pas prendre , lorsqu'il » parie de la fécondité d'une femme d'Agrigente, mère
n de soixante-dix enfans en trente couches : cela ne M ressembie-t-il pas un peu trop à f histoire des trois » cent soixante-quati*e en&ns de Margaente comtesse » de Henneberg ?
» Examinons de plus près ses conjectures sur les » géans. Pour en faire des habitans de la Sicile , il » prend ses exemples dans l'antiquité la plus reculée. » Il remonte jusqu'aux temps fabuleux^ et place au » nombre des vérités incontestables les soixante-dix » coudées du cadavre d'Antée : cependant Hyllus, fils » d'Hercule 9 surpas^it Antée,
» Quantum lenta soient inter viburna cupressi.
(Virg. Eclog. I, V. 26.)
» Philostrate {Heroïc. p. 671) rapporte et Fazelli » croit que le cadavre d'Hyilus , de neuf arpens de M hauteur , Impose en Phrygie. Or , comme l'arpent » contient cent vingt pieds , voilà donc un squelette » de mille quatre-vingts pieds. Il serait presque égaf , » pour la dimension , à cet Og sur lequel les rabbins » ont raconté tant de fables , et dans le crâne duquel » on assure qu'un chasseur erra pendant trois jours » et ne trouva une issue qu'avec peine. La crédulité » de Philostrate n'excuse point Fazelli. Le premier « pourrait être ou expliqué ou excusé, parce qu'il ne » dit pas neuf arpens , mais netif orgyies : et une or- " Sy^^ [^Ç>*''*] signifie la mesure de deux brassées ou
» de deux pas. Ainsi ^ selon lui , la taille d'HylIus était « seulement de dix-huit pieds.
M Revenons aux géans de la Sicile. Fazeili dit qu'il » est prouvé pour quiconque n'est ni insensé ni » aveugle, qu'il est dans la nature des choses que » des géans aient habité la Sicile. Il ajoute : En » /t?4f , la curiosité des hahitans de la ville d'Eryx, » excitée parles récits de quelques individus, leur .fit prendre les armes et marcher à une caverne » du mont Eryx, Ils y trouvèrent un cadavre hu" » main d'une très-grande stature, assis , s' appuyant » de la main gauche sur un bâton semblable à un » mât de navire, A peine touchée , l'enveloppe du » bâton se réduisit en poussière ; elle cachait une » massue de plomb. Le cadavre tomba également » en poussière , à l'exception de trois dents d'une » grandeur étonnante , et de la partie antérieure » du crâne, dont la contenance était de quelques » muids siciliens. L'opinion des savans fut que » ce cadavre était celui d'Eryx , et la caverne » porte encore le nom de ce géant. Ces dents mo- » laires se voyaient de mon temps dans l'église » de t Annonciation , suspendues par un fil de fer M aux pieds d'un crucifix ; plus tard, les habitans » en firent hommage au pape.
M On doit regretter la massue de plomb ; les anti* » quaires auraient facilement établi !a vérité du fait