U.VEN1RS
naisc, toutes les fois que le vent dctouriiait les vapeurs suifureiiscs et les tourbillons <Tune fiiniéc noire et rougeâtre. Un rocher cTunc forme pyramidale demeurait isole au milieu,du cratèi'e; sa base semblait être de soufre , son sommet d’un rouge pur, etde^indes, des efflorescences dp toute coüleur lui formaient une couronne échitante. Nous montions , nous descendions dans la cendre, les scories, le mâchefer : à nos pieds coulait une source d’eau chaude; plus loin un ruisseau de laves enllauiinces descendait lentement vera Résina. La nuit était obscure , orageuse ; sans voir la mer , on l’entendait au loin se briser sur le rivage. Ici la pensée n’est qu'une prière tout disparait devant celui qui créa les mondes, et dont la toute-puissance montre un ileuvc de feu â la Campania fclice.
J’allai le lendemain .me rcposer à Baïa , au j)ortde Baouli, et dessiner le lointain de Procita, d’ischia et du cap Misene. Assis sur la colline qui domine les champs Ëlysées , j’étais entoure de chèvre-feuillet ^ d’aloès, de genêts, de figuiers, dont les parfums se réunissaient pour embaumer l’air, ües milliers d’insectes bourdonnaient autour do moi , de gros lézards sortaient des
tombeaux. Des tremblemens de terre sont venus confondre' dans ces sépulcres les noms , les âges , et mêler la cendre . du maître à celle de l’esclave.
jeune peintre de paysage , et de M. Van Cléemputte, architecte, pensionnaire de récole''de France à Rome, doue d’autant de modestie cpic de talent. Le zèle et les travaux de ces deux artistes m’ont été d’un gixind secours.
Le Tartaro faisait partie d’un convoi portant des troujMîs à Palerme. Sept vaisseaux obéissaient à un bâtiment de 74 canons, le Caprî.
Nous sortîmes de la rade par un vent faible , mais assez favorable , qui devint ensuite trèsfrais et tout-à-fait contraire. Après avoir vainement essayé de se metti'c sur le vent , tout le convoi s’établit en dérive, et se réunit, au -bout de trois jours, sur la côte de Sicile, dans, le golfe d’Olivieri, près de Mazzara. Au-dessus de ia plage d’Olivieri, pcüt'liameau pauvre et' délabré , se voient, sur la hauteur, les ruines de Tyndarc, dont une partie , ainsi que le pro-
Je m’embarquai à Naples, le 24 aviil 1820, v à quatre heures après midi , sur le paquebot ' il Tartaro. J’étais accompagné de M. Clérian,
moiiloire , s’est abimée depuis long-temps dans
la mer. • * . . ■
A peine étais-je débarqué , que le plus riche habitant d’OIivieri , dont nous réclamions fhospitalitc , me dit naïvement , au milieu de son refus , qu’il n’avait reçu de sa vie que le prince héréditaire de Bavière; mais cette fois , ajoutaitil, j’ai couru et insisté du meilleur coeur du monde pour lui ôlTrir tout ce que je possédais.
* Le bâtiment sur lequel j’avais fait cette traversée aussi peu commode pour moi que toutes les autres , était eiicombi'é de soldats napolitains , d’olficiers de cette nation et de leurs femmes , Icui-s enfans; tout cela placé péle-méle, tout cela malade : de là un désordre , une saleté, insuppoP' tables. Ces bonnes femmes se persuadèrent que la présence d’un Français devait porter malheur ; elles roc prirent en grippe. Ce sentiment, qui ne les embellissait pas , vint compléter l’agrément du voyage, •
Olivieri dépend r de Tévéché de Patti. On voyait , au fond du golfe, les hameaux de Sainte- Lucie,- Barcclona, Pizzo di Gotto, et le- château de Milazzo, l’antique Mylœ, célèbre par la bataillé navale où le consul DuilliUs vainquit les
Cai-tiiaginois. Lu culture des montagnes qui bordent ce rivage , était riante , variée ; le soleil n’avait encore rien desséché. Au premier coupd’œil, les habitans me semblèrent soumis, avides, ne parlant que d’argent et d’alimens, de ce qu’ils avaient envie de prendre et de ce qu’ils auraient pu manger.
Nous étions à quatre-vingts milles de Païenne et à trente de Messine. C’est sur un plateau très-élevé qui s’avance dans la mer, auprès d’un petit couvent dédie à la Vierge ( Madona di Tindara ), que fut Tyndaro (2) , jadis riche , peuplée et florissante par. son Commerce. Des vestiges d’une citadelle^- <fun théâtre, d’un amphithéâtre, sont, ^core placés, d'une maiiière pittoresque à.mi-câtê entourés dé vignes {sânv^es et de caroubiers. Je regrettais, beaucoup, de ne pouvoir m’y arrêter quelques jours. De la'' pointe du promontoirèi., on jouissait aussi ' d’une vue admirable; Les ruines d’^ temple <).ni pouvait être c^i de Cérès^ couvraiént une coUine voisine.de nous. Assez près de là était .celui de Mercure, dont Verrès fit enlever la statue; ce Mercure que Scipion , après la prise de Carthage , fit placer sur cet autel : Qui sacris
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anniversanis apud cos, dit Cicéron , ac summâ teUgione çoleretar , quem P. Africanus , Carthagine 'captâ , Tyndaritanis non-solùm suœ Victoriœ, sed etiam illorum Jidei societatisque monumentum atque indicium dedisset , htijus vi , scelére imperioque esse .sublatim. Voilà peut 'être la place' où âopater subit sou jugement : Equestres sunt medio in Joro Marcellorum slatuœ , siciiti Jerè cœteris in oppidts Siciliee; ex quihus iste C» Marcclli statuam delegit, cujus officia in ilia civitate totaque pro-
• vîneia t'ecentissima crant et maxima : in ea Sopairum , homincm tum aQtni nohilem , tum.
‘ summo magistratu prœditum, divarican ' ac
deligari jubet. .
De grandes pierres blanches amoncelées dessinent le arcuit des murailles de Tyndai’e çfde
* ses portes principales; le chemin passe' encore dans le même lieu que la voie antique. J’allai ensuite visiter féglisc de la Vierge, qui date du XV/ siècle ; f y trouvai un redoublement de ferveur ,.pai'ce qu’une ncuvaine faite à la sainte image avait ëu pour résultat de rendre la parole à, une jeune fille : ce dont je nie suis aperçu ^ c’est que ce culte tendre et touchant inspire aux
religieux qui desserveut cet omtoirc, le scutimciit de l'hospitalité , qu'ils exercent de la luanicre la plus égale et la plus simplé. J’étais monté jusqu’au monastère avec peine par un chemin scabreux, tantôt nu fond d'un ravin, tantôt sur des rochers taillés en escalier : aussi cette course me lit-elle apprécier bien mieux encore l'excellente malvoisie de Tyndare.
Tout en moiitajit au monastère , quand je me retournais pour respirer, il m’arrivait de la mer, qui s6 brisait à nos pieds , un vent frais de nord, et j’apercevais à l’horizon toutes les îles .éoliennes :V^olcano, l’antique //^rVra; Volcanello, autrefois Evonyme ; Lipari ; Salini , auti-efois Didyme , connue par ses bains ; et SU’omboli , l’antique Strongyle. J’avais passé au milieu de toutes ces lies, le soir, au soleil couchant, par un 'coup de vent forcé : la mer était alors agitée , et les vapeurs condensées sur les montagnes semblaient être autant de tourbillons d’une fumée épaisse, que des volcans poussaient avec force vers le ciel. En eflet, -de temps en temps, les feux de Stromboli brisaient et dissipaient ces nuages. Nous passions sous cette voûte sinistre; et dans le fond le mont Etna , chargé de neiges ,
encore éhiouissant de lumière , annonçait la Si- • cilc avec une inconcevable grandeur. ■' >
J’avais eu le projet de suivre la côte jusqu’à Païenne, de passer ainsi par Patti ,*Sauta-Agata, San-Stefano , Cefalu et. Termini; mais j’en fus’ dégoûte par la cupidité , la mauvaise foi de l’iiomme qui me louait trois chevaux et offrait de m’accompagner. On se réunit pour m’a^sdrer qu'il y avait peu de sûreté à voyager sans l’appui des campteri C<i) , sans lettres de recommandation pour }es capitaines d’^ies et les syndics. L’établissement récent de la conscription jetait dans les bois nue quantité de vagabonds dont la rencontre eût été peu agréable. Tout ce que . je vis d’habitans de. ce pays pendant ces pre- Â^miers jours, me païut pauvre, superstitieux, et d’une finesse voisine de la fausseté. Je dois dire aussf que l’expérience m’a ramené à des sentimens j)lus conflàiis envers la population sicilienne.
La traversée d’Olivicri à Palerme fut assez rapide. Nous passâmes vis-à-vis d’un village abandonné , Joyosa V ecchia : ses ruines sont
(a) GinfocliaMCs et «ergena det jcigocurt et barana.
placées sur le soiuinct d'une montaguc, près du cap d’Orlando, jadis Agathymum. Au bas sont les îles de Fclicudi et d’Alicudi ./^ Phoenîcodes et Ericodes] , qui font partie *de rarchipel éolien. Toute cette contrée semble assez sauvage; cc- |)cndant de petits iianicaux paraissent parfois cachés dans des vallées.
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