H8 SOUVENIRS
(jui rempiaicie merveUleusement et' remplît les fos^s de cette forteresse. Les flots viennent battre contl'e des murailles construites aux dépens des anciens murs et des plus . somptueux , mohumens de la Syracuse passée. Ce n’est plus un soldat grec , un hoplite , 'qui garde cette porte ;■ c’est un pauvre Napolitain jaune,' dé- • charné, affublé d’un uniforme autrichien^ J’ai toujours Vu cettè garde dormii* en paix : Sy-^ racusc ne craint pins Cardiage ; toutes deux , couvrent des rivàges ennemis de leurs ossemens dispersés. * - -
On croit que Syracuse fut habitée par les Ëtoiicns. Ceux - ci ' en furent chassés par ' les Siculés. .^ciiias de Corinthe , petit-fds d’Her- ‘cule , s’err empara trois siècles après. Oii peut lire dans Plutarque la cause du voyage d’Archias. La réunion d’Oiiygie^ de Tychè, d’Achradine (aj, de NéapoUs et de l’Epipole , fit appeler Syracuse , Pmtapolis. On veut que le nom de Syracuse soit tiré d’un 'mot .grec qui signifie lieu qui invite au repos , a l' oisiveté ; d'autres disent
(a) Le nom S Achratlinc pcul ddriver , qui (ignlHe
fioiner sauvage. ( D'Orvillc , ÆTiVfe/o , cbap. x< , ’pag. 179.)
Digilized by tj. ;le
que son nom lui est venu d’nn marais voisin qui était nomme Syraço. • ^
LTiistoire de Syracuse jusqu’au vi.* siècle est trop connue pour. que je répète ici rien de ce qui est par-tout : maisV, à' cette époque , les Arabes comraencèrentj à faire des incursions en Sicile; ils venaient de sè rendre maîtres de la Syrie et des côtes d'Afrique. C’est par surprise # qu’ils enti;èrent dans Syracuse l’an 669 de J. C. ' sous le califat de Moavia^ ' '
- ■ Quelques musulmans venus des côtes d’Afrique' s’emparèrent en 820 de Palerme , et de là ils étendirient leurs courses dans toute la
Sicile. Chassés par les troupes de Boniface, comte de file de Corse , ib revinrent l’année . suivante avec une flotte nombreuse. Une nou- , velle descènte en 825 ne fut suivie que d’une conquête passagère , 'qui laissa la plus grande |>artie de la Sicile au pouvoir des empereurs , de Constantinople.- Le véritable établissement des musulmans en Sicile date de fannéc 827 .
époque où Ziadat Allah , prince agiabite de Cairoan et de la côte d’Afrique , excité par le peu d accord qui régnait parmi les chefs grecs, et par les troubles, qui désolaient file, y envoya •
une flotte de plus de , cent voUes et (juarante mille hommes de troupes. Ces barbares débarquèrent près de Mazzara, prirent Sélinonte , mirent les Grecs en déroute , et contraignirent
leur chef à se sauver en Calabre. L’année sui- - * •' ’
vante, lés Sarrasins assiégèrent Syracuse ; mais, chassés par les troupes qui venaient de Constantinople. au secours de la ville , ils se répandirent dans Fintérieur de File et s’y fortifièvent. Bientôt# après, les Maures reçurent des secourê de l’Espagne, et Mohammed, prince agltibite, qui se trouvait à leur tète, prit le. titre de roi. Sa postérité se maintint dans la Sicile jusqu’à la chute des Aglabites d’Afrique. Les Patimites occupèrent alors toute fa côte d’Afrique, et nç tardèrent pas à étçndie leurs conquêtes jusqu’en Sicile. Des émirs la gouvernèrent eu leur nom, jusqji’à l’époque où Roger et ses Normands pénétrèrent .dans File, en soumirent une partie vers •. Fan 1050, et en achevèrent la conquête. à la fin du XI.* siècle (21). ‘
Un peuple oisif et inquiet, occupé seulement de ses petits intérêts, étranger à tous les démêlés européens, promenant une méfiance silencieuse dans des rues étroites et brûlantes , voilà Syra-
{ûi
çuse aujourd’huit Une partie de cette populatio'n a conservé quelque chose de la physionomie espagnole. Les femmes ont fait mieux; i’en ai vu de charmantes : il n’est pas rare d’en rencontrer dont les traits rappellent ceux de la belle Aréthùse et des autres médailles' syracusaincs. Les maris ne laissent sortir leurs femmes qu’à regret, quoiqu’elles soient enveloppées dans de grandes iriantes de soie noire : ils ont beau les cacher; de vieillesTduègnes consolent, 'dit-on, adroitement leur captivité. Des musiciens parcourent les rues toute la nuit, et leurs sérénades sont aussf un langage très-expressif.-
' ' Nous fûmes logés dans la plus bello auberge, dont la meilleure chambre me rappelait çeHe que |e partageais au Caire avec tous les rats^ et toutes les fouines du 'quartier des Francs. Le cuisinier de cette hôtellerie n’a rien conservé de fart et de la recherche des Héraclide et des Mythécus (a). ■ ■ '
'Quelques voitures gothiques se promènent méthodiquement le soir sur le quai du. port.
(a) Cca deux Sjracusains ont c'rritiur U cuiiine grecque arec une emphoite qui rappelle la dignité' du style de Beauvillicrs sur la mjme matièl-e. • • •
. SOUVENIRS Les chevaux sont afireux,, et les laquais mal tenus. Voilà ce. que j’ai trouvé àS)fracu^; mais ce que j’ai scrupuleusement et vainement cherché; quoiqu’un antiquaire syracusain me soutint ' que je les voyais, c’est la maison de Timoléon; ce sont les restes de NeapoHs; ceux du ptdais des soixante lits , construit par Agathocle ; les bains de Daplmis , où fut massacré Fempereur Constant au vu.* siècle; cette porte (TAréthuse que la trahison ouvrit à' Marceüus ; enfin les divbious de l’Achradinc. Nous savons cependant que c’était la partie de Syracuse la plus grande et la plus peuplée, celle qui' fut la plus maltraitée par Pompée, et puis relevée et embellie par Auguste. iLc rocher est par-tout dans un état d’aspérité qui ne permet pas de concevoir que ces mêmes lieux aient été couverts de constructions importantes.
La trace des chars fait suivre l’emplacèment des rues , qui devaient être aussi incommodes à pied qu’en voiture. 11 est démontré que les maisons étaient petites , posées à crû sur le rocher J sans fondations ni substnictioiis. Les pierres dont elles étaient bâties , ont été dévorées par le temps. Il serait impossible de deviner
qu’une vHie populeuse fut placée dans ce lieu , sans les aqueducs pratiqués dans Je rocher à une profondeur assez' Considérable, qui se divisent dans tous les sens , indiquent les rués , lés" places , et auxquels communiquaient des puits 'creusés dans chaque uiaisOn, On trouve ainsi jusqu à trois étages de ces mêmes aqueducs', qui amènent encore, pour ceux qui ne sont plus, fonde la plus abondante et la plus pure. Le mutmure soüterrain'de ces eaux est à présent le seul’ bruit qui'^se fasse, entendre dans ce «lieu , où , selon fe'xpression des auteurs anciens,une foulé d'hommes sé pressaient , se heurtaient sans cesse avec ta même. agitation que lés eaux de la mer dans un. détroit. Le cri dé l’oiseau
sauvage anime parfois cette solitude où des milliers. d’individus vécurent , aimèrent , amassèrent de l’or, et combattirent avec tant d’acharnëment et de gloire. .■ ’ • - ’
Quelle génération' peut mieux que la . nôtre se ' figurer ces, grands désastres ? Est-ce donc ponr nous prouver la vérité des; malheurs dès races passées , que la Providence étend sur l’univers . les sinistrés hieùrs dè l’incendie 'des villes grecques, et nous edraie aujourd’hui par
les scènes sanglantes de Chio, d’Ayvoly et de Corinthe?
■ Cependant mon antiquaire comprenait tout :
il indiquait les rues, les places. II m’initiait même dans, la distribution du palais de Denys l’ancien , et montrait de la meilleure foi du monde le fossé qui entourait la chambre à coucher du tyran. C’était dans cette chambre que Denys.
n’admettait pas même ses femmes , Aristomaque et Doris; où, plus tard , il n’osait se faire raser par. son hb , encore- enfant. Ce jeune Denys fut d’héritier du. pouvoir et des alarrnes, de son père, et repoussa |a sagesse elle->mcme dans la personne de Platon. J’opposais. vainement à mon conducteur la destruction du palais et des tombeaux des Denys, remplacés par le Timoleontion; il se contentait de sourire et de me plaindre.
Excepté l’Épipole , dont la situation était forte et bien choisie , et où des monceaux de grosses pierres carrées indiquent parfaitement l’exbtencc et même la distribution d’une citadelle, tout le reste. n’a pas répondu à nies espérances. , I)éjà ^ de «on, temps , Cicéron cherchait le tombeau d’Archimède , et reprochait aux Syracusains
ingrats l’oubli dans Icquêl était tombée la sépulture de ce grand homme. Le courage de ses concitoyens finit par n’étre plus que finstru-* mént de son génie : ses feux dévoraient les flottes ennemies', et ses machines brisaient les bataillons ; enfin des tours les plus élevées partaient des milliers de traits qui -atteignaient les fuyards et détruisaient les camps les plus éloignés. Archimède et Syracuse ne furent vaincus que par la trahison, et fliistoirc a livré au mépris de la postérité le nom -de Mericus. Marcellus , ce géhéi^ux ennemi , comparait Archimède à Briarée , et le nommait le géant des géomètres. On croit voir près de Buon Servk^io les' restes de la maison d’Archimède.
. Je crains d’être gccusé de barbarie , en ne- me
livrant pas, comme mes prédécesseur, à cet
enthousiasme que leur inspirent le théâtre (22)
et ' l’amphithéâtre (23) de Syracuse. Quoiqu’il
me soit impossible de rever aussi aisément que
d’autres fancien éclat de ces monumens,' il n’en' \ *
est pas moins vrai que ces ruines, dominées d’un certain point, composent. un des sites les plus grandiosés et peut-être les (ignés les plus élégantes que j’aie vus de ma vie. Une rivière tombe
12ft SOUVENIRS
en cascades sur les .gradins de i’amphiUiéÂti'e ; elle s’est échappée d’un aqueduc appuyé sur des rochers couverts de lierre. Cette onde, quj coule sans ce^ , semble vouloir aider le temps à effacer et le sang des victimes et toutes les traces d’une magnificence passée. Cependant' ces restes s’agrandissent .du souvenir de Titnolrân. Je me figure encore ce" vénérable vieillard , ce libérateur de la patrie, infirme, aveugle, arrivant r ce théâtre , et averti de la présence de tout ûn ' peuple par les bénédiptions qui s’élevaient jusqu’à lui. Je vois ce peuple; debout , contraignant' le héros" modeste d’écouter avant le spectacle le récit de ses plus grandes actions, et terminànt cette cérémonie touchante par lin cri unanime de liberté qui montait jusqu’aux cieux. Quel contraste avec - ce Mainercus , tyran de Catane , appelé dans ce lieu pour y comparaître devant le peuple syracusain , forcé par les clameurs de la. multitude à chercher vainement la mort > en se précipitant des gradins, et portant sa tête coupable sur un échafaud! . , . ’
Syracuse a encore un sénat dont l’uniqîie emploi est de veiller sur la châsse de S."" Ju- , tienne. ‘La statue en argent de cette ' sainte est
ici' dans une vénération plus grande encore; s’il est possible , (jue celle de S." Rosalie à Païenne.' Le peuple de Syracuse est d’autant plus superstitieux, que le voisinage de fEtna lui persuade aisément qu’il est plus près dç f enfer quun autre. De cette peur, augmentée par la moindre oscillation de tremblement de terre, naissent des pratiques sans nombre,. et un goût pour le merveilleux , riche domaine dont l’exploitation fut dans tous les temps facile et’ assurée. J’ai vu baiser les mains des moines avec bien plus de componction , lorsque la fumée plus épaisse de l’Etna - faisait craindre le réveil de ce volcan : le sentiment religieux devient stupide, lorsqu’il se passionné par la terreur.- Ce peuple ne saurmt admirer la morale sublime de Jésus-Christ; on ne la lui prêche pas. La majesté de Dieu lui est caéhée par une multitude de saints et de petits bienheureux qui n’ont de crédit qu’à cinq ou ,six lieues à la ronde. Le Sicilien mêle dans ses respects la hiérarchie céleste, les martyrs, et les souvenirs du paganisme : on rencontre la moiltagne de Sainte-Vénus , on prie dans la chapelle de Saint-Mercure , et j’ai vu le puits de Sainte-Junon. • . ’ , %
Je suis loin de^ prétendre cependant que la piété ne soit pas souvent vraie et profonde chez beaucoup de prêtres et chez un grand -nombre d’individus siciliens. Up climat brûlant, une eisi-. 'veté complète , entretiennent fimagination dans un état de sensibilité vague et ardente. De là des joies vives et des douleurs profondes , des peines que la religion peut seule consoler , des déceptions contre lesquelles le sanctuaire est l’unique refuge. Par-tout où les passions sont exaltées , le culte de la divinité est plus fervent , les fautes sont plus fréquentes, et l’on sait bien ^ue le repentir prie mieux que l’innocence. La peur ^ du diable fait sur l’esprit des Siciliens la même impression' que les histoires de revenans produisent sur fimagination des enfans : ils jettent les hauts cris , se meurent d’épouvante ; mais ils voudraient cejiendant que le conte ne finit jamais. Le Sicilien le plus pauvre donne à un frère quêteur , de préférence à un malheureux estropié. Il ne le fait souvent que pour rassurer sa conscience contre la faute qu’il médite ou celle qu’il a commise.
U paraît certain que S. Paul fonda le christianisme en Sicile. Cet apôtre, qui ne demeura
que trois joiirs à Syracuse, laissa dés disciples dans cette contrée. Les'BacIiifle , les Béryllc , les Marcian , prêchèrent la foi aux Siciliens , et furent les premiers évêques de Messine , de Catane et de Palerme. Le sang des martyrs , qui coula avec abondance sous Dioclétien et Maxi- ‘ mien , vint réchauffer et féconder le germe évangélique. Un concile tenu eu Sicile en 336 régla ,1a discipline chrétienne. Célcstius, disciple de Pélagc , y apporta la division en 408. L’arianisme trouva aussi de zélés sectateurs dans cette île.
La Sicile se glorifie d’avoir donné quatre papes à- l’église : Agathon, Léon B, Sergius I.”' et Etienne III ; celui-ci occupait la chaire de S. Pierre en 768.
L’inquisition , introduite en Sicile dans le XIII.' siècle , ne fut sévère que sous Ferdinand le Catholique ; mais , dès que la Sicile ne se trouva plus sous fascendant direct de la monarchie espagnole , le peuple sicilien donna un libre cours à son aversion pour ce tribunal religieux , qui fut enfin supprimé en 1781. On doit ajouter que les inquisiteui's étaient alors aussi sages, aussi tolérans en Sicile qu’ils le sont depuis
Digitiz.o<*bstXàoogIe
long-temps à Rome. On ne trouva dans les prisons du saint-office que deux vieilles sorcières ; et pour pièces des procès , que les balais qui les portaient au sabbat le samedi.
La population de Syracuse s’élève . à quinze mille âmes environ, et l’on peut y compter quatre-vingts couvens d’hommes ou de femmes, un grand nombre de conservatoires religieux , d’églises séculières et de séminaires. Toute la ville est enrôlée dans deux confréries , celle de Saint-Philippe et celle du Saint-Esprit. Dans certaines fêtes , les membres de la première de ces deux associations s’efforcent de surpasser ceux de fautre en frais de cierges et de papier doré, et le plus grand nombre se condamne pour cette dépense à une sorte d'abstinence journalière ; mais aussi place-t-on S. Philippe sur un char plus haut de quatre pieds que celui que leurs rivaux consacrent à leur patron , et ce succès venge de fexistence languissante et endormie de toute une année.
Je suis loin de critiquer ces usages des habitans de Syracuse , et de leur proposer, notre exemple à suivre. Je ne leur conseille point de renoncer à des plaisirs tranquilles pour adopter
les nôtres , d’établir un opéra , • vingt ' autres théâtres , des maisons de jeu , enfin tout ce qu’une civilisation perfectionnée nous a rendu indispensable. Si le progrès des lumières devait les élever jusque là , on concevrait leur éloignement pour elles.
Guidé par un ermite d’une figure peu rassurante , je me suis promené dans les catacombes de Saint-Jean : c’est le labyrinthe de la mort. Des corridors à perte de vue , des salons ronds, des salles carrées, creusés dans le tuf, sont garnis, à droite et à gauche , d’ouvertures de différentes dimensions. Là dormaient les morts de toutes les conditions , de tous les âges. D’autres cavités plus profondes contenaient toute une famille. Etait-ce bien mens una, cinis unus? Les catacombes de Syracuse produisent peu d’effet après ces hypogées de Thèbes dont l’imposante grandeur ne saurait s’effacer de ma mémoire.
11 est cependant impossible que ce monument de la simplicité et de l’égalité des honneurs rendus aux morts ne date pas du temps de la liberté, de l’époque grecque. On est surpris, en s’enfonçant dans cette ville ténébreuse , de se trouver, sans s’en apercevoir, dans un étage
inférieur à celui qu’on vient de quitter. On n’est plus choqué des disparates que présentent les diverses inscriptions placées sur les tombeaux , quand on réfléchit que les morts d’un siècle succédaient à ceux du siècle précédent. Voilà pourquoi des images païennes sont à côté de la colombe et du rameau d’olivier , symboles doux et pacifiques du christianisme. Rien de ce qui reste de l’antique Syracuse ne peut , autant que ces catacombes, donner l’idée de l’immense "population de cette cité.
Près de ce dédale de sépulcres, qui s’étend à plusieurs milles sous terre , et dont le plan tracé par diverses personnes le fut toujours d’une façon différente, se voit l’église souterraine de Saint-Marefan , que l’on croit le premier monument chrétien de la &cile. C’est donc là que retentirent les premières paroles de consolation aux oreilles du peuple le plus infortuné de la « terre. Cette parole vivifiante allégea les chaînes, tarit les larmes , et l’espérance vint dès -lors ouvrir à la servitude, à la faiblesse , au malheur, les portes de l’éternité. Nous dessinâmes cette crypte des premiers fidèles, dont l’effet est des plus pittoresques , et qui inspirerait à Granet ,
ce peintre de ia lumière , un tableau frappant.
On fait remarquer aussi près de cette église un bain souterrain , humide , dégradé, qui n’oiïrc plus ni marbres ni peintures. Je n’en vis pas davantage sous les voûtes de ranipbitbéàtrc taillé dans fe rocher , où l’on m’avait assuré quil en existait de nombreux fragmens. Des hiboux et des couleuvres se sont emparés de ce lieu de fête. ■ '
La naumachie me parut d’une proportion trop médiocre pour recevoir une population de deux millions d’habitans. D’ailleurs il serait permis de douter que des combats entre de petites barques dussent procurer des plaisirs bien vifs à un peuple qui avait sous les yeux le spectacle de la mer, et d’un port dont, l’activité était , dit-on , prodigieuse.
La fontaine Aréthuse, à qui Daphnis fait des ^ adieux si gracieux :
‘ . . . . 'X.cuf, 'Kfidetaa. ,
Ka/ TolafA .01 -ni xaAor QvfÀ£e/.Jïç uJiuji,
(Thcocr. Idyll. I, v. 117.)
Adieu, belle AréthoBC, et tous, fleuves qui mêlez votre oude à i'onde pure du Tbjnnbris.
cette source n’aurait pas une aussi netbie origine ,
qu elle serait encore fort admirée ; mais ce qui gâte lin peu le souvenir des amours de cette nymphe et du fleuve Alphée c’est la quantité de vieilles femmes dont le linge vient souiller cette onde si pure.
Nous remontâmes le fleuve Anapus, le seul navigable de la Sicile , qui prend sa source sous les murs de Buscemi, à trente-six milles de Syracuse , et se jette dans le grand port (24), après sa jonction avec les eaux limpides de la fontaine Cyané (25).
Et me dilexit Anapus ,
Exorata tamen, nec , nt hœc ,^iexUjrrita , nupsi.
. (Ovid. MtUunorfti.\y}i. v, v. 417. )
Cette charmante*®*^ dès sa source
une petite rivière. 3^^bords , à peine élevés de deux pieds , sont couverts de cannes, de roseaux et de grandes toufles de papyrus (26).^ On prétend qu’une jeune nymplie voulut s’opposer à fenlèvement de Proserpine. Le ravisseur furieux s’ouvrit un chemin dans un goufire, devenu l’urne As Çyflné^ qp se réunit ensuite avec \ Anapus, son Bieh-aimé. Non loin dé là se trouvaient les temples de Cérès et de Pnwerpine , düs à la piété de Gélon , et renVérses par Imilcon , ce
Carthaginois sacrilège. L’empiacement qu'occupaient ces temples , semble indiqué par ce passage de Théocrite : ■
K.^n i ‘oroAuxAii^ùir ‘EfugfUùir
ftiyt ivu 7«p’ iJkm
(/rfy//. XVI, y. 83.)
Et toi , fille de Cdrit , qai reçoi en ptrtage «vec U mère U fioriiMBte citd (TEphjre, bitie «ur )e« bords du Lysimelia.
Je restai long-temps appuyé sur mon bateau , ne me lassant pàs d’admirer la pureté parfaite de cette eau si fraichc ; Foeil aperçoit à quarante pieds de profondeur un sable d’or, de petits cailloux qu’on prendrait pour des émeraudes et des topazes; enGn une multitude de poissons se jouent dans cette source délicieuse.
La cathédrale de Syracuse est fondée sur les ruines du temple de Minerve. Quatorze colonnes doriques soutiennent encore le monument moderne : c’était là que se conservaient un tableau représentant une victoire (TAgathocIe , les portraits des rois de Syracuse ; enfin , au-dessus de la porte extérieure , brillait l’égide dorée de Minerve , ce clypeus que la crainte 'Ou la reconnaissance des navigateurs saluait de si foin. Cëtait dans ce temple , dépouillé par Verrès ,
136 SOUVENIRS ' 'i
que se trouvait aussi le méridien , ouvrage d’Archimède. Diodorc dit que ce monument fut construit sous le gouvernement des Géomores.
Cette noblesse des colonies grecques s’empara du pouvoir à Syracuse vers la XLVI.' olympiade , environ 600 ans avant J. C. A peu près dans le même temps, s’élevèrent les temples de Pæstum, d’vEgeste et de Sélinonle : ces villes les firent construire par leurs nombreux prisonniers. Titus, imitant depuis cet exemple , employa les Juifs à la construction du Colisée de Rome.
A peine reste-t-il quelques traces du temple de Jupiter Olympien, de celui d’Elsculape, de l’autel de la Concorde. On n’aperçoit rien des temples d’Apollon Téménite [ô TgjM.ev/Tn$] (a) et de la Fortune ; on chercherait avec aussi peu de succès le Pentapyle , l’obélisque décoré du bouclier de Nicias , l’horloge solaire , la sphère de bronze d’Archimède, ce prytanéc embelli par la statue de Sapho , le portique souillé par la statue équestre de Verrès , la curie et \Hecatompedon. Nous ne fûmes pas plus heureux pour le Neo)<roj)to< , Navalia(b), emplacement destiné
(a) Ainsi nomme du bois d’oliviers qui renlourait.
(b) Céuicnt environ quatre cents loges spacieuses où se radou-
à construire , à radouber et à conserver les na> vires. Mais quelle partie du Navalia était assez vaste pour recevoir ce vaisseau à trois ponts dont parle Athénée (a)l Trois cents ouvriers furent employés pendant un an à la construction de ce chef-d’œuvre d’Archimède et d’Archias de Corinthe , ordonné par Hiéron II. Ce prince ofl’rit comme présent au roi Ptolémcc cette merveille ambulante que vingt rangs de rameurs faisaient voler sur la mer, et qui contenait, dit-on, des salies de festin , des thermes, une bibliothcqne, un temple , un vivier , une piscine , et des jardins plantés de bosquets et rafraîchis par des ruisseaux d’eau vive. Le cèdre, le jaspe, l’ivoire, les peintures et l’or, tout était prodigué dans ce lieu , où le luxe et la niollèsse bravaient la tempête , et qui semblait être le palais du dieu des mers.
Quelques débris indiquent le fort de Labdale et les murs d’enceinte élevés par Denys. Trois colonnes du temple de Diane (b) sont cachées
baient les nayirci. Ce lien devait ressembler am squeri de Farsenal de Venise.
(a) Athdnée, liv. v. ,
(tj On J retrouve des chapiteaux accouples ; chose rare chci
dans les murs ignobles de là via Rosaliba, dans
l’ancien quartier d’Ortygie.
Les célèbres latomies, qui ne sont autre chose que des carrières immenses d’où l’on tira nécessairement les matériaux de cette Syracuse ({ui est aujourd’hui en poussière , furent -elles jadis de vastes prisons ? ou penserons-nous , avec Cluvier, que la seule latomie de l’Épipole reçut autrefois des captif , Unm fuit Syracusis carcer lalomiarum in Epipolis? On croit généralement que sept mille Athéniens perdirent la vie dans cé lieu de douleur. Quelques-uns de ces infortunés regrettaient l’Attique et exprimaient leurs plaintes dans un si doux langage , que les vainqueurs attendris brisèrent leurs chaînes, ne pouvant résister au charme dé la langue' d’Homère et des vers d’Euripide (a).
La latomie des Capucins est la plus grande et la plus pittoresque ; les rochers taillés à pic qui forment les parois de ce grand puHs, ont plus de cent pieds, et le fond est garni cToran-
lei anciens , et qui ne se retrouve que dans les nionumena d'architecture e'Ievea aoua lea Antonins à Palmyre , ainsi qu’à Pola en Dalmatic.
(m) Voyez Piutarqiir , Vie de Nideu.
gcrs , de grenadiers , de treilles et d’oliviers. Ces * jardins souterrains de Syracuse frappent autant
par leur singularité que pouvaient le faire les jardins suspendus de Babylone. Lestremblemens de terre ont fait écrouler plusieurs voûtes. Des arbres , dès fontaines , se font jour à travers ce chaos ; des ouvertures qui se trouvent sur plusieurs points, s’enfoncent si avant sous terre , (|u’il ne serait pas prudent d’en aller chercher le terme. Quelquefois un rocher taillé en forme • de tour s’élève au milieu de cette carrière , et l’on ' peut croire que sa destination était de recevoir les sentinelles qui veillaient jour et nuit sur les captifs. H est facile de comprendre que ce lieu , étant plus bas de cent pieds que le terrain qui l’environne, formait la prison la plus sûre, comme aussi la moins triste puisqu’on n’était pas privé de la vue du ciel.
Ce fut dans la latomie de l’Epipole que le vieux Denys fit, dit-on, enfermer le poète Plii- • loxène (a)-
Quant à la latomie connue sous le nom
(a) Ce nom rappelle le coorageuie réponse ; Qu'on me remine aujc earriirei.
Digiiized by CoogI l‘
iS Oreille de Denys , elle est immense; mais il ji’est pas vrai que Michel-Ange de Caravage , qui n’a jamais étd en Sicile, lui ait donné ce nom, (|Uoiqu’il soit parfaitement exact de dire qu’une portion fie cette singulière caverne rappelle la construction d’une oreille humaine : cette comparaison n’appartient même pas à Polydore de Caravage , quoique ce dernier ait habite Messine. Denys se sei’vait-il de ce lieu pour épier les soupirs de scs victimes? Voilà ce qui est aussi possible que peu certain. Ce labyrinthe immense, ces voûtes dans lesquelles joue et se perd la lumière, cette piscine taillée dans le roc vif, ces aqueducs qui partent de ce lieu pour porter toute une rivière de Tautre côté des latomies et au-dessus des théâtres , ces efforts de l’homme , cet écho si retentissant , tout frappe les sens et l’imagination. Ce lieu semble être le redoutable sanctuaire d’Endor : on y attend les paroles les j)lus effrayantes et les visions les plus fantastifjues.
J’ai déjà parlé de l’Épipole , de ces murs de Denys élevés en vingt jours ; soixante mille hommes et six mille bœufs se relevaient pour V travailler, même malgré les ténèbres. Ces
murailles réunies aux autres i’eiiiparts enveloppaient Syracuse d’une enceinte formidable de neuf lieues -de circuit. Les trois châteaux forts de l’Epipole, Euryale, Labdalc et Hexapyie, pouvaient contenir une garnison de cinquante, mille hommes. Euryale est au|ourd’!nii Belvedere Labdale est devenu Buffaloro , et Hexapyle a pris le nom de Castellaci.
J’allai dessiner les deux seules colonnes qui restent du temple de Jupiter Olympien. Cet édifice fut jadis l’orgueil à'Olijmpium , vaste faubourg de Syracuse; c’est là que les navigateurs allaient demander à Untis des vents favorables. La statue du dieu reçut d’Hiéron I."' im manteau (for; Denys, moins pieux, y substitua un manteau de laine ; enfin Verrès', scandalisant Syracuse, enleva cette merveille du ciseau grec, l’une des trois plus renommées de l’univers, pour en décorer ses jardins de Tusctdum (27).
Syracuse, tant de fois saccagée par les mains barbares des vainqueurs , a vu aussi des tremblemens de terre secouer , ébranler , enfouir ses plus nobles ruines. Ces plus grandes catastrophes eurent lieu dans les années 1100, 1542, 1693 et 1735.
C’est du milieu de ces décombres que fut tiré , il y a dix-huit ans , ce fragment de la statue de Vénus que j’ai soigneusement dessiné , et que M. Osterwald fera sans doute graver, comme une des plus précieuses reliques de l’art statuaire. Quel moelleux ! quelle souplesse ! Combien la Vénus de Médicis perdrait à être vue à côté de ce chef-d’œuvre ! Le sentiment de la vie, celui de la grâce , sont par-tout. Cette Callipyge est très-jeune ; sa gorge vient d’éclore ; et c’est la volupté elle - meme qui dessina le torse , les hanches, la ligne onduleuse et pure de la partie inférieure de cette belle figure.
Pourquoi cette statue ne serait - elle pas la Vénus Callipyge décrite par Athénée , Lampride et Archélaüs , et donnée aux Syracusains par Héliogabale , ou peut-être la statue élevée à la déesse de la beauté par deux jeunes Syracusaines? En se jouant au bord de YAnapus , elles disputaient un jour sur l’éclat de leurs charmes. L’onde transpai*ente du fleuve leur en révélait les plus secrètes perfections. Elles soumirent , dit-on , au jugement d’un jeune pâtre cette partie de leur corps qui est si admirable dans la statue que je viens de décrire. Cette imi-
tatiou de la scène gracieuse du mont Ida finit par l’hymen du berger avec la plus belle des deux soeurs. Elfes étaient riches , et elles se réunirent au pâtre pour consacrer par une statue et des parvis de marbre leur piété envers la Vénus Calüpyge.
Le musée de Syracuse renferme encore, outre une statue d’EscuIape, plus petite que nature et d’un beau style, découverte en 1803, un buste de Timoléon. On lisait jadis sur le socle de ce buste l’inscription suivante:
BXTINCTORI TVRANN1DI8.
Un gouverneur de Syracuse fit gratter cette inscription en 1618. Cette main vulgaire essaya d’outrager le vainqueur de Thrasybule. Le héros fut vengé : les expressions d’admiration dans toutes les langues couvrii'Cnt le socle de son buste. L’hommage de l’univers a remplacé ce grand nom.
Le musée de Syracuse offre aussi une multitude d’épitaphes, d’inscriptions grecques (28), recueillies pour la plupart dans les catacombes. La seule chose qui puisse consoler de ne pas connaître M. l’abbé Capodieci , directeur de cet
établissement, savant modeste et littérateur distingue , c’est la lecture de son ouvrage sur les antiquités de sa patrie.
J’ai assez dit, je crois, combien la moderne Syracuse raj)pelle peu celle des Théocritc, des Timoléon , des Archimède. Je voulus cependant , monté sur la cime de l’Epipole (a), juger, embrasser d’un conp-d’œil tout ce qui reste de l’ancienne reine de la Sicile. Q-uelques momens avant de forcer cette ville , Marcellus , rcgai-dant de ce même point la riche Syracuse, gémit , dit-on , de sa conquête. Le grand homme regretta son triomphe, et pleüra sur la chute de cette souveraine dcs.mcrs*^, dont la vieille puissance devait le lendemain succomber sous ses coups. Je dominais ainsi cette enceinte, dont la poussière fut du marbre , de l’airain, de l’ivoire, des pierres précieuses et de l’or : c’est là qu’elle - fut. Voici le mont Etna qui relTraya, la mer de ' Pélore <|ui lui amena tant de richesses et tant d’ennemis. J’aperçois m^me les lieux où furent ses colonies, Hxjbla, Hélore, Thapsos, Leontium, Mégare, Herbessus. Les fdles de Syra-
(a) Lieu élevé.
dise ne sont plus ! Ses ports sont abandonnés, et le promontoire de Plemmynnm n’est plus salué par les cris des matelots, n’est plus assailli ‘ par les nuages épais des flèches empoisonnées de Carthage.
Fatigué des soins d’un cicerone qui me poursuivait de ses bâillemens et m’assommait de ses révérences et de sa conv'ersation stérile , j’éprouvai un sentiment de bien-être lorsque j’eus quitté l’errceinte fermée de cinq portes qui vous retient prisonnier dans les murs de Syracuse. .Fobéis à la mauvaise pensée de m’embarquer sur un speronara pour me rendre â Catane. L’air était embrasé; le sirocco devait me porter en peu d’heures , et nous nous épargnions la fatigue de faire quarante - deux milles sur le dos des mulets. Oubliant combien je suis mal avec la mer, je cédai à Ces considérations. A peine, à huit heures du soir, étions-nous sortis du port et couchés sur le pont de notre petite embarcation, que le vent tourna au gregale ( vent grec). L’équipage assura que le vent était faible, qu’il cesserait à minuit, qu’on irait à la rame. II en advint tout autrement; au point du jour nous n’étions qu’à trois milles de Syracuse , dont nous
eatendioiis encore les cloches. La mer étant agitée, notre équipage harassé, 'et nous tous •fort malades , on se réfugia dans un petit port connu sous le nom de la Tonnara (a). J’envoyai chercher des clievaux à Syracuse ; on me ramena des mulets de charge et une litière.
J’éprouvais beaucoup de répugnance à me placer dans cette singulière voiture, où je me trouvai tout de suite à merveille. Mes mulets avaient' le pas très-sûr: un homme achevai les guidait;' un autre à pied les contenait, ou les excitait parties cris variés , mais continuels. Ce monologue animé se composait de reproches ou d’éloges. ‘ .
La mauvaise foi , l’avidité de mes matelots faillirent m’empécher de quitter la Tonnara, où j’avais eu de la peine à débarquer , parce que le garde sanitaire n’était pas à son poste. Un ecclésiastique qui se trouva par hivsard sur 1e rivage , prit sur lui de lire de quinze pas notre patente , et de s’assurer que nous n’aiTivions pas del^unis. n interposa son autorité, et mit beaucoup*. 4e bienveillance à me débarrasser des criai!l^^|jde
(a) Ainsi ncmiinc à c«asc de U pécbe du thon, dont les fermiers habitent ce lieu : on y a construit de grands magasins où se fout les salaisons préparatoires.
nos marins , en fixant le prix de la traversée. Un besoin de procès et de discussions fait le fond du caractère du peuple sicilien , dont la cupidité m’a fait regretter mille fois les Grecs , les Hébreux et les Arabes; Etes-vous obligé de tirer dé fargent de votre poche , de le remuer dans votre main, chacun accourt', un groupe étranger à vos affaires se forme, se grossit, vous presse, vous harcèle , et dévore des ÿeux là monnaie dont il né peut pas s’emparer.
Poureuivi par cette triste pen.sèc , je me rappelais, malgré moi , (|ue cette île fiit long-temps esclave, et je regrettais de trouver encore ch’ez quelques-uns de ses habitans la ti*acc de la chaîne qui fut traînée parleurs pères. Rien n’est plus insupportable que les louanges , les admirations improvisées et les continueHes attentions dont on vous poursuit en Sicile. Vingt personnes s’empressent à -la -fois pour que rien ne vous heurte, pour vous aidèr à descendre un escalier, pour chasser avec fureur une mouche qui court sur le collet de votre hahit , ou un chien qui se trouve sur votre passage. Comme M.""' de Sévigné prétendait que le langage des précieuses la jetait dans des grossièretés , l’obséquiosité
m’inspirait du goût pour tous les visages rébarbatifs; c’eût été chez ceux-là que j’aurais cherché à reconnaître les descendans d’AgathocIe et . de Timoléon.
Le sentier appelé pompeusepient chemin de Catane est tellement rocailleux et impraticable, qu’on traverse , pour Téviter , des champs immenses couverts de chardons. Quelquefois , suivant de petites rivières , on passe sous des oliviers, derf grenadiers, entremêlés de chéries et efilaccs de grandes vignes sauvages. La main de riiomme ne paraît nulle part, et ce vieux pays reprend l’aspect d’une terre vierge et inconnue.'
Ce désert, couvert de solanum épineux , de térébiuthes, de mauves de dix pieds de haut, Sagnus-castus et de lauriers-roses , nous conduisit jusrju’à un bois d’oliviers qui couvre une vaste colline» C’est du sommet de ce lieu qu’on aperçoit tout le développement du mont Etna ,* ses principîdes éruptions tracées sur ses flancs , Messine, Taormine, Catane, la mer et les montagnes de la Calabre; on a sous les yeux le cours du Symèthe , si célèbre chez les poètes par fenlèvement de Proserpine: c’est à son embouchure que s’élevait jadis Tantique Morgantium , dont
on ne trouve pas une seule pierre. Nous descendîmes à Agnoni, pauvre masure qui appartient au prince de Palagonia. Après une Iialte d’une heure , nous reprîmes le chemin de Catanc. Quand la nuit survint, toute la côte était couverte de feux de joie. On célébrait la solennité de la Fête-Dieu , et nous aperçûmes de loin^ le Feii d’artifice de Catane. Sa lumière rougeâtre nous rappela les terribles incendies de cette cité reconstruite chaque siècle sur les ruines de celle qui avait été dévorée par TEtna.
Nous arrivâmes à neuf heures du soir à Catane : cette ville , fortement remuée par un trem- ' blement de terre il ÿ a environ deux ans , a été forcée d’étayer ses principaux édifices. Des poutres traversent les rues , et ces tristes précautions gâtent Teffet des plus beaux moniimens.
On croit que les Tyriens trafiquaient avec Catane avant efen être les' maîtres. Us en furent dépossédés par les Sicules,.qui le furent à leur tour par les Chalcidiens, sept ans après la fondation de Syracuse.^
Nicias fit le siège de' Catane ; Alcibiade , qui servait dans l’armée athénienne , ayant obtenu la permission de pénétrer dans la ville et de
parler seul au peuple , les gardes quittèrent les murailles pour l’entendre , et Nicias s’empara de la ville. Plus tard Catane fut msée par Dcnys. Devenue romaine l’an de Rome 849 , elle subit depuis le sort de la Sicile. Les Goths et les Vandales la dévastèrent ; les Grecs du Bas-Empire l’arrachèrent aux Latins, qui la reprirent. Brûlée par les Sarrasins, prise par Roger, saccagée par Frédéric II, c’est à son admirable situation qu’elle devait ’ toujours les nouveaux habitans (jui venaient s’y établir; son commerce et la richesse de sou territoire relevant ses palais. Cicéron l’appelait locttples , honestum,
copiosam. Pline cite comme une preuve du luxe de, Catane l’horloge enlevée à cette ville et qui fit l’étonnement de Rome. Charondas y reçut le jour et lui donna des lois ; Stésichore , exilé d’Himèi'e , y trouva un asile ; Xénophane de ‘ Colophon y acquit le droit de cité.
Ce fut lorsque féruption de l’an 631 de la fondation de Rome la réduisit en cendres., que deux jeunes citoyens de Catane offrirent un si bel exemple de piété filiale à leurs concitoyens fuyant les flammes et chargés de leurs richesses : Amphinome et Ànapis n’emportèrent que leurs
vieux pareils. Des statues , des médailles , consacrèrent cet acte de la plus touchaate vertu.
La lave consuma de nouveau Catane en 1669 ; un affreux tremblement de terre Facheva en 1673 : dix-neuf mille de ses habitans furent victimes de ce dernier désastre. On avait enfin commencé à la reconstruire sur un plan vaste et imposant (29); mais les travaux , qui se poursuivaient avec ardeur, viennent detre ralentis par les dernières secousses qui ont lézardé d’unç manière effrayante presque tous les monumens publics.
La situation de Catane rappelle celle de Portici ; cette ressemblance exacte est à-la-fois triste et gracieu.se. Toutes deux placées au > pied d’un volcan, toutes deux baignées par la mer, construites sur plusieurs couebes de ruines et de laves, ces villes subiront peut-éti’e encore le sort le plus funeste. Mais là , comme à Portici , sont emportées par le vent ces terribles paroles : Pos^ teri, posteri, vesira res agitur. ■ n
Catane , toujours menacée dans l’ordre naturel , jouit dans l’ordre moral d’une paix profonde : sa population a horreur du trouble; elle aime , elle veut, tout ce qu’aimaient, tout
ce que voulaient ses pères; une partie du bas peuple vit même aux dépens des abus, et travaiile à les perpétuer , comme les mendians de Rome cbercbent'à entretenir leurs plaies.
Jamais ce pays ne fournit plus de moines ; »
jamais ils ne furent plus riches, et l’éclat de leur embonpoint fait des serviteurs de Dieu en Sicile une caste d’élus, qui seraient trahis par le coloris de leurs joues , s’ils tro(juaient leur froc contre yn habit civil. Cet heureux équilibre de santé et de repos inspire ordinairement à ces moines un grand esprit de tolérance ; ils ignorent ou pardonnent toutes les hérésies. Cependant, chez . les ordres plus austères , on rencontre souvent des imaginations qui s’exaltent dans la retraite. Quebjucs cénobites sèchent, jaunissent; leurs yeux noirs, pleins de feu , s’embrasent encore de toutes les ardeurs de la pénitence. L’indulgence est plus rare chez ces derniers, qui semblent offrir l’idéal du fanatisme.
Je me plaisais à voir cha<|ue jour le prieur des Bénédictins se promener eu calèche et sourire en passant avec un petit geste tendre à ses uinî^-oi) à des moines qui prenaientxdes
glaces, assis devant la porte d’un café. ,
Lès Bénédictins de Catane habitent un véritable palais , ouvrage de rarcliitecte Contini ; nous en dessinâmes l’escalier de marbre , qui est de la plus haute magniticence : l’église est vaste, somptueuse ; les tableaux de Tofanelli et de l Cavallucci qui la décorent , sont très-inférieurs à leür réputation ; un orgue excellent y accompagne les offices. Les Bénédictins possèdent un grand jardin, un musée plein d’intérét (30). Rien n’est moins inquisitorial que leur" doctrine , et^ • rien n’est plus poli et plus alTable que leurs manières envers les étrangers. Ils attendaient alors •la visite du père pro^vincial, qui ne les menaçait sûrement pas d’une réforme ; car • les cuisines du couvent étaient dans un mouvement qui ne pouvait être comparé qu’à celui de leurs pourvoyeurs. .
On croit que Catane contient soixante mille habitans. Quoique ses fabriques d’étoffes de soie lie puissent soutenir la comparaison avec celles de Lyon, elles sont neanmoins une des parties de findustrie que le commerce sicilien exploite avec le plus de succès. Le port de Catane exporte aussi des cuirs, des laines, des colliers d’ambre jaune, du blé, du soufre et du vin en. as^'z grande
(juantité. L’agriculture est encorne plus négligée ici que dans tout le reste de la Sicile. Les oliviers, livrés à cux-mémes, ne sont jamais taillés, jamais cultivés : aussi ces arbres élevés, touffus, neproduiseiit-ils que fort peu de fruits. Le vin est mal fait; les blés sont étouffés par les plantes parasites qui dévorent leur substance. Quand on cherche à faire sentir aux Siciliens les inconvéniens sans nombre qui résultent d’une pareille insouciance, ils commencent par vous remercier, et finissent par ajouter : Che sachio? che^erve? [que sais-je? et à quoi cela sert-il?] Aussi rien n’est-il ternuné. Les forgerons battent le fer , assis le plus commodément qu’ils peuvent ; les maçons , coucliés sur un échafaudage , posent lentement une'brique mal cuite qui devient de la poussière le lendemain : on ne travaille un peu j)lus soigneusement <jue chez les prêtres , parce que l’enfer est là pour celui qui ne ferrerait ])as régulièrement une porte , ou qui négligerait une toiture.
S." Agathe règne à Catane, quoique le dernier tremblement de terre n’ait pas respecté son église. On lui en a rapidement et à grands frais construit une nouvelle. Le portail de ce monu-
DE, LA SICILE, ment est de mauvais goût ; mail^ il est enrichi des colonnes de granit qui décoraient le proscenium du théâtre antique. Dans cet édifice , qui a néanmoins une sorte de grandeur dont les Italiens ont toujours le secret, j’ai remarqué une détestable peinture à fresque qui représente le moment de la catastrophe de 1693, où toutes les communautés religieuses, contraintes de fuir devant la lave , s’embarquèrent à la hâte ; mais ce qui peut être vrai , et n’était pas assez héroïque pour être constaté , c’e.st que révê(|uc fut le premier à quitter le rivage en lui donnant sa bénédiction.
■L’itinéiaire du prince de Biscari enrichit Catane, sa patrie, d’une foule de monumens que j’ ai eu la bonne foi de chercher ; entre autres , un temple de Cérès, qui n’est qu’une jolie petite rotonde , peu digne d’un nom fastueux. Peu de personnes sont plus crédules que les antiquaires ] ils croient comme article de foi la tradition la plus vague , le préjugé le plus incertain. L'e moindre morceau de marbre devient ainsi un temple important ; et le plus petit travail réticulaire leur révèle sur-le‘-champ l’existence d’un amphithéâtre ou d’une naumarhie. ‘ ' -
li faut pourfiant être juste envers les habitans de Catane , et leur savoir gré des efforts qu’ils ont faits pour retrouver ies nionumens de leur magnificence passée : cette conduite'devrait stimuler notre émulation, à nous qui traitons si légèrement de barbares les peuples qui négligent ce genre de recherches. Ne laissons-nous pas dans l’oubli le plus profond cette ville d’Arles dont le sol renferme des trésors que le hasard seul y a fait rencontrer jusqu’à présent ? Ne né^ gligeonÿ-nous pas une fouille facile et d’un succès presque assuré, et cela au milieu de la seconde ville du royaume, à Lyon, sur le rivage même de 1a Saône ? -
Quoi qu’il en so^t , les Cataniens désignent sous le nom SOdéon un édifice dont la petite dimension peut en effet laisser croire qu’il était destiné aux exercices choragiques. Près de là , se trouvait un tliéâtre aussi spacieux que celui de Taormine, revêtu de marbre blanc, et dont tous les débris portent fempi'einte de la recherche élégante de la plus belle époque des ai*ts. Ce monument n’cst pas entièrement exhumé ; ses portiques extérieurs sont encore encaissés dans la lave, de telle manière. que leur couronnement
sert de base à plusieurs palais. Ou est cependant parvenu à pénétrer dans l’intérieur de la salie , .et à déblayer complètement les galeries circulaires qui conduisaient à f amphithéâtre.
Les eaux du fleuve Amenanus, qui enveloppaient autrefois les murs de Catane , et qui disparurent dans l’éruption de 1669, ont arrêté des travaux . curieux , dont les résultats seraient devenus d’un grand intérêt; je veux parler des haiiis antiques qui se trouvent sous l’église et la place de la cathédrale , à vingt pieds de profondeur. '
Ce Marcellus qui regretta sr vivement la mort d’Archimède et mouilla de larmes généreuses les lauriers qu’il venait de cüeillir à Syracuse « ce général dont Fexemple est apparemment si diflicile à imiter, voulut laisser un monument cliez les Cataniens et se faire pardonner ses triomphes. On montre 'encore le plan géométral d’un gymnase construit aux dépens de ce grand homme. C’est ainsi que les Romains, savaient imposer aux vaincus le tribut de, la reconnaissance. ^
Quelques ouvriers trouvèrent 'depuis peu , en creusant un puit», des voûtes, des travaux , qui
prometient ia découveiHe du grand 'cjrque de Catane. La dépense énorme qu’exigerait cette entreprise, l’a fait abandonner. Ce cirque avait,
• selon plusieurs écrivains, dix-neuf cents pieds de longueur sur trois cent quatre-vingt-dix de largeur ; des termes , des statues , des colonnes , décoraient la spina. Selon les auteurs du moyen ' âge , on ^ admirait aussi deux obélisques de granit, l’un surmonté d’une lune d’argent, Fautre couronne d’un globe de veiTe. Les statues de Cérès, de Cybèle , de la Victoii’e , celle de la Terre , due au ciseau de Mamurius , se réflédiissaient dans deux immenses canaux , le Nil et l’Euripe. Des cygnes , images de la poésife , se jouaient dans ces eaux qui rafraîchissaient un des jardins les plus vantés , les plus somptueux de la terre.
Quant à l’amphithéâtre , tous les matériaux en ont été à peu près enlevés dans le cour# des XII.' et xni.' siècles, pour senir à la construction d’édifices qui ne sont plus.
< Le petit-fils du prince de B* ** a fiérité de ses pères , qui furent de grands citoyens et les Mécènes de la science en Sicile , un musée qui ferait honneur à un souverain (31). Le plus hel
DK LA SICILE.
ornement de cette galerie est, sans contredit, un torse en marbre de Jupiter, trouvé par le grandpère du prince actuel dans les fouilles du théâtre de Catane. Nous vîmes dans ce même palais une belle collection de costumes qui date du XI siècle , et finit aux vertugadins et aux paniers de nos aïeules. '■
Quant aux camées et aux médailles, tout cela ,ne se voit pas plus que le prince. Un amour contrarié, un mariage à peu près forcé , ont inspiré , dit-on , à cet homme de quarante ans et d’une belle figure, un profond dégoût pour le monde. Le père et le grand-père du prince de B“* ouvraient leur palais' à une société choisie, aux voyageurs, aux artistes, et ils entreprirent souvent, dans l’intérét de leur pays, de longs et utiles travaux. L’éclat de cette existence, comparé à la tristesse de celle du prince de -B***, donne trop d’humeur à' ses compatriotes , pour qu’il soit permis de croire le mal qii’ ils disent de lui. Le fait est qu’il a une fortune considérable dont on ignore l’emploi, et que le soin de ses chevaux est la seule chose qui puisse le distraire de la société de ses gens d’affaires. Je dois ajoutèr que , sans avoir vu le
prince de B * ’* , j’ai trouvé en lui une grande politesse, une extrême complaisance, et que les lettres par lesquelles il m’a fait f honneur de me répondre sont celles d’un homme trèsobligeant .et de très-bonne compagnie.
Au reste, à Fexception de quelques maisons, ou plutôt de quelques personnes, et sur- tout des Gioëni, des Recupero , des Gemmelaro , les nobles siciliens se visitent peu , et ne se réunissent jamais pour des fêles ou de grands dîners. Les portes de leurs palais sont hermétiquement closes; et, quoiqu’ils soient fort loin de manquer d'esprit et d’instruction, ils placent ordinairement leur confiance dans un confesseur et dans un procureur qui font toutes leurs affaires. Leurs plaisirs consistent parfois dans la société intime d’un barbier qui coiffe les dames, rase le maître de la maison , et fait le soir leur partie de calabresella. Cet homme amusant , important, raconte alors les histoires de la ville, les querelles des confréries de pénitens , ou les conflits des processions. Il s’entend avec le confesseur pour les mariages des filles de la maison, pour les placemens d’argent, et protège les amours de fhéritiei’. J’ai rencontré cinq ou six
de ces Figaro , et j’aurais imaginé que Beaumarchais avait étudié les mœurs des Siciliens, quoiqu’on rencontre chez eux plus de don Basile que de comte Almaviva. Les moins sauvages entre les seigneui’s siciliens vont s’asseoir tous les jours , régulièrement , pendant deux heures, dans la boutique de leur épicier ou de leur marchand de drap , pour -y répéter d’éternelles plaintes sur une innovation faite dans l’administration, sur l’établissement du code ou l’imposition de la carta bollata.
Les grandes distractions des dames sont les prises d’habit de quelques pauvres jeunes personnes, bien nobles et bien tristes. Alors on tend l’église du monastère, on prêche, et les parcns et amis sont invités pendant quatie jours à manger des dolci (a) au parloir. L’ignorance de ces bonnes religieuses est telle, que j’eus bien de la peine à leur persuader que les Français étaient chrétiens. On eut par politesse l’air de me croire; mais on était loin d’être convaincu.
^ J’écoutai avec une grande patience Fhistoire de l’abbaye depuis sa fondation par le comte
(a) Mélange de inererirs, de gâteaux et de confitares.
Roger. Tout, ce que j'avais entendu dire des couvens de religieuses me persuadait que j’allais voir apporter des biscuits, du sirop; je mourais de soif. J’attendis, rien n’arrivait, les histoires ne finissaient pas ; je quittai enfin les bonnes religieuses , qui me promirent des prièi'os et- me sevrèrent de confitures.
Avouons ici que je fus encore moins heureux à Messine, dans un parloir charmant de Fabbaye de San-Gregorio : malgré ma révérence, la plus polie possible , et dès mon premier mot d’excuse , l’alarme fut au camp ; les causeries si anifnées cessèrent , le» voiles tombèrent sur les visages , on retira de petites mains blanches qui passaient entre les barreaux ; des volets se fermèrent , et je fis retraite , très-malheureux d’avoir troublé le seul plaisir vif des religieuses , celui de la conversation.
Aucun monastère en Italie ne m’a fait éprouver ces sentimens intérieurs d'admiration et de pitié que je sentis si vivement à Lyon , lorsque j’y passai pour me rendre en Sicile.
J’étais allé visiter une maison de campagne qui domine le vallon d’Ecully. Le soleil descendait entre deux collines, au bas desquelles
la Saône formait un lac éclatant de lumière.
Tout était fertile et riche dans cette campagne; tout était riant et prospère autour de moi. Une noce animait la maison où je me trouvais :
le vin faisait des heureux de tous les amis du jeune couple. A un demi-mille au-dessous de la terrasse où l’on dansait sous de grands arbres, des religieuses trappistes de la Val -Sainte venaient d’acheter un jardin et une maison délabrée. Travaillant elles-mêmes à' la construction d’une église, elles étaient isolées, solitaires, au milieu de la campagne la plus habitée et près d’une ville populeuse. Je suivais^ à Faide d’une lunette , le mélange des travaux si rudes et des prières si vives de ces êtres qui ne tenaient à la vie que par la souffrance. En effet , dans leure momens de i*epos, et à peu près tous les quarts d’heure , elles se prosternaient et s’anéantissaient devant Dieu. L’excès de la pénitence nivelait les âges , et imprimait aux traits de ces pieuses filles une parfaite uniformité d’expression ; éteintes par les austérités , le tombeau et la récompense semblaient les attendre toutes le même jour.
Les faibles restes de l’ordre de Malte sont confinés dans un couvent à Catane. Ces suc-
cesscurs des héros de Saint-Jeaç'd'Acre , de Rhodes et de Malte, sont rçÿetlus à la simplicité monastique. Un vieillard M^^ëctabie, M. le commandeur de RechignevoÎND, de la langue de France, eut Tobligeance de me montrer fa couronne et le poignard qui avaient servi au couronnement de Paul comme grand-maître de Malte. Voilà, avec Fcpée de d’Aubusson, ce qui compose leurs trésors. Sic transit gloria inundi. On leur fait espérer qu’ils obtiendront une île dans l’Adriatique ; mais le siècle a beaucoup détruit, et il ne fonde rien. Je crois même que l’île de Lissa leur a été proposée ; la difficulté serait de s’établir, de construire une église, un hôpital , des forts , des vaisseaux. Tous les intérêts sont changés ; les états chrétiens ont conclu des traités avec la Porte , et même avec les régences d’Alger et de Tunis.
Un vieux grand-bailli , lieutenant du grandmaître, se promène dans une voiture aux armes de l’ordre: on le prendrait pour un contemporain des la Valette et des l’Ile-Adam , dont il rappelle les vertus.