‹ Souvenirs de la vie littéraireChapitre 13 sur 24 · MADAME JULIETTE ADAM · texte numérisé non relu

MADAME JULIETTE ADAM

soir-Jà, je l'écoutai très respectueiisenunt, el ne lui demandai rien. J'attendis qu'elle fût de retour à Paris pour lui envoyer deux courtes nouvelles. Elle les publia avec plaisir et accepta ensuite régulièrement des articles de critique. Qu'elle soit ici remerciée, non seulement en mon nom et pour l'intérêt qu'elle voulut bien me témoigner, mais encore au nom de tant d'autres écrivains auxquels sa main a ouvert le premier chemin de la vie littéraire. Quand Mme Adam s'est intéressée à quelqu'un, elle ne l'a plus perdu de vue, et je ne crois pas que personne ait été oublié d'elle après avoir mérité son appui. Deux ans plus tard, elle m'appelait par dépêche pour remplir l'intérim du secrétariat de sa Revue, et, quand ce temps fut expiré, elle m'assura un traitement de cent francs par mois pour la publication d'articles critiques. Enfin le Secrétariat se trouvant libre, d'accord avec All)honse Daudet, qui m'avait recommandé auprès d'elle, elle m'offrit ce poste, que j'occupai jusqu'au moment où elle quitta la Revue pour la céder à MM. Bouniol et Gheusi.

Ce temps de trop rapide collaboration m'a laissé, comme à tous ceux qui ont vu Mme Adam à l'œuvre, le souvenir d'une femme extraordinaire, qui donnait nu travail de pro-

pagande patriotique et littéraire française toutes les forces de son intelligence et de son cœur. Elle n'a jamais renvoyé un manuscrit sans l'avoir lu. Elle répondait ou faisait répondre à chacun. Elle corrigeait de sa main les articles à retoucher ou à refondre, et elle trouvait en même temps le moyen de recevoir de quatre à six, d'écrire dans chaque numéro son substantiel article sur la politique extérieure, et d'organiser régulièrement, boulevard Malesherbes, des réunions d'une centaine de personnes. Un pareil surmenage faillit plusieurs fois compromettre sa santé. Elle se réfugiait alors à la campagne, chez des amis de Marseille. Mais son labeur la poursuivait et elle échappait difficilement à cette obsession. C'est ainsi que, lisant, corrigeant ou écrivant, Mme Adam est arrivée à l'âge de quatre-vingt trois ans, sans que la vieillesse ait ralenti son infatigable activité. Chez elle ou chez des amis, elle n'a jamais souffert que quelqu'un l'aidât à faire sa chambre. Mme Adam a présidé à Gif des réunions aussi brillantes que celles du Boulevard Malesherbes, qui furent célèbres et où il y avait un théâtre pour donner des conférences et jouer la comédie.

On n'attend pas de moi un portrait en pied

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