MADAME JULIETTE ADAM
de Mme Adam, ni que j'upprécie en quelques mots trop rapides le rôle et les idées qui firent d'elle, à une certaine époque, une des personnalités les plus en vue du monde républicain. De toutes les qualités qui expliquent son influence, la plus personnelle, la plus précieuse, celle que nul ne lui conteste, c'est la foi patriotique, le don de vigilance et de prévoyance, le sentiment qu'elle eut toujours des nécessités que commandaient l'intérêt et l'avenir de la France. Elle a lutté pendant des années, non pas pour devancer l'heure d'une attaque aventureuse, mais pour préparer la véritable Revanche, celle qui devait être soutenue par de sérieuses alliances. Aux dons naturels de délicatesse et de sensibilité qui brillent dans ses écrits, Mme Adam joint la raison et la solidité d'un esprit mâle. Patriotiquement et politiquement Mme Adam fut un homme. Elle crut loyalement qu'on pouvait faire en France de la politique d'impartialité et de raison; elle crut qu'on pouvait fonder une République sans persécution religieuse et sans l'article 7; et ce fut justement cette attitude de principes qui la contraignit à rompre avec un parti voué depuis Jules Ferry à la surenchère anti-religieuse ou socialiste. Elle devint impopulaire auprès des radicaux, mais c'est elle qui a eu
raison contre eux. Elle a eu raison de signaler le péril allemand au dehors et l'intolérance politique au dedans. Mme Adam s'est expliquée là-dessus dans ses Souvenirs, qui sont une œuvre documentaire très élevée de ton et de sujet. Elle n'a pas abusé des anecdotes. Elle en avait -pourtant d'intéressantes à raconter, celle-ci, notamment, qui me revient à l'esprit :
Je lui demandai un jour comment elle avait connu George Sand, avec qui elle était très liée. « C'est bien simple, me dit-elle. Quand je me .suis présentée chez elle, je songeai à ses livres, que j'avais tant lus, et je me mis à pleurer, et elle aussi pleurait, et nous nous sommes embrassées. i) C'était à peu près de cette façon que la grand'mère de George Sand avait fait la connaissance de Jean-Jacques Rousseau, quand le sauvage philosophe consentit enfin à venir chez son mari. « Ma toilette finie, dit-elle, je vais au salon, j'aperçois un petit homme assez mal vêtu et comme renfrogné, qui se levait lourdement, qui mâchonnait des mots confus. Je le regarde et je devine; je crie, je veux parler, je fonds en larmes. Jean-Jacques, étourdi de cet accueil, veut me remercier et fond en larmes. Francueil