‹ Souvenirs de la vie littéraireChapitre 17 sur 24 · M. JEAN AICARD · texte numérisé non relu

M. JEAN AICARD

aurait dû écrire un livre sur la mort. Il eût fait un chef-d'œuvre.

Mme Adam a eu deux lilleuls littéraires, qui furent ses iilleuis préférés : Pierre Loti et son ami Jean Aicard.

J'ai connu Jean Aicard vers 1890, Je vivais alors dans une petite ville située à une cinquantaine de. kilomètres de la maison de campagne où l'auteur de la Chanson de l'Enfant passait ses vacances et qui n'était pas très éloignée de la Villa Mimosa, habitée par Montenard et sa famille une partie de l'été. Nous allions quelquefois avec le grand peintre Provençal rendre visite au solitaire de La Garde. Je n'oublierai jamais ces belles promenades dans les collines, sous le bleu remous des oliviers, dans les pins sonores où les vers du poète, lancés à pleins poumons, se mêlaient aux exclamations du peintre, extasié devant Un pan de mur ou un cyprès solitaire.

Une voix admirable, un vrai talent oratoire et surtout un extraordinaire entrain méridional ont donné à Jean Aicard une séduction à laquelle n'a résisté aucun de ceux qui Font connu d'un peu près. Il a cependant bien des ennemis littéraires, surtout parmi les jeunes.

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On ne lui pardonne pas d'être l'homme de l'improvisation. Aicard ji'a jamais travaillé et ne s'en cache pas. Je l'ai supplié cent fois de mettre en valeur par l'effort et la retouche les qualités d'imagination et de verve que lui a prodiguées la Nature. « C'est inutile, disaitil. Je ne peux pas. Il faut me prendre comme je suis. » Aicard écrit ses romans d'un seul jet, la plupart du temps dans son lit; les pages se succèdent, il change quelques mots et le livre est fait. Au Moyen-Age, il eût chanté, lyre en main, dans la cour des vieux manoirs, ou assis aux tables des châtelains hospitaliers. N'at-il pas parcouru la France en lisant ses propres vers? Aicard est un Nomade. Il parle sur les estrades; il préside les fêtes officielles; c'est le poète républicain et laïque. Comment ce rôle n'indignerait-il pas les esthètes?

Ce qui est remarquable, c'est que Jean Aicard connaît cette hostilité, ne s'en plaint pas et n'a jamais dit du mal de personne. Continuant sa carrière facile et vagabonde, il s'est fait le long de la route des amis fidèles, comme Pierre Loti, l'auteur de Pêcheur d'Islande, véritable Pylade de ce pacifique Oreste. A l'heure du péril, de l'aide à donner. Loti accourt. Il s'était juré qu' Aicard serait de l'Académie : il a tenu parole. Rien n'a pu alté-

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