‹ Souvenirs de la vie littéraireChapitre 23 sur 24 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jules IVIary et le roman-feuill£ton. — Les OPINIONS de Rémy de Gourmont. — Un correspondant ORIGINAL.

Il est rare, lorsqu'on tient une plume, qu'on, n'ait pas éprouvé, au moins une fois, la tentation d'écrire un grand roman qui serait en même temps un roman littéraire et un roniau feuilleton. On ne voudrait pas cependant entreprendre une telle œuvre sans être sûr qu'elle sera publiée; on souhaiterait qu'elle vous fût commandée officiellement. C'est ce qui m'arriva. M. Touchard, l'administrateur du Petit Parisien, ayant lu un de mes romans : L'Impos^ sihle pardon, me fit indirectement demander par notre ami Chouart, qui dirigeait le Supplément illustré de ce journal, si je consentirais à lui donner un roman dramatique qui ne fût pas tout-à-fait un roman populaire.

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J'allai voir M. Touchard. Il me reçut aimablement, on discuta le projet et il fut convenu que j'apporterai d'abord un plan détaillé scène par scène. Je mis un mois à faire ce plan. M. Touchard 'le lut et me demanda de vouloir bien rédiger les deux premières mille lignes; après quoi on signerait le traité. Je fis les deux mille lignes et on signa le traité. Le roman devait avoir plus de 40.000 lignes et m'être payé à raison de 30 centimes la ligne, soit 13.000 frs, payables la première moitié à la remise du manuscrit, la seconde moitié à la fin de la publication. Les choses ainsi conclues, je commençai mon travail et, à raison de six pages par jour, je mis un an à écrire ce roman, qui parut sous le titre : L'Affront, et dura près de cinq mois, du 19 Juillet au 14 Décembre 1908. Je dois dire que le Petit Parisien ne renouvela pas avec moi cette tentative. Mon oeuvre ne séduisit que la moitié des lecteurs. Elle n'était pas assez dramatique et il y avait encore trop peu d'aventures. Je donne ces détails parce que je crois qu'il est intéressant de savoir comment on débute et comment on échoue, quand on veut faire du roman-feuilleton qui ne soit pas une pure absurdité. Ce genre de production demande une façon d'écrire dont l'ineptie n'est pas à la portée de tout le monde.

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