‹ Souvenirs de la vie littéraireChapitre 29 sur 44 · V. Fierté et orgueil d'un maître d'études avocat stagiaire · texte numérisé non relu

V. Fierté et orgueil d'un maître d'études avocat stagiaire

VI. Les deu.v Sainte-Barbo : l'une rue de Reims, l'autre rue des Postes. VII. Vive l'empereur! vive le roi! Eh bien . messieurs! VIII. Les artilleurs en herbe; formidable insurrection de quelques élèves.

IX. Godcfroy Gavaignac littérateur. Souvenir [)iécieu.\. qu'il me donna.

GODEFROY CAVAIGNAG

<c J'assume sur ma tète toutes les con- « séfjuences de notre insubordination. — « Seul j'ai 6l6 le chef de cette révolte; « j'ai entraîné mes camarades. — Indulcc gence donc pour eux. — Quant à moi, « je me soumets entièrement à votre juste « sévérité. »

( Lettre de Godefroij Cavaiijnac à M. de Lannean.)

« GodelVoy Cavaif^nac avait l'àme d'un « chevalier et le tempérament d'un martyr. » {Emile liarraull.)

SOUVENIRS U E AI A JEUNESSE ( l 8 1 0 A 1818).

,1(; 110 puis ino tlôrcii(lrc> d\\\\ hiiMi vil' stMilinu'iit tU> hoiilicui' ou l'opoi'hinl aujoiii'd'liiii iiios souvoiiirs (apros (pio ciii piaiiliî-liuiL iiivors ont hlam'liiiiia lôlc) sur lôpoipio ou jo n'avais (pic (lix-neul' ans.

,Io suis hcui-ou\ oncoro lorsipiejo soni^o à cos ju-oniioros anuôosdo ma jcunosso, passées au milieu d'un vaslo pai'allol()L;'i';unnu> ipu' Connaionl, do d(Mi\ côtrs, do liaulos muiaillosd'uno à l'ouosl, laulro au midi di> la itrisou do M onlaiL;u ; dos doux auli'os c; (os, doux i'anL;o(>s di' vieilles ol hautes maisons, l'une au nord, l'aulro au sud, loloul soi)aro nu miliiui parun inunenso bâtiment à ointjélayes. ayant vue

232 PORTRAITS d'auteurs.

ainsi sur deux gTancles cours. L'édifiée renfermait le cabinet du directeur, et la comptabilité au rez-de-chaussée; l'appartement de la famille de Lanneau et l'infirmerie, au premier; au-dessus, de vastes pièceê servant de dortoirsaux élèves de rhétorique, de philosophie et de mathématiques.

Dans cette vaste enceinte, tour à tour paisible, studieuse et bruyante, où ils se renouvelaient partiellement chaque année, ont passé des enfants venus de toutes les parties du globe, dont plusieurs sont devenus des hommes célèbres; les uns ont conquis d'honorables positions dans la diplomatie, le barreau, la magistrature ; d'aiitres, dans les belles-lettres, les sciences, les arts, l'industrie; et partout et toujoiu'sils se sont montrés les dignes enfants du Collège do Sainte-Barbe.

Oui ! j'étais heureux alors avec mes dix-neuf ans, sans souci du jour ni du lendemain, mes regards n'embrassant jamais rien au delà du présent, et pour moi l'avenir étant un mot vide de sens. Je n'avais, à cette époque, ni désirs, ni passions ; j'étais constammant vif et alerte ; demes jarrets d'acier, je franchissais, plusieurs fois par jour, en chantant, les cent vingt marches qui séparaient du sol ma modeste chambrette, située au cinquième étage, au-dessus des cuisines et des réfectoires; un vrai nid d'étudiant, perché sous les combles, et dont l'ameublement primitif se composait d'un lit très-dur il est vrai, mais sur lequel je dormais du sommeil des justes, d'une petite table en sapin, peinte en noir, de deux vieilles chaises dépareillées et de trois tablettes en planches abruptes, clouées contre le mur dénué de tapisserie , supportant de fidèles amis, quelques volumes de mes bons vieux auteurs. De mon unique fenêtre, s'ouvrant au-dessus des toits, sur la rue de Reims, mon œil plongeait dans les cours et les bâtiments du Lycée Impérial.

Cette chambrette était pour moi un véritable eldorado!

Cœur chaud, ardent, généreux, enthousiaste; imagination vive et prompte à s'enflammer ; redoutant les reproches, susceptible à l'excès, je sentais un sang par trop méridional brûler assez fréquemment mes veines ; mais je goûtais, j'appréciais d'autant plus ma modeste félicité, que mon enfance s'était écoulée dans les privations, les chagrins et les larmes !

Ce bonheur, pur et sans mélange, dura deux ans !

Chaque mois de travail me rapportait soixante-deux francs cinquante centimes , plus une vingtaine de francs provenant de la vente des vieux papiers barbouillés par les élèves. J'étais confortablement nourri à la table particulière des professeurs, blanchi, logé, éclairé, chauffé

De tels avantages, on en conviendra, étaient immenses pour un jeune homme. Eh! bien, je le confesse, je ne pouvais, malgré tous mes efforts, réussir jamais à donner asile à la fois dans ma bourse à la valeur d'une modeste pièce de cinq francs.

Mais, va-t-on me dire, vous aviez donc des goûts bien dispendieux ou des vices bien cachés, pour engloutir ainsi tout votre argent?

Pas le moins du monde ! Ma toilette était des plus simples. Je n'avais, grâce à Dieu, aucun vice caché Plus

tard, j'expliquerai ce mystère qui vous semble incompréhensible.

Quoi qu'il en soit, malgré mes humbles vêtements, et bien (pic je n'eusse jamais le sou, j'étais heureux, je le répète, très-heureux même !

Un jeune maître d'études, qui était à pou près do mon C\gc, M. Lachaud, avocat stagiaire, vint mettre malhcureusomont un tonne à ma félicité.

Un jour, cette illustration future du barreau me proposa de l'accompagner chez son maître de danse , qui donnait un bal à ses élèves.

Î1S\ PORTRAITS d'auteurs.

Tout d'aliord je repoussai colle ollVc toute oljligeaute uvecciïi'oi ; mais le cher démon tentateur médit en riant :

— Venez donc, innocent que vous êtes! Vous verrez, ce soir, de jolies fillettes ; une d'elles pourra vous plaire et vous dégourdir, vous en avez bien besoin...

Parler de iillettes à un novice de vingt et un ans I C'était jeter de l'huile sur un brasier ardent...

Je suivis mon ami au bal...

J'allais jouer de sang-froid mon bonheur si pur et sans mélange !

Deux jolis yeux, appartenant au plus frais minois chiffonné, me fascinèrent ! Depuis lors, adieu mes songes d'or! Adieu mes paisil)les rêves !

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