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Tout d*aiioi'd je repoussai cette oftre toute obligeante avec effroi ; mais le cher démon tentateni* me dit en riant :
— Venez donc , innocent que vous êtes ! Vous verrez, ce soir, de jolies fillettes; une d'elles pourra vous plaire et vous dégourdir, vous en avez bien besoin...
l'arler de iillcltes à un novice de vingt et un ans ! C'était jeter de rtiuile sur un brasier ardent...
Je suivis mon ami au bal...
J'allais jouer de sang-froid mon bonheur si pur et sans mélange !
Deux jolis yeux, appartenant au plus frais minois chiffonné, me fascinèrent ! Depuis lors, adieu mes songes d*or! Adieu mes paisibles rêves !
COMMENT j'entrai A l'iNSTITUTION SAINTE-BARBE.
A peine échappé des serres de la conscription, j'étais arrivé do Bordeaux, ma ville natale, vers la fin de novembre 1811.
Je venais, comme tant d'autres, chercher fortune à Paris.
J'étais sans argent, sans ressources, sans amis. Mon instruction laissait beaucoup à désirer; je n'avais pu faire que d'incomplètes études au lycée du département de la Gironde.
Je no possédais, comme Alexandre Dumas, pour tout espoir d'avenir, qu'une belle plume, sur laquelle je comptais pour me procurer un emploi quelconque qui me permît do vivre du fruit de mon travail.
A quatorze ans, je donnais déjà des leçons de calligraphie, dont je n'encaissais pas le prix ; à seize, celle umijniliijue plume me valut l'honnçur d'être adjoint, au
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lycée de Bordeaux, à mon père, maître d'écriture en titre.
Dès lors, je fus ainsi tour a tour, dans cet établissomeutt élève et sous-maître. C'est-à-dire que je suivais les classes de latin tout en enseignant à écrire à une soixantaine de moutards.
Mon père était cet émiuent et célèbre artiste en calligraphie, qui a laissé dans cette spécialité une réputation justement acquise.
A récolc normale de Paris, il a formé un très-grand nombre d'instituteurs primaires qui, par ses le^rons et ses conseils, sont devenus d'excellents maîtres d'écriture. Il était le primus intcr pares^ il distançait tous les professeure de calligraphie de France. A Paris, les Brard, les Saint-Omer, baissaient pavillon devant cette plume élégante, légère, brillante et hardie.
Mais, venons-en à moi! et que je vous explique comment vous me trouvez, à cette heure, au collège de Saiiilo- Barbe !
Un jour du mois de février 1812, le hasai*d ou plutôt mu bonne étoile me Ht entrer rue Saint-Jacques, près de la place Cambrai, dans la boutique d'un barbier, désireux (ine j'étais de confier à son rasoir le soin de« dépouiller mon menton de quelques rudiments de poil follet ([ui commençaient à y poindre.
Tout en procédant à cette besogne, le digne Irator, (|u'on pouvait raisonnablement gratifier d'une bonne soixantaine d'années , encouragé sans doute par l'apparence modeste de ma personne, se mit à causer plus familièrement avec moi qu'avec tout autre chaland , et s'intcrrompaut tout d'un coup :
— Monsieur me paraît étranger ? me demanda-t-il.
— Oui, lui répondis-jo franchement, un naturel de la (jirondc n'étant pas, à cette époque, un t'rançais, surtout de la rue Haint-Jacqueg,
Et, confiant et naïf jeune homme, je me mis à conter à ce vieillard, dont la douce physionomie respirait la bonté, mon histoire, qui était fort simple. Je lui dis que, depuis prés de trois mois , je poursuivais infructueusement un emploi quelconque et que, bien que cela ne dût pas me surprendre beaucoup, puisque je ne connaissais persanne à Paris qui pût m'être utile, il n'en était pas moins certain que de jour en jour ma position devenait plus pénible, car je m'apercevais bien que pour mon père j'étais un fardeau
Mon bienveillant questionneur qui, les bras croisés, m'écoutait en silence, m'arrêta brusquement à ces mois:
— Ah! monsieur, me dit-il, est donc chez monsieur son père ?
— Oui, lui répondis-je.
— Et, sans trop d'indiscrétion, pourrâis-jo demander à monsieur, ce que fait monsieur son père ?
— Mais, mon père, monsieur, est le plus célèbre maître d'écriture de nos jom*s.
— Bah 1 vraiment ! Excusez-moi si je vais vous parler latin ; mais depuis trente ans que je rase des professeurs du quartier, j'ai réussi à manier cette langue à la façon des médecins de Molière, je vous dirai donc : talis pater, talis filius ?
Jq me mis à rire de bon cœur...
— Comme lui, répliquai-je, . on prétend que je possède une assez belle plume ; au lycée de Bordeaux, je donnais des leçons d'écriture.
— A merveille ! Connaissez-vous à Paris quelqu'un, enfin ?
— Non, mais mon père a pour amis intimes MM. Davignon, Dizambourg, do Villeneuve, artistes graveurs.
— Do mieux en mieux ! Les artistes que vous me citez là sont tout justement mes voisins et mes clients !