Sorte de jonos, petits et ronds
peut appeler ville ce ramassis de maisons bâties en terre, dont les rues étroites et fangeuses laissent voir une population étiolée et maladive. Là, comme toujours, comme partout, le Juif, avide de gain, a sa demeure et se mêle à toutes les transactions; c'était le premier ksour qui se trouvait sur notre route; notre séjour y fut de courte durée: nous allions reprendre notre marche vers Bou- Semroun, oasis située plus au sud, et qui refusait de payer le tribut.
Pour arriver à Bou-Semroun, Ton suit une vallée de sable d'une assez grande largeur. Des deux côtés se dressent des montagnes arides, et parallèlement à ces montagnes, laissant un espace entre le pied de la montagne et leur base, un soulèvement de rochers à la forme de coquille renversée. Un minaret vous avertit que vous approchez de la ville, cachée par une petite colline à tous les yeux. Du haut de la dune sablonneuse, ses jardins aux dix mille palmiers, enfoncés dans un étroit ravin de deux lieues de long, apparaissent comme un ruisseau de verdure entre deux rives de sable. Les habitants avaient pris la fuite ; mais sur le minaret l'on voyait briller les canons des fusils: c'étaient quelques fanatiques voulant mourir à la guerre sainte, et qui, pour se faire tuer, tirèrent sur la compagnie d'infanterie chargée d'occuper le ksour, La colonne bivouaqua au sud, passant entre la ville, et un marabout d'une architecture élégante. Qui avait pu le construire en ces terres lointainest Sans doute quelque prisonnier chrétien: les croix grecques incrustées dans les ornements nous le firent supposer. Le ksour ressem-
ble à une citadelle. Entouré par un large fossé, par de bonnes murailles en pisé, n'ayant que deux issues, Bou- Semroun pouvait braver les pillards, et dans ces ruelles étroites, dans ces maisons à deux étages, les marchandises, les grains et les richesses des tribus nomades se trouvaient en sûreté. Fort heureusement les habitants insoumis n'avaient point songé à se défendre, car il eût fallu la sape et la mine pour venir à bout de leur forteresse ; leurs portes ouvertes nous avaient permis de courir à leurs maisons, dont quelques-unes, celles qui donnent sur le ravin, sans doute la demeure des chefs, ont encore une certaine élégance. Notre bivouac et ses maisons mobiles avaient été établis près des jardins. Lorsqu'on avait descendu la pente abrupte, de Taridité, de la sécheresse, Ton se trouvait tout à coup transporté au milieu de la fraîcheuc, du calme, du repos, près de l'eau abondante et pure d'un ruisseau limpide. Là, chaque champ est entouré d'un mur en pisé solidement construit; là, une serrure en bois protège le brin d'orge de l'habitant du ksour, ses grenadiers, ses figuiers, sa verdure. Là s'élancent vers le ciel ces rachées énormes de palmiers dont les têtes se rejoignent dans les airs. C'était un parc magnifique pour nous reposer de nos fatigues, des jardins qui nous fournissaient des légumes frais, et l'orge verte pour nos chevaux, sans compter ces cannes de palmier que chaque fantassin s'empressa découper en souvenir de notre course du sud. A notre grande joie, on séjourna près de ces beaux lieux une semaine entière, et pendant cette halte nous avions cherché plaisirs et
amusements nouveaux. Le repos pour nous étail une fatigue; il nous fallait du mouvement. Aussi un soir, à son de trompe, comme sur une place de village, un grand steeple chase fut annoncé pour le lendemain dans les jardins de Bou-Semroun. Le général, la première autorité M. le maire de Vendroit fut invité, selon l'antique usage, à présider la fête. Tout le camp s'y rendit, les élégants à cheval, le modeste troupier, la canne à la main; une cantinière proclamée Reine de Beauté devait donner au vainqueur la belle paire de pistolets offerte par le général Renaud. L'enjeu était digne du péril, car jamais la croicD de Berny en ses beaux jours n'offrit de plus grandes difficultés : 2,400 mètres, aller et retour; murs, barrières, obstacles de toute sorte, rachées de palmiers dont il fallait se garer; enfin, après une muraille en pierre, im mur en pisé taillé de façon à ce que le cheval sautât à trois pieds de haut dans une ouverture qui ne laissait que juste le passage de son corps (pour le cavalier, il devait jeter ses jambes sur le cou du cheval, s'il voulait éviter les blessures) : tel était le terrain de la course. Tout se passa selon les règles : un membre du jockeycluby un véritable membre, nous cria le départ en anglais, et l'avalanche galopante franchit barrières et obstacles; mais, hélas ! il y eut plus d'une chute, et je vous assure que faire panache^ quand on va atteindre le premier le but, se trouver pris sous son cheval, la tête entre les jambes de derrière, de telle façon que, s'il n'était à moitié mort, au moindre mouvement il vous aurait cassé la mâchoire; puis voir pointer successivement tous les
autres chevaux dont les pieds retombent près de votre tête avant de franchir l'obstacle improvisé : c'est là une rapide et singulière émotion, qui a tout au moins le charme de l'imprévu. Tant tués que blessés, tout le monde se portait bien, et chacun de rire de ses mésaventures, chacun de s'égayer. Ainsi le temps passait rapide, sans souci, sans inquiétude: c'est assez dire que nous n'avions pas de malades, et que la colonne aurait pu supporter les plus rudes fatigues. Les oignons d'Egypte furent regrettés par les Hébreux dans le désert; l'on peut donc bien pardonner à nos soldats d'avoir aussi plus d'une fois soupiré au souvenir des petits oignons si tendres de Bou-Semroun, lorsquMl fallut remonter vers le nord, se diriger ensuite à l'est, enfin au sud, pour gagner l'Abiot- Sidi-Chirq, un village de marabouts célèbre dans le pays.
La pente du chemin était rapide. Enfin, au dernier col, un horizon immense s'ouvrit devant nous; à notre droite, les hautes crêtes des montagnes formaient une moitié de fer à cheval; à gaudie, cette chwne se prolongeait vers l'est. Au pied des montagnes, comme les réseaux d'un filet, se croisaient les dunes de sable. Cette houle jaunâtre allait se confondre avec l'extrémité de l'horizon dans une même ligne poudreuse ; face à nous une plaine de cailloux de deux lieues nous séparait des quatre villages des Ouled-Sidi-Chirq, reliés par leurs jardins aux frais ombrages. Devant ces grands espaces, le poids qui jusque-là, dans ce pays affreux, pesait sur nous semblait s'envoler, et nous éprouvions tous un
incroyable sentiment de fierté et de grandeur. Une mosquée, vénération des fidèles, occupe le centre des villages. Les chefs de cette importante tribu, dont Tinfluence religieuse s'étend sur tout le Sahara et jusque sur une partie du Tell, étaient venus au-devant du général pour lui .offrir leurs respects et Timpôt demandé.
Nous étions au 30 avril; depuis un mois, pas une nouvelle de France. A plus de cent vingt lieues de la côte, les sables du désert s'étendaient devant nous; c'était là, aux portes de ces contrées mystérieuses, que nous allions célébrer la fête du roi. Le soir, nos petits obusiers de montagne annonçaient la fête aux gens du sud, et le lendemain chaque soldat exerçait son adresse pour mériter les prix qu'offrait le général. Courses de chevaux, courses de sacs, tir sur les moutons, jeux de toutes sortes, comme pour une fête de village, se célébraient au milieu des gais propos et des rires ; chacun oubliait ses fatigues et ne songeait guère qu'il se trouvait si loin des siens et de la France. Deux petits nègrels, offerts en cadeau au général avec des autruches et des haïksy nous rappelaient pourtant que nous touchions au pays inconnu, et les grondements du tonnerre *, qui tous les jours, à l'heure de la prière (trois heures), se faisaient entendre, semblaient comme les échos de ces terres lointaines dont on raconte tant de prodiges.
U semble, en effet, que cette chaîne de montagnes qui
1. Par un phénomène singulier, tous les jours d'été, vers cette heure, U s'élève un coup de vent et un orage à TAbiot; il dure environ deux heures.
voit mourir à sa base les dernières vagues de la mer de sable, soit comme une barrière placée par la main de Dieu pour arrêter Thomme du nord, lorsqu'il tente de pénétrer dans les régions inconnues. Du haut de ces pics arides, s'ouvrant à peine d'espace en espace par d'étroits passages, le voyageur peut contempler ces solitudes et ces sables à qui la voix du Seigneur a dit comme aux flots de l'océan : Tu n'iras pas plus loin ; mais si le chrétien doit, pour un temps encore, renoncer à les parcourir, l'Arabe, sous la protection de la foi musulmane, ne connaît point ces obstacles, et chaque année, attirées par l'appât du gain, de nombreuses caravanes sillonnent le désert, suivant maintenant encore les routes dont nous trouvons l'itinéraire dans Hérodote.
L'Arabe, d'ordinaire impassible, éprouve ce sentiment l'inquiétude que tout homme ressent au moment de s'embarquer pour une longue traversée, lorsqu'il est sur le point de tenter une course au désert; c'est qu'en effet ces longs voyages ne sont qu'une longue traversée où, comme à bord d'un navire, la même organisa-^ tion, la même discipline, doivent triompher des mêmes périls. Là, comme sur mer, lorsque les passages sont plus dangereux, pour se garantir des corsaires, l'on attend qu'une autre caravane vienne doubler les forces, et alors toutes deux quittent l'oasis de refuge et sans crainte s'avancent de concert. Le respect, du reste, qui entoure le hardi voyageur au retour peut faire juger de ses fatigués et de ses dangers.
La voix impérieuse du chef avait donné Tordre du départ, et nous devions nous éloigner après avoir entrevu ces horizons sans fin ; mais le souvenir du désert et cette impression pleine de majestueuse grandeur que nous avions ressentie ne pouvaient s'effacer si vite. Bien souvent depuis lors, sous la tente des tribus nomades du Sahara, qui, dans leurs courses aventureuses, vont, comme le flux de la mer, frapper tantôt une rive, tantôt une autre, nous avions interrogé ces routiers des solitudes. Un jour entre autres après que le repas de Dieu eut rassasié les voyageurs, un vieux pilote du désert avait commencé un long récit; mais Theure du repos était venue avant que sa parole eût achevé de nous apprendre ce pays, La guerre et ses hasards de chaque jour nous séparèrent le lendemain, et depuis, pour chacun, il est arrivé ce qui était écrit, nous ne nous sonimes jamais revus. Ce récit commencé n'avait fait qu'exciter ma curiosité sans' la satisfaire, lorsque dernièrement je lus un livre qui n'était autre que la relation du vieil Arabe i, recueillie par M. le colonel Daumas de la bouche d'un homme de même trempe. En lisant ce curieux journal de voyage, il me semblait entendre encore mon vieux conteur des hauts plateaux. J'ai pensé qu'après être venu avec une colonne française, à l'Abiot-Sidi-Chirq, l'une des dernières oasis du Sahara, vous trouveriez, comme moi, quelque intérêt à continuer
i . Le Grand Désert, itinéraire d*une caravane au pays des Nègres, par M. le général Daumas. — Paris, Calmann Lévy, éditeur, 3. rue Auber.
cette route avec le voyageur arabe, qui, s'enfonçant dans riatérieur du pays, vous mènera, après six mois de courses, de fatigues et de dangers, jusqu'au royaume d'Haoussa, à plus de huit cents lieues de la côte.
Tous les ans, de l'Abiot-Sidi-Chirq, où notre colonne s'était arrêtée, part une caravane qui passe par Mételli, et va jusqu'au Soudan. C'est la route suivie par le conteur arabe; mais, avant de nous y engager sur ses traces, il est bon de jeter un rapide coup d'oeil sur le pays que nous allons parcourir avec lui.
L'Afrique, du nord au centre, se divise en trois régions distinctes. La première, connue sous le nom de Tell ou pays des grains, monte, par des pentes constantes, jusqu'à la région des hauts plateaux. Celle-ci s'étend, sous le nom de Sahara, du Tell au désert, dont le niveau est à peu près le même que celui de la mer. Les hauts plateaux nourrissent de nombreux troupeaux de moutons, et, d'espace en espace, l'on trouve des oasis où s'élèvent des villes fortifiées, dépôts de grains et de marchandises des tribus nomades. A l'est des oasis de la province d'Oran, commence le pays des Beni-Mzab, qui renferme sept villes importantes ; ce sont les entrepositaires de tout le commerce du sud, et, au dire de
la tradîtioD, les descendants des Mogabites. Le fait est que presque tous ont les yeux bleus et les cheveux blonds ; leur langage aussi diffère de celui des Arabes. Schismatiques, puisqu'ils n'appartiennent à aucune des quatre sectes musulmanes autorisées, la sévérité de leurs mœurs, leur union, leur bonne foi, n'en sont pas moins célèbres, et, grâce à leur activité, la plus grande partie du commerce d'échange passe par leurs mains.
Au sud de ces plateaux du Sahara, parallèles au Tell et à la mer, commence la troisième région de l'Afrique, le désert, non pas ce désert de fantaisie que se figurent nos imaginations françaises, — du sable, du sable et toujours du sable, — mais des plaines immenses, où le regard se perd, des plaines sans eau, ^ns bois, ou plutôt n'ayant de l'eau qu'à certains points qui deviennent forcément le lieu de la halte. Sans doute on y rencontre des sables, et souvent ils s'étendent au loin, balayés par les tempêtes : ils prennent alors les formes les plus bizarres, et reçoivent tantôt les noms de veinesj tantôt celui de fikts^ selon l'apparence que leur a donnée le caprice des vents; mais là aussi l'on trouve des oasis, des contrées entières, comme la grande oasis du Touat. Au delà de ces immenses plaines s'élèvent des montagnes aussi fertiles que nos montagnes du nord : c'est le pays des Touaregs, les flibustiers du désert; enfîn, de Tautre côté des montagnes, on découvre la terre du Soudan, la terre des Nègres, d'où l'on raconte tant de merveilles. Tel est le pays, en tirant une perpendiculaire depuis Alger jusqu'à Kachna, à plus de huit cents lieues
de la côte ^ — Le royaume d'Haoussa, dont Kachna est la capitale, a été conquis, il y a trente ans environ, par une race blanche musulmane, nommée les Foulanes; ainsi, par un singulier retour, tandis qu'une puissance chrétienne établit sa domination dans les contrées du nord, l'islamisme impose au centre de l'Afrique sa religion et ses armes.
La caravane, guidée par l'Arabe Cheggueun, était partie de Metelli, à neuf jours de marche de l'Abiot- Sidi-Chirq, celte oasis où s'était arrêtée la colonne française; elle se mit en route au mois d'octobre, traversa les grandes oasis du Touat, le pays des Touaregs, €t arriva enfin, vers le mois de mars, dans le royaume d'Haoussa, au pays des Nègres. Cheggueun, son conducteur et l'historien du voyage, commence par nous donner quelques détails sur l'organisation de la troupe qui va entreprendre, sous sa direction, ce long pèlerinage.
a Dans le Sahara, nous nommons khrebir le conducteur d'une caravane, car ces flottes du désert ne se hasardent point sans chef, ainsi que vous le croyez, vous autres chrétiens, sur notre mer de sable, qui, comme l'autre, a sa houle, ses tempêtes et ses écueils. Chacune d'elles obéit passivement au maître qu'elle s'est donné; il ji sous lui des chaous pour exécuter ses ordres, des chouafs (voyants) pour éclairer le pays, un écrivain pour présider aux transactions..., un crieur public pour faire les annonces, un moudden pour appeler à la prière9 un iman enfin pour prier au nom des fidèles.
i . De l'Egypte au Darfour, qui se trouve à peu près à la même hauteur du côté est de l'Afrique, il semble que le pays présente le même caractère. M. Théodore Pavie a donné dans la Revue des Deux Mondes (livraison du i" janvier 1846), une curieuse analyse du voyage au Darfour du Cheik-el-Tounsl .
» Le khrebir est toujours un homme d'une intelligence, d'une bravoure et d'une adresse éprouvées : il sait s'orienter par les étoiles; il connaît, par l'expérience des voyages précédents, les chemins, les puits et les pâturages, les dangers de certains passages et les moyens de les éviter, tous les chefs dont il faut traverser le territoire, l'hygiène à suivre selon les pays, les remèdes contre les maladies, les fractures, la morsure des serpents et les piqûres du scorpion. Dans ces vastes solitudes où rien ne semble indiquer la route, od les sables souvent agités ne gardent pas toujours les traces du voyageur, le khrebir a pour se diriger mille points de repère : la nuit, si pas une étoile ne luit au ciel, à la simple inspection d'une poignée d'herbe ou de terre qu'il étudie des doigts, qu'il flaire et qu'il goûte, il devine où l'on est, sans janaais s égarer. »
Tel doit être le khrebir d'une caravane, tel est Cheggueun. La caravane peut se confier à lui, il est marié trois fois : — dans le Touat, à Insalah, — chez les redoutables Touaregs, comme à Mélelli, à Tautre extrémité de la route. 11 est jeune, grand et fort : c'est un maître du bras; son œil commande le respect, et sa parole prend le cœur ; mais si dans la tente sa langue est douce, en route il ne parle qu'au besoin et ne rit jamais. Allons, hardis compagnons, laissez-vous entraîner par les récits de Cheggueun; croyez-le lorsqu'il vous dit : « Le Soudan est le plus riche pays du monde ; un esclave n'y vaut qu'un burnous; l'or s'y donne au poids de l'argent; les peaux de buffle et de bouc, les dépouilles d'autruche, le sayes * et l'ivoire s'y vendent au plus bas prix; les marchandises des caravanes y centuplent de valeur. Vous êtes des fous, ô mes enfants,
i . Étoffe de cotonnade fabriquée par les Nègres.
de VOUS arrêter à Timi-Moun *, beau voyage, long comme de mon nez à mon oreille ! Voulez-vous être riches ? allons au pays des Nègres. Souvenez-vous que le prophète a dit :
a La gale (des chameaux), son remède est le goudron, . » Gomme la pauvreté, son remède est le Soudan. »
Comment résister à l'amour des aventures, à l'appât des richesses? Malgré tous les dangers inconnus, la caravane s'organise, et chacun de ceux qui la composent va d'abord chercher des marchandises d'échange aux entrepôts des Beni-Mzab ; puis, revenu avec la charge de trois chameaux, l'on songe aux provisions de la route. Voici en quoi ces provisions consistent pour chacun : « un saâ (sac de 80 kilogrammes environ) de couscoussou, un saâ et demi de dattes, une outre de beurre, de la viande séchée, deux obtres pleines d'eau, un sé^u en cuir avec sa corde pour abreuver les chameaux, deux paires de chaussures, des aiguilles à coudre le cuir et des lanières pour les raccommoder, un briquet et de l'amadou. »
Mais, pour un si long voyage, ce n'est pas assez de pourvoir à la faim et à la soif; il faut être en garde contre les attaques à main armée^ car les meilleurs amis d'un voyageur sont un bon fusil, un pistolet et son sabre. Les. compagnons de Cheggueun prirent donc ces armes « avec des pierres à feu, de la poudre et des
1. Tille et marché du Tooat, à trois cent quatre-vingts lieues de la côte.
l)alles pour l'avenir, et pour le présent vingt-quatre coups tout prêts dans les vingt-quatre roseaux de la cartouchière*. » Chacun d'eux ensuite choisit quatre forts chameaux bien bâtés, bien outillés : trois pour les marchandises, l'autre pour les bagages, et l'on décida que le jeudi serait le jour de la séparation, car le prophète a dit : « Ne partez jamais qu'un jeudi et toujours en compagnie; seul, un démon vous suit; à deux, deux démons vous tentent; à trois, vous êtes préservés des mauvaises pensées^ et, dès que vous êtes trois, ayez un chef. »
Comme l'on quittait Mételli, la caravane a rencontré la belle Messaouda^ dont le nom veut dire heureuse, le cheik Salah et sa fière jument. Les yeux ont été réjouis par une jeune femme, par un beau cavalier, par un beau cheval. S'il plaît à Dieu, le voyage sera heureux, car au départ Dieu avertit toujours ses serviteurs par un présage; mais il faut être prudent, « car celui qui met la tête dans le son sera becqueté par les poules ».
Il faut écouter les conseils de Cheggueun, les retenir religieusement, se fier en lui; son œil est toujours en éveil, et à l'heure du repos sa vigilance redouble. « Au premier bivouac, comme les voyageurs cédaient au sommeil, ils furent éveillés par une voix forte qui criait : « Ehî les gardes! dormez-vous? C'était Cheggueun, qui, de la porte de sa tente, avait, fait cet appel. — Nous veillons, répondirent les gardes. — Et le calme reprit.
i. Les Arabes placent leurs cartouches dans l'intérieur de roseaux coupés.
Une heure après, la même voix les éveilla encore, et d'heure en heure il en fut ainsi jusqu'au malin. »
La caravane avançait toujours, mais, à mesure qu'elle gagnait vers le sud, la prudence de Cheggueun devenait plus grande, et aux précautions ordinaires il en ajoutait d'autres encore. Il se leva plusieurs fois pendant la nuit pour tenir les gardes éveillés et pour crier lui-même d'une voix forte aux maraudeurs qui pouvaient être tentés de l'attaquer :
' a 0 esclaves de Dieu, vous entendez, celui qui tourne autour de nous tourne autour de la mort!
7> Il n'y gagnera rien et ne reverra pas les siens!
» S'il a faim, qu'il vienne, nous lui donnerons à manger!
» S'il a soif, qu'il vienne, nous lui donnerons à boire!
» S'il est nu, qu'il vienne, nous le vêtirons!
» S'il est fatigué, qu'il vienne se reposer!
» Nous sommes des voyageurs pour nos affaires et nous ne voulons de mal à personne. »
Grâce à toutes ces précautions, l'on arriva heureusement jusqu'à rOued-el-Hameur, le rendez-vous des voleurs et des coureurs d'entreprises. En ce lieu, la vigilance fut plus grande encore, et Cheggueun dit aux voyageurs :
« Ne parlez que très bas, ou ne parlez point du tout. C'est ici qu'on peut dire : Le silence est d'or.
» Liez la bouche de vos chameaux, et, quand ils seront couchés, évitez de passer auprès d'eux, pour que les mugissements qu'ils pousseraient à la vue de leurs maîtres ne donnent point l'éveil à l'ennemi.
» Il faudra, cette nuit, vous contenter de dattes; nous ne ferons point de feu, nous n'irons point à l'eau; les traces de nos pas pourraient nous déceler, si même des espions embus-
LE SAHARA ET LE GRAND DÉSEUt. 30Î1
qués ne nous voyaient pas; ne battez pas le briquet, les étincelles nous trahiraient; ne fumez point, la fumée du tabac s'évente à de grandes distances, quelques hommes la sentent à deux ou trois lieues.
3> Préparez vos armes, et que tout le monde veille, car les voleurs disent :
» La nuit, c'est la part du pauvre, » Quand il est courageux. »
De halte en halle, la caravane atteignit à Guelea, à sept journées de Timi-Moun, Tune des villes de la grande oasis du Touat. Là, pendant de longs jours, elle se repose sous les ombrages des palmiers dans les jardins délicieux où chaque soir, cette population aux mœurs faciles vient chercher la fraîcheur et la joie. Là, les vieillards disent à ceux du printemps : Allez, allez, jeunes gens, vous amuser avec les jeunes filles. A Guelea, Thospitalité est une règle pour tous, et la veille du départ Bou-Bekeur, Tun des habitants, réunit les voyageurs dans un repas d'adieu.
Comme ils demandaient à leur hôte de leur faire amener son fils, enfant plein de grâce et de vivacité : — Il dort d'un profond sommeil, leur répondit Bou- Bekeur, — et ils n'insistèrent pas davantage.
a Le repas fut abondant, les causeries très animées; on y parla beaucoup des chrétiens et de la guerre ; on disait que les armées étaient innombrables comme le vol d'étourneaux en automne, les soldats enchaînés ensemble, alignés comme les grains d'un collier, ferrés comme des chevaux; que chacun d'eux portait une lance au bout de son fusil et sur le dos un bat qui contientses provisions, qu'à tous ils ne faisaient qu'un seul coup de fusil ; on vantait leur jus'ice, les chefs ne com-
âiO LE SAHARA BT LB GRAND DÉSBRt.
mettaient point d'exactions ; devant les cadis, le pauvre valait le riche. Mais on leur reprochait de manquer de dignité, de rire même en disant bonjour, d*«ntrer dans les mosquées sans quitter leurs chaussures, de ne point être religieux, de laisser à leurs femmes une trop grande liberté, de se faire leurs complaisants, de boire du vin, de manger du cochon et d'embrasser leurs chiens.
» Le leudemain, au point du jour, quand ils quittèrent leur hôte, il leur parla ainsi : c Lorsque je vous ai dit hier au soir : Mon fils dort d'un profond sommeil, il venait de se tuer en tombant du haut de la terrasse où il jouait avec sa mère. Dieu Ta voulu; qu'il lui donne le repos. Pour ne pas troubler votre festin et votre joie, j'ai su contenir ma douleur, et j'ai fait taire ma femme désolée en la menaçant du divorce; ses pleurs ne sont point venus jusqu'à vous, mais veuillez ce matin assister à l'enterrement de mon fils et joindre pour lai vos prières aux miennes, s
Ces paroles furent accueillies par les Arabes avec un sentiment de douleur mêlé d*admiration, et tous allèrent religieusement enterrer le pauvre enfant. « Telle est la loi de Thospitalité. Un hôte doit éloigner de sa maison toute douleur^ toute querelle, toute image de malheur qui pourrait troubler les heures de ses amis ; le prophète, qui a donné ces paroles, a dit encore : Soyez généreux envers votre hôte, eau il vient chez vous avec son bien; en entrant, il vous apporte une bénédiction; en sortant, il vous emporte vos péchés. »
De Guelea^ Ton alla coucher au marabout de Sidi-Mohamed-ou-AUal, au milieu des dattiers que Sidi-Mohamed avait plantés lui-même. G*est le marabout Sidi-Mohamed qui disait à ses serviteurs : « Méprisez cette terre, qui ne vaut pas l'aile d'un moucheron, et maudissez les biens
LE SàHAKA et le grand DÉSERT. àll
du Chitann (Satan). Sidî-Mohamed était da reste un homme de Dieu célèbre par les légendes pieuses qu'il aimait à raconter. En voici une, entre autres, que le voyageur ne manque jamais de rappeler à celui qui, pour la première fois, s'arrête auprès du marabout vénéré, dernière demeure du saint homme :
c Un jour» Sidaa-Aïssa (notre seigneur Jésus-Cbrist) fit rencontre du Chitann \ qui poussait deyant lui quatre ânes lourdement chargés et lui dit :
» — Chitann, tu t'es donc fait marchand?
» — Oui, seigneur, et je ne puis pas suffire au débit de mes marchandises .
» — Quel commerce fais-tu donc?
» — Seigneur, un excellent commerce : voyez plutôt.
3> Des quatre ânes que voici, et que j'ai choisis entre les plus forts de la Syrie, l'un est chargé d'injustices; qui m'en achètera? les sultans.
> L'autre est chargé d'envies; qui m'en achètera ? les savants.
> Le troisième est chargé de vols; qui m'en achètera? les marchands.
> Le quatrième porte à la fois, avec des perfidies et des rases, un assortiment de séductions qui tiennent de tous les vices; qui m'en achètera ? les femmes.
» — Méchant, Dieu te maudisse I reprit Sidna-Àîssa.
> — Que m'importe, si je gagne? répliqua Chitann.
» Le lendemain, Sidna-Aïssa, qui faisait sa prière au même endroit, fut mis en distraction par le jurement d'un ânier dont les quatre ânes, accablés sous la charge, refusaient la roate. Il reconnut Chitann.
» — Dieu merci ! tu n'as rien vendu ? lui dit-il.
> — Seigneur, une heure après vous avoir quitté , tous mes paniers étaient à vide ; mais, comme toujours, j'ai eu des difficultés pour le paiement.
i. Le démon«
3lâ LE SAHARA ET LE GRAND DÉSERT.
» Le sultan m'a fait payer par son khalifa, qui voulait tromper sur la somme;
» Les savants disaient qu'ils étaient pauvres;
» Les marchands et moi nous nous appelions voleurs;
» Les femmes seules m'ont bien payé, sans marchander.
» — Et cependant je vois que tes paniers sont pleins encore, objecta Sidna-Aïssa.
a> — lis sont pleins d'argent, et je le porte an kadi ( à la justice], répondit Chitann en pressant ses ânes.
» 0 mes frères, ajoutait Sidi-Mohamed-ou-AUal, Thomme libre, s'il est cupide, est esclave; l'esclave est libre, s'il vit de peu.
» Pour vous reposer, choisissez les tentes: pour demeure dernière, les cimetières; nourrissez-vous de ce que produit la terre; désaltérez-vous à l'eau courante, et vous quitterez le monde en paix. >
La caravane arriva à Timi-Moun, après trois jours de marche. Dans le trajet, elle s'était arrêtée à un autre marabout, celui de Sidi Mohamed-Moul-el-Gandouz, où Ton déposa, selon T usage, Tofifrande du voyageur. L'affamé trouve là sa nourriture, et nul n'y mange plus que sa faim, ou n'y boit plus que sa soif, car il périrait en route. Il n'y a pas de gardiens pour surveiller les provisions; pourtant on ne cite pas d'exemples d'un indiscret ayant abusé de l'hospitalité de Dieu. « Et cela se passe au milieu du Sahara, loin des yeux des hommes ; mais Dieu est partout. »
A Timi-Moun, Cheggueun conduisit les voyageurs chez Sid-el-Adj-Mohamed-el-Mahadi, ils lui firent des présents d'usage, attendant, selon ses conseils, la caravane de Tidi-Keult pour se rendre avec elle à Insalah. Le pays de Touat, que la caravane venait d'aborder au
nord-est, est borné à l'ouest par le Maroc, et s'étend jusqu'au grand désert au sud. Le Djebel-Batten le borne sinueusement à l'est dans toute sa longueur. Le Touàt est une vaste succession d'oasis entrecoupées de plaines sablonneuses ; on y conipte, disent les Arabes, autant de villages que 'de jours dans l'année, et l'on y rencontre deux populations de races et de mœurs distinctes : les gens du Touat proprement dit, d'origine berbère, qui ont eu de nombreuses alliances avec les Nègres, habitent presque toutes les villes et les bourgades; les Arabes campent en tribus sous la tente. Timi-Moun est la capitale d'une des cinq circonscriptions : elle est fortifiée et divisée en neuf quartiers; elle a sept grandes places, et chaque rue est affectée à un genre spécial de commerce. 11 s'y fait un très grand nombre d'opérations d'échange.
La caravane de Tidi-Keult arriva après onze jours d'attente. Les deux khrebirs réunirent les voyageurs, et, après leur avoir parlé, ouvrant le livre de Si-abd-Allah et l'élevant à la hauteur de la tête : « Jurez par ce livre saint, dirent -ils, que chacun est le frère de tous, que tous nous ne faisons qu'un seul et même fusil, et que, si nous mourons, nous mourrons tous du même sabre; » — et tous ils le jurèrent de la bouche et du cœur.
Le départ fut fixé au lendemain. Pendant la route, un nommé Mohamed, qui avait bu de l'eau à même la peau de bouc et sans lui faire prendre l'air un moment dans une tasse, tut atteint d'une fièvre violente et de diarrhée. L'on consulta Cheggueun ; il lui fit avaler une
314 LE SAHARA ET LE GRAND DÉSERt.
décoction de hennaj qui soulagea presque immédiatement le malade, et pendant ce temps il lui disait : — 11 faut savoir souflfrir la soif en voyage; les buveurs ne vont pas loin; ils sont comme les grenouilles: à peine sortis de Peau, ils meurent. Ne les emmenez point en caravane ; c'est autant de pâture pour les oiseaux de proie et les chacals.
Près dlnsalah, la caravane de Tidi-Keult se trouvait dans son pays, et les marchands de cette caravane traitèrent les voyageurs de Mételli conmie des hôtes. Insalah est une ville de cinq à six cents maisons, avec une casbah, mais sans muraille d*enceinte. Une source nommée la Source du fils de Jacob prend naissance au centre et Talimente : du côté du sud, des vei^ers et des plantations de dattiers dominent la ville ; mais, sur les autres côtés^ les sables chassés par le vent s'amoncellent jusqu'au pied des maisons. A Insalah, Cheggueun avait retrouvé une de ses femmes. Cétait une jeune fille de sang un peu mêlé, dorée comme le soleil l et dont la taille était d'une souplesse et d'une élégance admirables; ses yeux étaient noirs comme la nuit sans lune et sans étoiles. Pendant l'absence de son mari, elle demeurait chez son père.
Chaque jour, l'on attendait une autre caravane qui devait renforcer la troupe voyageuse de cent dnquante hommes et de six cents chameaux, la caravane d' Amedry. Les marchands de toutes les caravanes réunies demandèrent alors à Cheggueun de se mettre à leur tête.
flc 0 mes enfants I leur dit Cheggueun, je serai volontiers votre khrebir, et, s'il plaît à Dieu, je vous mènerai en bonne route, où ni vous ni vos chameaux n'aurez faim ni soif. Je m'en charge, je me charge encore de vous faire traverser en paix le pays des Touaregs; mais, vous le savez, ils sont injustes, orgueilleux et forts : il vous faudra les flatter. N'oubliez pas le proverbe:
j» Si celui dont tu as besoin est monté sur un âne, dis-lui : oc Quel beau cheval vous avez là, monseigneur 1 «
j> Ils sont avides et méchants ; il vous faudra les acheter : ces dépenses-là vous regardent. Mais écoutez-moi : Quand je vous dirai avec mon œil : Donnez, — préparez un cadeau ; quand je vous dirai : Veillez, — ouvrez les yeux et les oreilles. Retournez donc à votre camp, achevez vos préparatifs, et revenez tous dans deux joura ; nous partirons le troisième au matin. »
La caravane marcha dans les sables jusqu*à la chaîne du Djebel'Mouydir, succession de mamelons peu élevés, sablonneux ou pierreux, coupés de ravins et de petites plaines, la plupart arrosées par des sources. Cette chaîne s'étend jusqu'aux montagnes de Foucas, à l'est ; dans le sud, jusqu'aux montagucs d*Hoggar^ le pays des Touaregs.
Les Touaregs, qu'on appelle vulgairement les VoiléSj se sont répandus de temps immémorial dans le pays inhabité depuis le Sahara au nord jusqu'au Niger au sud et depuis le sable qui vient de l'Océan à l'ouest jusqu'à l'Abyssinie à l'est. Ils se rasent la figure et les moustaches, et portent des cheveux si longs, qu'ils sont quelquefois forcés de les tresser. Une longue chéchia couvre leur tête, fixée par une étoffe de soie noire qui se rabat sur la figure et leur sert de voile, « car, disent-ils, des
gens comme nous ne doivent pas 3e montrer. » Leurs armes sont une longue lance à large fer, des javelots de six à sept pieds, dont la pointe est doublée de crocs recourbés, qu'ils portent attachés en faisceau sur le devant du mahari (chameau de pur sang) ; le bouclier rond, maintenu au bras par des lanières de cuir et fiait de peau de bufQe ou d'éléphant du Soudan ; le poignard, qu'ils renferment dans une gaine appliquée sous l'avant-bras gauche, oti il est attaché par un cordon, de manière que le manche de l'instrument, qui vient se fixer au creux de la main, soit toujours facile à saisir et ne gène en rien le mouvement ; ce poignard ne les quitte ni le jour ni la nuit. Quelques chefs seuls ont des fusils. Toutes ces armes sont à craindre ; mais la meilleure, c'est le sabre, le large sabre.
c Les balles et le fusil trompent souvent.
3» La lance est la sœur du cayalier, mais elle peut trahir.
2> Le bouclier, c'est autour de lui que se groupent les malheurs.
» Le sabre, le sabre, c'est l'arine du Targui, quand le coeur est aussi fort que le bras. »
Grâce à Cheggueun, qui avait là encore une femme et des enfants, la caravane franchit heureusement ces défilés, où elle s'allongeait, chameau par chameau. Protégée par Ould-Biska, le chef de cette vaillante tribu de pillards, elle traversa sans encombre le pays des Touaregs, admirant la beauté des eaux et ces moutons qui' n'ont point de laine et dont l'énorme queue traîne à
terre *, mais toute tremblante au récit des effrayantes atîtions des Touaregs. Une seule histoire, celle d*Ould- Biska lui-même, fera juger des mœurs sauvages de cette tribu. Kreddache, qui était avant Ould-Biska le chef des Touaregs, fut tué dans un combat par Ben-Mansour, de la tribu des Chambas. A cette nouvelle, il y eut deuil dans le Djebel-Hoggar, et chaque noble prononça ce serment : « Que ma tente soit détruite, si Kreddache n*est pas vengé! » Kreddache laissait une femme grande et belle, au cœur vaillant. Bien souvent, Fetoum avait suivi le cheik en razzia, animant du geste et de la voix les combattants, souffrant comme un homme la faim, la fatigue et la soif. Selon la loi, elle devait commander jusqu'à ce que son fils eût Fâge du pouvoir ; mais celui qu'elle épouserait commanderait avec elle, et tous briguaient sa main. Comme un jour de conseil elle avait dit : « Mes frères, celui de vous qui m'apportera la tête de Ben-Mansour m'aura pour femme », le soir même toute la jeunesse de la montagne, armée en guerre, la saluait en lui disant : « Demain, nous partons pour aller chercher ton présent de noces. — Et je pars avec vous », répondit- elle.
Ould-Blska commandait la troupe. Pendant de longs jours et de longues nuits, ils marchèrent vers le nord, où s'étaient retirés les Chambas. Arrivés à dix lieues seulement de l'endroit du campement, ils se cachèrent, du soleil couchant au soleil levant, dans les ravins.