‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 15 sur 24 · II y en a un de cette race au Jardin des Plantes · texte numérisé non relu

II y en a un de cette race au Jardin des Plantes

c La nuit suiyante, ils reprirent la plaine an trot allongé de leurs maharis ; à minuit, ils entendirent devant eux les aboiements des chiens; un moment après enfin, à la clarté des étoiles, quinze ou vingt tentes leur apparurent au pied d'un mamelon.

» Voici le douar de Ben-Mansour, dit au chef de la bande le chouaf (éclaireur) qui Tavait guidé. — Ould-Biska jette alors le cri du signal, et tous les Touaregs, en criant comme lui, s'élancent sur les tentes.

» Le sabre but du sang pendant une heure. De tous les Chambas, cinq ou six seulement, les plus heureux et les plus agiles, s'échappèrent ; encore Ould-Biska, d'un coup de lance, arréta-t-il un des fuyards.

» Au jour levé, Fetoum fit fouiller les tentes bouleversées ; sous chacune, il y avait des cadavres : hommes, femmes, enfants, vieillards, elle en compte soixante-six. Par la grâce de Dieu, un pauvre enfant de huit ou dix ans n'avait pas été massacré ; un Targui Pavait trouvé, sous une tente abat* tue, blotti entre deux outres en peau de chèvre, il n'était point blessé, mais il était couvert de sang.

3> — Connais-tu Ben-Mansour? lui demanda Biska,

» — C'était mon père.

» — Où est-il ?

3B — S'il est mort, il est là derrière ce buisson ; il m'emportait en fuyant, un de vous l'a frappé, nous sommes tombés ensemble.

3B Tout ce sang est de lui, ajoutait-il en pleurant, et sa main soulevait son burnous ensanglanté.

9 — Fetoum, c'est moi qui l'ai tué, s^écria Biska. Mes frères, ajouta-t-il ensuite, en s'adressant aux Touaregs qui se pres« saient autour de Fetoum, cette nuit nous a fait de grands ennemis, épargnons cet enfant; une générosité en appelle une autre.

» Au même instant, deux Soukmarem (fraction des Touaregs) arrivèrent apportant le corps de Ben-Mansour, l'un par les pieds, l'autre par la tête; la foule s'ouvrit devant eux pour leur donner passage, et se resserra bientôt plus pressée pour voir le cadavre qu'ils avaient déposé sur le sable devant

Fetoum. C'était un homme de race, tout à fait blanc; la lance d'Ould-Biska l'avait frappé dans le dos et était sortie par la poitrine.

» Fetoum immobile, mais les lèvres contractées, le regardait avidement.

» — Ould-Biska, dit-elle, je suis à toi comme je l'ai promis, mais prends ton poignard, finis d'ouvrir le corps du maudit, arraches-en le cœur et jette-le à nos lévriers. — Et il fut fait comme elle avait ordonné; les chiens des Touaregs ont mangé le cœur du chef des Ghambas.

C'est h l'aide des chameaux nommés maharis que les Touaregs accomplissent ces admirables coups de main ; car, dit le proverbe :

c Les richesses des gens du Teft, ce sont les grains, 3> Les richesses du Saharien, ce sont les moutons, » Les richesses des Touaregs, ce sont les maharis. »

a Le mahari» est beaucoup plus svelte dans ses formes que le chameau vulgaire; il a les oreilles élégantes de la gazelle, la souple encolure de Tautruche, le ventre évidé du lévrier; sa tête est sèche et gracieusement attachée à son cou; ses yeux sont noirs et saillants; ses lèvres, longues et fermes, cachent bien ses dents ; sa bosse est petite, mais la partie de sa poitrine qui doit porter à terre lorsqu'il s'accroupit est forte et protubérante; le tronçon de sa queue est court; ses membres, très secs dans leur partie inférieure, sont bien fournis de muscles à partir du jarret et du genou jusqu'au tronc, et la face plantaire de ses pieds n'est point large et n'est point empâtée; enfin, ses crins sont rares sur l'encolure, et ses poils, toujours fauves, sont fins comme ceux de la gerboise, s

Le mahari supporte mieux que le chameau la faim et la soif. Le chameau crie à la douleur; plus coura-

•I. Dans une course dans le sud, j'ai vu des maharis, et j'ai pu ainsi vérifier moi-même Texactitude de cette description*

geux, le mahari ne la trahit jamais et ne dénonce point à Tennemi Tembuscade; aussi la naissance et l'éducation de ces précieux animaux est-elle entourée des plus grands soins. Le jeune mahari a sa place dans la tente, les enfants jouent avec lui, il est de la famille; Phabitude et la reconnaissance l'attachent à ses maîtres, dans lesquels il voit des amis. Au printemps, on coupe tous ses poils, et, de cette circonstance, il prend le nom de houketaa (père du coupement). Pendant toute une année, il est libre et ne quitte qu'au printemps suivant, lorsqu'on le sèvre, le nom de bouketaa pour prendre celui de heug^. C'est alors que son éducation commence. On lui met un licou dont la longe vient en travers de ses pieds, et on le laisse entravé jusqu'à ce qu'il ait compris ce qu'on veut de lui, et qu'il reste un jour tout entier sans faire un mouvement à la place où l'aura mis son maître. Puisleheugest soumis à d'autres épreuves : on rive à sa narine droite un anneau de fer qu'il gardera jusqu'à sa mort; cet anneau lui tient lieu de mors; on y ajoute la rdhhala^ sorte de selle dont l'assiette est concave, le dossier large et haut, le pommeau élevé, mais échancré de la base à son sommet. Le cavalier est assis dans la rahhala comme dans une. tasse, le dos appuyé, les jambes croisées sur le cou du mahari et assurées par leur pression même dans les échancrures du pommeau. Le moindre mouvement sur la narine imprime à l'animal une douleur si vive, qu'il

1 . Du verbe hakeuk : il a reconnu, il s'est assuré ; ce qui veut dire que le mahari de deux ans coramenco à être raisonnable.

obéit passivement; il oblique à gauche, il oblique à droite, il recule, il avance, et s'il est tenté par un buisson et qu'il se baisse pour y toucher, une saccade un peu rude Toblige sur-le-champ à prendre une haute encolure; enfin, lorsque le heug sait s'arrêter, quelque vitesse qu'il ait prise, quand son cavalier tombe ou saule de la rahhala; si le heug sait tracer un cercle étroit autour de la lance que le cavalier plante en terre et reprendre le galop dès qu'elle est enlevée, son éducation est complète, il peut servir aux courses; ce n'est plus un heiig, c'est un mahari. Telle est l'éducation de ces coursiers du désert, dont la rapidité merveilleuse, la sobriété, rénergie et le courage rendent faciles ces entreprises que Ton traiterait de fables, si l'on ne savait que le mahari permet de les accomplir. C'est, comme nous le disions, la grande fortune des Touaregs dont la caravane traversait le territoire.

La marche était longue et pénible; mais enfin l'on arriva au point culminant de la montagne. La caravane avait à ses pieds une penfe abrupte et couverte de broussailles. Les yeux se perdaient vers le sud dans la plaine jaunâtre, aussi loin qu'ils pouvaient aller. « Alors, dit le narrateur arabe, pour la première fois je compris l'immensité de cette parole : Bénissez le Seigneur autant que les sables sont étendus. » Le lendemain, Ould-Biska faisait ses adieux à la caravane.

Après bien des marches encore dans des plaines sans fin, où l'œil exercé du pilote savait retrouver la route à ces signes qui échappent à tout autre, la troupe voya-

geuse atteignit ces montagnes qu'elle avait longtemps aperçues comme des points bleuâtres à T horizon, ces montagnes habitées par les peuplades nègres, sentinelles avancées du Soudan. Là, croît en abondance le hachich, dont rivresse se vend à Tunis et à Tripoli ; là se trouvent des arbres semblables à nos peupliers, d'où découle la gomme blanche, — oum^l^nam (la mère du monde), espèce de figuier à essence résineuse que l'on brûle comme un parfum, et cet arbuste au large fruit qui, pilé dans un mortier, forme une pâte tenant lieu de beurre dans la cuisine des Arabes ; enfin, le hjady dont la feuille, pareille à celle du chou, donne un goût de citron aux aliments avec lesquels on la fait cuire.

L'on approchait d'Aguedez, la première grande ville du Soudan. La caravane ne fit que traverser cette ville, et il fallut bien des jours de marche encore pour atteindre Kachna, terme du voyage. Kachna est située dans une plaine marécageuse, traversée par une petite rivière et bien cultivée. De nombreuses plantes inconnues à l'Afrique du nord poussent dans cette plaine. Kachna est la capitale du royaume d'Haoussa, conquis depuis trentecinq ans par les Foullanes, race blanche musulmane, qui impose à ces peuples sa religion et sa domination. A l'arrivée, l'hommage habituel fut rendu par les principaux de la caravane à Mohamed-Omar, qui commande à Kachna comme serki (lieutenant) du sultan Bellou, dont la résidence est Seketou.

« La maison d'Omar est immense; des gardes veillaient à la porte, où vint les recevoir un intendant nommé Abouky-Ëuzerma.

9 Dans la cour principale étaient enchaînés deux lions à crinière noire, mais faits au bruit sans doute; largement nourris d'ailleurs, ils dormaient couchés à terre, la tête sur leurs pattes, et ne semblaient point les voir; il en fut ainsi d*un éléphant libre et familier, auquel un esclave donnait à manger de l'herbe fraîche et des feuilles de maïs; mais ils effrayèrent des autruches, qui partirent au galop en battant des ailes, et, par une porte latérale, gagnèrent le jardin.

» L'oukil les introduit enfin dans une yaste salle appelée guidan^serki, c'est notre hakouma (salle de réception). Omar y était assis sur une estrade recouverte avec des tapis du Maroc et garnie de coussins en peaux tannées, bariolées de diverses couleurs.

3> Sur les quatre faces, les murailles étaient ornées de peaux de lion et d'antilope, de dépouilles et d'œufs d'autruche, d'arcs et de flèches, de larges sabres et de lancés, d'instruments de musique et de pièces d'étoffes écarlates, çà et 1 des oiseaux divers étaient grossièrement peints en rouge, aune et noir.

3> De chaque côté de l'estrade, et au-dessous d'Omar, les chefe de son gouvernement et ses secrétaires étaient assis par terre sur des nattes; tous avaient la tète nue et rasée; le chef seul était coiffé d'une haute chéchia rouge; il était vêtu d'un ample pagne à larges manches, rayé bleu et blanc, recouvert par deux burnous, Tun bleu ciel et l'autre rouge; ses jambes étaient nues, et je pus remarquer qu'il n'avait point de culotte.

j> Aux portes de Vhakownay de nombreux chouas et des esclaves noirs maintenaient les curieux, et la musique jouait dans la cour.

» Deux fois par jour les musiciens viennent ainsi lui faire honneur, et cet honneur est pour lui seul dans la ville. En abordant Omar, son intendant se courba respectueusement jusqu'à terre, fit le simulacre de ramasser un peu de poussière et de s'en couvrir la figure, et, se relevant, il lui baisa les mains. i>

Pour les gens de la caravane, ils entrèrent avec la

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dignité que des musulmans et des marabouts doivent garder, mais sans ôter leur chaussure et sans saluer autrement qu'en portant leur main droite à la hauteur de la poitrine. Cela n'empêcha pas le serki de faire grand accueil aux voyageurs, et, sur la demande de Cheggueun, il accorda la vente des marchandises, se réservant seulement rachat des draps moyennant un esclave par coudée, et, comme il n'avait pas assez d'argent, c'est-à-dire assez d'esclaves, le grand tambour de guerre fut battu dans la ville, et l'armée du sultan partit en chasse. Un mois après, elle revenait, ramenant une multitude d'esclaves, et, comme le sultan allait au-devant d'elle, le chef des musiciens improvisa ce chant :

a De tous les sultans qui vivent sur la terre, aucun ne peut faire face à ta poitrine. Tu es l'ami du courage et l'ami des chevaux.

» Point d'ennemi qui puisse éviter ta flèche; tu es uu enfant du bouclier, le maître de forces sans nombre.

9 Le but, qui pour les autres est loin, est près de toi.

3> Ce que tu demandes à Test et à Touest est à tes pieds.

3> Il n'est pas de terre où celui qui te fuit puisse éviter ta lance.

» Celui qui se réfugie près de toi est sûr de trouver protection.

9 Tu fais baigner les pieds de ton cheval dans les eaux de Dimbon.

3> L'oiseau peut voler du matin à la nuit, il faut qu'il se repose dans ton empire.

Ainsi, comme on le voit, au fond de l'Afrique, au royaume des nègres comme au royaume des blancs, des puissants, qu'ils soient rois ou peuples, trouvent

toujours des flatteurs. Les esclaves attendaient l'acheteur; ils lurent choisis, et trois jours, selon l'usage, furent doonés pour les cas rédhibitoires. Avant ce temps, on peut rendre :

< Celui qui se coupe avec ses ehevilles en marchant ;

> Gelni dont le cordon ombilical est trop exubérant;

> Celui qui a les yeux ou les dents en mauvais état ; XL Celui qui se salit, comme un enfant, en dormant ; » La négresse qui a le même défaut ou qui ronfle ;

i> Celle ou celui qui a les cheveux courts et entortillés (la plique). T>

D'autres esclaves ne sont jamais achetés ; tels sont ceux d'une race particulière, anthropophage, ou ceux appelés Kabynes^ qui passent pour avoir la puissance d'absorber la santé d'un homme en le regardant, et de le faire mourir de consomption. Leurs cheveux, tressés en deux longues nattes de chaque côté de la tête, les font reconnaître.

Tous les achats étaient terminés. Partie au mois d'août, la caravane se trouvait à Kachna au mois d'avril: c'était l'époque du retour, et tous avaient hâte de se remettre en marche. Dans toute cette longue route, nous retrouvons Cheggueun, le conseil de tous, le bouclier des faibles et l'appui des forts. La surveillance des Nègres était de chaque seconde. Jusqu'au milieu du grand désert, l'œil du maître ne pouvait se fermer sur ses esclaves sans craindre qu'ils ne cherchassent à s'enfuir, tant ils redoutaient d'être dévorés. Par deux fois, il y en eut qui parvinrent à rompre leurs chdnes comme

Ton traversait un pays montagneux, couvert de broussailles. Heureusement pour les propriétaires, la caravane avait avec elle des kiafatSy ces gens merveilleux qui lisent les traces, les moindres signes : quelques grains de sable foulés leur suffisent pour reconnaître, à ce qu'ils prétendent, l'âge, le sexe; ils vont même plus loin: ils soutiennent qu'à son pas seul ils distinguent la femme de la jeune fille. Quoi qu'il en soit, dans les marais connue à travers les broussailles, un brin d'herbe, une feuille froissée, leur servaient à retrouver les fugitifs, et, lorsque tous croyaient avoir fait fausse route, Ton retombait toujours, grâce à eux, sur la piste.

Tout à coup, pendant une de ces chasses, les kiafats s'écrièrent: « Tenez- vous prêts, un lion est ici! — Alors plus d'un regretta sa tente; mais tous les fusils s'armèrent. — Les pas du lion suivent les pas des Nègres, ajoutèrent les kiafats; soyons hommes, car il ne peut être

bien loin Groupés aussi serrés que possible, les

voyageurs avancèrent en silence, le fusil haut, précédés par les kiafats ^ qui tout à coup se jetèrent en arrière. — «Voyez! » dirent-ils. Un énorme lion dormait au pied d'un arbre, sur lequel se cachait un nègre ayant au pied, retenu par sa chaîne, son compagnon ou plutôt les restes de son compagnon à moitié dévoré. Les chameaux effrayés se sauvèrent d'abord, et quand on se glissa pied à terre jusqu'à lui, le lion avait disparu; mais le nègre tout tremblant restait encore dans l'arbre. N'ayant pu rompre les chaînes, les esclaves n'en avaient pas moins poursuivi leur fuite. Attaqués par un lion, tous deux avaient

cherché à se réfugier sur un arbre, et d'un bond ranimai affamé avait saisi le moins agile, qui, lâchant prise, était tombé la tête en bas, et avait été dévoré sous les yeux de son compagnon. Le lion alors s'était endormi. » Ce ne fut pas la dernière aventure du retour, et il fallut la vieille expérience de Cheggueun pour guider jusqu'au port tous ces gens qu'il commandait en maître absolu, comme le capitaine à son bord, ainsi qu'il le disait lui-même.

Vous rappelez-\ous cette symphonie si pleine de charme que vous avez entendue à Paris il y a quelques années? L'Orient avec tous ses parfums, le désert et cette impression pleine de majestueuse grandeur qu'il inspire, semblaient avoir été transportés en ces notes harmonieuses. La curieuse relation rapportée par M. Daumas nous a fait retrouver ce même caractère primitif du pays, de l'Arabe et de sa nature. Le récit de Cheggueun a tout l'imprévu d'im roman, et lorsque l'on arrive à la dernière pag»;, on se surprend à dire : « Quoi ! déj à! » Ce n'est pas qu'il ne renferme les plus savantes et les plus curieuses recherches sur le commerce, sur la traite des esclaves et l'esclavage chez les musulmans; mais ce qui domine surtout dans ce voyage, c'est la poésie du désert. On vit, avec Cheggueun, de la vie de l'Arabe voyageur; on partage ses périls, ses souffrances et ses joies. Nous ne connaissons qu'une chanson saharienne qui retrace avec la même vérité cette vie nomade si chère aux tribus des hauts plateaux. Ces vers que le Saharien psalmodie dans ses longues marches sont coname un épilogue naturel au récit

de Cheggueun, et ils rendront peut-être mieux que nous n'avons su le faire l'impression produite en nous par les naïves causeries du khrebir:

L'Arabe nomade est campé dans une vaste plaine; Autour de lui rien ne trouble le silence, Le jour, que le beuglement des chameaux, La nuit, que le cri des chacals et de l'ange de la mort. Sa maison est une pièce d'étoffe tendue Avec des os piqués dans le sable.

Est-il malade, son remède est le mouvement; yeat4l se régaler et régaler ses hôtes, Il va chasser l'autruche et la gazelle. Les herbages que Dieu fait croître dans les champs Sont les herbages de ses troupeaux.

Sous sa tente, il a près de lui son chien, Qui l'avertit si le voleur approche ; Il a sa femme, dont toute la parure Est un collier de pièces de monnaie, De grains de corail et de clous de girofle. Il n'a pas d'autre parfum que celui du goudron Et de la fiente musquée de la gazelle. Et cependant ce musulman est heureux, * n glorifie son sort et bénit le Créateur: Le soleil est le foyer où je me chauffe, Le clair de lune est mon flambeau ; Les herbes de la terre sont mes richesses, Le lait de mes chamelles est mon aliment, La laine de mes moutons mon vêtement.

Je me couche où me surprend la nuit; Ma maison ne peut pas crouler.

Et je suis à l'abri des caprices du sultan. Les sultans ont les caprices des enfants Et les griffes du lion; défiez-vous-en.

Je suis l'oiseau aux traces passagères; Il ne porte avec lui nulle provision ; Il n'ensemence pas, il ne récolte pas : Dieu pourvoit à sa subsistance.

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