‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 16 sur 24 · L'HADJ ABD-EL-KADER — MOSTAGANBM · texte numérisé non relu

L'HADJ ABD-EL-KADER — MOSTAGANBM

Le tîmonnier venait de piquer trois heures à bord du Charlemagne^ qui filait ses dix nœuds, par une belle nuit du mois de novembre 1846, en -traçant sur la mer unie comme une glace son sillage de feu, lorsque le matelot placé en vigie au bossoir signala le phare d'Oran. Aussitôt chacun de monter sur le pont, heureux de voir approcher le moment où il pourrait quitter et la prison flottante et l'excellent capitaine Arnaud. — Tant que le monde sera monde, l'officier habitué à la terre préférera son cheval et un plancher solide, aux bonds capricieux d'un vaisseau.

Deux heures plus tard, nous entrions dans la baie de Merz-el-Kebir, que le soleil éclah-ait de son premier

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rayon. En congé depuis deux mois, nous revoyions tous avec joie ces collines et ces montagnes, ces horizons bien connus, pour nous si remplis de souvenirs; mais aussi quel spectacle magique! Pas un souffle dans Pair; Tombre abandonnait peu à peu les montagnes. D'abc»rd s*offraient au regard les maisons de Merz-el-Kebir, attachées aux murailles de la vieille forteresse espagnole, puis les tours démantelées de Saint-Michel et la ligne de montagnes qui, sur l'espace d'une lieue, côtoie la baie, séparant le port de la ville d'Oran; enfin le fort de Saint-Grégoire, fièrement campé à mi-côte sur la droite, au pied de Santa-Gruz, nid d'aigle bâti au sommet d'une crête aride, dominant la ville et les campagnes. Sous le leu des batteries de Saint-Grégoire, les maisons de la ville serpentent aux flancs de la colline, et viennent s'arrêter aux murailles du Château-Neuf, vaste construction élevée en face de Saint-Grégoire par les soldats de Phihppe V. A l'est, sur cette ligne de falaises au pied desquelles se brise la mer^ le regard découvre la mosquée, demeure des chasseurs d'Afrique, bâtie de leurs mains il y a dix ans; plus loin, sur le rivage opposé à Merz-el-Kebir, les pentes dénudées de la montagne des Lions, et, à l'horizon, les roches du cap de Fer. Sur toutes ces collines, sur toutes ces montagnes, pas un arbrisseau. A l'entrée du ravin d'Oran, on apercevait cependant un peu de verdure que l'angle de la montagne de Santa-Cruz laissait entrevoir à peine. Un frais village aux maisons blanchies se détachait aussi du milieu des jardins, au pied de la montagne des Lions, sur le bord

de la mer, et une molle vapeur adoucissait les contours aigus de ces terres dont la brise nous apportait les parfums.

Appuyés, avec nos compagnons de route, sur le bastingage, nous contemplions ce panorama enchanteur. Les cris des Maltais se disputant les bagages des passagers nous rappelèrent bientôt à la réalité, mais, fort heureusement, nous n'avions pas à nous préoccuper des ennuis d*un débarquement; le canot du commandant du port venait d'accoster le Charkmagne pour se mettre aux ordres du gouverneur militaire de la province^ que l'on croyait à bord. Officiers d'ordonnance du général de Lamoricière, qui était passé par Alger afin de recevoir les instructions du maréchal Bugeaud, nous profitâmes de son canot, et quelques coups d'aviron suffirent aux vigoureux matelots qui le montaient pour nous faire aborder.

Une heure et demie sépare Mer*-el-Kebir d'Oran; au temps des Espagnols et durant les premières années de notre occupation, on suivait, pour se rendre à la ville, un sentier étroit qui, montant par des pentes constantes, traversait le fort Saint-Grégoire à quatre cents pieds audessus des maisons d'Oran. A chaque moment, que le cheval bronchât, que la mulle butât, et Vm courait risque d'être précipité dans la mer : tous ces dangers n'existent plus maintenant. Les soldats de la garnison d'Oran, quittant le fusil au retour d'une expédition, prirent la pelle et la pioche, et, sous la direction des officiers du génie, ils taillèrent, dans le flanc de la mon-

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tagne, une route large et commode où notre char-àbancs, sans s'inquiéter des bburriquots et des piétons, luttait de vitesse avec cent carrioles accourues pour transporter les nombreux passagers au coup de canon qui avait signalé le courrier de France. Les deux criquets^ que leur maigreur rendait plus rapides encore, nous eurent bientôt amenés au Château-Neuf. C'était là que nous devions attendre le général de Lamoricière. L'usage veut que Ton choisisse un donûcile, que Ton dise : c J*habite là. » Le général s'était conformé à l'usage, et il avait pris pour logement le Château-Neuf; mais celui qui eût voulu savoir en quel endroit, depuis six ans, il avait passé ses nuits, aurait dû courir tous les bivouacs de la province.

La paix, troublée par la grande révolte de 1845, était alors complètement rétablie. Les tribus avaient de nouveau demandé merci, et une femme, selon le dicton du pays, aurait pu traverser cette province d'Oran, si rude à l'obéissance, une couronne d'or sur la tête, sans qu'un seul Arabe eût osé y porter la main. L'œuvre de guerre accomplie, un commandement vigilant et ferme maintenant la tranquillité, toutesles pensées se tournaientvers la colonisation. Ministres, généraux, députés, tous ne rêvaient que colonisation, grande ou petite, militaire ou civile, à l'aide des compagnies ou par les soins de l'É-

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tat. Bref, les systèmes marchaieat leur Irain ; mais, à Oran, la colonisation par l'industrie privée était en honneur, et, dè3 que le général de Lamoricière fut de retour d'Alger, il donna tous ses soins aux concessions et aux concessionnaires.

L'on ne sait pas, en France, quelle était et quelle est encore, bien que leur position ne soit plus aussi consid^able, la situation d'un officier général commandant une province d'Afrique : c'est une seconde Providence. Maître absolu du pays arabe, sa volonté commande; tout cède devant un de ses ordres ; son autorité ou son influence sur les Européens n'est pas moins grande ; dans beaucoup de cas, sa décision a force de loi, sa recommandation est toujours puissante, et sur lui reposent la paix et la sécurité qui, seules, peuvent assurer la fortune des gens venus pour tenter le sort sur une terre nouvelle. Aussi le commandant d'une province ne doitil pas seulement s'occuper de ses troupes et delà guerre: toute amélioration, tout projet utile est l'objet de son examen; sans cesse, le premier, il provoque les mesures (ju'il croit efficaces pour la prospérité du pays. A la fois homme de. guerre et d'étude, accessible à tous, ses heures se passent dans le travail, et il ne quitte la table du conseil que pour monter à cheval et s'assurer par lui-même de l'état des choses, soit qu'il parcoure le pays arabe et s'entretienne avec les officiers chargés du commandement, soit qu'il reçoive les plaintes des chefs indigènes, ou visite et encourage les colons dans leurs travaux,

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Le général de Lamoricière se proposait de parcourir ainsi toute la province d*Oran, dèèqu*il aurait expédié les affaires les plus urgentes. Traversant d'abord la plaine du Sig et le village nouveau que Ton disait en souffrance, il voulait aller à Mascara, de là à Mostaganem, et revenir à Oran en longeant la mer par Arzew, les Salines et les villages prussiens de la montagne des Lions. Plus tard, dans une seconde course, il devait visiter tout Touest de la province ; mais, en attendant que Theure du départ fût venue, nos journées se passaient au Château-Neuf, dans l'activité et le travail.

Appelé par les Arabes le Fort-Rouge ou Bordj-el-Hameur, le Château-Neuf a la forme d'un vaste triangle dont la base regarde la mer au nord; le côté de Test domine la campagne, et celui de l'ouest la ville. Dans cette enceinte immense, bâtiments, magasins, casernes ont été élevés, soit par nous, soit par les Espagnols, et là comme dans tous les lieux où ils ont formé des établissements, ces derniers ont laissé des traces pleines de grandeur. A l'extrémité de la pointe la plus élevée du triangle, se trouve le Bordj-el-Hameur proprement dit, l'ancienne ré>sideiice des beys, la demeure du général. On arrive, après avoir gravi une pente assez raide et passé une porte voûtée, dans une cour étroite, ombragée par des mûriers. Au fond de la cour, une galerie à arceaux mauresques précède une grande salle que les beys, après s'être emparés de la ville, avaient fait élever. Sous les arcades, à droite, une porte basse s'ouvrait sur un petit jardin abrité des vents d'ouest

par une muraille à châssis. De belles fleurs, des plantes grimpantes embaumaient le kiosque où les pachas yenaient prendre leur repos en contemplant la ville entière qui se déroulait à leurs pieds, au milieu des ondulations du terrain. Du même côté que la petite porte du jardin, une treille aux grandes vignes s'appuyait fi un bâtiment élevé d'un étage, dont la cour intérieure, entourée d'arcades supportant une étroite galerie, rappelait les anciens cloîtres. C'était là que se trouvaient les bureaux de l'état-major et le logement des officiers d'ordonnance du général, qui pouvaient, dans leurs rares moments de loisir, se promener sur ime vaste terrasse voûtée dont le rez-de-chaussée servait de caserne. De celte terrasse, on découvrait les rivages de la baie, les cavernes servant de magasins à la douane, Merz-el-Kebir et la grande mer. Mélange du caractère arabe et espagnol, cette demeure portait le cachet des deux races, et l'activité française qui y régnait lui donnait encore un aspect nouveau. Le temps ne se perdait guère, en effet, au Bordj-el-Hameur; le général prêchait d'exemple, et la nuit était souvent bien avancée quand l'heure du repos sonnait pour lui.

De service à tour de rôle, nous recevions les personnes qui venaient pour parler au général, et que, faute de temps, il lui était impossible d'écouter. Chacun s'occupait ensuite du travail dont il était chargé; le plus maladroit, — c'était moi, — écrivait d'ordinaire sous la dictée. Le matin, M. de Lamoricière donnait ses ordres, puis l'on se retrouvait à l'heure du déjeuner,

OÙ presque toujours prenaient place quelques-uns de ceux que les affaires de service avaient amenés au Château- Neuf, car rhospitalité était grande, et le soir comme le matin la table du général était toujours prête à recevoir les hôtes que la fortune lui envoyait. Le déjeuner fini, on passait dans l'immense pièce mauresque aux arceaux de marbre sculptés, et, tout en fumant un cigare sans fin, le général s'entretenait avec les chefs de corps qui avaient à lui parler. Le chef d*état-major, M. le colonel de Martinprey, arrivait ensuite avec toutes ses signatures, Nul n'était plus respecté dans Farmée que le colonel de Martinprey. Sa loyauté, son courage, sa bonté bienveillante, pleine de fermeté, lui avaient attiré rafifection de tous. On aimait à entendre sa parole grave, toujours écoutée avec déférence. Celait une de ces grandes figures qui rappellent les guerriers du temps passé. Le travail de rétat-major fini, le général étudiait les questions, écrivî^it ou discutait les projets, montait parfois à cheval quelques instants, et, le soir venu, quand, n'étant pas de service, on se croyait libre de prendre sa volée, bien des fois il nous arrivait d'être retenus pour achever un mémoire ou un projet en train, et de ne regagner notre chambre qu'au milieu de la nuit.

Telle était la vie qui s'appelait le repos d*Oran; mais aussi, grâce à cette activité incessante, à la promptitude et à la rapidité de son intelligence, le général de Lamoricière^ dont la ligne de conduite à cette époque était clairement tracée par des devoirs bien définis, exécutait ou préparait 4'utiles projets, cbçrch^nt partput lea ayis

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OU les conseils, et souffrant qu'on lui dît et qu'on lui prouvât qu'il avait tort, lorsque son esprit hardi se laissait aller à Tun de ces brillants paradoxes qu'il aimait parfois à soutenir. Nous vivions tous dans l'accord le plus intime. Les compagnons les plus anciens, les plus éprouvés du général, tels que le commandant d'illiers et Bentzmann, le capitaine philosophe, étaient les premiers à partager nos passe-temps:. le capitaine Bentzmann lui-même nous permettait de railler son étude de prédilection, l'économie politique, et les graves méditations qui l'entraînaient parfois au milieu des nuages. Ainsi les heures passaient rapides, et pourtant l'on soupirait en songeant à cette paix monotone qui menaçait de se prolonger éternellement. Les causeries et les travaux du Château- Neuf nous plaisaient sans doute, mais nous aurions préféré courir les champs en pays inconnu et bivouaquer an milieu des coups de fusil. C'était aussi l'avis de deux officiers indigènes, de deux Douairs attachés à la personne du général : l'un, Caddour-Myloud, vrai renard, savait mieux que pas un tondre la laine arahe^ ou, comme dit le proverbe, pêcher en eau trouble ; mais sa finesse, son intelligence, sa connaissance des choses et des hommes, les services nombreux qu'il avait rendus et qu'il rendait encore, faisaient fermer les yeux sur bien des méfaits ; — l'autre, Ismaêl-ouldzCaddi, était l'un des plus braves d'entre les Douairs. Neveu de ce Mustaphaben-Ismaël que sa valeur fit nommer général, et dont le renom est venu jusqu'en France, on retrouvait en lui le cavalier maure, tel que les conteurs espagnoJL^ se 90Pt

plu à nous représenter ces Abencérages de Grenade, qui couraient si vaillamment au danger. L'un par amour de la poudre, l'autre par l'instinct de l'homme de proie, désiraient donc, ainsi que nous, le bruit et les combats. Enfin, dans le courant de décembre 1846, ordre fui donné de se tenir prêt à partir; mais ce n'était point pour une expédition bien périlleuse. Le général nous traitait un peu comme ces enfants à qui l'on donne un osselet pour distraire leur caprice : il allait nous faire parcourir, en nous promenant, ces terrains où nous ne devions rencontrer, au lieu de tribus rebelles à combattre, que des Arabes amis, accourus pour saluer le chef de la province.

Notre petite troupe eut bientôt terminé ses préparatifs de départ. Sur l'invitation du général, un compagnon se joignit à nous : c'était M. de Laussat, venu pour rendre visite à son gendre, concessionnaire de la belle terre d'Akbeil, à dix lieues d'Oran. Nous aimions tous son esprit enjoué et sérieux, sa bienveillance pleine de délicatesse; aussi nos mains serrèrent la sienne avec joie, lorsque, fidèle au rendez-vous, il vint, à huit heures du matin, dans la cour du Château-Neuf. Un cheval bai, le seul qu'il eût pu se procurer en toute hâte, lui servait de monture ; mais sa peau transparente, sa maigreur qui criait famine, firent, séance tenante et au milieu des rires, décerner à la pauvre bête le surnom d'Apocalypse, Malgré le mauvais temps dont nous étions menacés, la mélancolie, on le voit, n'était guère notre fait, lorsque nous prîmes la route de Mascara.

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Le général Alava, ancien ambassadeur d'Espagne à Paris, visitant Ceuta dans sa jeunesse, voulut monter sur le rempart de cette ville pour examiner la campagne ; un vieil officier le retint, lui fit élever son chapeau au bout de son fusil, et aussitôt un coup de fusil partit des broussailles extérieures. « Souvenez-vous qu'ici, dit l'officier, toutes les foiis qu'un Castillan se montre, il se trouve un Arabe pour l'ajuster. » Ce fut, pendant dix années, l'histoire des Français à Oran. A peine si le canon des remparts faisait respecter les Douaires et les Zmélas, qui, dès les prwiières années de notre occupation, étaient venus à nous. L'escorte du général était choisie dans ces tribus fameuses, et les plus illustres d'entre nos alliés avaient tenu à honneur d'accompagner bou-haraoua (littéralement le pèredubâton) tant qu'il marcherait sur leur territoire. C'était Mohammed-ould-Caddour, l'homme de fer au regard de feu; toujours le premier quand parlait la poudre, son bras frappait, sans jamais se lasser, à la voix qui le commandait; car il ne fallait pas lui demander de comprendre; comment, sans cela, aurait-il mérité le surnom de Caddour-le-Bêtey qui servait à le faire reconnaître, tout aussi bien que celui de Caddour-le-Brave, dont il était également digne? Venaient ensuite Adda-ould- Athman, le cavalier de la matinée noire, El-Arbi-ben- Yusef, la tête du goum ; mais le mieux reçu par le général, le plus entouré de respect par les Arabes, c'était un enfant, le fils de ce brave général Mustapha, qu'une balle kabyle avait frappé dans le bois des Flit-

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tas. Partout, sur notre route, nous devions rencontrer des souvenirs de la tribu des Douairs et aussi du noble général dont le fils marchait avec nous.

Au moment de notre départ, un vent violent d'ouest balayait des nuages. Dès que nous eûmes franchi la première lieue, nos regards ne rencontrèrent plus au loin que des terrains dénudés, depuis le fort Sainte- Croix et les crêtes arides qui s'arrêtent à l'ouest de Miserghin, jusqu'au grand lac salé, que nous laissions à droite, et aux montagnes du Tessalh, se dressant face à nous sur une ligne parallèle à la mer ; car, du bassin d*Oran, Ton ne peut apercevoir la forêt d'oliviers de Muley-Ismaël. A l'est, près de la mer, on voyait des montagnes, des collines, puis de grandes nappes de terre : partout la tristesse. A mesure que nous avancions pourtant, les tentes de la tribu des Douairs se montraient plus pressées ; nous entrions dans la plaine fertile de la Melata, où les Arabes laboureurs traçaient leur sillon peu profond avec une charrue semblable à celles que l'on retrouve dans les dessins des premiers âges de Rome. Nombreuses et puissantes tribus, les Douairs et les Zmélas, si l'on en croit la tradition du pays, vinrent du Maroc en 1707 au temps du bey Bou- Chelagrham (le père de la moustache), à la suite du chériff Muley-Ismaël; battus par le bey de Mascara, ils se soumirent, devinrent ses auxiliaires fidèles, et contribuèrent puissamment à chasser les Espagnols d'Oran. Le bey, pour les récompenser, leur donna l'usufruit du territoire des Çeni-H^er, qui s'étaient alliés ^ux

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Espagnols, et les établit dans la riche plaine de la Melata, pendant qu'il reléguait les Beni-Hamer de l'autre côté des montagnes du Tessalab, à seize lieues au sud d'Oran. Depuis cette époque, les Douairs et les Zméias devinrent les instruments de la puissance turque ; c'était le fouet dont les conquérants se servaient pour châtier les tribus, faire rentrer les impôts; en un mot, vassauit, ils devaient le service militaire à leur seigneur en échange de certaines immunités, et trouvaient aussi dans ce service de nombreux profits. Ils étaient devenus marghzen de la province. Marghzen^ en arabe, signifie magasin, arsenal; c^est la force prise dans le pays même, et sur laquelle l'autorité s'appuie.

En 1830, lorsque l'arrivée des Français détruisit la puissance turque, les Douairs avaient pour chef Mustapha, le plus considérable d'entre eux par la naissance comme pkr l'illustration personnelle, car il descendait des Ouled-Aftan, une vieille famille issue des Mehal, les premiers conquérants de l'Afrique, que la politique turque avait eu l'habileté de mêler à son marghsen; sa réputation de droiture était si grande qu'il était connu sous le nom de Mustapha-el-Haq (Mustapha la Justice). Tous regardaient sa parole comme la meilleure garantie. Jamais, en effet, Mustapha n'y manqua ; il avait promis fidélité aux Turcs : tant que le bey conserva une ombre d'autorité, il resta son serviteur ; dès qu'il nous ^t engagé sa foi, il la garda loyalement jusqu'à la mort.

Si jamais vous avest vu le tableau d'Horace Vernet

représentant Abraham et Agar^ vous avez vu la figure du vieux Mustapha. C'était la même majesté, la même grandeur; ce nez aquilin^ cette barbe blanche et ces deux yeux étroits comme l'œil de l'aigle d'où jaillissait l'éclair; son regard fascinait : la volonté, la décision, le courage étaient gravés sur les traits du noble vieillard; on sentait en lui un homme que la mort frapperait avant qu'il eût plié. Telle fut aussi Thisloire de sa vie depuis le jour où les tribus arabes de la province d'Oran, délivrées du joug de fer qui pesait sur elles, se livrèrent au désordre et à l'anardiie. L'empereur du Maroc essaya alors d'établir son autorité; mais, sur les représentation» de la France, il dut rappeler les chefs qu'il avait envoyés à. Mascara et à Tlemcen. Mustapha et ses Douairs avaient été les derniers à saluer comme sultan le cheriffde Pouest; cependant lorsqu'en 1832, trois tribus, pour rétablir l'ordre et la sécurité, avaient proclamé le fils, de Mahiddin, El-Abd-el-Kader, chef du pays, Mustapha, dans son orgueil d'homme de race, ne put consentir à se soumettre à un homme de zaouia (association religieuse), et, après avoir battu par deux fois celui dont par le traité Desmichels nous fondions la puissance, voyant ses offres au général français repoussées et les pertes qu'il venait de faire éprouver à Abd-el-Kader réparées par les Français, plutôt que de courber le front devant le nouveau sultan, il renvoya sa tribu dans la plaine de la Melata, en lui commandant de se soumettre, et se retira, avec cinquante mille familles dévouées à sa fortune; dans le mechouard de Tlemcen (enceinte fortifiée).

OÙ les Çoulouglis * se défendaient courageusement. En J835 pourtant, les Douairs vinrent se soumettre au général Trézel. Un an après, Mustapha, délivré par l'occupation de Tlemcen, se trouvait de nouveau à la tête de ses braves cavaliers, et commençait à nous rendre les glorieux services qui lui méritèrent l'admiration de l'armée entière.

Tous les anciens de nos colonnes d'Afrique parlent encore avec enthousiasme de cet homme à barbe blanche, et se plaisent, dans leurs récits des combats passés, à dire combien le vieillard était majestueux quand il s'avançait debout sur ses étriers d'or, ses haïks flottant au vent, et que, l'œil enflammé, il tirait le premier coup de fusil en s'écriant: Ettlog el goum^ découple le goum. Alors tous ses hardis cavaliers partaient à fond de train, jaloux de se distinguer sous les yeux du chef redouté. « Je n'ai que deux ennemis, répétait-il souvent, Satan et El-Hadj-Abdel-Kader. » Aussi sa joie fut grande lorsqu'au mois de juillet 1842, la colonne du général de Lamoricière quittant pour la première fois les terres de labour du Tell, son cheval foula ces plateaux du Serrssous qu'il n'espérait plus revoir. La colonne alla jusqu'aux Montagnes .Bleues et bivouaqua au pied du piton de Goudjila, où Abd-el-Kader avait caché, comme dans une retraite inaccessible, les approvisionnements dérobés jusqu'alors à nos recherches. Ceux de cette course racontèrent depuis que le vieux chef monta au sommet de la montagne, et que,

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