‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 19 sur 24 · Tige de fer pointue (|ui sert d'éperon aux Araljes · texte numérisé non relu

Tige de fer pointue (|ui sert d'éperon aux Araljes

Mecque. Lorsqu'il visita pour la seconde fois le tombeau du prophète, vers i828, il emmena avec lui son fils Abd-el'Kader, et, quand les pèlerins eurent fait leurs dévotions à la Mecque, ils se rendirent à Bagdad, où se trouve la kobba (tombeau) de Si-Abd-el-Kader-el-Djélalli (le sultan des hommes parfaits), en grande vénération dans toutes les contrées de l'ouest de l'Afrique. Ils étaient entrés pour prier dans une des sept chapelles au dôme doré, qui entourent le tombeau du saint, quand le saint lui-même entra dans cette chapelle, sous la forme d'un nègre, portant un panier qui renfermait des dattes, du lait et du miel, t Oi!i est le sultan de l'ouest? dit le nègre à Mahiddin. — n n'y a pas de sultan parmi nous, répondit Mahiddin ; nous sommes de pauvres gens craignant Dieu, et venant de la Mecque. » Et comme ils avaient mangé une des dattes apportées par le nègre, ils se trouvèrent rassasiés. Alors le nègre, se retirant, ajouta: < Le sultan est parmi vous; gardez souvenir de ma parole, le règne des Turcs va finir. »

Cette légende, qui avait couru le pays lors de la chute de la puissance turque, avait donné un nouveau crédit à la famille de Mahiddin, et l'on s'en entretenait dans l'assemblée arabe d'Ersibia, lorsque Si-Larrach, le marabout centenaire, raconta que, pendant la nuit, Muley-Abd-el-Kader-el-Djélalli lui était apparu, et avait causé avec lui. Un trône s'était dressé devant ses yeux. « Pour qui ce trône? avait-il demandé. — C'est celui d'El-Hadj-Abd-el-Kader-Ould-Mahiddin. » L'assemblée aussitôt fut unanime pour reconnaître le choix que

Muley-Abd-el-Kader avait fait lui-même, et Ton envojra Si-Larrach avec trois cents cavaliers à la tente de Mahiddin pour chercher le nouveau sultan. Mahiddin avait eu précisément la même vision que Si-Larrach, et lorsqu'il avait demandé à Muley-Abd-el-Kader à qui était destiné ce trône, il lui fut répondu : « A toi, ou à ton fils Abd-el-Kader. Si tu acceptes, ton fils mourra; dans le cas contraire, tu mourras bientôt. » Lorsqu'il se fat entretenu avec Si-Larrach, Mahiddin, appelant son fils, lui fit cette question : « De quelle façon commanderais-tu, si lu devenais le sultan? — Si j'étais sultan, répondit Abd-el-Kader, je gouvernerais les Arabes avec une main de fer, et, si la loi ordonnait de faire une saignée derrière le cou de mon propre frère, je l'exécuterais des deux mains. » Mahiddin sortit alors de sa tente avec Abd-el-Kader, et s'écria : « Voilà le fils de Zora, voilà le sultan qui vous est annoncé par les prophètes. » Et le nouveau sultan, suivi de la foule des cavaliers, fit son entrée à cheval dans Mascara, n'ayant pour tout trésor qu'un franc noué dans l'un des coins de son haîk. Le lendemain, une contribution de 20,000 boudjous, frappée sur les Juifs et les Mozabites, lui assurait les premières ressources, et, depuis lors, il plaça sous la protection de Muley-Abd-el-Kader tous les actes importants de son commandement, annonçant toujours que le saint les lui avait conseillés dans la nuit.

Les tribus de la province, à l'exception des trois qui avai^t nonmié le fils de Mahiddin, refusèrent d'abord

368 LA PROVINCE d'ORAN.

de reconnaître l'autorité du jeune sultan; mais son habileté, sa réputation de justice, les audacieuses entreprises qu'il tenta, les amenèrent pourtant bientôt en grand nombre à l'obéissance. Nous avons été nous-mêmes, il faut bien le dire, les principaux instruments de sa puissance. Le traité Desmichels, en 1834, fut notre pr^ mière faute. Par ce traité, où nous faisions reparaître en son honneur le titre des anciens kalifes, nous lui fournissions les moyens matériels qui lui manquaient pour asseoir son autorité. Ouvriers, poudre de guerre, armes, tout lui fut donné, et, lorsqu'à la suite de querelles de tribu à tribu, il se voyait en deux rencontres battu et presque ruiné par Mustapha-ben-Ismaël et ses Doualrs, nous refusions les offres de Mustapha, et nous envoyions de nouveau à l'émir des munitions et des fusils. Le traité de la Tafna vint compléter cette série de fautes, et fit naître chez Abd-el-Kader l'espoir de créer à son profit une nationalité arabe. Lorsque le nouveau sultan des pays musulmans voulut reprendre les hostilités en 4839, les idées d'organisation qu'il avait prises en traversant l'Egypte vers 4828 avaient porté leurs fruits, et il avait une armée régulière, des serviteurs dévoués, des ressources en armes et en munitions, des places de dépôt à la limite du Serssous. Nous voyant alors si lourds et si lents, il croyait que nous ne pa^ viendrions jamais à l'y atteindre. ï.es espérances de l'émir furent déçues, et nos colonnes, devenues bientôt aussi mobiles que l'ennemi, conamencèrent les opérations qui devaient amener sa ruine. Les premiers coups furent

LA PROVINCE d'oRAN. 369

portés dans la province d'Alger, et ce fut après la campagne de i840 que le général de Lamoricière eut avec M. le duc d'Orléans une longue conférence, où il exposa et ses idées sur les Arabes, et son plan d'attaque. Dans la première pensée du général de Lamoricière, la province de Touest était la base de la puissance de Témir; il venait du Grheurb *, c'était dans le Grheurb même qu'il fallait l'attaquer, tout en poussant vigoureusement l'offensive dtf côté d'Alger. Un mois plus tard, M. de Lamoricière était nommé au commandement de la province d'Oran, et, dès les premiers jours, il commença ces razzias et ces hardis coups de main qui amenèrent le succès de nos armes. « Les Beni-Hamer et les Garabas sont mes vêtements, les Hachems sont ma chemise », disait l'émir en parlant des trois tribus qui l'avaient proclamé sultan. C'est pour lui enlever à la fois les vêtements et la chemise que fut entreprise la campagne d'hiver de Mascara. Ce système, suivi cent quarante ans auparavant par les beys turcs, devait avoir le même résultat 2. Qui eût vu en effet Mascara, lorsque la colonne expéditionnaire de i84i vint pour l'occuper,

Page 1