‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 5 sur 24 · U était né en · texte numérisé non relu

U était né en

3. Le cbaous est l'hoaune du chef, l'exécuteur de sa volonté et ^ussi du châtiment qu'il inflige, car le chaous est bourreau. Cette fonction est très-considérée pai- les Arabes.

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tous citaient comme une merveille, devint sa femme. Mais la prospérité d*Omar ne dura pas. Son frère Mohamed, dont le crédit auprès du pacha d'Alger portait ombrage au bey d'Oran, fut jeté en prison, et le bey donna Tordre de le tuer. Omar fut aussi traîné dans le cachot de son frère. Quand l'exécuteur entra, il voulut s'élancer pour défendre Mohamed; mais son frère, l'arrêtant, lui dit: c L'heure de ma mort est arrivée, mon enfant. 11 n'est pas donné à l'homme de résister au pouvoir du Très-Haut ; prie-le seulement chaque jour qu'il te choisisse pour venger ma mort, et songe que tu es le mari de ma femme et le père de mes enfants. » Dès lors cette vengeance devint l'unique pensée d'Omar ; et, lorsque sur l'ordre du pacha le bey l'eut renvoyé à Alger, le frère de Mohamed ne songea qu'à s'élever, afin de hâter l'instantdudiâtiment. Omar fut bientôt nommé caïd des Arîbs^; et sa femme Jemna, qui n'avait pu d'abord quitter Oran avec lui, parvint à le rejoindre à travers mille périls, sous la conduite de son père^ Si- Hassan, et d'un serviteur fidèle, Baba-Djelloull.

Les gens de Tunis s'étant avancés contre Alger, la bataille fut livrée; et les Turcs, poussés par l'ennemi, reculaient déjà, lorsque Omar s'élance avec trente cavaliers, charge hardiment, entraîne tout le monde, et décide le succès. Au retour, la milice entière le demandait pour agha. Pendant ce temps, Méhémefc-Ali avait vu, lui aussi, grandir sa fortune. Le massacre des mame-

i. Tribu voisine d'Alger. — Le caïd est le chef donné par l'État, U. le maire.

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louks assurait sa puissance; et une tente magnifique, envoyée à son ancien ami, témoignait du souvenir qu'il lui avait fidèlement gardé.

Le nouvel agha gouvernait ce pays dans la paix et le bien, faisant construire des ponts de pierre sur Tisser et le Chéliff, bon aux riches, secourable aux malheureux. Comme le disait la chronique arabe, la victoire accompagnait partout Omdr. Son nom faisait trembler ses ennemis et il était béni de tous, lorsque le bey d'Oran, toujours acharné contre le frère de Mohamed, et redoutant cette nouvelle puissance, persuada au pacha d'Alger qu'Omar voulait s'emparer du pouvoir. Une lettre interceptée avertit heureusement Omar, qui courut aux casernes et assembla la milice. « C'est vous qui m^ayez élevé, leur dit-il, je ne reconnais qu'à vous le droit de m'abaisser. Je viens me mettre entre vos mains; vous me donnerez la mort ou me délivrerez de mes ennemis. » La milice furieuse se rua dans le palais du pacha, le poignarda (1810), et voulut nommer Omar. Celui-ci refusa; le khrasnadji^ fut alors élu. Tout-puissant, Omar put enfin travailler à sa vengeance. Le bey d'Oran s'étant révolté, il marcha contre lui, s'empara de son ennemi et le fit écorcher vif. Dans^ la province d'Oran, l'on vous parle encore du bey écorché, bey el messeloug.

En 1816, craignant les Coulouglis, le pacha voulut les faire massacrer tous, et confia son projet à Omar,

i. Trésorier.

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qui, loin de s'y prêter, fit étouffer le pacha au bain. Cette fois, il fut contraint d'accepter le pachalik. En envoyant le cadeau à la Porte, il chargea Si-Hassan et son fils Mohamed de riches présents pour Méhémet-Alî, qui presque en même temps était nommé pacha. Pendant deux années, Omar tint tête à tous les fléaux, à la peste, aux sauterelles, au bombardement de lord Exmouth ; mais la pauvre Jemna avait perdu le repos, car elle savait que tous les deys mouraient de mort violente. Prise des douleurs de Penfantement (1818), elle entendit des salves d'artillerie : saisie de crainte, elle voulut voir Omar, et, contre l'usage, elle l'envoya chercher par son fidèle serviteur, le vieux Baba-Ejelloull ; mais le vieillard revint bientôt, et revint seul. Jemna avait compris. Elle tomba sans connaissance. Des coups nombreux furent au même instant frappés à la porte... C'étaient les chaous du nouveau dey qui venaient s'emparer des richesses d'Omar.

Jemna, revenue à elle, envoya demander l'hospitalité à un ancien ami de son mari. Se dépouillant de ses riches vêtements, elle en revêtit de plus simples, enveloppa ses deux enfants dans les haiks de ses nègres, fit ses adieux aux cent esclaves qui la servaient dans son palais, et sortit suivie de ses deux enfants, de son père, de Baba-DjellouU et de deux négresses qui Pavaient élevée; puis, fermant la porte de la cour, elle chargea Baba-DjellouU de remettre la clef au pacha, en lui disant : « La femme d'Omar sort du palais de son mari plus pauvre qu'elle n'y était entrée; elle n'enlève aucune

des richesses qui ont tenté la cupidité de son assassin. Ces richesses seront la récompense de son crime; mais qu'il se presse de jouir du pouvoir et de la fortune, car Dieu ne permettra pas que son heure soit longue. » — Puis elle quitta pour jamais ce magnifique palais, qui l'avait renfermée pendant dix années sans qu'elle fiït sortie une seule fois. Bien qu'il soit difficile d'évaluer toutes les richesses qu'Omar avait amassées pendant ces dix années, quelques détails suffiront pour donner une idée de la magnificence des' Turcs une fois arrivés au pouvoir. Le palais d'Omar renfermait trois cents négresses, cent nègres, dix Géorgiennes, vingt Abyssiniennes, quarante chevaux de pur sang, dix juments du désert. Dans ce palais se trouvait une salle entièrement garnie en or et en aident, ornée de pierres précieuses; une autre remplie de coffres contenant de l'or et de l'argent monnayés, des étoffes de brocart, d'or et de soie. Chaque semaine, Jemna changeait de parure; et dans le coffre qui renfermait chaque costume se trouvait une parure complète en diamants, composée d'un diadème, d'une aigrette, de boucles d'oreilles, d'un collier à quinze rangs de perles fines, de deux agrafes, de deux bracelets^ de douze bagues, de deux anneaux pour le bas des jambes, d'une sarma * en étoffe d'or, enrichie de pierreries.

Toqtes ces grandeurs avaient disparu ; et la pauvre Jemna, à peine arrivée chez les amis hospitaliers qui

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