‹ Souvenirs de la vie militaire en AfriqueChapitre 6 sur 24 · Espèce de coiffure · texte numérisé non relu

Espèce de coiffure

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lui donnaient asile, reprise des douleurs de Tenfantement, mit au monde un fils qu'elle nomma Omar, en souvenir de son père. Deux jours après cette fatale journée, le nouveau dey, Ali-Pacha, envoya son premier ministre auprès de la veuve de son prédécesseur. Ce fut à travers les barreaux de la chambre occupée par Jemna que le ministre lui fit connaître Fobjet de sa missicm. — « Ali-Pacha (que Dieu lui donne la victoire!) envoie salut et bénédiction à la veuve de Tex-pacha Omar ^. Calme ta douleur, te dit Fillustre souverain. Ton mari est mort de la mort des pachas, son heure était marquée : que Dieu lui fasse miséricorde! Mais il te reste des enfants; tes jours sont peu nombreux : tu les a passés dans la fortune et dans les grandeurs; de plus nombreux te sont peut-être réservés par le Très- Haut : crains de les passer dans la misère et rabaissement. Ton sort et celui de tes enfants sont en tes mains. Tu étais femme de pacha; dis un mot, et tu seras femme de pacha. Voici la clef de ton palais, nul pied étranger ne Ta encore foulé; reviens lui rendre son plus bel ornement, et ton nouveau maître y doublera tes richesses et le nombre de tes esclaves. — 0 Dieu de clémence et de miséricorde, s*écria-t-elle, pourquoi n'astu pas ordonné à ton ange Asraêl d*emmener à la même heure à tes pieds l'âme de Jemna et celle d'Omar? Quel crime veux-tu me faire expier, puisque tu veux que

i . Nous avons cru devoir conserver dans ces dialogues le texte môme des notes de M. Roche, sachant qu'il les avait écrites d'après le récit du fils de Jemna.

j*eiitende les propositions outrageantes du meurtrier de mon mari? Mais que ta volonté soit faite! Quant à toi, vil esclave d*un maître plus vil encore, sors bien vile de la maison qui me donne refuge, car ton souffle empoisonne Tair que je respire. Va, lâche assassin^ dis à ton seigneur que la veuve d'Omar-Pacha vivra et mourra la veuve d'Omar-Pacha; que ses séductions sont vaines, car les choses de la terre ne sont plus rien pour celle dont tout le bonheur est au ciel; et que ses menaces sont plus vaines encore, car il n'est que la périssable créature qui agit par ordre de son Créateur. »

Pendant plus de huit jours, le nouveau pacha employa tous les moyens pour séduire Jemna. Elle fut inébranlable. L'avarice, passion dominante de ce prince, remporta enfin sur tout autre sentiment; il s'empara des richesses d'Omar. Sa vue ne pouvait se rassasier de tant d'or et de bijoux. Ce fut sous l'impression favorable que lui fit éprouver le spectacle de tous ces résors, qu'il permit à la famille d'Omar de se retirer à Milianah, où le père de Jemna avait quelques pro* priétés.

Ali-Pacha fut assassiné quelques mois après, et Hacy* Mohamed lui succéda. Ce fut le premier pacha qui vint demeurer à la Casbah, bravant Pinscription mystérieuse où l'on annonçait l'arrivée des chrétiens sous un pacha dont la Casbah sera la résidence. Hassan^Pacha, ancien imam d'Omar, remplaça Hadj-Mohamed, mort de la peste. A peine élu, il montra que son cœur n'était pas ingrat. Jemna reçut des cadeaux magnifiques, et l'ordre

36 LA PROVINCE d'aLCER.

fut donné au bey d'Oran de payer un tribut et de faire des cadeaux à la veuve d*Omar toutes les fois qu'elle viendrait pour la dennech *■ à Alger. Ses faveurs ne se bornèrent pas là : il attacha Mohamed, le fils aîoé d*Omar, à sa personne ; et comme le second fils était trop jeune, il le garda d'abord dans son palais, puis l'envoya à Mételin et en Egypte voir ses oncles et Méhémet-Ali, qui le demandaient. Au bout de deux ans, il revenait comblé des présents de Méhémet-Ali. Hassan lui fit épouser la fille d'un des marabouts les plus vénérés de Milianah. La famille des Omar jouissait alors des prérogatives des grands fonctionnaires, sans courir leurs dangers. Le bonheur était redescendu parmi eux, et Jemna s'oubliait dans la joie au milieu de ses enfants, lorsque l'année 1830 arriva, amenant avec elle la chute du pouvoir turc et la réaction de toutes les tribus depuis si longtemps courbées sous le joug. Grâce à ses alliances avec des marabouts vénérés, la famille d'Omar fut momentanément respectée; mais son chef Mohamed, qui s'était rendu coupable de plus d'un acte arbitraire, fut obligé de fuir, laissant à Milianah sa mère, ses deux femmes, son frère Omar, âgé de quatorze ans. Le vieux Baba-Djelloull et les Ouled-Si-Ahmed-ben-Yousef les protégeaient.

Pendant les six premières années de l'occupation française, le jeune Omar, fils d'Omar-Pacha, avait grandi au milieu des combats qui se livraient journellement

i. ActJoD d'apporter l'impôt.

entre les habitants des villes et les Arabes des tribus. L'anarchie la plus complète avait succédé au régime sévère des Turcs : le fort mangeait le faible, las communications étaient interrompues, la guerre civile régnait dans toute TAlgérie. Le courage et les richesses d*Omar lui avaient fait beaucoup de, partisans ; il était encore au premier rang en 1836. Vers cette année s'amoncela l'orage qui devait bientôt éclater sur cette malheureuse famille.

Mohamed-ben-Omar, retiré chez les Français, avait toujours refusé tout commandement, dans la crainte de compromettre sa famille; mais en 1836, lorsque M. le maréchal Clausel lui proposa de l'accompagner à Milianah, il accepta. Les circonstances changèrent, et M. le maréchal se rendit à Médéah, où il installa un bey turc. Peu après, l'émir El-Hadj-Abd-el-Kader, qui, lors d'une première course dans Test, s'était créé des relations importantes dans cette partie de l'ancienne régence, et qui, du reste, y trouvait aide et sympathie,

arriva subitement à Médéah, a'empara du bey que nous

• y avions laissé, jeta dans les fers soixante des principaux Coulouglis *■ de cette ville, et imposa une amende considérable à Omar, fils d'Omar-Pacha, auquel il reprochait d'entretenir des relations avec son frère Mohamed, qui s'était mis au service des Français. La lettre suivante, écrite par Omar vers la fin de 1837, donnera une idée exacte de la situation des Cou- Jouglis à cette époque.

i. Fils de Turcs et de femmes arabes.

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« Lorsque, pour punir les Turcs de leur injustice, de leur barbarie et de leur avidité, Dieu, dont ils avaient oublié les préceptes, envoya les Français sur la côte de Sidi-Ferruch; lorsque, par la volonté de celui qui seul donne la victoire, les armées musulmanes prirent honteusement la fuite devant les chrétiens; lorsque, enfin, Alger l'inexpugnable tomba, malgré ses deux mille canons, entre les mains de l'infidèle, tout espoir de bonheur fut à jamais enlevé à tous les Turcs et à tous leurs descendants, habitants de l'Algérie. Mieux eût valu cent fois pour eux de périr dans les champs de Sidi-Ferruch et de Staoueli : ils auraient acquis la gloire ici-bas et la gloire là-haut; mais il en fut autrement écrit.

» Notre heure est passée, l'heure des marabouts et des bergers est arrivée. Les Français ont ôté le joug du taureau, ils lui ont appris à combattre. Il a redoublé de fureur depuis que ses cornes ont trempé dans le sang, et sa première fureur s'est tournée contre son maître. Partout où ils se trouvaient seulà, les Turcs et les Coulouglis ont été menacés ; partout où ils étaient réunis, ils se sont défendus et ont encore une fois inspiré la crainte à leurs anciens esclaves ; mais le jour où le pouvoir est tombé entre les mains d'un seul, du jour où l'alliance dés Français a fait d'Abd-el-Kader un véritable sultan ', notre perte a été certaine. Les Coulouglis de Tlemcen, de Médéah, de Mostaganem, de Mazagran, de Mazouna, sont tous asservis ou exilés ; il ne reste plus que ceux de Milianah ; notre tour ne peut tarder. Moi surtout, je dois avoir plus de craintes que tout autre, car mon influence est redoutée par l'émir; il convoite ma fortune, et il a pdlir prétexte le séjour de mon frère chez les Français.

» Si j'étais seul, j'abandonnerais toutes mes propriétés, je laisserais ma femme à son père, j'arriverais à Alger, j'en arracherais mon frère, et j'irais demander l'hospitalité à Méhémet-Ali, l'ancien ami de notre père; mais j'ai une mère chérie, la veuve fldèlç d'Omar-Pacha : elle seule me retient dans ce maudit pays. J'aurais pu sauver ma famille et mes richesses ; mais j'étais heureux alors, je commandais en pacha, je m'eni-

<• Par le traité de Desmichels

Là province D^ALGER. 39

vrais des flatteries de ceux qui mangeaient à mes dépens. Ceux qui sont maintenant mes ennemis me faisaient alors mille protestations de déyonement et me dissuadaient de ce dessein. Je ne prévoyais pas comme aujourd'hui la tempête qui nous menace. »

Ces pressentiments ne tardèrent pas à se réaliser : au mois de janvier 1838, Omar était chaîné de fers et conduit à pied à Médéah, où se trouvait Témîr. Arrivé en sa présence, le prisonnier lui demanda la cause de son arrestation. «Remercie Dieu, M répondit Témir, de ce que mon cœur est compatissant, car sans cette compassion ta tête serait déjà tombée en expiation de tes crimeset de ceux de ton frère. Non contents d'avoir opprimé les musulmans, lorsque vos injustes pères gouvernaient le pays; non contents d'avoir amassé des richesses en dépouillant des Arabes, vous avez oublié votre religion, vous avez vécu dans la débauche. L'un de vous est allé chez les chrétiens pour venir ensuite asservir son pays, tandis que l'autre préparaît les voies à l'infidèle. Le temps de la justice est venu. D'après le texte même du livre saint, vos têtes devraient tomber et tous vos biens devenir la propriété du beytik^; mais, comme je te l'ai dit, ta vie sera sauvée, à condition que tu me livreras tout ce que tu possèdes, toi et les tiens t le moindre oubli causerait ta perte. Fais connaître mes ordres à ta mère; malheur à toi et à elle, si elle tentait de s'y soustraire! »

Omar écrivit à sa mère, et les cavaliers porteurs des

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