‹ Souvenirs de ma jeunesseChapitre 12 sur 14 · VERSAILLES ET LA COMMUNE · texte numérisé non relu

VERSAILLES ET LA COMMUNE

Versailles avait un singulier aspect, au mois d'avril 1871. L0 petit Thiers, celui que le maréchal Soult avait surnommé « le petit foutriquet » , y remplaçait Louis XIV ; et M. Ernest Picard ne parvenait pas à donner le change à personne : on ne le prenait pas pour Louvois.

Mon arrivée à Versailles fut assez pittoresque, comme tout l'était d'ailleurs en ce temps -là. Après avoir fait toute la campagne, comme je Tai raconté dans un livre spécialement consacré au récit de la guerre de 1870 (1), depuis le 22 février jusqu'au 12 avril 1 871 , j'avais été retenu à Chambéry, d'abord pour reformer les services administratifs de la 3*^ division d'infanterie du 24^ corps, dont j'étais intendant militaire, ensuite pour rapatrier les volontaires garibaldiens qui retournaient en Italie? enfin pour recevoir et licencier l'armée de TEst qui avait été internée en Suisse, sort auquel, grâce à des amis que je possédais dans l'armée fédérale, j'avais eu la bonne fortune d'échapper, et de soustraire tous mes

(i) Souvenirs de guerre, Paris, Calmaan-Lévy, in-i8.

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services et rartillerie de réserve de ma division, que Ion m'avait confiée.

Le 12 avril 1871, j'avais quitté Chambéry pour m(^ rendre à Versailles où je devais recevoir ma lettre de licenciement. Comme il était impossible de passer par Paris, alors au pouvoir de la Commune, je m'étais arrêté à Melun, et de là j'avais .c^agné à pied Corbeil, où Ton m'assurait que je trouverais bien un moyen quelconque de rejoindre Versailles. Le moyen, après bien des marches et des contre-marches, ce fut M. Darblay, le grand farinier, qui me le fournit gracieusement. C'est ici que fie pittoresque commençait.

Les gardes nationaux de Corbeil avaient capturé la veille, dans une petite gare avoisinantc, un personnage qui s'y était installé en qualité de commissaire de surveillance pour le compte de la Commune. Le gouvernement de Versailles avait donné ordre qu'on le lui expédiât, et M Darblay, maire de Corbeil, allait mettre h exécution Tordre qu'il avait reçu quand je me présentai chez lui. Une place m'était réservée dans le breack découvert où étaient déjà installés le pseudo-commissaire et trois gendarmes, le revolver au poing. Les gendarmes, pleins de déférence pour mes galons, ne l'étaient pas autant pour le prisonnier qu'ils étaient chargés d'escorter. Ils lui avaient mis les menottes, et lui avaient entravé les pieds qu'ils avaient déchaussés, pour prévenir, disaient-ils, toute tentative d'évasion, laquelle mQ paraissait bien impossible. Quand la voiture se mit en marche, ils avisèrent en outre le pauvre diable, homme d'une soixantaine d'années, aux longs cheveux çt à la grande barbe blanche, coiffé d'un chapeau à haute forme et revêtu d'une redingote passablement râpée, une manière de chien de cour de quelque col-

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Jègue, qu'ils lui brûleraient la cervelle dans le cas où l'on tenterait de le délivrer. Cet avertissement m'ayant fait dresser Toreille, mes compagnons m'apprirent que la route n'était rien moins que sûre, que nous devions passer à proximité du fort d'Ivry d'où les communards fouillaient tous les environs à coups de canon, qu'ils envoyaient des détachements en reconnaissance dans différentes directions, et qu'il pourrait « pleuvoir des pruneaux ». Les gendarmes ne paraissaient pas disposés à recevoir « les pruneaux » sans les rendre ; j'étais du même avis, et je m'assurai que mon sabre jouait librement dans son fourreau et que mon revolver contenait le nombre voulu de cartouches.

La nuit commençait à tomber lorsque nous atteignimes Lohgjumeau sans encombre. Pendant qu'un gendarme était allé aux renseignements, et s'informait si la route était libre, je fis accepter au prisonnier un verre de vin et un morceau de pain qu'il prit avec reconnaissance, en m' avouant qu'à Corbeil on s'était beaucoup plus occupé de le garder étroitement que de le nourrir. Quelques instants après, nous nous remîmes en marche et nous arrivâmes enfin à Versailles en pleine obscurité, après nous être fait reconnaître par les avantpostes, tandis que, dans le lointain, le canon grondait sans relâche.

Notre voiture s'arrêta devant la porte de la prison qui s'ouvrit devant nous, et les gendarmes consignèrent leur prisonnier aux mains du directeur à qui je deman^ dai où je pourrais trouver à coucher. Celui-ci m'ayant informé qu'à pareille heure, j'étais certain de n'avoir qu'un ruisseau pour lit, avec le trottoir pour oreiller, tellement la ville était bondée de parisiens qui avaient fui la Commune, voulut bien m'engager à accepter son

hospitalité pour jusqu'au lendemain matin. Elle était primitive, cette hospitalité ; un matelas dans une cellule. Mais, en tout cas, cela valait mieux qu'un ruisseau et un trottoir. C'est ainsi que je passai ma première nuit à Versailles... en prison.

Le lendemain, quand j'eus retrouvé quelques députés que je connaissais, j'en obtins une lettre d'introduction pour leur collègue, M. Rameau, maire de Versailles, et le grand dispensateur des logements. Après m' avoir gracieusement accueilli, ce haut et puissant administrateur, qui personnifiait pour moi une bienveillante Providence, m'octroya un billet de logement en m' assurant que je serais très bien dans la maison où il m'envoyait, chez un dentiste américain, fort connu à Paris. Après avoir, non sans peine, découvert ce port de salut, j'y fus, je dois l'avouer, reçu comme un chien dans un jeu de quilles et invité sans ambages à déguerpir au plus vite. Mais, comme ceci ne faisait pas mon compte, je le pris de très haut et déclarai que j'allais à la Place chercher des soldats pour me faire ouvrir la porte de force. Voyant la tournure que prenaient les choses, le maître du logis s'exécuta de la plus mauvaise grâce du monde, me fît dresser un lit sur un canapé du salon, et m'y laissa en me déclarant que je passerais une nuit détestable, mais que je n'avais qu'à m'en prendre à mon obstination. A peine étais-je couché, que, dans une pièce voisine, éclataient des cris horribles, les cris de quelqu'un qu'on égorge. Me lever, me rehabiller et me pendre à tous les cordons de sonnette, ne me prit guère plus de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Le dentiste ne tarda pas à paraître, et me demanda ce que j'avais» avec un flegme qui me donna l'envie de lui sauter à la gorge. — Mais, ces cris affreux ! m'écriai-je... — Ah !

je vous lavais dit... ma femme est en couches, et vous comprenez... — Hélas! je ne comprenais que trop bien!... — Me réfugiant dans le jardin, vaste et fort bien dessiné, j'y passai le reste de la nuit, à la belle étoile, me promenant à grands pas pour me réchauffer, et poursuivi sans relâche par ces vociférations qui faisaient le plus grand honneur aux poumons de M"** E..., mais qui glacent le sang dans les veines aux plus braves. M. E... se montra, en même temps que le jour, et m'annonça avec une visible satisfaction, que la libre Amérique comptait un citoyen de plus.

Après avoir offert mes félicitations à l'heureux père etdeatiste tout ensemble, je fus retrouver M. Rameau, que le récit de ma nuit égaya beaucoup et qui ne se fît pas prier pour m'octroyer un autre billet de logement, tout en m'assurant que, si je voulais rester chez M. E... j'avais la certitude que les événements qui avaient marqué cette nuit désastreuse ne se renouvelleraient pas.

Comme je n'étais pas inoccupé, et que les journées passaient alors à Versailles avec une étonnante rapidité , je ne pus me mettre en quête de mon nouveau gîte avant la tombée de la nuit. Mais, autant dans la journée les rues étaient animées et bruyantes, autant le soir deVQaaient-elles désertes. Après une heure de recherches infructueuses, après avoir parcouru bien des rues qui se r^issemblaient toutes, frappé à beaucoup de portes qui refusaient de s'ouvrir, je finis par me rendre à cette déplorable évklance : j'étais complètement égaré et je n'avais plus qu'une chose à faire, me coucher sur un trottoir, mettre sous ma tête un petit sac qui ne me quittait jamais, et, m'enveloppant d^ mon mieux dans ma grande capote, me persuader que j'étais dans un lit

moelleux. Comme pareille chose m'était souvent arrivée à Tarmée de TEst, suf la neige et par les froids terribles (jui décimaient nos soldats plus vite et plus sûrement que les balles prussiennes, j'en avais prjs philosophiquement mon parti, lorsqu'un passant attardé s'arrêta . et me demanda avec bienveillance ce que je faisais là. -et si j'étais malade. Celui que la Providence m'envoyait si à propos était le comte de Nansouty, neveu du g-énéral qui a élu domicile sur le pic du Midi et s'y livre avec un courage tout militaire à des observations astronomiques. qui ont rendu son nom célèbre ^ans la science. A peine avais-je eu le temps de répondre à mon interlocuteur, qu'il m'engageait à le suivre et que, s'arrêtant à quelques pas plus loin devant une maison de belle apparence, il m^invitait à entrer chez lui et me déclarait qu'il entendait que je fusse son hôte pendant toute la durée de mon séjour à Versailles. Ainsi fut fait. Je reçus dans cette maison amie l'hospitalité la plus généreuse, -et je désire, si ces lignes tombent sous les yeux de M. ^e Nansouty ou des siens, qu'elles leur portent l'expression d'une gratitude que le temps écoulé n'a pu effacer de mon souvenir.

Littéralement, Paris était à Versailles, et quiconque avait l'habitude de connaître Versailles sous son aspect ordinaire, celui d'un désert sillonné par quelques rares passants et par des voitures plus rares encore, n'aurait jamais voulu croire qu'il se trouvait dans la capitale de l'ancienne Monarchie, figée dans ses souvenirs de grandeurs écoulées, et dont le XIX* siècle a fait une nécropole, quelque chose comme une autre Pompéï, moins les laves du Vésuve, moins le puissant intérêt <le la résurrection d'une société disparue.

J'ai dit qiie, pendant la nuit. Versailles redevenait le

même, mais dans le jour c'était bien différent. On cuni« mcnçait alors la guerre contre la Commune. Les troupes et rartillerie faisaient défaut. A peine venait-on de réparer Timmense et incompréhensible faute commise par M. Thiers, d'évacuer le Mont-Valérien. Aussi, pen-^ dant le silence de la nuit, et de ses heures propices aux réflexions, songeait-on à loisir à ce qui préoccupait un peu moins dans l'agitation des journées, c'est-à-dire à la possibilité que les troupes de la Commune vinssent, faire une visite peu fraternelle à l'Assemblée nationale et aux ministres de M. Thiers. Et, le fait est, qu'au dire des gens de métier, cette perspective n'avait rien d'improbable. Entre Versailles et Paris il n'y avait que le Mont-Valérien — ce qui était déjà beaucoup — mais fort peu de troupes et encore moins d'artillerie. Le bon public s'imaginait que l'on avait trop de l'un et de l'autre, et que c'était propos de pessimistes, parce que les troupes allaient et venaient, comme les comparses dans un théâtre, et parce que la grande place, qui fait face au château, était littéralement couverte d'une quantité de pièces de canon dont un cordon de factionnaires interdisait l'approche.

On y voyait de tout dans ce rassemblement de bouches à feu, on en voyait de toutes les époques, de toutes les formes, de tous les calibres. C'était très décoratif, mais il n'y avait qu'un petit malheur, c'était qu'il eut été impossible ae dresser une seu'e de ces pièces en batterie, par l'excellente raison, toute matérielle, que Ton n'avait rien à mettre dedans. Les munitions faisaient absolument défaut. Mais Dieu veillait évidemment sur l'Assemblée nationale et il avait eu la générosité de prendre M. Thiers sous sa protection, car les gens de

la Commune n'essayèrent même pas une tentative qui, au début, aurait pu trop facilement réussir.

Les hôtels, les maisons particulières étaient bondés d'hommes politiques, de militaires et de fugitifs de Paris. A la grande rigueur, chacun avait pu trouver un coin quelconque pour y étendre un matelas, et les moins fortunés s'estimaient encore heureux d'être acceptés en vingtièmes dans de véritables dortoirs rappelant désavantageusement les jours heureux du collège. Mais la question de la nourriture restait le plus ardu de tous les problèmes ; et rien n'était plus étrange que l'aspect des salles à manger des restaurants et des hôtels, où l'on mangeait sur ses genoux, par séries, les séries à jeun poussant celles qui étaient en train de se repaître, et où l'on voyait tel homme politique, bien connu, aller chercher lui-même à la cuisine la côtelette qui, sans cette précaution, ne serait pas venue toute seule prendre place sur son assiette. Dans ces agapes traternelles, toutes les situations sociales étaient confondues. Il n'était pas rare de trouver un simple garde mobile, fort dépenaillé, attablé auprès d'un général, et un membre de la droite buvant à la même bouteille, presque dans le même verre, qu'un Jarouche républicain.

En somme, on mangeait très mal, et les Versaillais, continuant le système d'exploitation qui leur avait si bien réussi avec les Prussiens, édifiaient tranquillement leur fortune aux dépens de ceux dont le malheur des temps avait fait leurs hôtes.

Quoique M. Thiors se crut l'émule de Louis XIV, — je ne suis même pas bien certain qu'il ne crut pas lui être supérieur — il avait eu du moins le bon goût de ne

pas s'adjuger le lit du grand Roi et les appartements tout pleins de son souvenir. Il logeait à la préfecture, vaste et bel édifice construit sous TEmpire, et avait mis dehors, sans plus de façons, le malheureux préfet qui s'était réfugié je ne sais où.

Les ministres qui n'avaient pas, que je sache, la prétention de chausser les souliers de Louvois, de Colbert, de Chamillard, s'étaient installés sans cérémonie dans le château et y avaient établi leurs bureaux avec un superbe désordre qui n'était l'effet d'aucun art, qui était même le plus préjudiciable aux Beaux-Arts. Dans les grandes pièces, on avait établi des refends sans s'inquiéter s'ils coupaient en deux quelque grande toile dont une moitié se trouvait dans un bureau et l'autre moitié dans un autre. Malgré les inscriptions explicatives, indiquant que tel ou tel escalier conduisait à tel ou tel ministère, c'était un véritable dédale, dans lequel fonctionnaires et solliciteurs se perdaient à qui mieux mieux. Avait-on affaire à un ministre on le trouvait du côté droit de la cour ; à son sous-secrétaire d'Etat, c'était à gauche qu'il fallait aller. Et la plupart du temps, quand on avait bien couru après l'un ou l'autre, quand on avait fait antichambre pendant des heures, n'ayant d'autre distraction que d'écouter le grondement des canons de Paris qui tiraient sur les troupes de Versailles, on apprenait que le ministreet le sous-secrétaire d'Etat étaient à la Chambre, retranchement suprême dans lequel il était impossible de les forcer.

La Chambre n'était autre que la salle de spectacle du palais, aménagée tant bien que mal pour recevoir les députés que le public contemplait du haut des loges. Le bureau et le président siégeaient sur la scène et l'orchestre ; l'orateur parlait du haut d'une tribune ins-

tallée à la place de la rampe. Les députés faisaient toujours salle comble, car les distractions étaient rares à Versailles. Les séances tenaient lieu de ces représentations de jour, que Ton donne maintenant, sous le nom de matinées, dans tous les théâtres de Paris. Comme les dégagements étaient petits et incommodes, comme la pièce où les députés recevaient leurs nombreux clients était minuscide, les honorables avaient adopté pour salle d'audience les ombrages du parc où il était assez difficile aux huissiers d'aller les réclamer pour les votes ou pour les « incidents ». C'était le légendaire Bécherelle, chef des huissiers, qui se chargeait généralement d'avertir ceux qui fumaient leur cigare dans la galerie des Tombeaux, transformée en salle des Pas- Perdus, et où les statues des grands ancêtres pouvaient contempler à leur aise ces descendants dégénérés. Dès que Forage commençait à gronder dans la salle, Bécherelle parcourait à toutes jambes cette galerie et les couloirs fort étroits où le public était relégué, jetant aux uns et aux autres cet ii^vertissement comme le glas du tocsin : « Un incident, un incident ! » Chacun alors de se précipiter et de se jeter dans Torchestre et dans les loges avec un bruit d'ouragan. C'est ainsi qu'il me fut donner d'assister un jour à un incident qui fît grand bruit dans les journaux. Gambetta était à la tribune et, -entre autres aménités à l'adresse de la droite, il venait de s'écrier ; « Les bonapartistes sont des misérables ! » Là-dessus M. Buffet, président de l'Assemblée, bondit sur sa sonnette qu'il agite à tour de bras, et somme l'orateur de s'expliquer et de retirer l'injure qu'il vient d'adresser à l'Assemblée. — « Volontiers, répond Gambetta, mais je ferai remarquer à M. le président que ce n'est pas une injure, que c'est une flétrissure, et, ajoute-

t-il avec un grand geste, et je la maintiens ! » Puis, il quitte la tribune au milieu d'un vacarme indescriptible.

Les jours où M. Thiers ne dédaignait pas, quoique chef du gouvernement, et décoré par lui-même du titre de Président de la République, sans qu'aucun vote le lui eut conféré, et sans que la République fut en aucune façon proclamée, de venir s'expliquer sur sa politique ou défendre un projet de loi, ces jours-là, il y avait salle comble ; et si Ton avait dû payer ses places, le gouvernement aurait fait de belles recettes. Le -pseudo-libérateur du territoire y afîectait volontiers des allures de dictateur, et ce fut cette intervention directe et déplacée dans les luttes du Parlement qui le perdit. Mais les évé* nements parlementaires qui amenèrent et préparèrent sa chute sont trop connus pour qu'il soit opportun de les rappeler ici. Je me bornerai à mentionner, comme preuve de son inaltérable confiance en lui-même que, quand on vint le prévenir qu'il avait été mis en minorité par une Chambre impatiente de secouer le joug du plus autoritaire dos hommes, quand, sans s'expliquer davantage, on lui dit qu il avait vingt ou trente voix : « C'est peu, — répondit M. Thiers, — mais enfin on peut gouverner avec cela ». 11 fallut donc lui expliquer que c'était une majorité contre lui. Il fut alors contraint à se décider à se séparer de ce cher pouvoir au soin duquel il espérait bien vivre longtemps et mourir le plus tard possible, en l'exerçant toujours. Les dernières heures du règne furent piteuses et lamentables. Aux colères de M. Thiers venaient s'ajouter les récriminations de M'"® Thiers, qui eut volontiers emporté jusqu'aux serviettes de la buvette.

M. Thiers était éclectique en fait de ministres, et

ceux-ci, d leur tour, étaient éclectiques en fait de fonctionnaires. Tout était à renouveler dans radminiâtration, car on no pouvait, sans s'exposer à une lïiort certaine, laisser en fonctions les étonnantes créatures de Gambetta. Le coup de balai s'imposait dans ces écuries d'Augias, et Ton y procédait d'une manière assez fantaisiste. Cela avait été à Bordeaux, tandis que Gambetta humait encore l'air pur et salutaire de Saint-Sébastien, que l'on avait préludé au massacre de ses préfets. Les nouveaux élus venaient un peu de tous les coins (le riiorizon politique, et M. Lambrecht, ministre du commerce, aurait pu, en m'apprenant qu'une souspréfecture m'était rendue avec avancement, s'épargner la peine d'ajouter que je n'étais pas renommé parce que j'avais été fonctionnaire de l'Empire, mais quoique...

Dans la nouvelle administration, les anciens préfets de l'Empire coudoyaient des orléanistes et des légiti- . mistes, qui devaient être bien étonnés de voir remplacer sur leurs épaules, par l'habit brodé du préfet, l'habit noir avec lequel jusqu'à ce jour leur science avait consisté à conduire des cotillons avec maestria. Les républicains étaient en minorité, mais il y en avait pourtant quelques-uns pour que la macédoine fut complète.

Dès que le gouvernement fut installé à Versailles, ce fut le tour des sous-préfets et des conseillers de préfecture. Suivant l'invariable logique française, pour les fonctions qui exigeaient moins d'expérience et de connaissances acquises, on choisit de préférence d'anciens fonctionnaires qui étaient au contraire plus particulièrement doués de l'une et des autres. Les députés faisaient avec rage le siège des ministres qui, excédés,

finissaient par s'en tirer en les laissant choisir pour leurs protégés le poste qui leur convenait le mieux. Quand vint mon tour, M. Picard, ministre de Tintérieur, dit un jour, par dessus Tépaule, au député très, influent qui me patronnait : « J'ai pour lui Soissons et Béthune, qui ne sont pas encore donnés; lequel choississez-vous? — Béthune, répondit le député. — Va donc pour Béthune, reprit le ministre ». — Et effectivement, le lendemain mon nom figurait dans le Journal officiel^ Je crois que celui à qui Soissons échut en partage, no se douta jamais qu'il ne devait ce poste qu'à l'effet du plus pur hasard. Mais, il faut ajouter que le hasard, qui fait parfois bien les choses quand il s'en mêle, l'avait cent fois mieux servi que moi.

Mais ce n'était pas tout que d'être nommé, il fallait encore être agréé par la députation du .département dans lequel on était envoyé.

Il me souvient de la grimace significative que firent quelques-uns des députés du Pas-de-Calais en voyant le nouveau sous-préfet de Béthune revêtu d'un uniforme, très endommagé, d'intendant militaire, et de l'espoir que l'un d'eux voulut bien m' exprimer que je n'irais pas administrer sous ce costume. J'aurais pu répondre à cet honorable imbécile que je n'en connaissais pas de plus beau ni que l'on put être plus fier de porter. Je me bornai à lui dire que, comme ce vêtement était le seul que l'ennemi eut bien voulu me laisser, il faudrait que mes nouveaux administrés en prissent leur parti, au moins provisoirement.

Il y avait encore autre chose, une autre épreuve à subir, et de celle-là on ne pouvait se tirer au moyen d'une verte réplique. Cette épreuve consistait à gagner son poste, et pour ceux qui étaient envoyés dans le Nord,

elle offrait les plus sérieux désagréments, que compliquait encore le port de Tuniforme militaire.

Lorsque je quittai Versailles pour me rendre à Béthune, on m'informa qu'il se présentait une excellente occasion d'atteindre Saint-Denis, où je pourrais prendre à destination du Nord un des trains qui sortaient librement de Paris dans cette direction, de par la volonté formelle des Allemands. Cette occasion consistait en *une place qui m'était offerte dans un fiacre découvert, un des nombreux fiacres parisiens qui avaient émigré, eux aussi, à Versailles, à côté d'un certain baron X..., agent secret de M. Thiers auprès de quelques membres de la Commune. Il n'était pas le seul que M. Thiers employât à des négociations dont les conditions n'ont jamais été bien définies. C'est ce que me raconta mon compagnon de voyage pendant que nous roulions vers Saint-Denis, et il me raconta également qu'il entrait dans Paris et en sortait aussi facilement qu'il le voulait, grâce au passeport, délivré par la Commune, dont il était porteur.

Il était vraiment bien fâcheux que ce passe-port ne pût être affiché sur notre fiacre, de façon qu'on parvint à le lire distinctement du haut des fortifications de Paris ; car, à certain endroit, en vue des remparts que garnissait l'artillerie des fédérés, quelque chose qui passa sur nos têtes avec un ronflement sinistre et qui m'était devenu familier, produisit dans notre modeste équipage une perturbation singulière et subite. Le cocher, sautant à bas de son siège avec l'agilité d'un clown, s'était précipité à plat ventre jJans le fossé qui bordait la route, et le baron X... m'avait saisi le bras en s' écriant : « Bon Dieu! qu'est-ce que cela? — Cela, lui répondisjc, c'est un obus. On tire sur nous, tout simplement. »

Effectivement, deux autres projectiles, avec leur musique endiablée, passant encore au-dessus de nous, prouvèrent que, pour des gens qui n'en font pas leur métier, ces artilleurs improvisés ne tiraient pas mal. — « Trop haut, dis-je à mon compagnon ; mais si nous restons immobiles, cela leur permettra de rectifier leur tir. Il faut continuer et rapidement. » — Mettant pied à terre, je courus relever par le collet le cocher qui s'obstinait à faire le mort et lui signifiai poliment, mais en lui montrant mon revolver, que s'il ne remontait pas sur son siège et s'il n'obtenait pas de son cheval toute la vitesse dont celui-ci était capable, l'aventure pourrait finir mal pour lui. Le pauvre diable ne se le fit pas dire deux fois, et l'instant d'après nous roulions à fond de train, quand, à deux kilomètres de là, nouveau et brusque temps d'arrêt, et nouvelle tentative du cocher pour faire un plongeon que j'arrêtai coart, car je le surveillais. Cette fois, il ne s'agissait plus d'obus, mais de balles. A notre droite, des fédérés et des gardes municipaux, déployés en tirailleurs, échangeaient des coups de fusil. Je dois dire que le négociateur de M. Thiers, qui ne s'était jamais vu à pareille fête, faisait une con tenance qui n'avait rien d'héroïque. — « Jamais cela ne m'était arrivé, » disait-il. — A quoi je répondis que, pour peu qu'il continuât à faire la navette entre Paris et Versailles, il pouvait s'apprêter à avoir chaque fois ce spectacle et à courir les mêmes risques.

L'argument que j'avais employé avec le cocher ayant réussi une seconde fois, nous reprîmes notre course de plus belle et nous atteignîmes Saint-Denis sans nouvel incident. Mais, pour ce qui me concerne, je n'en avais pas fini avec les aventures.

Saint-Denis était au pouvoir des Prussiens et il y avait

un poste dans la gare même. Le chef de station, à qui je m'adressai, me répondit qu'il n'y aurait de train pour le Nord que le lendemain matin, mais qu'il fallait quitter Saint-Denis au plus vite, car je serais infailliblement arrêté à cause de mon uniforme. Il me fît remarquer que les soldats du poste semblaient se concerter et qu'un sous-officier venait de quitter la gare : — « Il est allé certainement, dit-il, prévenir le commandant de place, et il rapportera Tordre de vous mettre en prison.» —

La nuit était arriA^ée et le chef de station était rappelé dans son bureau par la sonnette du télégraphe ; je le suivis. Après avoir répondu à la dépêche qu'il recevait, il se frappa le front et me. dit : — «J'ai une idée ; cela tournera peut-être mal pour moi, mais enfin il ne sera pas dit que je vous aurai laissé a'^ous en aller, par la nuit et seul, dans ce pays rempli de Prussiens et que vous ne connaissez pas. Voici un matelas sur lequel l'homme d'équipe de garde passe la nuit. Voilà sa casquette et sa veste d'uniforme. Endossez Tune et coiffez-vous de l'autre et couchez-vous sur ce matelas. Je dormirai dans ce fauteuil, et si les Prussiens viennent ici, je serai là pour leur répondre. » — En un tour de main, j'avais retiré ma capote et ma tunique, et j'étais devenu homme d'équipe jusqu'à la ceinture. Il s'agissait de cacher mon pantalon et mes grandes bottes éperonnées, que je ne pouvais envoyer rejoindre le reste de mon équipement dans le placard où mon hôte venait de le renfermer. Un superbe caoutchouc d'uniforme d'un officier de la garde prussienne était là, gisant sur une chaise. M'en emparant sans cérémonie, je m'enveloppai dedans depuis la ceinture jusqu'aux pieds et je m'étendis sur le matelas.

A peine le chef de gare avait-il baissé le gaz de sa lampe, de manière à produire une quasi-obscurité, çt s'était-il allongé dans son fauteuil, que quelques officiers prussiens, faisant irruption dans le bureau, s'infor- . maient d'un, ton trè^ arrogant du « colonel français.» qu'on leur avait signalé. Avec un sang-froid imperturbable, le chef de gare ayant répondu qu'il était parti presque aussitôt, avec une voiture qui lattendait, et qu'il aA^ait pris la route de Montmorency, après s'être consultés à voix basse, l'un d'eux, en me montrant du doigt, demanda qui j'étais. Il faut dire que, les yeux presque clos, je représentais de mon mieux quelqu'un qui dort à poings fermés : — a C'est l'homme de garde pour cette nuit, répondit le chef de gare ; il est exténué de fatigue. Avez vous besoin de lui ?» —

Sur une réponse négative, les officiers Prussiens sortirent sans saluer, comme ils étaient entrés. — «Je crois, me dit mon hôte, que nous serons tranquilles à pré" sent, à moins que celui qui a oublié son caoutchouc ne vienne le chercher ». — Mais il n'en fut rien, et le lendemain, auxyeux du poste ébahi, je montais lestement, au moment où il se mettait en mouvement, dans le train se dirigeant sur Amiens. Le mécanicien avait reçu Tordre de ne voir aucun des signaux d'arrêt qui pourraient lui être faits . J' eus la délicatesse de ne pas emporter le caoutchouc , et je m'en suis repenti, parce qu'en temps de guerre tout ce qui est bon à prendre est meilleur à garder. . C'est également à un autre chef de gare que je dus d'échapper à un danger beaucoup plus grave, celui d'être fusillé par les fédérés.

Pendant que j'étais en garnison à Chambéry, occupé, comme je l'ai dit plus haut, à reconstituer les services administratifs de la 3* division du 24« corps, dont j'étais

intendant militaire, je fus envoyé en mission à Bourg, àDijonet àMelun. On m'avait prescrit, pour éviter toute difliculté avec les Prussiens, de revêtir des vêtements civils, mais j'étais porteur d'une feuille de route qui m'assurait aide et protection auprès des autorités civiles et militaires françaises; et quandje fus à Melun, l'idée,

idée saugrenue et bizarre, j'en conviens, me vint de pousser jusqu'à Paris pour m'assurer par moi-même de ce qu'était cette insurrection dont on faisait des récits fantastiques. M. Thiers, son gouvernement et les troupes demeurées fidèles avaient déjà gagné Versailles, mais la guerre n'était pas commencée en fait, et aucun coup de canon n'avait encore été tiré.

Arrivé le matin à Paris, j'avais prévenu, à tout hasard, le chef de gare de Paris-Lyon de mon équipée et je lui avais donné mon adresse. Me lançant aussitôt à tra« vers la ville, j'avais employé toute la journée à visiter les différents points sur lesquels, disait-on, les fédérés avaient concentré leurs forces et leur artillerie. C'est ainsi que, notamment, j'avais vu l'hôtel de ville entouré d'une triple ceinture de canons, et visité les barricades de la rue de Rivoli. Puis, j'avais gravi les hauteurs de Montmartre et je m'étais promené partout, parfois escorté par des fédérés qui interrompaient une partie de bouchon pour me faire les honneurs des pièces d'artillerie dont ils étaient aussi fiers qu'une coquette de ses bijoux, et qu'ils avaient braquées de manière à enfiler toutes les rues donnant accès sur les hauteurs. J'avais rencontré

partout un excellent accueil, très peu de curiosité indiscrète, que je satisfaisais d'ailleurs en affirmant que j'étais attaché militaire à la légation de Suisse, et quand on me répondait que les républicains de mon pays — d*adoption — étaient les frères des républicains de

Paris, je confirmais la chose avec une véhémence toute patriotique, et surtout helvétique.

De retour le soir chez Tami qui m'hébergeait, j'y avais apporté, avec une courbature, la certitude que l'insurrection était formidable, et qu'il coulerait des flots de sang avant qu'elle fût écrasée. Cette visite n'était pas- inutile, car, peu après, j'eus l'occasion de rendre compte à Versailles, au ministère de la guerre, de ce que j'avais vu, et l'on m'assura, avec force remerciements, que l'on tiendrait compte des renseignements que j'étais en mesure de donner. Même au plus fort de la lutte, les renseignements d'ailleurs ne firent jamais défaut. Presque chaque soir des servantes, des femmes de chambre, se rendaient sur les remparts et jetaient à des hommes ou à des femmes apostés à l'avance, des paquets renfermant des journaux et des lettres. Par la même voie certains parisiens, réfugiés à Versailles, trouvaient moyen de faire passer de leurs nouvelles aux parents où amis restés dans Paris.

C'était un jeu dangereux, mais il n'est pas à ma connaissance qu'il ait jamais tourné au préjudice de quelqu'un.

Pendant la nuit, un formidable coup de sonnette ayant retenti, mon hôte vint, tout effaré, m'annoncer que bien certainement j'avais été dénoncé, suivi, et que Ton venait m'arrêter. Il me voyait déjà devant le peloton d'exécution, et je pense bien qu'il s'y voyait aUssi. Nous tînmes conseil au bruit des coups de sonnette qui se succédaient sans interruption, et nous finîmes par décider que nous devions nous soumettre à notre destinée, puisqu'il est écrit que nul ne peut fuir la sienne. Quand mon ami fût ouvrir, au lieu du peloton de fédérés avec lequel il s'attendait à se trouver face à

face, il eut rinexprimable soulagement de voir sur le seuil un honnête employé du chemin de fer de Lyon, qui s'informa de moi et venait me prévenir de la part de son chef que le dernier train partirait le lendemain vers deux heures, et qu'après le départ de ce train tout service cesserait sur la ligne.

Le lendemain, bien avant l'heure fixée, j'étais à la gare et je me promenais de long en large, en regardant tantôt les fédérés qui l'occupaient militairement, tantôt les voyageurs assez nombreux qui se pressaient à la distribution des billets et à l'enregistrement des bagages, quand un fédéré, porteur d'une honnête figure, mit la main sur mon bras et m'entraîna à l'écart. .

— Veus êtes militaire, dit-il, et je parierais que vous êtes officier.

Sur l'affirmation qu'il se trompait absolument, il reprit :

— Si vous n'êtes pas dans l'armée, pourquoi porteriez-vous la cravate d'ordonnance ?

Je mis la main à mon cou et je constatai avec stupeur que j'étais venu à Paris, et que je m'y étai^* promené toute la journée précédente, avec la cravate de laine bleue réglementaire pour les soldats et dont j'avais adopté l'usage pendant toute la campagne. Cent autres fédérés auraient pu faire la même remarque que celui-ci et Dieu sait quelles auraient pu en être pour moi les conséquences! Comme il n'y avait plus à nier, mon interlocuteur ajouta :

— Cachez cela, relevez le collet de votre paletot, et montez de suite dans le train ; c'est plus sûr. On n'ira pas vous y chercher; sans cela votre affaire serait claire. Quant à moi, je n'ai rien vu.

Et me tournant le d-^s, a:)rès m' avoir ostensiblement

donné une poignée de main comme à un ami que l'on quitte, il s'en fut tranquillement rejoindre ses camar rades qui le regardaient. Qu'est devenu ce brave homme? Est-il tombé sous les balles de nos soldats exerçant de justes représailles? Je l'ignore. Toujours est il qu'il me sauva la vie et qu'il aurait été juste que la sienne fût épargnée. Je n'ai pas besoin de dire quel soupir de soulagement je poussai quand le train se mit en marche, et combien je me promis de ne plus recommencer une aussi dangereuse tentative.

Lorsque l'insurrection fut vaincue, on sait à quel prix, le gouvernement et les députés se partagèrent entre Paris et Versailles. Cette dernière ville continuant à être la capitale politique, chaque jour des trains immenses, bondés de voyageurs, y déversaient, par les^ chemins de fer des deux rives, ministres, fonctionnaires et députés. Rien n'était plus curieux que ces trains parlementaires, vestibule de la Chambre, dans lesquels, par le fait, les séances de l'Assemblée com' mençaient et se terminaient. Mais aussi, je dois le dire, rien n'était plus assujettisant ni plus agaçant pour les députés, qui, pour la plupart, et à de rares exceptions près, avaient élu domicile à Paris. Rien, non plus n'était plus amusant que de voir leurs ruses de Mohicans pour esquiver les électeurs et solliciteurs qui attendaient à Paris le départ du train, et comptaient sur la durée du trajet pour accaparer leurs victimes et s'assurer ainsi trois quarts d'heure d'audience, au lieu des quelques minutes, achetées par des heures d'attente, qui leur étaient à grand peine octroyées à Versailles. Je me souviens que j'usai une fois de ce moyen, après l'avènement du maréchal de Mac-Mahon, pour saisir à la gorge le sous-secrétaire d'Etat au ministère de Tinté*

rieur, qui m'offrit gracieusement de choisir entre cinq ou six postes plus agréables les uns que les autres, et s'empressa, non moins gracieusement, de ne m'en accorder aucun. C'était sa revanche.

Pour tout le monde parlementaire, le retour du gouvernement à Paris fut une délivrance, à l'exception toutefois des ministres dont cette existence en partie double faisait admirablement les affaires. Quand on allait les solliciter à Paris, ils étaient invariablement à Versailles. Faisait-on le voyage de Versailles, on ne manquait jamais d'y apprendre qu'ils étaient repartis pour Paris. Il fallait bien, du moins, que dans ce gouvernement ambulant quelqu'un put y trouver son compte.

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