GLACES
Vanille, oranges
Ce menu, qui, on le voit, n'a rien de royal, ni même de princier, était écrit à la main par un valet de pied qui avait une belle écriture, sur une double feuille de fort papier à lettre glacé. L'ornementation, lithographiée en or, était due sans doute au même calligraphe : elle consistait en une branche de lys, feuilles et fleurs, qui occupait tout le côté gauche, du haut en bas. Au milieu, dans un médaillon rond, la lettre H et six fleurs de lys autour du médaillon. Au sommet, plaqué sur la branche de lys, un médaillon ovale contenant le mot : DÎNER. Et en regard la date, manuscrite comme le menu, 27 mars 1859.
M. le comte de Chambord se plaçait naturellement au milieu de la table et la comtesse se mettait à sa droite. M. le duc de Lévis, ou celui qui le remplaçait, s'asseyait en face du Prince. Pour les places des convives, il y avait un roulement ainsi établi : Celui qui mangeait pour la première fois au palais Cavalli ou à Frohsdorf, était placé à la gauche de M. le comte de Chambord. Au second repas, il s'asseyait à la droite de Mme la comtesse de Chambord. Ensuite, il était libre do se mettre où bon lui semblait. Les repas étaient très courts, quoique M. le comte de Chambord y fit largement honneur. Il avait ce que Ton appelle un bel appétit, comme les rois ses ancêtres. Aussitôt après l'entremets, il avait Thabitude de prendre à chaque
instant, jusqu'au moment où l'on se levait de table, des sucreries dans un grand plateau à trois étages qui était placé en face de lui. On mangeait dans de la vaisselle plate, aux armes royales, mais cette vaisselle était très mal tenue, rayée, et ne brillait pas plus que des plats de vieil étain. Les vins étaient fort ordinaires, et il s'en fallait de beaucoup que le cuisinier fut l'émule de Vatel. Il y avait un valet de pied pour deux convives, et le valet de chambre du Prince, le fidèle Charlemagne, qui le servait, dirigeait le service.
Je ne sais plus à quelle occasion, on vint à parler un jour de plats de grenouilles qui étaient considérées à Venise comme un mets très délicat, et que Ton servait sur les tables les plus aristocratiques. Je fis involontairement une grimace qui n'échappa pas à l'œil scrutateur du Prince.
ce — Belleval ne dit rien, s'écria-t-il, mais j'ai vu qu'il avait cela en horreur. »
Je dus avouer que la perspicacité du Prince ne l'avait pas trompé et qu'entre les grenouilles et moi il existait une vieille haine qui avait de lointaines et profondes racines.
« — Eh ! bien, reprit le Prince, je parie que vous en mangerez sans vous en douter et que vous trouverez cela excellent. » — Je jurai mes grands dieux que ce serait impossible. ~ « Nous verrons » — fit simplement M. le comte de Chambord. A quelques jours de là, au cours d'un grand diner pendant lequel j'étais sans défiance, ayant oublié cet incident, on me présenta un plat accomodé à la sauce blanche, qui était étiqueté sur le menu d'un nom très scientifique que je ne connaissais nullement. J'en pris, et j'en repris, hélas !
Lorsqu'il fut bien constaté que j'en avais mangé
deux fois, M. le comte de Chambord m^interpellant à haute voix, me dit : — « Je vois avec plaisir que vous avez trouvé cela bon ? — « Excellent, Monseigneur. — (c Eh! bien, mon cher, ce sont de^ cuisses de grenouilles tout simplement. J'ai gagné mon pari ! »
Au milieu des éclats de rire, je voulus rester stoïque et attaché à ma chaise comme un sénateur romain ; mais il n y eut pas moyen, et il me fallut faire une sortie qui ressemblait à une fuite. Quand je reparus, quelques instants après, le duc de Lé vis était en train d'expliquer complaisamment à l'assistance que, fanatique de Thistoire ancienne, j'avais emprunté cette coutume aux gourmets de la Rome des Empereurs pour me procurer la satisfaction de diner deux fois. M. le comte de Chambord, qui n'avait pas prévu les conséquences, voulut bien m'en exprimer son regret, et m'affirma que désormais chez lui on ne changerait rien à l'état civil des grenouilles.
Après le déjeuner, on revenait dans la salle des Oiseaux où l'on trouvait le courrier de France. Chacun dépouillait sa correspondance ou prenait un journal ; on lisait, on causait et l'on échangeait les nouvelles. A une heure, le Prince et la Princesse se retiraient, et comme je l'ai dit ailleurs, ceux qui n'était pas de service obtenaient leur liberté jusqu'à l'heure du diner.
Le dîner était à sept heures. La toilette était de rigueur, car, à défaut des visiteurs français, il était rare que M. le comte de Chambord n'eut pas à sa table quelques personnages de distinction, olFiciers autrichiens, fonctionnaires civils, ou bien encore quelques membres de l'aristocratie vénitienne. Tout ce monde, contrairement à ce qui se passait dans les autres villes du royaume Lombard- Vénitien, vivait en très bonne intelligence ;
les officiers autrichiens trouvaient à se marier à Venise,
et les descendants de quelques-unes des plus illustres familles ducales avaient accepté de Tempereur d* Autriche le titre de comte A Venise, M. le comte de. Chambord était considéré comme un souverain et traité en conséquence ; mais, dans toute la ville, il n'était connu que sous le nom de duc de bordeaux. L'étiquette des cours présidait au repas du soir et à la réception qui suivait et quidurait jusqu'à dix heures. Quelque fut le rang des convives, archiducs ou princes, quand le dîner était annoncé, le Prince passait le premier dans là salle à manger ; la Princesse le suivait ; puis venaient les dames, et les hommes fermaient la marche. Les archiducs marchaient après Mme la comtesse de Chambord. Quand l'empereur et l'impératrice d'Autriche dînaient au palais Cavalli, M. le comte de Chambord et TEmpereur marchaient côte à côte, et Mme la comtesse de Chambord et l'Impératrice les suivaient dans le même ordre. J'en fus témoin dans un hiver pendant lequel l'Impératrice vint demander au climat froid et humide de Venise le rétablissement de sa santé que n'avait pu lui procurer un long séjour à Madère, et ce qu'il y eut de plus particulier, c'est qu'elle y obtint une guérison complète. A dix heures précises, le Prince et la Princesse saluaient leurs invités et se retiraient. Chacun s'en allait ensuite à ses plaisirs, à un bal ou à une soirée, flâner par la ville ou s'asseoir au café Florian. Pour les hôtes du palais, les portes restaient ouvertes durant toute la nuit. Ce qui passerait pour de Tinconduite à Paris est tout naturel en Italie, ou l'on a l'habitude de veiller jusqu'au jour. C'est ce qui explique pourquoi, lorsque Tabbé Trébuquet montait à Tautel, à dix heures, ix)ur dire, sa mesiie, la plupart
d'entre nous serrions encore tendrement notre traversin entre nos bras.
Si les réceptions du soir étaient solennelles, si les visiteurs civils avaient l'habit de cérémonie avec toutes leurs décorations, si les officiers étaient en grand umforme, parfois pourtant un récit fait par M. le comte de Chambord ou un incident inattend^u venaient détendre un peu la respectueuse contrainte de Tassistance et introduire un élément de gaieté qui, longtemps comprimé, faisait explosion quand les hôtes d'une soirée
s'étaient retirés. J'en veux donner un seul exemple qu^ peindra la bonté du. Prince et combien rien n'échappait à son œil clairvoyant.
Il y avait un soir au palais Cavalli plus nombreuse compagnie que d'ordinaire. Outre quelques familles françaises, la présence de l'archiduc Joseph avait attiré plusieurs généraux et presque tout l'état-major des deux régiments croates qui composaient alors la garnison. Après que M. le comte de Chambord et l'archiduc se furent réciproquement présentés les différents personnages de leurs maisons, quand les deux princes eurent successivement fait le tour du cercle et adressé quelques mots à tous, on s'assit et M. le comte de Chambord, selon son invariable habitude, prit place à une table de w'^hist. A ce moment, pendant un instant de silence, un français, M. de M... se lève brusquement et se dirige vers la porte donnant sur la salle des Oiseaux, et essaie, mais en vain, de l'ouvrir. Après d'infructueuses tentatives qui avaient attiré sur lui l'attention générale, le malencontreux M. de M..., rouge et confus en voyant tous les yeux fixés sur lui, vient se rasseoir ; mais le sourire piteux qu'il tentait de fixer sur ses traits ne parvenait pas à dissimuler ses cruelles an-
goisses. Evidemment M. de M... n'était pas un stoïcien, mais, en pareil cas, le stoïcisme a des limites très rétrécies et forcément franchissables. M. de M... ne faisait illusion à personne. Chacun compatissait dans son for intérieur, mais sans bouger de place. C'était à moi qu'il appartenait de mettre fin aux tortures de mon compatriote, mais je feignais méchamment d'être absorbé par un officier autrichien qui croyait me faire un grand plaisir en se répandant en éloges sur Paris, et je le comblais évidemment de satisfaction en lui chantant les louanges de Vienne.
Tout à coup M. le comte de Chambord, qui m'avait adressé quelques signes que je me gardais bien de voir, se lève, quitte son jeu, va à la porte rebelle, l'ouvre, sort et rentre presqu' aussitôt, faisant ainsi comprendre au plus intéressé, qui, dans son effarement n'y avait pas songé, qu'il fallait tirer la porte à soi et non la pousser. Ce fut un trait de lumière pour M. de M..., qui ne passait, d'ailleurs, pas pour un aigle, même loin de chez lui. Deux minutes après, il prenait, d'un pied léger, le chemin que le Prince avait bien voulu lui montrer, et quand il revint, il avait le visage radieux d'un homme qui sort acquitté d'une salle de cour d'assises où il s'attendait à entendre prononcer sa condamnation à mort. Cette aventure, absolument authentique, fut pendant quelques jours la joie du palais Cavalli. Madame la comtesse de Chambord-, elle-même, malgré son sérieux habituel et sa crainte perpétuelle de paraître désobligeante pour qui que ce soit, fut obligée de rire comme tout le monde.
Quant à moi, je fus forcé de confesser que j'avais parfaitement saisi tout le manège de M. de M... et aperçu les signes que M. le comte de Chambord m'avait
adressés, ce qui fait que le Prince s'écria : — (c C'est un peu fort! Eh bien, mon cher, j'aurais fait remplacer mon tapis à vos frais ! » ,
L'archiduc Joseph, dont je viens de prononcer le nom, que je voyais pour la première fois — je Tai revu depuis — était un cousin de TEmpereur et de Madame la comtesse de Chambord. Il était général d'infanterie et commandait la brigade de Venise. Par la suite, il se conduisit très bravement à la bataille de Solférino où il fut blessé et eut deux chevaux tués sous lui. Il est
admis, dirai-je en passant, que le fait d'avoir des chevaux tués sous soi constitue un acte de bravoure; je n'ai jamais pu comprendre pourquoi. Enfin, si l'archiduc était brave, il n'était pas éloquent. Mme la comtesse de Chambord disait: « Ce pauvre Joseph, quand nous étions enfants, c'était notre souffre-douleur et nous le taquinions toujours, car vraiment il n'était pas fort. » — Il n'a pas changé, répondit M. le comte de Chambord : /demandez à Belleval. )>.
Il me fallut alors raconter les péripéties de ma présentation au prince autrichien, avant le dîner qui avait .précédé la soirée où M. de M... s'était couvert de gloire. La maison de M. le comte de Chambord était rancri^e en demi-cercle, par ordre de préséance. M. h) comte de Chambord nommait cekii qu'il devait présenter, conformément à rétiquetto, et se reculait de deux pas pour laisser à rarchiduc le loisir d'adresser quelques mots à celui qui venait de lui être présenté. Quand ce fut à 43aon tour, l'archiduc me fixe, en faisaat de gros yeux et en torturant son chapeau à plumes qu'il passait d'une main dans l'autre. Sa bouche s'ouvrait, se refermait, mais il n'en sortait aucun son. Rougissant de plus eu plus, il se troublait de plus en plus aussi, et je
voyais M. le comte de Chambord faisant des efforts surhumains pour ne pas éclater de rire, ce qui me donnait toutes les peines du monde pour garder mon sérieux. Enfin, n'y tenant plus, je franchis à pieds joints lesbarrièresde Tctiquette, et j'adressai la parole à l'archiduc. Jamais je n'avais vu et ne verrai un visage passer si rapidement de la consternation à la jubilation. Contrairement à l'étiquette, le prince me serra vigoureusement la main, en poussant un tel soupir de soulagement que, du coup, M. le comte de Chambord fit volte-face pour rire à son aise. La conversation, ainsi engagée, prit un tel tour d'animation que, sans Tannonce du dîner, je crois que Tarchiduc ne m'aurait plus quitté de toute la soirée. En passant devant moi, M. le comte de Chambord me dit à demi- voix : — « Il est dur à la détente, mais quand il s y met!... » —
On n'aurait pu en dire autant de Tarchiduc Albert, le vainqueur de Custozza, le général en chef de Tarmée autrichienne, dont je fis la connaissance dans d'assez singulières circonstances. J'allais à Frohsdorf, et contrairement à Tusage établi en Allemagne, à partir de la frontière française qui alors, hélas! était le Rhin, j'avais continué à voyager en première classe. En ce temps-là, — je ne sais s'il en est encore de même aujourd'hui en Allemagne, — on ne voyait dans les wagons de première classe que des princes ou de grands personnages, c'est ce qui me valut à la h'ontière saxonne une foule d'honneurs militaires et policiers dont je me serais bien passé. A la gare de Prague, vers une heure du matin, comme je dormais, couché sur les deux banquettes de manière à obstruer le passage, la portière s'ouvrit et deux officiers autrichiens, revêtus de leurs grandes capotes grises, montèrent, me franchirent avec pré-
caution et s'installèrent à l'autre extrémité du wagon.
Le plus habile général que TAutriche possède, s'il n'avait pas son uniforme, ressemblerait plutôt à un avoué. Il porte lunettes, et rien dans son allure ne trahit sa qualité de prince. Mais c'est un homme de grand esprit uni à un grand savoir, et si, dans la campagne d'Italie, il avait commandé en chef, il est possible que l'issue de la guerre eut été toute différente.
Je repris tranquillement mon sommeil interrompu, en pestant contre les fâcheux qui, pouvant disposer de deux compartiments entièrement vides, avaient jugé à propos d'envahir le mien. Quand le jour se leva, je me réveillai et j'allumai un cigare. Presqu'aussitôt un des deux officiers, que je reconnus à son uniforme pour être un colonel de uhlans, m'adressa la parole en allemand. Sur ma réponse, en français, que je ne le comprenais pas, il se reprit dans cette langue qu'il parlait aussi purement que moi-même, et m'apprit que l'autre officier était l'archiduc Albert, que l'odeur du tabac l'incommodait extrêmement, et qu'il me serait obligé de cesser de fumer. Je m'empressai naturellement de jeter mon cigare par la portière, mais l'archiduc, qui s'était réveillé sur ces entrefaites, insista avec beaucoup de courtoisie pour que je rallumasse un nouveau cigare, ce que je me refusai à faire. La conversation s'engagea alors et se soutint jusqu'à Vienne, où l'archiduc m^offrit obligeamment de me faciliter les moyens de visiter le palais impérial et Tarsenal militaire qui ne sont pas ouverts au public, ce que j'acceptai avec joie. Je n'avais pas cru devoir cacher à Tarchiduc le but de mon voyage, et je sus par M. le comte de Chambord qu'il avait bien voulu se louer du compagnon de voyage que le hasard lui avait procuré.
Madame la comtesse de Chambord, dont Je n'ai encore parlé qu'incidemment, était la fille aînée du duc de Modène, et par conséquent archiduchesse d'Autriche-Este. M. le comte de Chambord avait d'abord demandé la main de sa sœur Marie-Béatrix, plus jeune que lui do quatre années, et qui était une jolie femme. Mais celle-ci — Tamour est aveugle — s'était amourachée de Don Juan d'Espagne, et, malgré les instances du duc de Modène, elle repoussa la demande du Prince. Ceci se passait en 1843. Le 15 novembre 1846, M. le comte de Chambord épousait l'archiduchesse Marie- Thérèse, plus âgée que lui de trois ans, et qui, il faut bien le dire, était franchement laide et disgracieuse. De taille élevée (5 pieds 2 pouces), la princesse était maigre et anguleuse, elle avait le teint basané, les cheveux noirs et un peu crépus, et ce qui était choquant au suprême degré, un côté de la figure un peu plus petit que l'autre. La voix était rauque et désagréable. J'avoue que, quand je la vis pour la première fois, quelque préparé que je fusse par ses portraits, je fus atterré et je me dis que nous eussions eu en sa personne une des plus laides Reines de France qu'il fut possible de voir.
M. le comte de Chambord était sans doute de cet avis, car s'il s'occupa d'abord de l'archiduchesse Marie-Béatrix, c'était parce qu'il trouvait sa^sœur fort laide, et il n'auraitjamaispenséàce funeste mariage si l'archiduchesse n'avait, à deux reprises, déclaré à l'impératrice d'Autriche, sa tante, qu'elle épouserait M. le comte de Chambord avec joie s'il demandai*^ sa main. L'archiduc Maximilien, oncle delà princesse, l'écrivit à M. le comte de Chambord, que cette ouverture plongea dans un état voisin de la consternation. S'adressant à Mme la duchesse d'Angoulême, à Mme la duchesse de Berry, à
M. le duc de Lévis, le Prince n'ayant trouvé nulle part un avis formel sur ce qu'il convenait qu'il répondit, résolut de ne s'inspirer que de lui-même ; et après de longues hésitations, il se décida enfin à faire ce qui, pour lui, était dans ces circonstances le saut le plus périlleux qu'il put faire. Le malheur voulut, et c'était prévu à l'avance, qu'il ne retomba pas sur ses pieds. Ce mariage fut le premier obstacle à la restauration de la Monarchie. Mme la duchesse d'Angoulême, c'est M. de Falloux qui le dit, aurait voulu que son neveu épousât tout simplement une belle Polonaise qui lui aurait don*né une nombreuse et robuste lignée. Pour les familles royales, une femme stérile, c'est une abdication. Si encore, Mme la comtesse de Chambord avait racheté dans une certaine mesure ce vice capital par les qualités morales et intellectuelles qui font les grandes princesses, si elleavaiteu une hauteintelligence, un cœur viril, un sens très aiguisé ; mais par malheur, il n'en était rien. La seule politique qu'elle fit, et Dieu sait si rien ne fut plus impolitique et plus déplorable, fut de s'opposer avec une obstination que rien ne put vaincre à- ce que M. le comte de Paris prit derrière le cercueil de M. le comte de Chambord la place qui était due à rhéritier du trône. Sa haine pour les princes d'Orléans, qui s'était fait jour pendant les derniers instants de la vie de son mari, éclata sans contrainte, et elle tint à lui donner satisfaction au risque de créer dans le sein du parti royaliste d'irrémédiables et désastreuses scissions. Cette attitude, sévèrement condamnée par la presqu'unanimité des anciens légitimistes, ne réussit à détacher d'eux que quelques incohérents qui se rallièrent autour de Don Juan d'Espagne, ce qui les fit surnommer les Blancs d'Espagne et donner aux vrais royalistes, grou
pés autour de rhéritier légitime, le surnom de Blancs d'Eu.
Mme la comtesse de Chambord n'avait de la grande Marie-Thérèse que le nom.
M. le comte de (Jhambord, mieux placé que personne pour connaître le caractère vide, maladroit et gauche, comme la démarche, de la Princesse, et qui consistait tout entier dans un formidable entêtement, était le maître absolu au logis, et, quoiqu'on en ait dit, ne consultait jamais sa femme touchant les questions politiques. J'afïîrme même qu'il ne la consultait en quoi que ce soit. Il subissait en bon chrétien ce lien qui dut lui paraître souvent une chaîne qu'aucune fleur ne pouvait parer. Dans l'intimité, le Prince ne se contraignait pas toujours pour adresser à la Princasse des paroles peu gracieuses. Elle fut affligée de bonne heure d'une surdité qui ne fit que s'accroître. M. le comte de Chambord le lui faisait sentir assez durement, soit en afl*ectant d'élever encore le diapason de sa voix naturellement très pleine et très sonore, soit en parlant assez bas pour que la Princesse ne put rien saisir de la conversation, malgré tous les efi*orts visibles qu'elle faisait pour entendre. Si elle ne parlait guère, ce qui, dans ces conditions, était assez naturel, et ce qui d'ailleurs est le propre des sourds, M. le comte de Chambord lui reprochait son mutisme, et ceci, on lésait, est le meilleur moyen pour paralyser les intelligences même les moins hésitantes. Un exemple bien frappant de ce fait m'a été conté par le comte de Montbel qui posséda successivement trois portefeuilles dans le ministère Polignac, et contresigna, en qualité de ministre des finances, les ordonnances de juillet. Mme la duchesse d'Angoulême vivait encore, et un des anciens ministres de Charles X était venu la
visiter à Frohsdorf. Ce personnage était renommé pour son esprit plein de verve et de saillies et pour un véritable talent de causeur. La duchesse lui ayant dit, le premier .soir, avec le grand air qui lui était habituel : — a Monsieur de X... je vous écoute, et surtout, ayez de Tesprit comme toujours, » — Tancien ministre se sentit glacé ; les idées étaient rebelles ; il ne trouva rien à dire ; la soirée s'acheva tristement, et M. deX... abrégea son séjour.
Le comte de Montbel avait dit à la France un éternel adieu, et il vivait à Frohsdorf, toute Tannée, dans un petit appartement où j'ai passé de longues heures à m'instruire, en l'écoutant, des événements qui avaient amené la Révolution de 1830.
Mme la comtesse de Chambord à laquelle je reviens, pour la quitter d'ailleurs, était bonne, charitable et naturellement bienveillante ; mais il est fort heureux que
son influence sur le Prince eut été absolument nulle, sans quoi la réconciliation des deux branches delà maison de Bourbon n'aurait jamais eu lieu, et il se serait formé dans le parti royaliste une scission qui lui aurait fermé l'avenir pour jamais. Il semblait que pour elle, en dehors de son neveu, don Carlos, et du duc de Parme, neveu de M. le comte de Chambord, il n'y eut pas de salut. Elle en a donné la preuve jusqu'à son dernier jour.
Je n'ai pas eu l'honneur de connaître Mme la duchesse d'Angoulême qui, par son caractère morose, ne contribuait pas à égayer Frohsdorf, mais j'eus celui d'être fréquemment en présence de Mme la duchesse de Berry, et d'avoir été, à Venise, l'un des visiteurs assidus du palais Vendramini qu^elle habitait chaque hiver.
Par je ne sais quelle illusion d'optique, Mme la du-
chesse de Berry était encore pour moi la jeune femme élégante qui animait la Cour austère de Charles X, qui attirait sur sas pas, à Dieppe, la jeunesse dorée de ce temps, la reine des fêtes et l'arbitre de la mode ; c'était la femme héroïque, à qui son époux, mourant sous le couteau de Louvel, léguait le soin douloureux d'élever et d'établir des enfants qui n'étaient pas les siens ; c'était la mère sublime qui revendiquait, les armes à la main, l'héritage de son fils, parcourant, sous l'habit d'un jeune paysan, cette Vendée où elle ne pouvait ranimer une foi chancelante, et qui ne voulait plus produire que des martyrs ; c'était la captive de Blaye que Louis- Philippe et ses ministres, non contents de l'avoir vaincue, tentaient en vain de déshonorer aux yeux de l'Europe. Mais trente ans avaient passé sur cette virile jeunesse, et Mme la duchesse de Berry n'avait plus rien qui rappelât ce qu'elle avait été jadis.
C'était pour moi encore une illusion qui s'envolait, et le coup d'aile qu'elle me donna en fuyant était si fort que j'en demeurai abasourdi. Petite et fort corpulente, parlant le français avec un horrible accent italien, la duchesse louchait de la manière la moins discutable, et elle avait par moments des gestes et des attitudes qui non seulement n'étaient pas d'une princesse, mais qui auraient été absolument déplacés dans le milieu le plus bourgeois. Pour en donner une idée, il faut que je raconte quelque chose dont j'ai été le témoin. C'est bien difficile à décrire, mais je vais essayer, et si incroyable que le fait puisse paraître, j'en affirme pourtant Tauthenticité.
Mme la duchesse de Berry causait avec mon père, à l'issue d'un grand dîner et au centre d'un cercle d'une cinquantaine de personnes silencieuses et attentives.
C'était lors de mon premier voyage à \'enise. Tout en écoutant mon père dont le récit la captivait et qui avait au suprême degré Fart de bien dire, la duchesse tenait plié sur sa main gauche un mouchoir de dentelle. Avec l'index de la main droite, elle opérait dans son nez de fructueuses recherches dont elle étalait le résultat sur le mouchoir. Qu'on ne crie pas à l'invraisemblable ! Je Tai vu, hélas ! et de mes yeux vu ! Quand cette opération fut terminée, sans que mon père eut cessé un seul instant d'être impassible, la duchesse remit son mouchoir dans sa poche, et, tout d'un coup, prise d'une démangeaison mal placée, elle se mita se gratter le... bien séant avec une telle énergie que sa robe se relevait et s'abaissait à grand bruit, et tout cela sans cesser de donner la réplique à mon père et de lui dire les choses les plus gracieuses. Je laisse à penser si je fus stupéfait, et je fais grâce au lecteur des réflexions que mon père et moi nous échangeâmes le soir, dans notre chambre d'hôtel.
A part ses... légers inconvénients, Mme la duchesse de Berry était réellement princesse par l'âme, et son caractère était de ceux sur lesquels, tant ils sont bien trempés, le temps ne saurait mordre. Elle avait un esprit très alerte, la parole facile et la réplique incisive. Vive, remuante, ne tenant pas en place, elle maniait l'aiguille de sa tapisserie comme elle aurait fait d'une épée et s'arrêtait si volontiers pour causer que la tapisserie n'avançait guère : je crois ne lui en avoir connu qu'une seule, toujours la même. Tout prétexte lui était bon pour rompre en visière à l'étiquette, pour se mêler aux groupes, pour questionner, faire causer et mettre à l'aise. Sur ce dernier point on vient de voir qu'elle ne se faisait pas foute de prêcher d'exemple. C'était une
maîtresse de maison accomplie. Tout chez elle était bien ordonné et elle possédait un cuisinier qui était un grand artiste. Aussi ses dîners étaient- ils très appréciés de ceux qui font un dieu de leur ventre. Les descendants des doges, et descendants authentiques, que Ton rencontrait partout à Venise où il y avait à boire et à manger, car ils étaient presque tous aussi nobles que pauvres, n'avaient pas la sobriété des Espagnols, et ils s'en donnaient à bouche que-veux-tu chez cette princesse hospitalière. Le comte Mocenigo, directeur du Mont-de-Piété dans la ville où avait régné sa famille, qui était un jour mon voisin, mangea pour lui et pour tous ses illustres ancêtres. Je me souviens d'un certain plat de truffes blanches — (c mangez donc, me disait-il, c est des trouffes.,. cest essellentissime » ; — mais comme il mangea tout, cela me dispensa de lui faire connaître si mon avis était conforme au sien.
Parmi les hôtes de la duchesse on voyait toujours un personnage de grande taille et de haute mine, qui avait dû être d'une remarquable beauté et qui était encore d'une suprême distinction. Témoignant à la princesse un respect égal au nôtre, le chapeau à la main comme un simple invité, il s'exprimait dans un français correct et presque sans accent. C'était le maître de la maison, jadis le comte Lucchesi-Palli, devenu le duc délia Grazia, par la volontédu roide Naples, son neveu. Cecadet d'une des plus grandes maisons du royaume napolitain, et dont l'histoire est tout un roman, savait supporter avec dignité et aisance une situation dont le poids eûtété écrasant pour tout autre. Il se tenait à l'écart et ne s'imposait pas, mais sa réserveattirait et c'était la preuve qu'il avait choisi le meilleur terrain pour s'y placer. Il avait quelquefois auprès de lui les quatre enfants nés de son ma-
riage avec la duchesse, un fils, officier dans Tarmée napolitaine, et trois filles, qui, tous quatre, n'avaient malheureusement pas hérité des qualités physiques de leur père.
On prétendait que le duc délia Grazia avait une grande influence sur Mme la duchesse de Berry et qu'il était le maître au logis. Absolument sans fortune, il jouissait de celle de sa femme; il en usait avec la libéralité d'un grand seigneur et pour satisfaire les goûts d'un artiste. Par ses soins, le palais Vendramini, majestueux édifice construit en 1481 par Piétro Lombarde, constellé de porphyres et de roches serpentines sur des parois de marbre oriental, s'enrichissait chaque jour des plus précieux objets d'art que le duc, infatigable chercheur, découvrait en parcourant assidûment tous les magasins des antiquaires de Venise. S'il n'allait pas à eux, les antiquaires venaient à lui ; on ne peut fuir sa destinée. I! se racontait même tout bas que le duc avait déjà laissé de très grosses sommes entre les mains de ces honorables commerçants qui, s'ils n'étaient pas tous juifs, eussent été, à coup sûr, dignes de l'être. Ce qui devait arriver, arriva, c'est-à-dire la ruine complète. Le duc délia Grazia mourut et Mme la duchesse de Berry fut forcée de se défaire non seulement de tous les objets d'art recueillis par le défunt, m^is de pièces historiques à elle appartenant, provenant de la maison de France. C'est ainsi que, le 22 mars 1864, furent vendus, à l'Hôtel des Ventes de Paris, en présence de tout ce que Paris comptait de plus illustre par la naissance et par la réputation littéraire, artistique et politique, une précieuse réunion de manuscrits dont les deux plus importants, le livre de prières de Marguerite d'Orléans- Valois, sœur du Roi François P', et le livre
d'heures de Catl^rine de Médicis, furent acquis par le Surintendant des Beaux-Arts pour le Musée des Souverains. J'assistais à cette vente à la fois si curieuse et si triste, et quand ce dernier manuscrit, qui ne renfermait pas moins de 58 portraits, peints sur vélin, de tous les princes et princesses de la famille d'Orléans- Valois, fut adjugé à la France au prix de 80,000 francs, après une lutte acharnée contre l'Angleterre qui le convoitait pour le British-Museum, un tonnerre d'acclamations répondit au coup de marteau du dbmmissairepriseur.
M. le comte de Chambord avait fait de grands sacrifices pour liquider la situation si embarrassée de sa mère. Il fut regretfrble qu'il n'en fit pas un de plus pour conserver entre ses mains des objets qui appartenaient aux descendants de nos Rois et qui n'en auraient jamais dû sortir.
Le palais Cavalli, résidence d'iiiver de M. le comte de Chambord, était remarquable par la pureté et l'élégance de sa façade dans le style ogival du xiv® siècle. Cette façade est percée, aurez-de-chaussée, d'une porte ogivale fleuronnée dont toute la partie supérieure, décrite par l'ogive, est remplie et fermée par une grille épaisse à barreaux serrés. Cette disposition est commune à tous les palais de Venise. A droite et à gauche sont, sur deux rangées de hauteur, douze fenêtres modernes, inégales de dimension, qui remplacent assurément des fenêtres gothiques de proportions moins vastes. Le premier et le second étages ont conservé leur aspect primitif, et c'est en eux que réside tout le mérite architectural de l'édifice. Chaque étage présente cinq fenêtres ogivales dont chaque ogive est surmontée d'une rosace à quatre lobes ; mais la fenêtre du milieu se compose de
cinq ogives soutenues par quatre pilastres, formant une large baie par laquelle entrent à flots le soleil et la lumière. Les lois somptuaires, qui régissaient les nobles et les riches, défendaient que chaque étage de leur palais fut percé de plus de cinq ouvertures ; mais comme il est avec tout des accommodements, les nobles, en restant dans les termes de Tédit qui ne spécifiait pas la largeur des ouvertures, les étendaient jusqu'à comprendre cinq et quelquefois six ogives en les réunissant par un balcon, de sorte que les lois de la grâce et de Télégance furent aussi bien observées que celles de la République. Le toit, presque plat et recouvert de tuiles rouges, est surmonté d'une sorte d'attique, couronné d'un fronton triangulaire, dans le goût du xviii® siècle, qui dépare Tensemble.
Comme la plupart des palais du Grand Canal, le palais Cavalli est séparé de ses voisins par deux canaux fort étroits, juste assez larges pour laisser passer deux gondoles de front. La façade, surélevée de sept à huit marches, plonge dans le Grand Canal avec lequel elle communique par le perron. Les façades latérales, dépourvues de tout style, toujours comme dans les autres palais, sont plus longues que les façades des deux extrémités ; et celle du fond débouche de plein-pied sur une petite place.
Les dispositions intérieures des palais de Venise sont toutes identiques. Qui en a visité un, les a visités tous. Le rez-de-chaussée est traversé dans le sens de sa largeur par un immense vestibule, ce que les anglais appellent un hall, au plafond très élevé, garni de nombrejLises poutres en saillie, et dépourvu de tout mobilier. Au centre pend une immense lanterne en fer curieusement travaillé; et deux ou trois banquettes, sur
lesquelles s'assoient les gondoliers, courent les unes après les autres dans cette immensité. A droite et à gauche sont des chambres petites et obscures puisqu'elles ne prennent jour que sur les petits canaux latéraux, dans lesquels le soleil ne pénètre guère, et dont les eaux stagnantes, très basses, et remplies d'immondices, envoient des senteurs qui n'ont rien d'agréable. D'un côté ou de l'autre débouche un vaste escalier de marbre, à la rampe en fer forgé, qui conduit aux étage» supérieurs où la distribution est la même, le vaste hall dans toute la largeur du palais, éclairé sur le Grand Canal par la large baie à cinq ogives, et les chambres des deux côtés. Tout était donc sacrifié au paraître, aux grands appartements de réception : et avec le luxe tout oriental de ces fiers patriciens, il convenait qu'ils eussent des intérieurs de princes.
Dans la plupart des palais, rien n*a été changé. Au palais Cavalli, on avait métamorphosé l'intérieur pour
l'adapter aux exigences modernes. Le rez-de-chaussée seul était resté tel que, n'ayant pour peupler sa vaste solitude que le brave Messager, un vendéen, chevalier de Saint-Louis, qui remplissait les modestes fonctions de concierge. Au premier, un refend coupant en deux la grande pièce centrale formait le salon dit des Oiseaux où les Princes se tenaient après les repas quand il n'y avait d'autres convives que les personnes de la maison. Eclairée parla grande baie à balcon donnant sur le Grand Canal, cette pièce, fort gaie, était remplie de fleurs et d'oiseaux. Le mobilier, très simple, était rehaussé par le portrait en pied des Rois de la race des Bourbons, depuis Henri IV jusqu'à Louis XVL Sans compter la porte d'entrée ouvrant sur le grand vestibule dont le pavage était dissimulé, selon le mode vénitienne^
par une natte de paille tressé, le salon des Oiseaux avait quatre portes : celle de gauche donnait accès dans le grand salon, dit salon rouge, où avaient lieu les réceptions après les dîners privés, salon aux meubles sans style, ou, pour mieux dire, du style le plus bourgeois, sans être relevé par aucun tableau ni aucun objet d'art.
Du salon rouge, qui occupait Tangle du palais, avec deux fenêtres sur le grand canal et deux fenêtres sur le petit canal latéral, on passait dans un petit salon où Ton ne se tenait jamais, et que Ton traversait seulement pour se rendre à la salle à manger. Les deux pièces longeaient le vestibule et occupaient à la suite du salon rouge toute la partie latérale qui plongeait dans le petit canal. Elles étaient donc fort sombres et fort sommairement meublées. La salle à manger, notamment, était garnie d'une natte recouvrant entièrement le pavage, d'une table, d'un grand nombre de chaises et d'un buffet.
En regard du salon rouge, et de l'autre côté du salon des Oiseaux, était la chambre à coucher du prince, prenant jour sur le Grand-Canal, et sur le pont de fer, construction mesquine et moderne, fort utile pour mettre en communication les deux rives, mais qui dépare cette perspective vraiment magique : puis venaient le cabinet où il donnait ses audiences, et les appartements de M'"® la comtesse de Chambord.
Au second étage, répétition exacte du premier étage ; la galerie de tableaux surmontait le salon des Oiseaux, et les chambres des personnages composant la maison garnissaient les deux façades latérales. La domesticité logeait dans des bâtiments plus modernes enfermant une petite cour qui débouchait par une grande porte sur la petite place dont j'ai déjà parlé.
La famille Cavalli, qui avait fait construire le palais, et dont les armes parlantes sont trois têtes de chevaux, a sa sépulture dans Téglise San Giovanni e Paolo,laplus curieuse après St-Marc, par la quantité de remarquables monuments funèbres qu'elle renferma.
M. le comte de Chambord aimait beaucoup cette belle et confortable résidence ; le séjour de Venise lui était agréable, et ce fut un véritable sacrifice pour lui quand il se décida à abandonner Venise devenue la propriété du Roi d'Italie qui avait spolié de leurs Etats sa sœur et son beau-frère. Le sacrifice fut entièrement consommé par la vente du palais Cavalli au baron Franchetti, en 1877. Désormais Goritz ne pouvait plus remplacer Venise, et la villa Boeckmann était Tantichambre du tombeau.