SOUVENIRS DE MADAME DF. CAYI.US
Quant à l’esprit, il est certain que madame la duchesse d’Orléans en a. quoique, à dire la vérité, elle en ait peu montré dans sa conduite , par rapport à sa famille , depuis la mort du Roi.
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e reviens à madame de Mainlenon, qui vécut chez madame de Montespan avec M. le duc du Maine, jusqu’au temps où elle le promena en différents endroits pour chercher du remède à sa jambe. Ce prince étoit né droit et bien fait , et le fut jusqu’à l’âge de trois ans, où les grosses dents lui percèrent, en lui causant des convulsions si terribles qu’une de ses jambes se retira beaucoup plus que l’autre. On essaya en vain tous les remèdes de la Faculté de Paris, après lesquels on le mena à Anvers pour le
faire voir à un homme dont on vantoit le savoir et les remèdes; mais, comme on ne voulut pas que M. du Maine fut connu pour ce qu’il étoit , madame de Maintenon fit ce voyage sous le nom supposé d’une femme de condition du Poitou *, qui menoitson fils à cet empirique, dont les remèdes étoient apparemment bien violens, puisqu’il allongea cette malheureuse jambe beaucoup plus que l’autre, sans la fortifier; et les douleurs extrêmes que M. du Maine souffrit ne servirent qu’à la lui faire traîner comme nous voyons. Malgré ce mauvais succès, il ne laissa pas de faire encore deux voyages à Barèges, aussi inutilement que le reste. Connu en France pour être fils du Roi, il reçut, dans tous les lieux où il passa, des honneurs qu’on auroit à peine rendus au Dauphin.
Madame de Maintenon fut bien aise, en passant par le Poitou ou la Saintonge, de revoir sa patrie, sa famille , et ses eonnois-
I Sous le nom de la marquise de Surgers.
sances. M. d’Aubigné, en ce temps-là gouverneur de Cognac ', y reçut M. le duc du Maine avec une magnificence qui devoit lui plaire ; mais le plus grand plaisir qu’elle eut dans ces différais voyages fut de n’être pas à la cour. Elle en trouva encore un autre dans la conversation de M. Fagon, alors médecin de M. le duc du Maine. C’est là que se forma entre eux cette estime et cette amitié qui ne se sont pas démenties. Plus M. Fagon vit madame deMaintenon de près, plus il admira sa vertu et goûta son esprit. Je le cite comme un bon juge du vrai mérite.
Au retour de ces voyages , la faveur de madame de Maintenon augmenta , et celle de madame de Montespan diminua avec la même rapidité. Son humeur s’en ressentit; et madame de Maintenon , qui vouloit encore la ménager, et qui sans doute ne prévoyoit pas jusqu’où sa faveur devoit la con-