‹ Souvenirs de Madame de Caylus avec une introduction et des notesChapitre 15 sur 33 · SOU VEN 1RS · texte numérisé non relu

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cher de dire au Roi au retour : Sire, sauvez le premier coup cf œil. Cependant Monseigneur l’aima et peut-être n'auroit aimé quelle, si la mauvaise humeur et l'ennui qu elle lui causa ne l'avoient forcé à chercher des consolations et des amusemens ailleurs*.

Le Roi , par une condescendance dont i se repentit, avoit laissé auprès de madame la Dauphine une femme de chambre allemande, élevée avec elle, et à peu près du même âge : cette fille , nommée Bessola , sans ayoir rien de mauvais, fit beaucoup de mal à sa maîtresse et beaucoup de peine au Roi. Elle fut cause que madame la Dauphine , par la liberté qu’elle eut de l’entretenir et de parler allemand avec elle, se dégoûta de toute autre conversation , et ne s’accoutuma jamais à ce pays-ci. Peut-être que les bonnes qualités de cette princesse y

t Voir sur la cour de Munich, où la Dauphine avoit été élevée, les Mémoires de Coulanges.

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contribuèrent : ennemie de la médisance et de la moquerie , elle ne pouvoit supporter ni comprendre la raillerie et la malignité du stvle de la cour, d'autant moins qu’elle n’en entendoit pas les finesses. En effet, j'ai vu les étrangers , ceux même dont l’esprit paraissoit le plus tourné aux manières françoises, quelquefois déconcertés par notre ironie continuelle , et madame la Dauphine de Savoie, que nous avons eue enfant, n’a jamais pu s’y accoutumer : elle disoit assez souvent à madame de Maintenon, qu'elle appeloit sa tante par un badinage plein d’amitié : Ma tante , on se moque de tout

Enfin les bonnes et les mauvaises qualités de madame la Dauphine de Bavière , mais surtout son attachement pour Bessola , lui donnèrent un goût pour la retraite peu convenable aux premiers rangs. Le Roi fit de vains efforts pour l’en retirer. Il lui proposa de marier cette fille à un homme de qualité , afin qu’elle pût être comme les

autres dames, manger avec elle quand l’occasion se présenterait , et la suivre dans ses carrosses; mais la Dauphine, par une délicatesse ridicule, répondit qu’elle ne pouvoit y consentir, parce que le cœur de Bessola seroit partagé.

. Cependant le Roi, soutenu des conseils de madame de Maintenon , et porté par lui-même à n’être plus renfermé comme il l’avoit été avec ses maîtresses, ne se rebuta pas ; il crut , «à force de bons traitemens , par le tour galant et noble dont il aceompagnoit ses bontés, ramener l’esprit de madame la Dauphine, et l’obliger à tenir une cour. Je me souviens d'avoir ouï raconter, et de l’avoir encore vu, qu’il alloit quelquefois chez elle, suivi de ce qu’il y avoit de plus rare en bijoux et en étoffes, dont elle prenoit ce qu’elle vouloit ; le reste composoit plusieurs lots, que les filles d’honneur et les dames qui se trouvoient présentes, tiroient au sort, ou bien elles avoient l’honneur de les jouer avec elle, et même

avec le Roi. Pendant que le hoca fut à la mode, et avant que le Roi , par sa sagesse, eût défendu un jeu aussi dangereux, il le tenoit chez madame la Dauphine; mais il payoit, quand il perdoit, autant de louis que les particuliers mettoient de petites pièces.

Des façons d’agir si aimables, et dont toute autre belle-fille auroit été enchantée , furent inutiles pour madame la Dauphine, et elle y répondit si mal que le Roi, rebuté, la laissa dans la solitude où elle vouloit être, et toute la cour l’abandonna avec lui.

Elle passoit sa vie renfermée dans de petits cabinets derrière son appartement, sans vue et sans air ; ce qui , joint à son humeur naturellement mélancolique, lui donna des vapeurs. Ces vapeurs , prises pour des maladies effectives, lui firent faire des remèdes violents; et enfin ces remèdes, beaucoup plus que ses maux, lui causèrent la mort, après qu’elle nous eut donné trois princes 1 .

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